mardi 23 janvier 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Poitiers |
| Section | Tribunal Administratif de Poitiers |
| N° Dossier | TA86-2102228 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Formation | 3ème chambre - JU |
| Avocat requérant | SCP BCJ |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 29 août 2021, Mme C A et Mme B D demandent au tribunal :
1°) à titre principal, d'annuler la décision du 24 juin 2021 par laquelle la commission de recours amiable de la caisse d'allocations familiales (CAF) de la Vienne a rejeté le recours administratif préalable qu'elles ont exercé à l'encontre de la décision du 1er février 2021 par laquelle la CAF a mis à la charge de Mme D une somme de 1 657,26 euros au titre d'un indu de prime d'activité ;
2°) à titre subsidiaire, de condamner la caisse d'allocations familiales de la Vienne à leur verser la somme de 2 006 euros au titre de leur préjudice moral.
Elles soutiennent que :
- Mme D n'a fait qu'héberger Mme A du 10 juillet 2019 au 10 décembre 2019 ;
- leur vie maritale, au sens de la définition qu'en donne la caisse d'allocations familiales (CAF), n'a débuté qu'en avril 2020 ;
- elles n'ont développé une communauté d'intérêts affectifs et matériels, au sens de la définition du concubinage par la décision n°2018-236 du 21 décembre 2018 du Défenseur des droits, qu'à partir de l'été 2020 ;
- en cas de rejet de leurs conclusions en annulation, elles sont fondées à demander la réparation du préjudice moral que la CAF leur a fait subir par son attitude manquant de bienveillance dans l'examen de leur situation, et la mise en cause de la bonne foi de Mme D, qui ont eu des répercussions néfastes sur leur état de santé, qu'elles estiment à la somme de 2 006 euros.
Par un mémoire en défense enregistré le 3 juin 2022, la CAF de la Vienne, représentée par la SCP BCJ-Brossier-Carré-Joly, conclut au rejet de la requête et à ce que la somme de 800 euros soit mise à la charge des requérantes au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- à supposer les conclusions indemnitaires recevables, sa responsabilité n'est pas susceptible d'être engagée en l'absence de faute de sa part ;
- les requérantes vivaient en couple à compter du 13 décembre 2019 ;
- Mme D a fait preuve de mauvaise foi lors de sa déclaration de situation de mai 2020, en se déclarant seule.
Vu les autres pièces des dossiers.
Vu :
- le code de la sécurité sociale ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné Mme E pour statuer sur les litiges visés à l'article R. 222-13 du code de justice administrative.
La magistrate désignée a décidé de dispenser la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience, en application des dispositions de l'article R. 732-1-1 du code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de Mme E a été entendu au cours de l'audience publique.
La clôture de l'instruction a été prononcée, en application de l'article R. 772-9 du code de justice administrative, à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. Par un courrier du 1er février 2021, la CAF de la Vienne a informé Mme D qu'un indu de prime d'activité et d'aide personnalisée au logement de 2 006,20 euros avait été déterminé à son encontre pour la période allant du 1er décembre 2019 au 31 octobre 2020, dont 1 656,27 euros de dette de prime d'activité, au titre de la période allant du mois de février 2020 au mois d'octobre 2020. Par un courrier du 29 avril 2021, Mme D et Mme A ont formé un recours gracieux à l'encontre de cette décision, qui a été rejeté par la commission de recours amiable de la CAF de la Vienne, par une décision du 24 juin 2021, dont elles doivent être regardées comme demandant l'annulation au tribunal.
Sur la fin de non-recevoir présentée par la CAF de la Vienne :
2. Aux termes de l'article R. 421-1 du code de justice administrative : " La juridiction ne peut être saisie que par voie de recours formé contre une décision () / Lorsque la requête tend au paiement d'une somme d'argent, elle n'est recevable qu'après l'intervention de la décision prise par l'administration sur une demande préalablement formée devant elle ". La condition tenant à l'existence d'une décision de l'administration doit être regardée comme remplie si, à la date à laquelle le juge statue, l'administration a pris une décision, expresse ou implicite, sur une demande formée devant elle, régularisant ce faisant la requête.
3. Si les requérantes demandent l'indemnisation du préjudice moral qu'elles estiment avoir subi en raison de l'attitude de la CAF manquant de bienveillance dans l'examen de leur situation, et de la mise en cause de la bonne foi de Mme D, qui auraient eu des répercussions néfastes sur leur état de santé, qu'elles évaluent au montant de 2 006 euros, elles ne démontrent pas avoir préalablement saisi la CAF d'une demande d'indemnisation d'un tel préjudice. Par suite, la fin de non-recevoir opposée en défense par la CAF de la Vienne doit être accueillie, et les conclusions indemnitaires présentées par les requérantes doivent, dès lors, être rejetées comme irrecevables.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
4. Lorsque le recours dont il est saisi est dirigé contre une décision qui, remettant en cause des paiements déjà effectués, ordonne la récupération d'un indu de revenu de solidarité active, d'aide personnalisée au logement ou de prime d'activité, il entre dans l'office du juge d'apprécier, au regard de l'argumentation du requérant, le cas échéant, de celle développée par le défendeur et, enfin, des moyens d'ordre public, en tenant compte de l'ensemble des circonstances de fait qui résultent de l'instruction, la régularité comme le bien-fondé de la décision de récupération d'indu. Il lui appartient, s'il y a lieu, d'annuler ou de réformer la décision ainsi attaquée, pour le motif qui lui paraît, compte tenu des éléments qui lui sont soumis, le mieux à même, dans l'exercice de son office, de régler le litige.
5. Aux termes de l'article L. 842-1 du code de la sécurité sociale : " Toute personne résidant en France de manière stable et effective qui perçoit des revenus tirés d'une activité professionnelle a droit à une prime d'activité, dans les conditions définies au présent titre ". Aux termes de l'article L. 842-3 de ce code : " La prime d'activité est égale à la différence entre : / 1° Un montant forfaitaire dont le niveau varie en fonction de la composition du foyer et du nombre d'enfants à charge, augmenté d'une fraction des revenus professionnels des membres du foyer, et qui peut faire l'objet d'une ou de plusieurs bonifications ; / 2° Les ressources du foyer, qui sont réputées être au moins égales au montant forfaitaire mentionné au 1° () ". Aux termes de l'article R. 842-3 du même code : " Le foyer mentionné au 1° de l'article L. 842-3 est composé : / 1° Du bénéficiaire ; / 2° De son conjoint, concubin, ou partenaire lié par un pacte civil de solidarité ; () ".
6. Il résulte de ces dispositions que, pour le bénéfice de la prime d'activité et de l'aide personnalisée au logement, le foyer s'entend du demandeur, ainsi que, le cas échéant, de son conjoint, partenaire lié par un pacte civil de solidarité ou concubin et des enfants ou personnes de moins de vingt-cinq ans à charge. Pour l'application de ces dispositions, le concubin est la personne qui mène avec le demandeur une vie de couple stable et continue. Une telle vie de couple peut être établie par un faisceau d'indices concordants, au nombre desquels la circonstance que les intéressés mettent en commun leurs ressources et leurs charges.
7. Il résulte de l'instruction que Mme D, lors de sa déclaration de changement de situation auprès de la caisse d'allocations familiales le 24 octobre 2020, a indiqué, d'une part, qu'elle était pacsée avec Mme A depuis le 17 octobre 2020, et, d'autre part, qu'elles vivaient toutes les deux en couple depuis le 13 décembre 2019. Si les requérantes soutiennent que leur vie de couple n'a commencé qu'à l'été 2020, voire auparavant, à compter du mois d'avril 2020, et qu'elles ne mettaient pas en commun leurs charges, ne connaissant pas leurs revenus respectifs, elles ne produisent aucun élément, comme des factures acquittées par chacune d'elle, permettant de l'établir, alors qu'elles ne contestent pas avoir commencé à vivre dans le même appartement à partir du 13 décembre 2019. A cet égard, les circonstances de l'emménagement de Mme D dans le logement de Mme A sont sans influence sur l'appréciation portée par l'administration concernant la date à laquelle elles ont commencé à mener une vie de couple, au sens des dispositions citées au point 5.
8. Il résulte de ce qui précède que les conclusions présentées par Mme D et Mme A à fin d'annulation de la décision du 24 juin 2021 par laquelle la commission de recours amiable de la CAF de la Vienne a rejeté le recours administratif préalable qu'elles ont exercé à l'encontre de la décision du 1er février 2021 par laquelle la CAF a mis à la charge de Mme D une somme de 1 656,27 euros au titre d'un indu de prime d'activité, doivent être rejetées.
Sur les frais liés au litige :
9. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de mettre à la charge des requérantes la somme demandée par la CAF de Vienne au titre des frais qu'elle a exposés et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de Mmes D et A est rejetée.
Article 2 : Les conclusions de la CAF de la Vienne présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme B D et Mme C A et à la ministre du travail, de la santé et des solidarités.
Copie en sera adressée à la caisse d'allocations familiales de la Vienne.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 23 janvier 2024.
La magistrate désignée,
Signé
S. GIBSON-THERY La greffière
Signé
N. COLLET
La République mande et ordonne à la ministre du travail, de la santé et des solidarités en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Pour le greffier en chef,
La greffière,
N. COLLET
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