lundi 3 juillet 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Poitiers |
| Section | Tribunal Administratif de Poitiers |
| N° Dossier | TA86-2101858 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Formation | 3ème chambre |
| Avocat requérant | FILET |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des mémoires enregistrés le 19 juillet 2021, le 13 octobre 2021 et le 13 septembre 2022, Mme D C, représentée par Me Filet, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :
1°) de condamner le centre hospitalier de La Rochelle-Ré-Aunis à lui payer la somme de 43 711,20 euros, assortie des intérêts au taux légal et de la capitalisation des intérêts à compter de la demande préalable indemnitaire du 3 avril 2021, à titre de réparation des préjudices découlant des deux erreurs médicales subies au sein dudit centre hospitalier ;
2°) de mettre à la charge du centre hospitalier de La Rochelle-Ré-Aunis les dépens de l'instance et la somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- le centre hospitalier de La Rochelle-Ré-Aunis est tenu au versement de la somme de 26 464,80 euros, dès lors qu'il a commis deux fautes médicales, selon les termes du rapport d'expertise du 5 septembre 2020, qui engagent sa responsabilité ;
- avant consolidation, le préjudice subi au titre du déficit fonctionnel temporaire total en période d'hospitalisation s'élève à 1 000 euros, le déficit fonctionnel partiel de classe III s'élève à 808,50 euros, le déficit fonctionnel partiel de classe I s'élève à 854,70 euros, le préjudice subi au titre des souffrances endurées s'élève à 20 000 euros, le préjudice subi au titre du préjudice esthétique temporaire s'élève à 8 000 euros et le préjudice subi au titre de l'assistance à tierce personne s'élève à 4 524 euros ;
- après consolidation, le préjudice subi au titre du déficit fonctionnel permanent partiel s'élève à 8 850 euros et le préjudice subi au titre du préjudice esthétique permanent s'élève à 4 000 euros.
Par un mémoire en défense, enregistré le 20 avril 2022, le centre hospitalier La Rochelle-Ré-Aunis conclut à ce que le préjudice indemnisable soit réduit à de plus justes proportions.
Il soutient que :
- le préjudice indemnisable s'élève à la somme de 20 160,20 euros ;
- le surplus de ses conclusions doit être rejeté.
Par deux mémoires enregistrés les 17 août 2021 et 30 mai 2023, la Caisse primaire d'assurance maladie (CPAM) de la Charente-Maritime, demande au tribunal de condamner le centre hospitalier La Rochelle-Ré-Aunis à lui payer les sommes de 24 254,71 euros, avec intérêts à compter du jugement, en remboursement de ses débours, et de 1 162 euros au titre de l'indemnité forfaitaire de gestion.
Vu :
- l'ordonnance du 24 avril 2018, par laquelle le juge des référés du Tribunal Administratif de Poitiers, a, sur la requête n° 1800217, ordonné une expertise et désigné le docteur E A, en qualité d'expert ;
- l'ordonnance du 16 octobre 2018 par laquelle le président du tribunal administratif de Poitiers a liquidé et taxé les honoraires d'expertise à la somme de 1 200 euros toutes taxes comprises ;
- le rapport d'expertise remis le 3 septembre 2018 ;
- les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de la santé publique ;
- le code de la sécurité sociale ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. B,
- les conclusions de Aude Thévenet-Bréchot, rapporteure publique,
- et les observations de Me Tinel, représentant le centre hospitalier de La Rochelle-Ré-Aunis.
Considérant ce qui suit :
1. Mme D C, âgée de 32 ans au moment des faits, a commencé une grossesse le 24 juin 2016, ayant pour terme prévu le 23 mars 2017. Elle s'est présentée spontanément au centre hospitalier de La Rochelle, le 19 mars 2017, en début de travail au terme de 40 semaines d'aménorrhée et 3 jours. Elle a ensuite subi un accouchement par césarienne sous anesthésie générale, suite à une suspicion de rupture utérine. Une décision de reprise chirurgicale en urgence a été prise 4 heures après l'opération. Elle est retournée ensuite à son domicile puis a été à nouveau hospitalisée à de nombreuses reprises du 26 mars 2017 au 31 mars 2017 pour des douleurs lombaires et des nausées, le 13 avril 2017 pour pyélonéphrite, du 28 au 29 avril 2017 pour rachialgie, du 11 au 18 mai 2017 pour rétablissement de la continuité urétérale, puis le 29 mai 2017, du 8 juin au 17 juin 2017, du 23 au 24 juin 2017 et enfin du 8 au 10 février 2018 pour diverses pathologies. Imputant ces divers troubles à une faute médicale, Mme C a obtenu du juge des référés la désignation d'un expert par une ordonnance du tribunal administratif de Poitiers du 24 avril 2018. L'expert a rendu son rapport le 3 septembre 2018. Par la présente requête, Mme C demande au tribunal de condamner le centre hospitalier de La Rochelle-Ré-Aunis à lui verser la somme 43 711,20 euros au titre de l'indemnisation des conséquences dommageables de sa prise en charge suite à son accouchement.
Sur la responsabilité du centre hospitalier de La Rochelle-Ré-Aunis :
2. Aux termes de l'article L. 1142-1 du code de la santé publique : " I. - Hors le cas où leur responsabilité est encourue en raison d'un défaut d'un produit de santé, les professionnels de santé mentionnés à la quatrième partie du présent code, ainsi que tout établissement, service ou organisme dans lesquels sont réalisés des actes individuels de prévention, de diagnostic ou de soins ne sont responsables des conséquences dommageables d'actes de prévention, de diagnostic ou de soins qu'en cas de faute. () ".
3. Il résulte de l'instruction, et notamment du rapport d'expertise, que Mme C a fait l'objet de deux interventions chirurgicales au sein du centre hospitalier de La Rochelle-Ré-Aunis au cours de sa prise en charge pour son accouchement par césarienne le 19 mars 2017. Selon les termes mêmes des experts désignés par le tribunal, deux accidents médicaux fautifs ont eu lieu, le premier lié à une ligature urétérale du fait d'une maladresse, le second du fait de l'oubli d'un champ opératoire lors du rétablissement de la continuité de l'urétère. Dans ces conditions, la requérante est fondée à demander la réparation par le centre hospitalier de La Rochelle-Ré-Aunis des préjudices subis du fait des deux accidents médicaux fautifs dont elle a été victime.
Sur les préjudices subis :
En ce qui concerne les préjudices patrimoniaux :
4. Le besoin en assistance par une tierce personne imputable directement à la faute médicale a été fixé par l'expert à 1 heure par jour pour une période de 348 jours, non contestée en défense. Il résulte de l'instruction que Mme C a eu recours à l'aide de proches. En l'espèce, le taux horaire moyen de l'assistance par une tierce personne doit être fixé à 13 euros. L'indemnisation de ce poste de préjudice doit donc être fixée à la somme de 5 112,12 euros.
En ce qui concerne les préjudices extrapatrimoniaux :
S'agissant des préjudices extrapatrimoniaux temporaires :
5. En premier lieu, le préjudice lié à la période de déficit fonctionnel temporaire total subi par l'intéressée pendant une période cumulée de 30 jours, entre le 19 mars 2017 et le 10 février 2018, s'établit ainsi à 400 euros.
6. En deuxième lieu, le préjudice lié à la période de déficit fonctionnel temporaire partiel de classe III de 50 % pour la période du 1er avril 2017 au 22 juin 2017, pendant laquelle la requérante n'était pas hospitalisée, mais était appelée à être à nouveau hospitalisée de manière régulière, s'établit à 400 euros.
7. En troisième lieu, le préjudice lié à la période de déficit fonctionnel temporaire partiel de classe I de 10 % pour la période du 25 juin 2017 au 8 mars 2018 s'établit à 440 euros.
8. En quatrième lieu, l'expert a évalué les souffrances endurées par Mme C en retenant un score de 4 sur une échelle de 7. Il y a lieu de retenir à ce titre un montant de 7 200 euros, au regard notamment du barème de l'Office national d'indemnisation des accidents médicaux (ONIAM).
9. En dernier lieu, il résulte de l'instruction que la requérante, qui a eu de multiples cicatrices, a subi, de ce fait, un préjudice esthétique temporaire, évalué par l'expert à 3 sur 7. Il sera fait une juste appréciation de ce préjudice en fixant sa réparation à 2 000 euros, au regard notamment du barème de l'ONIAM.
S'agissant des préjudices extrapatrimoniaux permanents :
10. Il résulte de l'instruction, et notamment du rapport d'expertise, que Mme C reste atteinte d'un déficit fonctionnel permanent, évalué par l'expert à 5 %. Il sera fait une juste appréciation du préjudice subi à ce titre par la requérante, âgée de 37 ans à la date de consolidation, en l'évaluant à la somme de 6 000 euros.
11. Il résulte de l'instruction que la requérante, qui a des cicatrices permanentes du fait des différentes interventions médicales, subit, de ce fait, un préjudice esthétique permanent, évalué par l'expert à 2 sur 7. Il sera fait une juste appréciation de ce préjudice en fixant sa réparation à 2 000 euros, au regard notamment du barème de l'ONIAM.
12. Il résulte de tout ce qui précède que le centre hospitalier de La Rochelle-Ré-Aunis doit être condamné à verser à Mme C la somme totale de 23 552,12 euros.
Sur les demandes de la caisse primaire d'assurance maladie (CPAM) :
13. Il résulte de l'instruction que la CPAM de la Charente-Maritime, justifie, par une attestation du médecin conseil de l'assurance maladie, du montant des débours qu'elle a acquittés en lien avec les fautes imputables au centre hospitalier de La Rochelle-Ré-Aunis à hauteur de 24 254,71 euros de frais médicaux, d'hospitalisation, de pertes de gains professionnels actuels et de dépenses de santé futures.
14. Par ailleurs, eu égard au montant de la somme qui lui est allouée par le présent jugement, la CPAM de la Charente-Maritime a droit, au titre de l'indemnité forfaitaire de gestion, à la somme de 1 162 euros.
Sur les intérêts de retard et la capitalisation :
15. Mme C a droit aux intérêts au taux légal sur la somme de 23 552,12 euros à compter de la date de la demande préalable d'indemnisation, le 3 avril 2021. Par ailleurs, aux termes de l'article 1343-2 du code civil : " Les intérêts échus, dus au moins pour une année entière, produisent intérêt si le contrat l'a prévu ou si une décision de justice le précise ". Pour l'application des dispositions précitées, la capitalisation des intérêts peut être demandée à tout moment devant le juge du fond. Cette demande prend toutefois effet au plus tôt à la date à laquelle elle est enregistrée et pourvu qu'à cette date, il s'agisse d'intérêts dus au moins pour une année entière. Le cas échéant, la capitalisation s'accomplit à nouveau à l'expiration de chaque échéance annuelle ultérieure sans qu'il soit besoin de formuler une nouvelle demande. A la date de la demande de capitalisation, formulée dans la requête enregistrée le 19 juillet 2021, il n'était pas dû une année entière d'intérêts. Il y a lieu, dès lors, de faire droit à la demande de capitalisation des intérêts à la date du 3 avril 2022 et à chaque date anniversaire.
16. La CPAM de Charente-Maritime a droit aux intérêts au taux légal sur la somme 24 254,71 euros, courant à compter du 17 août 2021, date d'enregistrement de son mémoire.
Sur les dépens :
17. L'article R. 761-1 du code de justice administrative dispose que : " Les dépens comprennent les frais d'expertise, d'enquête et de toute autre mesure d'instruction dont les frais ne sont pas à la charge de l'Etat. Sous réserve de dispositions particulières, ils sont mis à la charge de toute partie perdante sauf si les circonstances particulières de l'affaire justifient qu'ils soient mis à la charge d'une autre partie ou partagés entre les parties ".
18. Les frais et honoraires de l'expertise ont été taxés et liquidés à la somme de 1 200 euros toutes taxes comprises par l'ordonnance du président du tribunal administratif du 16 octobre 2018 visée ci-dessus. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre ces frais à la charge définitive du centre hospitalier de La Rochelle-Ré-Aunis.
Sur les conclusions tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :
19. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge du centre hospitalier de La Rochelle-Ré-Aunis le versement à la requérante de la somme de 1 500 euros qu'elle demande au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1 : Le centre hospitalier de La Rochelle-Ré-Aunis est condamné à payer à Mme C une somme de 23 552,12 euros, assortie des intérêts au taux légal à compter du 3 avril 2021, les intérêts étant capitalisés pour produire eux-mêmes intérêts à la date du 3 avril 2022 et à chaque date anniversaire.
Article 2 : Le centre hospitalier de La Rochelle-Ré-Aunis est condamné à verser à la caisse primaire d'assurance maladie de la Charente-Maritime la somme de 24 254,71 euros, assortie des intérêts au taux légal à compte du 17 août 2021, outre l'indemnité forfaitaire de gestion de 1 162 euros.
Article 3 : Les frais et honoraires de l'expertise, liquidés et taxés à la somme de 1 200 euros toutes taxes comprises, sont mis à la charge définitive du centre hospitalier de La Rochelle-Ré-Aunis .
Article 4 : Le centre hospitalier de La Rochelle-Ré-Aunis versera à Mme C une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 5 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.
Article 6 : Le présent jugement sera notifié à Mme D C, à la Caisse primaire d'assurance maladie de la Charente-Maritime et au centre hospitalier La Rochelle-Ré-Aunis .
Une copie sera adressée à l'expert.
Délibéré après l'audience du 15 juin 2023, à laquelle siégeaient :
Mme Bruston, présidente,
Mme Gibson-Théry, première conseillère,
M. B, premier-conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 3 juillet 2023.
Le rapporteur,
Signé
R. B
La présidente,
Signé
S. BRUSTON
La greffière,
Signé
N. COLLET
La République mande et ordonne au ministre de la santé et de la prévention en ce qui le concerne et à tous commissaires à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Pour le greffier en chef,
La greffière,
N. COLLET
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026