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AccueilJurisprudence administrativeN° TA86-2101927

Tribunal Administratif de Poitiers — Décision N° TA86-2101927

lundi 23 octobre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Poitiers
SectionTribunal Administratif de Poitiers
N° DossierTA86-2101927
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
Formation3ème chambre
Avocat requérantSCPA GAND-PASCOT-PENOT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 22 juillet 2021, Mme B A, représentée par la SCP Gand-Pascot, demande au tribunal :

1°) d'ordonner avant-dire droit une expertise médicale aux fins de déterminer les préjudices qu'elle a subis, consécutifs à son accident du 19 novembre 2018, et de fixer, le cas échéant, son taux d'incapacité partielle et la date de consolidation de son état de santé, ainsi que, en tant que de besoin, d'ordonner une expertise de la plaque anti-dérapante pour apprécier sa dangerosité ;

2°) de condamner la commune d'Avanton à lui verser les sommes déterminées par l'expert au titre de la réparation de ses préjudices ;

3°) de réserver les dépens.

Elle soutient que :

- elle a été victime d'un dommage corporel résultant d'un défaut d'entretien normal d'un escalier appartenant à la commune d'Avanton, et faute pour l'autorité municipale d'avoir exercé son pouvoir de police administrative ;

- la plaque anti-dérapante sur laquelle elle a chuté est glissante par temps de pluie ;

- d'autres personnes avaient déjà signalé à la commune avoir subi des accidents similaires au sien ;

- le défaut d'entretien normal est établi par la circonstance que la commune d'Avanton n'a pas correctement entretenu les escaliers et n'aurait pas dû poser la plaque anti-dérapante ;

- la responsabilité de la commune est également engagée pour défaut d'exercice du pouvoir de police du maire, en l'absence de signalement du danger par temps de pluie, en violation des dispositions de l'article L. 2212-1 et suivants du code général des collectivités territoriales ;

- elle est fondée à être indemnisée des préjudices qu'elle a subis, sur le fondement d'une expertise médicale et, si besoin, d'une expertise de la plaque anti-dérapante, à ordonner avant-dire droit.

Par un mémoire en défense enregistré le 28 octobre 2021, la commune d'Avanton, représentée par la SCP d'Avocats Ten France, conclut au rejet de la requête et à ce que la somme de 2 500 euros soit mise à la charge de Mme A en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- elle apporte la preuve de l'entretien normal de l'escalier sur lequel Mme A a chuté le 19 novembre 2018, dès lors qu'il est équipé de rambardes ;

- les témoignages produits par la requérante ne sont pas probants ;

- la requérante ayant commis une imprudence, de nature à l'exonérer de toute responsabilité, sa demande d'expertise n'est pas justifiée ;

- l'autorité de police municipale n'a commis aucune faute de nature à engager la responsabilité de la commune au titre des dispositions de l'article L. 2212-2 du code général des collectivités territoriales.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Gibson-Théry,

- les conclusions de Mme Bréjeon, rapporteure publique,

- et les observations de Me Lachaume, représentant la commune d'Avanton.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B A déclare avoir été victime d'un accident le 19 novembre 2018, alors qu'elle livrait des journaux, aux abords des locaux de la mairie d'Avanton (86170) en glissant sur une plaque anti-dérapante située au bas d'un escalier en bois, entraînant ainsi sa chute sur le rebord de la dernière marche. Le bilan radiologique a fait état d'un déplacement du bassin et d'une fêlure du coccyx. Elle a été placée en arrêt de travail jusqu'au 20 octobre 2019. Par un courrier du 28 avril 2021, Mme A a demandé à la commune d'Avanton de l'indemniser de son préjudice, à déterminer dans le cadre d'une expertise médicale, au titre de sa responsabilité pour défaut d'entretien normal de l'ouvrage public à l'origine de son dommage corporel. Par un courrier du 31 mai 2021, la SMACL, agissant en qualité d'assureur de la commune d'Avanton, a refusé d'indemniser la requérante, considérant que le lien de causalité entre le dommage corporel allégué et l'ouvrage public en cause n'était pas établi. Mme A demande au tribunal d'ordonner avant-dire droit une expertise médicale ainsi que, si besoin, une expertise de la plaque sur laquelle elle a chuté, et de condamner la commune d'Avanton à l'indemniser à hauteur des préjudices que l'expert aura déterminés, en réparation des conséquences dommageables de son accident du 19 novembre 2018.

Sur la responsabilité de la commune d'Avanton :

2. En premier lieu, pour obtenir réparation des dommages qu'il a subis au titre du défaut d'entretien normal, l'usager d'un ouvrage public doit démontrer d'une part, la réalité de son préjudice et d'autre part, l'existence d'un lien de causalité direct entre l'ouvrage et le dommage. La collectivité en charge de l'ouvrage public doit, pour que sa responsabilité ne soit pas retenue, établir que l'ouvrage public faisait l'objet d'un entretien normal ou que le dommage est imputable à la faute de la victime ou à un cas de force majeure.

3. Pour établir le lien de causalité entre son accident du 19 novembre 2018 et le défaut d'entretien normal de l'escalier au bas duquel elle a chuté, Mme A se borne à produire un certificat médical du 11 décembre 2018 constatant chez cette dernière un déplacement du bassin et une fracture du coccyx, ainsi que deux attestations rédigées par son compagnon certifiant que sa chute s'est produite le matin du 19 novembre 2018, dont la première est datée du 1er mars 2019. Toutefois, au regard du délai de trois semaines qui s'est écoulé entre la date à laquelle elle allègue la survenance de son accident, et celle de la constatation médicale de ses dommages corporels, et du délai de plusieurs mois entre l'accident et la première attestation de son compagnon, Mme A n'établit pas le lien de causalité entre l'accident allégué et le dommage corporel qu'elle a subi, qui a nécessité une interruption temporaire de travail de plusieurs semaines. Au surplus, il résulte des deux attestations établies par son compagnon qu'il avait gelé la nuit précédant l'accident et qu'il faisait nuit. Dans ces conditions, l'existence d'une plaque anti-dérapante, même glissante par temps de pluie, ne caractérise pas une dangerosité particulière excédant les risques auxquels doivent normalement s'attendre les usagers empruntant les escaliers en bois situés près du bâtiment de la mairie d'Avanton, en prenant les précautions adaptées. Les photos produites montrent, en outre, l'existence de rampes équipant les escaliers, que la requérante ne conteste pas ne pas avoir utilisées. Par suite, en l'absence de lien de causalité entre l'accident du 19 novembre 2018 et le dommage allégué, les conditions d'engagement de la responsabilité de la commune d'Avanton pour défaut d'entretien normal de la plaque anti-dérapante positionnée en bas des escaliers situés aux abords du bâtiment de la mairie ne sont pas remplies.

4. En second lieu, aux termes de l'article L. 2212-2 du code général des collectivités territoriales : " La police municipale a pour objet d'assurer le bon ordre, la sûreté, la sécurité et la salubrité publiques. Elle comprend notamment : 1° Tout ce qui intéresse la sûreté et la commodité du passage dans les rues, quais, places et voies publiques, ce qui comprend () l'éclairage (). ".

5. En se prévalant de la seule circonstance qu'un panneau signalant un danger de glissade par temps humide a été installé postérieurement à son accident, Mme A ne démontre pas que la maire de la commune d'Avanton a commis une faute résultant d'un défaut de signalisation du danger dans l'exercice des pouvoirs de police que lui confèrent les dispositions citées au point précédent.

6. Il résulte de ce qui précède que les conclusions de Mme A tendant à ce que la responsabilité de la commune d'Avanton soit retenue à raison de son dommage corporel causé par sa chute sur une plaque anti-dérapante d'un escalier extérieur dont l'entretien incombe à la commune, doivent être rejetées. Il n'y a dès lors pas lieu pour le tribunal d'ordonner une expertise médicale avant-dire droit, qui n'a pas d'utilité pour la solution du litige.

Sur les frais liés au litige :

7. D'une part, aux termes de l'article R. 761-1 du code de justice administrative : " les dépens comprennent les frais d'expertise, d'enquête et de tout autre mesure d'instruction dont les frais ne sont pas à la charge de l'Etat ". En l'absence d'utilité des expertises sollicitées par la requérante pour la solution du litige, sa demande tendant à réserver les dépens de l'instance ne peut qu'être rejetée.

8. D'autre part, dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de faire droit aux conclusions présentées par la commune d'Avanton au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme A est rejetée.

Article 2 : Les conclusions de la commune d'Avanton présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A et à la commune d'Avanton.

Délibéré après l'audience du 5 octobre 2023, à laquelle siégeaient :

M. Cristille, président,

Mme Thèvenet-Bréchot, première conseillère,

Mme Gibson-Théry, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 23 octobre 2023.

La rapporteure,

Signé

S. GIBSON-THERY

Le président,

Signé

P. CRISTILLELa greffière,

Signé

N. COLLET

La République mande et ordonne au préfet de la Vienne en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour le greffier en chef,

La greffière,

N. COLLET

N°2101927

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