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AccueilJurisprudence administrativeN° TA86-2101828

Tribunal Administratif de Poitiers — Décision N° TA86-2101828

lundi 27 février 2023

JuridictionTribunal Administratif de Poitiers
SectionTribunal Administratif de Poitiers
N° DossierTA86-2101828
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
Formation3ème chambre
Avocat requérantSCP D'AVOCATS TEN FRANCE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 13 juillet 2021 et un mémoire non communiqué enregistré le 30 décembre 2022, Mme B A, représentée par Me Shorthouse, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 11 mars 2021 par laquelle la directrice de la maison d'accueil spécialisée du Fief Joly lui a notifié le non renouvellement de son contrat à durée déterminée ;

2°) de condamner la maison d'accueil spécialisée du Fief Joly à lui verser une somme de 10 000 euros en réparation du préjudice subi du fait de la résiliation fautive de son contrat à durée déterminée ;

3°) de mettre à la charge de la maison d'accueil spécialisée du Fief Joly la somme de 2 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- le non renouvellement de son contrat n'est justifié par aucun motif lié à l'intérêt du service ;

- l'administration n'a pas respecté le délai de prévenance d'un mois ;

- elle n'a pas non plus tenu sa promesse de renouveler son contrat ;

- la décision de non renouvellement de son contrat étant illégale, la responsabilité de l'administration est engagée ;

- les préjudices subis s'élèvent à la somme de 10 000 euros compte tenu notamment de son âge, de son ancienneté et de ses charges de famille.

Par un mémoire en défense enregistré le 1er février 2022, la maison d'accueil spécialisée du Fief Joly, représentée par la SCP d'avocats Ten France, conclut au rejet de la requête et à ce que soit mis à la charge de Mme A une somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- les moyens soulevés par Mme A ne sont pas fondés ;

- elle n'a formulé aucune promesse de renouvellement du contrat de Mme A ;

- le délai de prévenance a été respecté ;

- Mme A ne démontre l'existence d'aucun préjudice en lien avec le non-renouvellement de son contrat ;

- à titre subsidiaire, le montant de l'indemnité réclamée est surévalué.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la loi n°83-634 du 13 juillet 1983 ;

- la loi n°86-33 du 9 janvier 1986 ;

- le décret n° 91-155 du 6 février 1991 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme C,

- les conclusions de Mme Bréjeon, rapporteure publique,

- et les observations de Me Levrey, représentant la maison d'accueil social du Fief Joly.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B A a exercé des fonctions d'assistante médico-administrative à la maison d'accueil social (MAS) du Fief Joly, située à Niort, dans le cadre d'un contrat à durée déterminée conclu pour la période du 16 mars 2020 au 15 mars 2021. Par un courrier du 11 mars 2021, la directrice de la MAS lui a notifié son intention de ne pas renouveler son contrat. Mme A a formé un recours gracieux par courrier du 29 mars 2021. Par une décision du 18 mai 2021, la directrice de la MAS a rejeté son recours gracieux.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, aux termes de l'article 3 de la loi du 13 juillet 1983 portant droits et obligations des fonctionnaires : " Sauf dérogation prévue par une disposition législative, les emplois civils permanents de l'Etat, des régions, des départements, des communes et de leurs établissements publics à caractère administratif sont () occupés soit par des fonctionnaires régis par le présent titre, soit par des fonctionnaires des assemblées parlementaires, des magistrats de l'ordre judiciaire ou des militaires dans les conditions prévues par leur statut ". Aux termes de l'article 9-1 de la loi du 9 janvier 1986 : " I. - Les établissements peuvent recruter des agents contractuels pour assurer le remplacement momentané de fonctionnaires ou d'agents contractuels autorisés à exercer leurs fonctions à temps partiel ou indisponibles en raison d'un congé annuel, d'un congé de maladie, de grave ou de longue maladie, d'un congé de longue durée, d'un congé pour invalidité temporaire imputable au service, d'un congé pour maternité ou pour adoption, d'un congé parental, d'un congé de présence parentale, d'un congé de solidarité familiale, de l'accomplissement du service civil ou national, du rappel ou du maintien sous les drapeaux ou de leur participation à des activités dans le cadre des réserves opérationnelle, de sécurité civile ou sanitaire ou en raison de tout autre congé régulièrement octroyé en application des dispositions réglementaires applicables aux agents contractuels de la fonction publique hospitalière. / Le contrat est conclu pour une durée déterminée. Il est renouvelable, par décision expresse, dans la limite de la durée de l'absence de l'agent à remplacer. / II. - Pour les besoins de continuité du service, des agents contractuels peuvent être recrutés pour faire face à une vacance temporaire d'emploi dans l'attente du recrutement d'un fonctionnaire. / Le contrat est conclu pour une durée déterminée qui ne peut excéder un an. Il ne peut l'être que lorsque la communication requise à l'article 36 a été effectuée. () ".

3. Un agent public qui a été recruté en contrat à durée déterminée ne bénéficie ni d'un droit au renouvellement de son contrat ni, à plus forte raison, d'un droit au maintien de ses clauses si l'administration envisage de procéder à son renouvellement. Toutefois, l'administration ne peut légalement décider, au terme de son contrat, de ne pas le renouveler ou de proposer à l'agent, sans son accord, un nouveau contrat substantiellement différent du précédent, que pour un motif tiré de l'intérêt du service. Un tel motif s'apprécie au regard des besoins du service ou de considérations tenant à la personne de l'agent.

4. Il résulte de l'instruction que Mme A a été recrutée par contrat à durée déterminée dans le cadre du remplacement d'un agent titulaire parti en détachement. Dès lors qu'à compter du 19 mars 2021, cet agent a été intégré dans sa nouvelle collectivité, son poste au sein de la maison d'accueil spécialisé devait être ouvert à la vacance en vue de recruter prioritairement un fonctionnaire, ce qui a au demeurant été fait le 15 juin 2021. Par suite, la décision de non renouvellement du contrat de Mme A est justifiée par un motif tiré de l'intérêt sur service et n'est entachée d'aucune erreur manifeste d'appréciation.

5. En second lieu, aux termes de l'article 41 du décret du 6 février 1991 relatif aux dispositions générales applicables aux agents contractuels de la fonction publique hospitalière : " Lorsque l'agent contractuel a été recruté par un contrat à durée déterminée susceptible d'être renouvelé en application des dispositions législatives ou réglementaires qui lui sont applicables, l'autorité signataire du contrat notifie à l'intéressé son intention de renouveler ou non le contrat, au plus tard : () / 2° Un mois avant le terme de l'engagement pour l'agent recruté pour une durée égale ou supérieure à six mois et inférieure à deux ans ; () ". Il résulte de ces dispositions que la décision notifiant l'intention de l'administration de ne pas renouveler un contrat d'une durée d'un an doit intervenir au moins un mois avant le terme du contrat.

6. Il ressort des pièces du dossier que Mme A n'a été informée par la directrice de la maison d'accueil social du non renouvellement de son contrat, qui arrivait à échéance le 15 mars 2021, que par un courrier du 11 mars 2021. Si l'administration fait valoir que Mme A a été informée par courrier du 9 février 2021 que le poste qu'elle occupait allait être ouvert à la mutation, ce courrier ne peut être regardé comme valant notification à l'intéressée de l'intention de l'administration de ne pas renouveler son contrat. Cependant, si la méconnaissance du délai de prévenance est constitutive d'une faute de nature à engager la responsabilité de l'administration, elle est toutefois sans incidence sur la légalité de la décision de non-renouvellement du contrat.

Sur les conclusions à fin d'indemnisation :

7. En premier lieu, s'il résulte de ce qui a été dit au point 6 que la méconnaissance du délai de prévenance est constitutive d'une faute de nature à engager la responsabilité de l'administration, Mme A n'établit l'existence d'aucun préjudice direct et certain qui en aurait résulté. Au demeurant, il résulte de l'instruction que la MAS du Fief Joly lui a versé, à titre gracieux, une indemnité de fin de contrat d'un montant brut de 965,99 euros. Par suite, elle ne peut prétendre à aucune indemnisation à ce titre.

8. En second lieu, Mme A soutient que la directrice de la maison d'accueil social s'était engagée à renouveler son contrat et que le non-respect de cette promesse est constitutif d'une faute de nature à engager la responsabilité de l'administration. Toutefois, d'une part, s'il résulte de l'instruction que, par une attestation du 14 avril 2020, la directrice de la maison d'accueil social s'était engagée à transformer le contrat à durée déterminée de l'intéressée en contrat à durée indéterminée à compter du 15 juin 2020, l'administration fait valoir sans être contredite que cette attestation a été rédigée à la demande de Mme A dans le cadre de sa recherche de logement à Niort. Au demeurant, il ne résulte pas de l'instruction que Mme A remplirait les conditions pour prétendre à un contrat à durée indéterminée. D'autre part, s'il résulte de l'instruction que, dans une lettre du 9 février 2021, rédigée à la suite d'un entretien avec la requérante le 27 janvier 2021, la directrice de la maison d'accueil social a fait référence à l'évocation de la possibilité d'une retraite progressive dans le cadre d'un contrat à durée déterminée à temps partiel à compter du 16 mars 2021, il est précisé que cette possibilité est conditionnée à la vérification de sa faisabilité réglementaire. Ainsi, l'administration ne peut être regardée comme ayant promis à la requérante de renouveler son contrat et n'a, par suite, commis aucune faute de nature à engager sa responsabilité en ne procédant pas à un tel renouvellement, alors qu'ainsi qu'il a été rappelé au point 3, un agent recruté en contrat à durée déterminée ne bénéficie d'aucun droit au renouvellement de son contrat.

9. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions de la requête de Mme A à fin d'annulation et d'indemnisation doivent être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

10. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mis à la charge de la maison d'accueil spécialisée du Fief Joly la somme sollicitée par Mme A au titre des frais du litige. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge de Mme A une somme de 400 euros à verser à la maison d'accueil spécialisée du Fief Joly sur ce même fondement.

DECIDE :

Article 1er : La requête de Mme A est rejetée.

Article 2 : Mme A versera à la maison d'accueil spécialisée du Fief Joly une somme de 400 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A et à la maison d'accueil spécialisée du Fief Joly.

Délibéré après l'audience du 2 février 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Bruston, présidente,

Mme Thèvenet-Bréchot, première conseillère,

Mme Gibson-Théry, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe, le 27 février 2023.

La rapporteure,

Signé

A. THEVENET-BRECHOTLa présidente,

Signé

S. BRUSTON

La greffière,

Signé

N. COLLET

La République mande et ordonne au préfet des Deux-Sèvres en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour le greffier en chef,

La greffière,

N. COLLET

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