lundi 9 octobre 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Poitiers |
| Section | Tribunal Administratif de Poitiers |
| N° Dossier | TA86-2101794 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Formation | 3ème chambre |
| Avocat requérant | SCP MALET & VERHAEST |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 26 septembre 2017 et un mémoire du 12 juin 2018, Mme F G représentée par Me Verhaest demande au tribunal administratif de Poitiers de condamner solidairement le groupe hospitalier de La Rochelle-Ré-Aunis et son assureur, la société hospitalière d'assurances mutuelles (SHAM), à lui verser en sa qualité d'ayant droit une somme de 25 370 euros en réparation des préjudices subis par sa mère Mme C G avant son décès, ainsi qu'une somme de 51 061,78 euros en réparation de ses préjudices propres.
Par un jugement n°1702248 avant dire droit en date du 9 avril 2019, le tribunal administratif de Poitiers a ordonné une expertise médicale.
Par un mémoire en défense du 10 septembre 2021, le groupe hospitalier La Rochelle-Ré-Aunis et la société hospitalière d'assurances mutuelles (SHAM) représentés par Me Maissin concluent à titre principal au rejet de la requête et subsidiairement à ce que les prétentions de la requérante soient ramenées à de plus justes proportions.
Ils ls soutiennent que :
- le centre hospitalier n'a commis aucune faute médicale lors de la prise en charge de Mme C G et aucun défaut d'information ne saurait lui être reproché ; le maintien du traitement de l'infection de la patiente par Augmentin, même après les résultats des hémocultures et même au regard des bonnes pratiques, ne peut caractériser une faute alors que le médecin a justifié ce choix par la prise en compte raisonnable et prudente de ce que pouvaient être les conséquences défavorables pour une patiente âgée et présentant des comorbidités importantes d'un traitement par bi-antibiothérapie néphrotoxique ; l'utilisation de diurétiques per os ou par voie intraveineuse n'est pas critiquable ;
- l'absence de conduite d'une antibiothérapie différente aurait pu limiter le risque de développer une infection valvulaire mais ne constitue pas une perte de chance certaine d'éviter l'évolution défavorable, laquelle est liée principalement à la pathologie cardio-vasculaire très altérée, à la récidive d'un œdème aigu du poumon et à l'insuffisance rénale ; le décès est exclusivement lié à l'état antérieur de la patiente ;
- l'amélioration de l'état de santé de la patiente à l'issue de la première hospitalisation ne peut permettre de regarder sa sortie comme prématurée, alors qu'aucun symptôme ne permettait alors d'envisager une endocardite et qu'une échographie cardiaque a bien été prévue par l'hôpital ;
- l'absence de confirmation du diagnostic de rétrécissement aortique par une échographie trans-oeosophagienne, qui a été refusé par la patiente, a été sans conséquence péjorative sur le traitement ; aucun défaut d'information sur l'importance de cet examen, qui n'était pas indispensable, ne peut être retenu ;
- la décision de traiter l'endocardite de favoriser un traitement médical de la greffe bactérienne sur une valve pathologique, porteuse d'un rétrécissement aortique calcifié, n'est pas constitutive d'une faute eu égard à l'âge de la patiente et à la présence de lésions associées coronarienne et carotidienne ;
- à titre subsidiaire, le taux de perte de chance résultant de fautes commises par l'hôpital ne pourrait excéder 20 % ; le préjudice de souffrances endurées ne peut être imputé aux fautes qui seraient retenues et ne peuvent donc ouvrir droit à une indemnisation ; si le tribunal entrait en voie de condamnation les souffrances endurées par Mme C G ne pourraient être indemnisées au-delà de 600 euros ; l'existence d'un préjudice d'angoisse n'est pas établie ; le déficit fonctionnel temporaire qui serait indemnisé devra être cantonné à celui imputable à la seule faute médicale qui serait retenue et non à l'état antérieur de la patiente, avec application d'un taux de perte de chance de 20 % ; l'indemnisation ne saurait excéder 104 euros ; il pourrait être alloué une somme de 5 000 euros à Mme F G en réparation de son préjudice d'affection, une somme de 200 euros au titre de son préjudice d'accompagnement et une somme de 1 226,30 euros au titre des frais funéraires ; l'imputabilité aux fautes commises par l'hôpital d'une perte de gains professionnels de Mme F G n'est pas établie ; seuls les frais d'obsèques à hauteur de 3 207,07 euros pourraient être indemnisés au titre d'un préjudice matériel, les autres frais d'assistance par un médecin conseil n'étant pas justifiés.
Par une ordonnance n°1702248 du 17 juillet 2020 le président du tribunal a prononcé un non-lieu à statuer en l'état.
Par un arrêt n°20BX03158 du 8 juin 2021, la cour administrative de Bordeaux a annulé l'ordonnance du 17 juillet 2020 et a renvoyé pour être jugée l'affaire devant le tribunal administratif de Poitiers où elle a été enregistrée sous le n°2101794.
Par une ordonnance du 2 juin 2022, la présidente du tribunal administratif de Poitiers a désigné M. D E, anesthésiste-réanimateur, comme expert et M. B A, cardiologue, en qualité de sapiteur pour procéder à la mission définie à l'article 3 du jugement précité n°1702248 du 9 avril 2019.
Le rapport d'expertise déposé le 6 décembre 2022 a été communiqué aux parties le 6 mai 2023 en application des dispositions de l'article R. 621-9 du code de justice administrative.
Par des nouveaux mémoires enregistrés le 25 avril 2023 et le 1er juin 2023, Mme F G représentée par Me Verhaest demande au tribunal dans le dernier état de ses écritures :
1°) de condamner solidairement et conjointement le groupe hospitalier de La Rochelle-Ré-Aunis et son assureur, la société hospitalière d'assurances mutuelles (SHAM) devenu Relyans, à lui verser d'une part en tant qu'ayant droit de Mme C G sa mère la somme 42 850 euros ou subsidiairement la somme de 24 474 euros et d'autre part au titre de la réparation de ses préjudices propres la somme de 47 263,28 euros ou subsidiairement la somme de 20 343,55 euros ou encore de 18 093,55 euros ;
2°) de condamner conjointement et solidairement le groupe hospitalier et son assureur à assumer les frais de l'expertise ordonnée par le tribunal liquidée et taxée à la somme totale de 3 700 euros et dont elle a assumé l'avance ;
3°) de mettre à la charge conjointe et solidaire du groupe hospitalier et de son assureur la somme de 8 733 euros au titre de l'article L.761-1 du code de justice administrative.
Elle ajoute que :
- le groupe hospitalier a manqué à son devoir d'information en violation des dispositions des articles L 1111-2 et L 1111- 4 du code de santé publique tant vis-à-vis de la patiente que vis-à-vis d'elle-même ; en effet il ne leur a pas été indiqué suffisamment tôt que l'échographie trans-oeosophagienne était primordiale pour poser le diagnostic de l'endocardite infectieuse et permettre en temps utile une intervention chirurgicale ; cet examen a ainsi été refusé par sa mère lors de la première hospitalisation qui ignorait les conséquences de son refus, et sera finalement réalisée le 20 mars 2013, mais tardivement à un moment où la chirurgie n'était plus possible étant donné l'état d'épuisement de la patiente et le risque opératoire devenu trop élevé ;
- le retard de diagnostic et de soins adaptés est constitutif d'une faute du service public hospitalier ;
- le taux de perte de chance de survie peut être évalué à hauteur de 35% ;
- les conséquences de ces fautes médicales ont entrainé des préjudices pour Mme C G, notamment un préjudice de douleur, un préjudice esthétique temporaire, un préjudice spécifique d'angoisse de mort imminente et un déficit fonctionnel temporaire total ;
- il en est résulté également des préjudices pour Mme F G, à savoir un préjudice d'affection, un préjudice d'accompagnement, une perte de revenus, un préjudice matériel et des frais de médecins-conseils.
La caisse primaire d'assurance maladie de la Charente-Maritime a produit un mémoire qui a été enregistrée le 20 septembre 2023 à 18h22, postérieurement à la clôture de l'instruction, survenue trois jours francs avant l'audience en application de l'article R. 613-2 du code de justice administrative.
Vu :
- le rapport d'expertise déposé le 6 décembre 2022 notifié le 6 mai 2023 aux parties ;
- l'ordonnance du 2 mars 2023 liquidant et taxant les frais de l'expertise à hauteur de la somme de 3 700 euros TTC (2 260 euros TTC pour l'expert et 1 440 euros TTC pour le sapiteur) et mettant ces frais à la charge de Mme G ;
- les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de la santé publique ;
- le code de la sécurité sociale ;
- l'arrêté du 14 décembre 2021 relatif aux montants minimal et maximal de l'indemnité forfaitaire de gestion prévue aux articles L. 376-1 et L. 454-1 du code de la sécurité sociale pour l'année 2022 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Cristille, président ;
- les conclusions de Mme Bréjeon, rapporteure publique ;
- les observations de Me Tinel représentant le centre hospitalier de La Rochelle Ré Aunis et la société Relyens Mutual Insurance.
Considérant ce qui suit :
1. Mme C G, alors âgée de 85 ans, a été victime dans la nuit du 22 au 23 janvier 2013 d'une détresse respiratoire qui a nécessité son hospitalisation en urgence au service d'accueil et d'urgence de l'hôpital de La Rochelle. Le diagnostic de pneumopathie bilatérale infectieuse avec œdème aigu pulmonaire a alors été posé. Après une ventilation non invasive, l'administration de vasodilatateurs, de diurétiques et la mise en place d'une antibiothérapie à base d'Augmentin, la patiente a été dirigée vers le service de médecine gériatrique du groupe hospitalier de La Rochelle. Un électrocardiogramme a révélé une tachycardie sinusale puis un passage en flutter qui a justifié l'administration d'une ampoule d'Isoptine, et une radiographie pulmonaire a mis en évidence un épanchement pleural gauche minime et une surcharge pulmonaire bilatérale. Les hémocultures réalisées ont permis d'identifier la présence d'un entérocoque. L'état clinique de Mme G s'étant amélioré, la patiente a été autorisée à quitter l'hôpital le 31 janvier 2013 avec un rendez-vous pour réaliser une échographie cardiaque, sans prescription de traitement antibiotique. L'échographie cardiaque trans-thoracique réalisée le 11 février 2013 a décelé notamment un rétrécissement aortique serré calcifié avec une probable cardiomyopathie ischémique, et une coronographie a été programmée. Cet examen a été effectué le 19 février au centre hospitalier de La Rochelle où la patiente a été hospitalisée. Mme G a été transférée quelques jours plus tard dans le service d'infectiologie. Un doppler carotidien réalisé le 26 février 2013 a mis en évidence une sténose serrée de la carotide interne gauche supérieure à 80 % qui a laissé suspecter une endocardite sur rétrécissement aortique serré, mais Mme G a dans un premier temps refusé de se soumettre à l'échographie trans-oesophagienne qui lui a été proposée pour confirmer ce diagnostic. Cet examen a finalement été réalisé le 26 mars 2013 et a confirmé l'existence d'une endocardite aortique et de végétations endocarditiques. La possibilité d'une intervention chirurgicale, qui représentait l'une des seules chances de guérison, était alors envisagée avec cependant un haut risque de décès à raison de l'âge de la patiente et de son état général. L'état clinique de la patiente continuant à se dégrader, l'hypothèse d'une intervention chirurgicale a été abandonnée eu égard à l'importance de l'affection valvulaire aortique, à la présence de lésions associées et à l'aggravation de l'insuffisance rénale. Le 3 avril 2013, le service médical a constaté une impasse thérapeutique et une aggravation de l'insuffisance respiratoire et rénale dans le cadre de l'insuffisance cardiaque. Le 8 avril 2013 la fonction rénale se dégradait encore. Mme G est décédée le 11 avril 2013.
2. Mme F G, fille unique de la victime, estimant que la prise en charge au sein de l'hôpital avait été défaillante a saisi la commission de conciliation et d'indemnisation des accidents médicaux, des affections iatrogènes et des infections nosocomiales (CCI) de la région Poitou-Charentes d'une demande d'indemnisation qui a été rejetée par un avis du 6 novembre 2014, après réalisation d'une expertise laquelle concluait pourtant à un traitement inadapté au début de la prise en charge. Par un courrier du 22 juin 2017, l'intéressée a demandé au groupe hospitalier La Rochelle-Ré-Aunis la réparation des préjudices subis par sa mère et de ses propres préjudices. Cette demande a été rejetée par une décision du groupe hospitalier du 27 juillet 2017. Mme G a saisi le tribunal administratif de Poitiers d'une demande tendant à la condamnation solidaire du groupe hospitalier de La Rochelle-Ré-Aunis et de la Société hospitalière d'assurances mutuelles (SHAM) à lui verser une somme de 25 370 euros en réparation des préjudices subis par Mme C G avant son décès, ainsi qu'une somme de 51 061,78 euros en réparation de ses préjudices propres. Par un jugement n° 1702248 du 9 avril 2019, le tribunal a décidé, avant dire droit, d'ordonner une nouvelle expertise médicale. Par une ordonnance du 11 février 2020, le président du tribunal administratif de Poitiers a accordé à l'expert une allocation provisionnelle de 2 400 euros à valoir sur le montant des honoraires et débours devant être ultérieurement taxés pour l'expert et le sapiteur qui avait été désigné, et a mis cette allocation provisionnelle à la charge de Mme G. Cette dernière a informé le tribunal, par un courrier du 22 avril 2020, que n'étant pas en mesure de régler une telle somme en raison de difficultés financières ponctuelles, elle souhaitait suspendre la procédure pour une durée de six mois. Mme G a fait appel de l'ordonnance du 17 juillet 2020 par laquelle le président du tribunal administratif de Poitiers a constaté, en l'état, un non-lieu à statuer sur sa requête. Par un arrêt du 8 juin 2021, la cour administrative d'appel de Bordeaux a annulé l'ordonnance du 17 juillet 2020 et renvoyé dans cette mesure l'affaire devant le tribunal administratif. L'expert désigné par ordonnance du 2 juin 2022, de la présidente du tribunal administratif de Poitiers a déposé son rapport le 6 décembre 2022. Dans le dernier état de ses écritures, Mme G demande la condamnation solidaire et conjointe du groupe hospitalier de La Rochelle-Ré-Aunis et de son assureur, la SHAM devenue Relyans mutual insurance, à lui verser en tant qu'ayant droit de Mme C G la somme 42 850 euros ou subsidiairement la somme de 24 474 euros et en réparation de ses préjudices propres la somme de 47 263,28 euros ou subsidiairement la somme de 20 343,55 euros ou encore de 18 093,55 euros. Le groupe hospitalier et son assureur ont conclu au rejet de la requête et subsidiairement à la limitation des prétentions de la requérante.
Sur la responsabilité :
En ce qui concerne le défaut d'information :
3. Aux termes de l'article L. 1111-2 du code de la santé publique : " Toute personne a le droit d'être informée sur son état de santé. Cette information porte sur les différentes investigations, traitements ou actions de prévention qui sont proposés, leur utilité, leur urgence éventuelle, leurs conséquences, les risques fréquents ou graves normalement prévisibles qu'ils comportent ainsi que sur les autres solutions possibles et sur les conséquences prévisibles en cas de refus. (). Cette information incombe à tout professionnel de santé dans le cadre de ses compétences et dans le respect des règles professionnelles qui lui sont applicables. Seules l'urgence ou l'impossibilité d'informer peuvent l'en dispenser. Cette information est délivrée au cours d'un entretien individuel. () En cas de litige, il appartient au professionnel ou à l'établissement de santé d'apporter la preuve que l'information a été délivrée à l'intéressé dans les conditions prévues au présent article. Cette preuve peut être apportée par tout moyen ". Aux termes de l'article L. 1111-4 du code de la santé publique, dans sa version applicable au litige : " Toute personne prend, avec le professionnel de santé et compte tenu des informations et des préconisations qu'il lui fournit, les décisions concernant sa santé / Le médecin doit respecter la volonté de la personne après l'avoir informée des conséquences de ses choix. Si la volonté de la personne de refuser ou d'interrompre tout traitement met sa vie en danger, le médecin doit tout mettre en oeuvre pour la convaincre d'accepter les soins indispensables. Il peut faire appel à un autre membre du corps médical. Dans tous les cas, le malade doit réitérer sa décision après un délai raisonnable. Celle-ci est inscrite dans son dossier médical. Le médecin sauvegarde la dignité du mourant et assure la qualité de sa fin de vie en dispensant les soins visés à l'article L. 1110-10. / Aucun acte médical ni aucun traitement ne peut être pratiqué sans le consentement libre et éclairé de la personne et ce consentement peut être retiré à tout moment. / Lorsque la personne est hors d'état d'exprimer sa volonté, aucune intervention ou investigation ne peut être réalisée, sauf urgence ou impossibilité, sans que la personne de confiance prévue à l'article L. 1111-6, ou la famille, ou à défaut, un de ses proches ait été consulté.() "
4. La requérante reproche au centre hospitalier d'avoir manqué à son devoir d'information et de conseil à l'égard de sa mère et envers elle-même. Elle soutient à ce titre que l'équipe médicale n'a pas attiré leur attention sur la nécessité impérative de réaliser une échographie transoesophagienne à laquelle la défunte n'a pas initialement consenti et qui ne sera pratiquée finalement que le 26 mars 2013 à un moment où le risque était devenu trop élevé pour tenter l'intervention chirurgicale qui seule aurait pu sauver sa mère alors qu'il aurait été possible d'obtenir l'accord de la patiente avec un peu plus d'insistance. Toutefois, il résulte de l'instruction que Mme G mère était en mesure de recevoir l'information et de consentir librement aux soins proposés et que l'expert n'a retenu à l'encontre du centre hospitalier aucun manquement au titre du devoir d'information. Aucune faute ne saurait donc être retenue sur ce point à l'encontre du centre hospitalier.
En ce qui concerne la prise en charge médicale :
5. Aux termes du I de l'article L. 1142-1 du code de la santé publique : " Hors le cas où leur responsabilité est encourue en raison d'un défaut d'un produit de santé, les professionnels de santé mentionnés à la quatrième partie du présent code, ainsi que tout établissement, service ou organisme dans lesquels sont réalisés des actes individuels de prévention, de diagnostic ou de soins ne sont responsables des conséquences dommageables d'actes de prévention, de diagnostic ou de soins qu'en cas de faute () ".
6. Il résulte de l'instruction, en particulier du rapport de l'expertise ordonnée avant dire droit par le jugement du tribunal administratif de Poitiers en date du 9 avril 2019, que Mme G souffrait au moment de sa prise en charge le 23 janvier 2013 par le centre hospitalier de La Rochelle d'une endocardite infectieuse à entérocoque Faecium qui n'a pas été diagnostiquée. Il apparaît qu'un germe entérocoque Faecium qui s'était fixé sur la valve aortique déjà altérée et affectée d'un rétrécissement méconnu, a provoqué une septicémie avec décompensation cardiaque et un œdème pulmonaire qui ont été interprétés à tort par le service hospitalier comme une pneumopathie infectieuse. A cet égard, il résulte de l'instruction et notamment des analyses circonstanciées de l'expertise ordonnée avant dire droit, que le service hospitalier s'est abstenu de rechercher l'existence d'une endocardite, laquelle nécessitait de pratiquer une exploration échographie transthoracique qui n'a pas été faite ou si besoin une échographie transoesphagienne, et que la radiographie pulmonaire réalisée a été mal interprétée, ces circonstances conduisant à retenir finalement à tort le diagnostic de pneumopathie infectieuse. Ainsi, le diagnostic d'endocardite n'a pas été posé et le traitement mis en œuvre, destiné à soigner une pneumopathie infectieuse et maintenu malgré la réception des résultats des hémocultures permettant de savoir qu'il n'était pas adapté au germe, n'a pas été efficace. Par suite, l'endocardite a continué à progresser entraînant une dégradation rapide de la valve aortique, elle-même responsable de l'aggravation de l'insuffisance cardiaque et de l'insuffisance rénale entraînant des conséquences respiratoires. Les antibiotiques adaptés au germe et efficaces sur l'entérocoque ne seront prescrits que 26 jours plus tard, à partir du 21 février 2013 sans que le diagnostic d'endocardite ne soit évoqué avant le 26 février 2013 après la survenue d'une seconde septicémie. Ainsi, les manquements de l'hôpital constitués d'une antibiothérapie initiale inadaptée et d'une absence de recherche d'une endocardite par la réalisation d'une échographie transthoracique ou d'une exploration trans-oesophagienne ont abouti à un retard de diagnostic qui est, en l'espèce, constitutif d'une faute de nature à engager la responsabilité du centre hospitalier de La Rochelle.
En ce qui concerne l'étendue de la réparation :
7. Il résulte de l'instruction et notamment de l'expertise judiciaire que le retard dans l'établissement du diagnostic de l'endocardite et dans la mise en place d'une antibiothérapie non adaptée ont accéléré la dégradation de l'état de santé de la patiente. Il résulte, également, de l'instruction, notamment du rapport de l'expert désigné par le tribunal, que le décès de Mme G est la conséquence de l'endocardite à entérocoque Faecium dont elle était atteinte au moment de son admission à l'hôpital et que l'évolution spontanée du type d'endocardite dont la patiente souffrait est fatale dans 40% des cas, seule une intervention chirurgicale permettant d'améliorer le pronostic. L'expert relève également qu'une intervention chirurgicale présentait dans le cas de Mme G, un risque élevé de décès compte tenu de l'âge de la patiente, de son état antérieur biologique et anatomique notamment de ses antécédents cardiaques non connus. Ainsi, la prise en charge fautive du centre hospitalier de La Rochelle doit être regardée comme ayant seulement fait perdre à la victime une chance de survie. Il résulte des éléments de l'instruction en particulier de l'expertise demandée par la CCI et de l'expertise judiciaire que cette perte de chance peut être évaluée à 20% du préjudice subi. Il y a lieu, dès lors, de mettre à la charge du centre hospitalier et de son assureur la réparation de cette fraction du dommage.
Sur l'indemnisation des préjudices :
En ce qui concerne les préjudices de Mme C G :
8. Le droit à la réparation d'un dommage, quelle que soit sa nature, s'ouvre à la date à laquelle se produit le fait qui en est directement la cause. Si la victime du dommage décède avant d'avoir elle-même introduit une action en réparation, son droit, entré dans son patrimoine avant son décès, est transmis à ses héritiers.
9. En premier lieu, l'expert évalue les souffrances endurées par la victime à 6 sur une échelle de 1 à 7 en considération de la dégradation rapide de son état général et des traitements médicaux qu'elle a été contrainte de suivre. Dans ces conditions, ce préjudice sera justement réparé, après application du taux de perte de chance de 20%, à hauteur de 4 700 euros.
10. En deuxième lieu, l'expert évalue le préjudice esthétique temporaire subi par Mme C G à 6 sur 7 en raison de l'altération de son image et d'une présentation amoindrie de l'intéressée aux yeux de ses proches durant son hospitalisation. Dans ces conditions, après application du taux de perte de chance, ce préjudice, sera suffisamment indemnisé par le versement de la somme de 1 000 euros.
11. En troisième lieu, les éléments de l'instruction font ressortir que Mme C G a exprimé auprès du psychologue de l'hôpital son angoisse de se voir diminuée. En outre, alors qu'elle était autonome avant son entrée à l'hôpital son état de santé s'est aggravé rapidement. Ainsi, la requérante est fondée à soutenir que la défunte a pu avoir conscience de sa mort imminente ce que l'expert a admis. Dans ses conditions, il sera fait une juste appréciation de ce chef de préjudice en l'évaluant à hauteur de 2 000 euros, après application du taux de perte de chance.
12. En dernier lieu, l'expert reconnaît l'existence d'un déficit fonctionnel total sur la période du 19 février 2013 au 11 avril 2013 où la patiente a été hospitalisée. Contrairement à ce que soutient la requérante, ce n'est qu'à sa deuxième hospitalisation que Mme G a subi les conséquences dommageables de l'erreur de diagnostic et de traitement commise lors de sa première prise en charge aux urgences. En tenant compte d'une base mensuelle d'indemnisation de 500 euros par mois pour un déficit fonctionnel total, ce préjudice pourra être indemnisé à hauteur de 866 euros. Compte tenu du taux de 20% de perte de chance représentatif de la responsabilité du groupe hospitalier, la somme de 173 euros pourra être mise à sa charge.
En ce qui concerne les préjudices de Mme F G :
S'agissant des préjudices patrimoniaux :
13. En premier lieu, le préjudice économique subi du fait du décès d'une victime par les ayants droit appartenant au foyer de celui-ci est constitué par la perte de revenus de la victime consacrés à l'entretien de chacun d'eux, compte tenu de leurs propres revenus éventuels, et déduction faite des revenus consacrés par la victime à sa propre consommation. Ce préjudice doit tenir compte de l'évolution prévisible des revenus de la personne décédée comme de ceux des ayant droits, notamment lorsque ces derniers sont amenés à percevoir des sommes en raison de ce décès.
14. Si Mme G sollicite la réparation du préjudice résultant de sa perte de revenus, la réalité de ce préjudice n'est pas démontrée par les pièces du dossier. Au demeurant, si la requérante se prévaut de ce que le décès de sa mère l'a conduite à se placer en congé de maladie, elle ne démontre pas sa perte de revenus alors qu'elle a nécessairement perçu dans cette situation des indemnités journalières. Les conclusions tendant à la réparation de ce chef de préjudice ne peuvent, dès lors, qu'être rejetées.
15. En deuxième lieu, la requérante sollicite l'indemnisation des frais d'obsèques qu'elle a engagés. Compte tenu des factures produites qui établissent qu'elle a assumé ces frais, et après application du taux de perte de chance, ce préjudice sera exactement réparé à hauteur de 1 226,31 euros.
16. En dernier lieu, Mme G a eu recours, dans le cadre de l'expertise amiable et de l'expertise ordonnée par le tribunal, à l'assistance de deux médecins-conseil afin de déterminer les causes du décès de sa mère et elle justifie avoir acquitté à ce titre la somme totale de 3 060 euros. L'intervention de ces médecins a été utile à la résolution du présent litige. Ces frais sont directement liés au dommage subi par Mme C G et au refus du groupe hospitalier d'accorder spontanément l'indemnisation de ses préjudices, de sorte qu'il n'y a pas lieu d'appliquer sur cette somme le taux de perte de chance. Dans ces conditions, le centre hospitalier et son assureur seront condamnés au paiement de cette somme.
S'agissant des préjudices extra-patrimoniaux :
17. En premier lieu, il résulte de l'instruction que la requérante, fille de la défunte avec laquelle elle entretenait une communauté de vie, a subi un préjudice d'affection en raison de son décès. Dans ces conditions, il y a lieu de faire une juste appréciation de ce préjudice, après application du taux de perte de chance, à hauteur de 4 000 euros.
18. En second lieu, il sera fait une juste appréciation du préjudice d'accompagnement subi par Mme G résultant du décès de sa mère en l'évaluant à la somme de 200 euros, après application du taux de perte de chance.
Sur les conclusions accessoires :
En ce qui concerne les dépens :
19. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre définitivement à la charge du groupe hospitalier de La Rochelle-Ré-Aunis et de son assureur les frais d'expertise engagés dans le cadre de la présente instance, liquidés et taxés par l'ordonnance du 2 mars 2023 à la somme de 3 700 euros.
En ce qui concerne les frais liés au litige :
20. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce qu'une somme quelconque soit mise à la charge de Mme G qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance au titre des frais exposés par le groupe hospitalier de La Rochelle-Ré-Aunis et par son assureur et non compris dans les dépens. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge conjointe du groupe hospitalier de La Rochelle-Ré-Aunis et de son assureur la somme globale de 1 600 euros à verser à Mme G sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : Le groupe hospitalier de La Rochelle-Ré-Aunis et son assureur sont condamnés conjointement à verser à Mme G une somme de 7 873 euros en réparation des préjudices subis par Mme C G et une somme de 8 486,31 euros en réparation de ses préjudices propres, soit au total la somme de 16 359,31 euros.
Article 2 : Les frais de l'expertise médicale, liquidés et taxés à la somme de 3 700 euros, sont mis à la charge définitive du groupe hospitalier de La Rochelle-Ré-Aunis et de son assureur.
Article 3 : Le groupe hospitalier de La Rochelle-Ré-Aunis et son assureur verseront conjointement à Mme G la somme de 1 600 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 4 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à Mme F G, à la caisse primaire d'assurance maladie de la Charente-Maritime, au groupe hospitalier de La Rochelle-Ré-Aunis et à la société Relyens mutual insurance venant aux droits de la SHAM.
Une copie sera adressée à l'expert.
Délibéré après l'audience du 21 septembre 2023, à laquelle siégeaient :
M. Cristille, président,
Mme Thèvenet-Bréchot, première conseillère,
Mme Gibson-Théry, première conseillère,
Rendu public par mise à disposition au greffe le 9 octobre 2023.
Le président rapporteur
Signé
P. CRISTILLE
L'assesseur la plus ancienne
dans l'ordre du tableau
Signé
A THEVENET- BRECHOT
La greffière,
Signé
N. COLLET
La République mande et ordonne au ministre de la santé et de la prévention en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Pour le greffier en chef,
La Greffière,
N. COLLET
N°2101794
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026