lundi 6 février 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Poitiers |
| Section | Tribunal Administratif de Poitiers |
| N° Dossier | TA86-2101936 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Formation | 3ème chambre |
| Avocat requérant | PICARD |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés les 19 juillet 2021 et 9 décembre 2021, M. et Mme A demandent au tribunal :
1°) d'annuler les décisions par lesquelles le syndicat des marais mouillés des Deux-Sèvres a rejeté leur demande de procéder à la distraction de leur propriété du périmètre du syndicat des marais mouillés des Deux-Sèvres ;
2°) d'enjoindre au syndicat des marais mouillés des Deux-Sèvres de procéder à la distraction de leur propriété du périmètre du syndicat ;
3°) d'annuler l'avis de sommes à payer d'un montant de 54,86 euros émis le 20 mai 2021 par le syndicat des marais mouillés des Deux-Sèvres et de les décharger de l'obligation de payer cette somme ;
4°) de condamner le syndicat des marais mouillés des Deux-Sèvres à leur rembourser les sommes versées au titre de la redevance syndicale depuis 1994.
Ils soutiennent que :
- la parcelle dont ils sont propriétaires n'a plus vocation à appartenir au périmètre du syndicat des marais mouillés des Deux-Sèvres dès lors qu'elle n'inclut aucun élément de réseau hydraulique et qu'elle ne constitue pas une zone de marais, de sorte qu'elle devrait être distraite de ce périmètre, conformément à l'article 10 des statuts du syndicat ;
- ils ne sont, dès lors, pas redevables de la redevance syndicale.
Par un mémoire en défense, enregistré le 28 septembre 2021, le syndicat des marais mouillés des Deux-Sèvres, représenté par Me Picard, conclut au rejet de la requête et à ce que soit mis à la charge de M. et Mme A une somme de 1 200 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- les conclusions tendant à enjoindre au syndicat de procéder à la distraction de la propriété du requérant sont irrecevables dès lors qu'elles ne sont accompagnées d'aucunes conclusions à fin d'annulation ;
- à supposer que les requérants puissent être regardés comme demandant l'annulation de la décision rejetant leur demande de distraction de leur propriété, leur requête est tardive ;
- aucun des moyens soulevés par les requérants n'est fondé.
Par un mémoire enregistré le 30 août 2021, le directeur départemental des finances publiques des Deux-Sèvres indique que les réclamations relatives à la contestation et à la liquidation de la créance relèvent de la compétence du service liquidateur, le syndicat des marais mouillés des Deux-Sèvres.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code général des collectivités territoriales ;
- l'ordonnance n°2004-632 du 1er juillet 2004 ;
- le décret n°2006-504 du 3 mai 2006 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme B,
- les conclusions de Mme Bréjeon, rapporteure publique.
Considérant ce qui suit :
1. M. et Mme A sont propriétaires d'une parcelle cadastrée AD 0784 sise 62 route de Josson à Magné (Deux-Sèvres) sur laquelle ils ont fait construire leur maison d'habitation. Cette parcelle est incluse dans le périmètre du syndicat des marais mouillés des Deux-Sèvres, association syndicale constituée d'office, et est, à ce titre, assujettie à la redevance syndicale. Par la présente requête, ils demandent au tribunal d'annuler les décisions par lesquelles le syndicat des marais mouillés des Deux-Sèvres a rejeté leur demande de procéder à la distraction de leur propriété du périmètre du syndicat des marais mouillés des Deux-Sèvres, d'enjoindre au syndicat des marais mouillés des Deux-Sèvres de procéder à la distraction de leur propriété du périmètre du syndicat, de les décharger de l'obligation de payer la somme de 54,86 euros au titre de la redevance syndicale 2021 et de leur rembourser les redevances versées depuis 1994.
Sur les fins de non-recevoir opposées en défense :
2. Aux termes, d'une part, de l'article 25 de l'ordonnance du 1er juillet 2004 relative aux associations syndicales de propriétaires : " Les délibérations de l'assemblée des propriétaires et du syndicat et les actes pris par le président de l'association ou le directeur sont, dans des conditions fixées par le décret en Conseil d'Etat prévu à l'article 62, transmis à l'autorité administrative compétente dans le département où l'association a son siège et rendus exécutoires ". Aux termes de l'article 38 de la même ordonnance : " L'immeuble qui, pour quelque cause que ce soit, n'a plus de façon définitive d'intérêt à être compris dans le périmètre de l'association syndicale autorisée peut en être distrait. La demande de distraction émane de l'autorité administrative, du syndicat ou du propriétaire de l'immeuble. / La proposition de distraction est soumise à l'assemblée des propriétaires () ". Aux termes de l'article 40 du décret du 3 mai 2006 portant application de l'ordonnance du 1er juillet 2004 : " Sont transmis au préfet les actes suivants : / 1° Les délibérations de l'assemblée des propriétaires () / Le préfet peut demander dans un délai de deux mois à compter de leur réception, en motivant expressément cette demande, la modification de ces actes. () / Les actes qui n'ont pas fait l'objet dans le délai d'une demande de modification sont exécutoires dès qu'il a été procédé à leur affichage au siège de l'association ou à leur notification aux intéressés () ". L'article 46 de l'ordonnance précitée rend ces dispositions applicables aux associations syndicales constituées d'office.
3. Il résulte des dispositions précitées que les délibérations prises par l'assemblée des propriétaires d'une association syndicale constituée d'office doivent, lorsqu'elles revêtent le caractère des décisions individuelles, être notifiées à leurs destinataires. La circonstance que l'intéressé ait participé à une délibération de l'assemblée des propriétaires rejetant une demande de distraction de sa propriété est, en conséquence, compte tenu de ces dispositions particulières, sans incidence sur le délai de recours de deux mois dont il dispose pour la contester devant la juridiction administrative, ce délai ne pouvant courir qu'à compter d'une telle notification et à condition d'avoir été mentionné avec les voies de recours dans cette dernière.
4. D'une part, compte tenu des termes dans lesquels elle est rédigée, la requête de M. et Mme A doit être regardée comme tendant à l'annulation des décisions par lesquelles le syndicat des marais mouillés des Deux-Sèvres a rejeté leur demande de procéder à la distraction de leur propriété du périmètre du syndicat des marais mouillés des Deux-Sèvres, en particulier de la délibération de l'assemblée générale du 26 octobre 2018. Dès lors, la fin de non-recevoir tirée de l'irrecevabilité des conclusions à fin d'injonction en l'absence de conclusions à fin d'annulation doit être écartée. D'autre part, s'il ressort des pièces du dossier que M. A a participé à la séance de l'assemblée générale du syndicat du 26 octobre 2018 au cours de laquelle sa demande de distraction de sa propriété du périmètre du syndicat a été rejetée, il n'est pas contesté que cette délibération ne lui a jamais été notifiée. Par suite, en application des principes rappelés au point 3, le délai de recours contre cette décision n'a pas commencé à courir et sa requête n'est pas tardive.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
5. Aux termes de l'article R. 621-1 du code de justice administrative : " La juridiction peut, soit d'office, soit sur la demande des parties ou de l'une d'elles, ordonner, avant dire droit, qu'il soit procédé à une expertise sur les points déterminés par sa décision. La mission confiée à l'expert peut viser à concilier les parties ".
6. D'une part, le syndicat des marais mouillés des Deux-Sèvres, association syndicale constituée d'office créée par l'ordonnance du roi du 24 août 1833, a pour objet, en application de l'article 2 de ses statuts, " l'exécution des travaux d'entretien (), d'amélioration et de gestion des ouvrages et du réseau hydraulique en vue de permettre la maîtrise des niveaux d'eau dans l'intérêt général ". Cette ordonnance prévoit que les travaux de dessèchement des marais mouillés sont déclarés d'utilité publique et exécutés aux frais des propriétaires de ces marais.
7. D'autre part, il résulte des dispositions de l'article 38 de l'ordonnance du 1er juillet 2004 cité au point 2, que l'immeuble qui, pour quelque cause que ce soit, n'a plus de façon définitive d'intérêt à être compris dans le périmètre de l'association syndicale peut en être distrait. Une telle perte d'intérêt, qui peut résulter de l'action du propriétaire comme d'une cause étrangère à celui-ci, doit s'apprécier au regard de la nature du terrain et de sa destination, indépendamment de la qualité de celui qui en a la propriété au moment où la distraction est demandée.
8. Pour demander l'annulation du refus de l'association syndicale de procéder à la distraction de leur immeuble, les requérants soutiennent que leur parcelle, désormais incluse dans un environnement urbanisé, n'inclut aucun élément d'un quelconque réseau hydraulique susceptible de nécessiter une intervention du syndicat et ne constitue en aucune manière une zone de marais. Ils font valoir que les raisons du découpage restent " obscures " dès lors que les champs qui jouxtent son terrain ne sont pas inclus dans le périmètre du syndicat, et que la quasi-totalité des habitations alentours sont exclues du périmètre du syndicat. Il ressort effectivement des pièces produites que la propriété de M. et Mme A, située en hauteur, ne se trouve pas en zone inondable. Toutefois, le syndicat fait valoir que cette parcelle est située à proximité de la Sèvre niortaise et de la zone humide du marais poitevin, et qu'elle est également concernée par le risque de rupture du barrage du Chambon. Ainsi, l'état du dossier ne permet pas au tribunal administratif d'apprécier si la parcelle dont M. et Mme A sont propriétaires n'a plus, de façon définitive, d'intérêt à être compris dans le périmètre du syndicat et si par suite, elle peut en être distraite. Dès lors, il y a lieu, avant de statuer sur la requête de M. et Mme A d'ordonner une expertise sur ce point.
DECIDE :
Article 1er : Il sera, avant de statuer sur la requête de M. et Mme A, procédé par un expert, désigné par le président du tribunal administratif, à une expertise avec mission de déterminer si la parcelle cadastrée AD 0784 sise au 62 route de Josson à Magné, dont M. et Mme A sont propriétaires, a encore un intérêt à être comprise dans le périmètre du syndicat des marais mouillés des Deux-Sèvres.
Article 2 : L'expert aura pour mission :
1°) de se rendre sur les lieux en présence des parties et de leurs conseils dûment convoqués ;
2°) de se faire communiquer tous documents et pièces qu'il jugera nécessaires à l'exercice de sa mission ;
3°) de décrire précisément les missions du syndicat des marais mouillés des Deux-Sèvres ;
4°) de se prononcer sur l'existence de risques d'inondations touchant la parcelle de M. et Mme A et sur les causes de ces risques ;
5°) de se prononcer sur l'utilité, pour la parcelle de M. et Mme A, des missions du syndicat, en particulier de l'exécution de travaux d'entretien, d'amélioration et de gestion des ouvrages et du réseau hydraulique dont il a la charge en vue de permettre la maîtrise des niveaux d'eau.
Article 3 : L'expert accomplira sa mission dans les conditions prévues par les articles R. 621-2 à R. 621-14 du code de justice administrative. Il prêtera serment par écrit devant le greffier en chef du tribunal. L'expert déposera son rapport au greffe du tribunal en deux exemplaires et en notifiera copie aux parties dans le délai fixé par le président du tribunal dans sa décision le désignant.
Article 4 : Les frais d'expertise sont réservés pour y être statué en fin d'instance.
Article 5 : Tous droits et moyens des parties, sur lesquels il n'est pas expressément statué par le présent jugement, sont réservés jusqu'en fin d'instance.
Article 6 : Le présent jugement sera notifié à M. et Mme A, au syndicat des marais mouillés des Deux-Sèvres et au directeur départemental des finances publiques des Deux-Sèvres.
Délibéré après l'audience du 19 janvier 2023, à laquelle siégeaient :
Mme Bruston, présidente,
Mme Thèvenet-Bréchot, première conseillère,
Mme Gibson-Théry, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe, le 6 février 2023.
La rapporteure,
Signé
A. THEVENET-BRECHOTLa présidente,
Signé
S. BRUSTON
La greffière,
Signé
N. COLLET
La République mande et ordonne à la préfète des Deux-Sèvres en ce qui la concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Pour le greffier en chef,
La greffière,
N. COLLET
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026