lundi 27 novembre 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Poitiers |
| Section | Tribunal Administratif de Poitiers |
| N° Dossier | TA86-2101772 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Formation | 3ème chambre |
| Avocat requérant | BOTTE |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés le 9 juillet 2021 et le 28 octobre 2021, la société Techniconfort, représentée par Me Botté, demande au tribunal :
1°) de condamner la commune d'Yves à lui verser une somme de 5 960,03 euros Toutes Taxes Comprises (TTC) au titre du décompte général et définitif du marché qu'elle a exécuté ;
2°) de mettre à la charge de la commune d'Yves la somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
-les travaux objet du marché ont fait l'objet d'un " décompte global définitif " transmis au maître d'œuvre et au maître d'ouvrage par un courrier du 16 septembre 2020, qui n'a pas été contesté, en méconnaissance de l'article 50 du cahier des clauses administratives générales (CCAG) applicable aux marchés publics de travaux ;
-ils étaient achevés au 26 février 2020 et les réserves définitivement levées au 31 août 2020 ;
-le décompte général et définitif a été adressé, à nouveau, le 5 novembre 2020, après la levée " officielle " des réserves, en date du 29 octobre 2020 ;
-elle est fondée à réclamer le paiement du décompte qu'elle a établi, et d'intérêts moratoires, conformément aux clauses du marché, pour un montant de 5 960,03 euros.
Par des mémoires en défense, enregistrés le 17 septembre 2021 et le 15 décembre 2021, la commune d'Yves, représentée par Me Curty, conclut au rejet de la requête et à ce que la somme de 3 000 euros soit mise à la charge de la société Techniconfort en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- le projet de décompte final, et à plus forte raison le décompte général et définitif, ne peuvent être élaborés qu'après la réception des travaux, en application des articles 2192-10 et suivants du code de la commande publique et de l'article 13 du CCAG applicable aux marchés publics de travaux ;
- aucun décompte général et définitif n'a été établi en l'espèce ;
- la demande de versement des intérêts moratoires n'est donc pas fondée ;
- aucun préjudice n'est établi ;
- en tout état de cause, le montant des intérêts moratoires réclamés n'est pas justifié.
Vu les autres pièces des dossiers.
Vu :
- le code de la commande publique ;
- le cahier des clauses administratives générales applicables aux marchés publics de travaux approuvé par l'arrêté du 8 septembre 2009 modifié par l'arrêté du 3 mars 2014 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Gibson-Théry,
- et les conclusions de Mme Bréjeon, rapporteure publique.
Considérant ce qui suit :
1. La commune d'Yves a passé un marché public de travaux pour la restructuration de son groupe scolaire. La Société Techniconfort a été retenue pour exécuter le lot " plomberie, sanitaire, chauffage, ventilation ", en vertu d'un acte d'engagement conclu le 13 mai 2019, pour un montant de 40 662,12 euros Hors Taxes (HT), soit 48 794,54 euros TTC. La durée d'exécution de ce lot était fixée à douze mois à compter du 15 mai 2019, correspondant à la date indiquée dans l'ordre de service de démarrage des travaux. Un avenant de prolongation de quatre mois a été conclu à compter du 15 mai 2020, en raison des reports de travaux dus à la crise sanitaire. La réception des travaux a été prononcée le 24 septembre 2020 sous réserve de l'exécution d'épreuves et de travaux, avant le 30 octobre 2020. Le procès-verbal de levée de réserves a été dressé le 20 octobre 2020 par le maître d'œuvre, puis accepté le 29 octobre 2020 par la société Techniconfort, et le 3 décembre 2020 par le maître de l'ouvrage. La société Techniconfort a adressé au maître d'œuvre un décompte général et définitif (DGD) le 24 juin 2020, puis à nouveau par deux courriers successifs des 16 septembre 2020 et 5 novembre 2020, en demandant également, dans ce dernier envoi, le paiement d'intérêts moratoires. La société a sollicité de la commune d'Yves, par un courrier du 27 janvier 2021, le paiement d'un montant correspondant aux intérêts moratoires actualisés et d'indemnités forfaitaires, et l'a mise en demeure de payer le DGD qu'elle avait établi le 24 juin 2020. La commune d'Yves a rejeté ces demandes par un courrier du 26 février 2021. La société Techniconfort sollicite la condamnation de la commune d'Yves à lui verser une somme de 5 960,03 euros TTC au titre du décompte général et définitif du marché qu'elle a exécuté et des intérêts moratoires qu'elle estime lui être dus.
Sur les conclusions à fin d'indemnisation :
2. D'une part, aux termes de l'article 41.5 du CCAG applicable aux marchés publics de travaux, alors en vigueur : " S'il apparaît que certaines prestations prévues par les documents particuliers du marché et devant encore donner lieu à règlement n'ont pas été exécutées, le maître d'ouvrage peut décider de prononcer la réception, sous réserve que le titulaire s'engage à exécuter ces prestations dans le délai précisé dans la décision de réception, ce délai ne pouvant excéder trois mois. La constatation de l'exécution de ces prestations doit donner lieu à un procès-verbal dressé dans les mêmes conditions que le procès-verbal des opérations préalables à la réception prévu à l'article 41.2 ". Il résulte de ces dispositions que lorsque le pouvoir adjudicateur entend prononcer la réception sous réserve de l'exécution d'épreuves ou de travaux et prestations, la date de levée des réserves constitue le point de départ des délais d'établissement du décompte final.
3. Il résulte de la décision même de réception des travaux, du 24 septembre 2020, qu'elle a été prononcée non pas avec réserves, mais sous réserve que soient réalisées des épreuves concluantes et des travaux, que la requérante n'a pas contesté ne pas avoir exécutés, ni n'en avoir reçu le paiement. A cet égard, le procès-verbal de levée de réserves établi le 20 octobre 2020 par le maître d'œuvre attestant que les épreuves ont été effectuées et que les ouvrages sont conformes aux spécifications du marché, constitue le point de départ du délai d'établissement du décompte final.
4. D'autre part, aux termes de l'article 13.3 du même CCAG : " 13.3.1. Après l'achèvement des travaux, le titulaire établit le projet de décompte final, concurremment avec le projet de décompte mensuel afférent au dernier mois d'exécution des prestations ou à la place de ce dernier. () / 13.3.2. Le titulaire transmet son projet de décompte final, simultanément au maître d'œuvre et au représentant du pouvoir adjudicateur, par tout moyen permettant de donner une date certaine, dans un délai de trente jours à compter de la date de notification de la décision de réception des travaux telle qu'elle est prévue à l'article 41.3 ou, en l'absence d'une telle notification, à la fin de l'un des délais de trente jours fixés aux articles 41.1.3 et 41.3. / Toutefois, s'il est fait application des dispositions de l'article 41.5, la date du procès-verbal constatant l'exécution des travaux visés à cet article est substituée à la date de notification de la décision de réception des travaux comme point de départ des délais ci-dessus. () ".
5. L'ensemble des opérations auxquelles donne lieu l'exécution d'un marché public est compris dans un compte dont aucun élément ne peut être isolé et dont seul le solde arrêté lors de l'établissement du décompte général et définitif détermine les droits et obligations définitifs des parties. Toutes les conséquences financières de l'exécution du marché sont retracées dans ce décompte même lorsqu'elles ne correspondent pas aux prévisions initiales.
6. Il résulte de l'instruction que la société Techniconfort a transmis au maître d'œuvre, dès le 24 juin 2020, un document qu'elle a intitulé " décompte global et définitif ", qui lui a été retourné par un courrier du maître d'œuvre du 13 juillet 2020, indiquant le caractère prématuré de cet envoi, les travaux n'étant ni terminés, ni réceptionnés. En dépit de cette alerte, la société Techniconfort a renvoyé sa facture de DGD par un courrier du 16 septembre 2020, avant toute réception et levée de réserves, puis, en l'absence de réponse de la part de la commune et du maître d'œuvre, l'a, à nouveau, adressée au pouvoir adjudicateur, postérieurement, cette fois-ci, à la date de levée des réserves, en sollicitant, en outre, le paiement d'intérêts moratoires relatifs à deux situations de travaux ainsi qu'à sa facture de DGD du 24 juin 2020. Si elle soutient avoir réalisé l'ensemble des travaux de son lot dès le 26 février 2020, il résulte cependant des comptes-rendus de chantier établis les 11 mars 2020 et 8 juillet 2020, que contrairement à ce qu'elle allègue, elle devait encore exécuter une série de prestations avant la réception, et peu importe, à cet égard, que la commune ait usé du terme de " réserves " dans ces comptes-rendus pour dénommer les travaux restant à réaliser. En outre, il résulte de l'avenant de prolongation de son marché, qu'elle a signé et donc accepté le 6 août 2020, que sa durée d'exécution a été prolongée de quatre mois, à compter du 15 mai 2020. Dans ces conditions, il résulte des dispositions précitées qu'il n'appartenait pas à la société Techniconfort d'établir un DGD mais un projet de décompte final, qu'elle devait adresser, simultanément au maître d'ouvrage et au maître d'œuvre, dans le délai de trente jours à compter du 20 octobre 2020, date du procès-verbal constatant l'exécution des prestations qui n'avaient pas encore été exécutées dans le cadre du marché. Par suite, la société requérante n'est pas fondée à demander le paiement de la facture de DGD qu'elle a établie le 24 juin 2020, ni, en conséquence, celui d'intérêts moratoires et d'indemnités forfaitaires au titre d'un décompte général et définitif qui n'a pas été établi.
7. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'indemnisation présentées par la société Techniconfort, pour un montant de 5 960,03 euros TTC doivent être rejetées.
Sur les frais liés au litige :
8.Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de la commune d'Yves, qui n'est pas dans la présente instance la partie perdante, la somme demandée par la société Techniconfort au titre des frais qu'elle a exposés et non compris dans les dépens. Il y a lieu, en revanche, de faire application de ces dispositions et de mettre à la charge de la société Techniconfort une somme de 1 300 euros au titre des frais exposés par la commune d'Yves et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1 : La requête de la société Techniconfort est rejetée.
Article 2 : La société Techniconfort versera à la commune d'Yves une somme de 1 300 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à la société Techniconfort et à la commune d'Yves.
Délibéré après l'audience du 9 novembre 2023, à laquelle siégeaient :
M. Cristille, président,
Mme Thèvenet-Bréchot, première conseillère,
Mme Gibson-Théry, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe, le 27 novembre 2023.
La rapporteure,
Signé
S. GIBSON-THERY
Le président,
Signé
P. CRISTILLE
La greffière,
Signé
N. COLLET
La République mande et ordonne au préfet de la Charente-Maritime en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Pour le greffier en chef,
La greffière,
N. COLLET
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026