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AccueilJurisprudence administrativeN° TA86-2101903

Tribunal Administratif de Poitiers — Décision N° TA86-2101903

jeudi 19 janvier 2023

JuridictionTribunal Administratif de Poitiers
SectionTribunal Administratif de Poitiers
N° DossierTA86-2101903
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
Formation3ème chambre - JU
Avocat requérantDE CAUMONT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés le 20 juillet 2021 et le 20 janvier 2022, M. B A, représenté par le Cabinet de Caumont, demande au tribunal :

1°) d'annuler les décisions par lesquelles le ministre de l'intérieur a procédé à des retraits de points à la suite des infractions commises le 22 janvier 2017, le 26 février 2018, le 9 février 2019, le 25 janvier 2020, le 20 février 2020, le 10 juillet 2020 et le 26 octobre 2020, ainsi que la décision référencée 48 SI du 4 juin 2021 par laquelle le ministre de l'intérieur a constaté l'invalidité de son permis de conduire en raison d'un solde de points nul.

2°) d'enjoindre au ministre de l'intérieur de lui restituer les points illégalement retirés et de rétablir le capital de son permis de conduire dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- les retraits de points en litige sont intervenus à l'issue d'une procédure irrégulière dès lors qu'il n'a pas bénéficié d'une information préalable dans le cadre des infractions relevées les 26 février 2018, 9 février 2019, 25 janvier 2020, 20 février 2020, 10 juillet 2020 et 26 octobre 2020 ;

- la réalité de l'infraction constatée le 22 janvier 2017 n'est pas établie ;

- la décision référencée 48 SI du 4 juin 2021 est illégale en conséquence de l'illégalité des décisions de retrait de points prises à son encontre.

Par un mémoire en défense, enregistré le 4 novembre 2021, le ministre de l'intérieur conclut au non-lieu à statuer sur la requête, en tant qu'elle tend à l'annulation de la décision référencée 48 SI invalidant le permis de conduire de M. A pour solde de points nul et au rejet du surplus des conclusions de la requête.

Il soutient que :

- les conclusions tendant à l'annulation de la décision référencée 48 SI sont devenues sans objet dès lors que, à la suite de la transmission par les services préfectoraux d'une attestation de suivi d'un stage de sensibilisation à la sécurité routière accompli les 8 et 9 mars 2021, le solde de points du permis de conduire du requérant est redevenu provisoirement positif ;

- les moyens soulevés à l'encontre des décisions restant en litige ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de la route ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le président du tribunal par intérim a désigné Mme C pour statuer en application de l'article R. 222-13 du code de justice administrative.

En application de l'article R. 732-1-1 du code de justice administrative, la magistrate statuant seule a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Le rapport de Mme C a été entendu au cours de l'audience publique, les parties n'étant ni présentes ni représentées.

Considérant ce qui suit :

1. M. A demande au tribunal d'annuler, d'une part, les décisions par lesquelles le ministre de l'intérieur a procédé à des retraits de points sur le capital de points affecté à son permis de conduire à la suite des infractions commises le 22 janvier 2017, le 26 février 2018, le 9 février 2019, le 25 janvier 2020, le 20 février 2020, le 10 juillet 2020 et le 26 octobre 2020, et, d'autre part, la décision du 4 juin 2021 référencée 48 SI par laquelle cette même autorité a constaté l'invalidité de son permis de conduire en raison d'un solde de points nul et lui a enjoint de le restituer aux services préfectoraux de son lieu de résidence dans un délai de dix jours à compter de sa notification.

Sur l'exception de non-lieu à statuer :

2. Il résulte tant des écritures du ministre de l'intérieur que des mentions du relevé d'information intégral édité le 3 novembre 2021 que la mention relative à la décision référencée 48 SI du 4 juin 2021 a été supprimée du dossier de l'intéressé. Ainsi, le ministre de l'intérieur doit être regardé comme ayant retiré cette décision. Par suite, les conclusions par lesquelles M. A demande l'annulation de la décision référencée 48 SI sont, ainsi que le soutient le ministre de l'intérieur, devenues sans objet.

Sur les conclusions à fin d'annulation restant en litige :

En ce qui concerne le moyen tiré de l'absence d'information préalable :

3. Aux termes de l'article L. 223-3 du code de la route : " Lorsque l'intéressé est avisé qu'une des infractions entraînant retrait de points a été relevée à son encontre, il est informé des dispositions de l'article L. 223-2, de l'existence d'un traitement automatisé de ces points et de la possibilité pour lui d'exercer le droit d'accès conformément aux articles L. 225-1 à L. 225-9. / Lorsqu'il est fait application de la procédure de l'amende forfaitaire ou de la procédure de composition pénale, l'auteur de l'infraction est informé que le paiement de l'amende ou l'exécution de la composition pénale entraîne le retrait du nombre de points correspondant à l'infraction reprochée, dont la qualification est dûment portée à sa connaissance ; il est également informé de l'existence d'un traitement automatisé de ces points et de la possibilité pour lui d'exercer le droit d'accès () ". Aux termes de l'article R. 223-3 du même code : " I. - Lors de la constatation d'une infraction entraînant retrait de points, l'auteur de celle-ci est informé qu'il encourt un retrait de points si la réalité de l'infraction est établie dans les conditions définies à l'article L. 223-1. / II. - Il est informé également de l'existence d'un traitement automatisé des retraits et reconstitutions de points et de la possibilité pour lui d'accéder aux informations le concernant. Ces mentions figurent sur le document qui lui est remis ou adressé par le service verbalisateur. Le droit d'accès aux informations ci-dessus mentionnées s'exerce dans les conditions fixées par les articles L. 225-1 à L. 225-9. / III. - Lorsque le ministre de l'intérieur constate que la réalité d'une infraction entraînant retrait de points est établie dans les conditions prévues par le quatrième alinéa de l'article L. 223-1, il réduit en conséquence le nombre de points affecté au permis de conduire de l'auteur de cette infraction. () ".

4. L'information prévue par ces dispositions constitue une formalité substantielle dont l'accomplissement, qui est une garantie essentielle donnée à l'auteur de l'infraction pour lui permettre d'en contester la réalité et d'en mesurer les conséquences sur la validité de son permis, est une condition de la régularité de la procédure suivie et, partant, de la légalité du retrait de points. Il appartient à l'administration d'apporter la preuve, par tous moyens, qu'elle a satisfait à cette obligation.

S'agissant des infractions commises les 26 février 2018, 25 janvier 2020 et 10 juillet 2020 :

5. D'une part, l'article R. 49-1 du code de procédure pénale prévoit, dans son II, que le procès-verbal constatant une contravention pouvant donner lieu à une amende forfaitaire " peut être dressé au moyen d'un appareil sécurisé dont les caractéristiques sont fixées par arrêté du garde des sceaux, ministre de la justice, permettant le recours à une signature manuscrite conservée sous forme numérique ". En vertu des dispositions de l'article A. 37-19 du même code, l'appareil électronique sécurisé permet d'enregistrer, pour chaque procès-verbal d'une part, la signature de l'agent verbalisateur et, d'autre part, celle du contrevenant qui est invité à l'apposer " sur une page écran qui lui présente un résumé non modifiable des informations concernant la contravention relevée à son encontre, informations dont il reconnaît ainsi avoir eu connaissance ". En vertu des dispositions du II de l'article A. 37-27-2, issu d'un arrêté du 4 décembre 2014 mis en œuvre à compter du 15 avril 2015, en cas d'infraction entraînant retrait de points, le résumé non modifiable des informations qui figure sur la page écran précise que la contravention relevée entraîne retrait de points et comporte l'ensemble des éléments mentionnés aux articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route.

6. D'autre part, depuis une mise à jour logicielle effectuée le 15 avril 2015, tous les appareils électroniques utilisés par les agents verbalisateurs font apparaître sur la page présentée au contrevenant, en cas d'infraction entraînant retrait de points, l'ensemble des informations exigées par la loi. Dès lors, pour les infractions constatées à compter de cette date, la signature apposée par l'intéressé et conservée par voie électronique établit que ces informations lui ont été délivrées. La mention certifiée par l'agent selon laquelle le contrevenant a refusé d'apposer sa signature sur la page qui lui était présentée possède la même valeur probante.

7. Il résulte des procès-verbaux produits en défense que M. A a apposé sa signature sur la page écran du procès-verbal électronique constatant chacune des infractions commises les 26 février 2018 et 25 janvier 2020, correspondant respectivement à un excès de vitesse compris entre 20 et 30 km par heure par un conducteur de véhicule à moteur et l'usage d'un téléphone tenu en main par le conducteur d'un véhicule en circulation, et que cette signature revêt un caractère probant. S'agissant de l'infraction relevée le 10 juillet 2020 pour un excès de vitesse compris entre 20 et 30 km par heure par un conducteur de véhicule à moteur, dont le requérant ne conteste pas l'exactitude, elle est revêtue de la mention " N/A ", regardée comme possédant la même valeur probante que la signature de l'intéressé. Par suite, le ministre de l'intérieur établit, ainsi que cela lui incombe, avoir délivré au requérant les informations préalables requises par les articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route.

S'agissant des infractions commises les 20 février 2020 et 26 octobre 2020 :

8. L'information prévue aux articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route précités doit porter, d'une part, sur l'existence d'un traitement automatisé des points et la possibilité d'exercer le droit d'accès et, d'autre part, sur le fait que le paiement de l'amende établit la réalité de l'infraction dont la qualification est précisée et entraîne un retrait de points correspondant à cette infraction. La seule circonstance que l'intéressé n'a pas été informé, lors de la constatation d'une infraction, de l'existence d'un traitement automatisé des points et de la possibilité d'y accéder, n'entache pas d'illégalité la décision de retrait de points correspondante s'il ressort des pièces du dossier que ces éléments ont été portés à sa connaissance à l'occasion d'infractions antérieures suffisamment récentes.

9. Il résulte de l'instruction que, à supposer même que M. A ait été privé de l'information relative à l'existence d'un traitement automatisé des points et à la possibilité d'exercer un droit d'accès, lors des infractions qu'il a commises les 20 février 2020 et 26 octobre 2020, il en avait, toutefois, reçu communication en signant électroniquement le procès-verbal constatant l'infraction qu'il avait commise le 25 janvier 2020, soit moins d'un mois avant l'infraction du 20 février 2020 et environ dix mois avant celle du 26 octobre 2020. Il suit de là que l'administration doit être regardée comme s'étant acquittée envers l'intéressé de son obligation d'information préalable concernant les deux infractions en litige.

S'agissant de l'infraction commise le 9 février 2019 :

10. Lorsqu'il est établi que le titulaire du permis de conduire a payé l'amende forfaitaire prévue à l'article 529 du code de procédure pénale au titre d'une infraction constatée par un radar automatique, il découle de cette seule constatation qu'il a nécessairement reçu l'avis de contravention. Eu égard aux mentions dont cet avis doit être revêtu, la même constatation conduit également à regarder comme établi que l'administration s'est acquittée envers lui de son obligation de lui délivrer, préalablement au paiement de cette amende, les informations requises en vertu des dispositions des articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route, à moins que l'intéressé à qui il appartient à cette fin de produire l'avis qu'il a nécessairement reçu, ne démontre avoir été destinataire d'un avis inexact ou incomplet.

11. Il résulte de l'instruction, en particulier des attestations de paiement émises par la trésorerie du contrôle automatisé, que les infractions commises les 24 avril et 6 mai 2019 ont été relevées par radar automatique puis transmises au centre national de traitement du contrôle sanction automatisé (CNT-CSA) et que le requérant s'est acquitté des amendes forfaitaires majorées relatives à ces infractions. Il suit de là que l'administration doit être regardée comme s'étant acquittée envers l'intéressé, lequel n'apporte aucun élément pour démontrer l'inexactitude ou l'incomplétude de l'avis d'amende forfaitaire majorée en cause, de son obligation d'information préalable.

En ce qui concerne le moyen tiré de la réalité de l'infraction commise le 22 janvier 2017 :

12. En vertu de l'article L. 223-1 du code de la route, le nombre de points affecté au permis de conduire est réduit de plein droit lorsqu'est établie, par le paiement d'une amende forfaitaire, l'émission du titre exécutoire de l'amende forfaitaire majorée, l'exécution d'une composition pénale ou par une condamnation définitive, la réalité de l'infraction donnant lieu à retrait de points.

13. L'article L. 225-1 du code de la route fixe la liste des informations qui, sous l'autorité et le contrôle du ministre de l'intérieur, sont enregistrées au sein du système national des permis de conduire. En particulier, le 6° de cet article prévoit l'enregistrement dans ce système " de toutes décisions judiciaires à caractère définitif en tant qu'elles portent restriction de validité, suspension, annulation et interdiction de délivrance du permis de conduire, ou qu'elles emportent réduction du nombre de points du permis de conduire ainsi que de l'exécution d'une composition pénale ". En vertu de l'arrêté du 29 juin 1992 fixant les supports techniques de la communication par le ministère public au ministère de l'intérieur des informations prévues à l'article L. 30 (4°, 5°, 6° et 7°), devenu l'article L. 225-1 (3°, 4°, 5° et 6°), du code de la route, les informations mentionnées au 6° de l'article L. 225-1 de ce code sont communiquées par l'officier du ministère public par support ou liaison informatique. Il résulte de ces dispositions que le mode d'enregistrement et de contrôle des informations relatives aux infractions au code de la route conduit à considérer que la réalité de l'infraction est établie dans les conditions prévues à l'article L. 223-1 du code de la route dès lors qu'est inscrite, dans le système national des permis de conduire, la mention d'une condamnation pénale devenue définitive.

14. Il résulte de l'instruction, en particulier de la mention " 72 " figurant sur le relevé d'information intégral relatif à la situation du permis de conduire de M. A, qu'au titre de l'infraction constatée le 22 janvier 2017, correspondant à un excès de vitesse d'au moins 40 km par heure et inférieur à 50 km par heure, une condamnation pénale définitive prononcée le 27 avril 2017 par le tribunal de police de Tours est intervenue. Si le requérant conteste le caractère définitif de cette condamnation en soutenant qu'il n'est pas mentionné dans le relevé d'information intégral précité, il ne produit toutefois aucun élément permettant d'établir qu'il aurait contesté la décision pénale. Dans ces conditions, la réalité de l'infraction commise le 22 janvier 2017 doit être tenue pour établie.

15. Il résulte de ce qui précède que les conclusions tendant à l'annulation des décisions portant retrait de points à la suite des infractions commises le 22 janvier 2017, le 26 février 2018, le 9 février 2019, le 25 janvier 2020, le 20 février 2020, le 10 juillet 2020 et le 26 octobre 2020 doivent être rejetées.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

16. Eu égard aux motifs qui le fondent, le présent jugement n'implique aucune mesure d'exécution. Par suite, les conclusions à fin d'injonction présentées par M. A doivent être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

17. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que l'Etat, qui n'a pas la qualité de partie perdante, verse à M. A la somme qu'il réclame au titre des frais exposés par lui et non compris dans les dépens.

DECIDE :

Article 1 : Il n'y a pas lieu de statuer sur les conclusions tendant à l'annulation de la décision référencée 48 SI du 4 juin 2021.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de M. A est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Rendu public par mise à disposition au greffe, le 19 janvier 2023.

La magistrate désignée,

Signé

S. GIBSON-THERYLa greffière,

Signé

N. COLLET

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour le greffier en chef,

La greffière,

N. COLLET

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