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AccueilJurisprudence administrativeN° TA86-2102253

Tribunal Administratif de Poitiers — Décision N° TA86-2102253

jeudi 11 janvier 2024

JuridictionTribunal Administratif de Poitiers
SectionTribunal Administratif de Poitiers
N° DossierTA86-2102253
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
Formation2ème chambre
Avocat requérantELIGE BORDEAUX

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 1er septembre 2021 et un mémoire enregistré le 10 août 2023, Mme B A, représentée par Me Shorthouse, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler la décision de la directrice de l'Etablissement national des invalides de la marine (ENIM) du 17 mars 2021 portant réévaluation triennale de sa rémunération ;

2°) d'enjoindre à l'ENIM de formuler une nouvelle décision de réévaluation salariale tenant compte à la fois des résultats professionnels atteints au titre des fonctions pour lesquelles elle a été engagée, de l'évolution de ses fonctions et responsabilités et de la valeur du point d'indice de la fonction publique à la date du jugement à intervenir, dans un délai de quinze jours à compter de la notification de ce jugement sous astreinte de 200 euros par jour de retard ;

3°) de condamner l'ENIM au paiement des intérêts de retard au taux légal relatifs à la revalorisation triennale à percevoir pour chacun des mois écoulés depuis le 1er décembre 2020 ;

4°) de condamner l'ENIM à lui verser la somme de 638,14 euros à titre principal, ou de 586,95 euros à titre subsidiaire, correspondant à la rémunération complémentaire due au titre du service fait en qualité d'adjointe au sous-directeur des politiques sociales maritimes du 1er au 15 mai 2020, assortie des intérêts de retard calculés au taux légal ;

5°) de condamner l'ENIM à lui verser la somme de 5 000 euros en réparation du préjudice moral et des troubles dans ses conditions d'existence subis du fait du refus de procéder au paiement du traitement dû au titre du service fait ;

6°) de condamner l'ENIM à lui verser la somme de 3 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la décision du 17 mars 2021 est entachée d'une erreur de droit ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- elle a droit à une rémunération complémentaire pour la période du 1er mai au 15 mai 2020, sur le fondement de la règle du service fait, compte tenu de l'augmentation de son niveau de responsabilité pendant cette période ;

- elle a subi un préjudice moral et des troubles dans ses conditions d'existence qu'il convient d'indemniser à hauteur de 5 000 euros.

Par un mémoire en défense enregistré le 14 août 2023, l'Etablissement national des invalides de la marine, représenté par la SELAS Elige Bordeaux, conclut au rejet de la requête et à ce que la somme de 1 500 euros soit mise à la charge de Mme A en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- à titre principal, la requête est irrecevable, la décision du 14 mars 2021 étant insusceptible de recours et les conclusions indemnitaires étant irrecevables en l'absence de demande préalable adressée à l'administration ;

- à titre subsidiaire, les moyens soulevés ne sont pas fondés et les préjudices allégués ne sont pas établis.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Dumont,

- les conclusions de M. Lacaïle, rapporteur public,

- et les observations de Me Demaison, représentant Mme A et de Me Merlet-Bonnan, représentant l'ENIM.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B A, agent contractuel de droit public sous contrat à durée indéterminée, exerçait des fonctions d'adjointe au chef de cabinet de la directrice de l'ENIM depuis le 20 novembre 2017. Par une note en date du 17 mars 2021, la directrice de l'ENIM a présenté à l'avis préalable du contrôle général économique et financier de l'établissement une proposition de réévaluation de la rémunération de Mme A à compter du 20 novembre 2020. Après validation de cette proposition par le contrôle général économique et financier, cette revalorisation, formalisée sous forme d'un avenant à son contrat d'engagement, a été communiqué pour signature à Mme A le 16 avril 2021. Cette dernière a refusé de signer cet avenant et a formé un recours gracieux le 30 avril 2021, reçu le 4 mai 2021. Par ailleurs, alors qu'elle avait été nommée à compter du 1er mai 2020 à un nouveau poste d'adjointe au sous-directeur des politiques sociales maritimes de l'ENIM, Mme A y a renoncé après qu'elle ait été informée de la rémunération validée par le contrôle général économique et financier de l'établissement pour ce poste et a repris ses fonctions antérieures le 15 mai 2020. Par sa requête, elle demande l'annulation de la décision de révision triennale de sa rémunération prise par la directrice de ENIM le 17 mars 2021, ainsi que la condamnation de l'ENIM à lui verser une somme, d'une part, au titre de la rémunération qui lui est due pour la période du 1er mai au 15 mai 2020 et, d'autre part, en réparation du préjudice moral et des troubles dans les conditions d'existence qu'elle estime avoir subis.

Sur les conclusions à fin d'annulation de la décision du 17 mars 2021 et à fin d'injonction :

2. Les conclusions présentées par Mme A sont dirigées contre la note du 17 mars 2021 par laquelle la directrice de l'ENIM soumet à l'avis préalable de la contrôleure générale et financière de l'établissement un projet d'avenant portant revalorisation de sa rémunération et expose les motifs pour lesquels elle estime cette revalorisation justifiée ainsi que les modalités de cette dernière. Un avis favorable ayant été émis par la contrôleure générale et financière de l'établissement, un avenant à son contrat d'engagement formalisant la réévaluation de sa rémunération a été communiqué pour signature à Mme A le 16 avril 2021. Il en résulte que la note du 17 mars 2021, dont la requérante demande l'annulation, constitue une simple mesure préparatoire à cet avenant qui n'est pas susceptible de faire l'objet d'un recours pour excès de pouvoir. Par suite, l'ENIM est fondé à soutenir que les conclusions tendant à l'annulation de cette note ne sont pas recevables et doivent être rejetées. Par voie de conséquence, les conclusions à fin d'injonction qui en découlent, tendant à ce qu'il soit enjoint à l'ENIM de formuler une nouvelle décision de réévaluation salariale, doivent être également rejetées, ainsi que les conclusions tendant à la condamnation de l'ENIM au versement des intérêts de retard dus au titre de la revalorisation triennale pour chacun des mois écoulés depuis le 1er décembre 2020.

Sur les conclusions tendant à la condamnation de l'ENIM à indemniser le préjudice moral et les troubles dans les conditions d'existence subis :

3. Aux termes de l'article R. 421-1 du code de justice administrative : " La juridiction ne peut être saisie que par voie de recours formé contre une décision () / Lorsque la requête tend au paiement d'une somme d'argent, elle n'est recevable qu'après l'intervention de la décision prise par l'administration sur une demande préalablement formée devant elle ". La condition tenant à l'existence d'une décision de l'administration doit être regardée comme remplie si, à la date à laquelle le juge statue, l'administration a pris une décision, expresse ou implicite, sur une demande formée devant elle, régularisant ce faisant la requête.

4. Il ressort des pièces du dossier que Mme A a adressé à l'ENIM un recours gracieux le 30 avril 2021 qui avait pour seul objet de contester la légalité, d'une part, de la décision de revalorisation de sa rémunération, d'autre part, de la décision refusant de rémunérer les jours travaillés en tant qu'adjointe au sous-directeur des politiques sociales maritimes du 1er mai au 15 mai 2020 et, enfin, de demander à l'administration de réexaminer sa situation en la mettant en conformité avec les règles de droit applicables. Ce recours gracieux ne comportait aucune demande tendant à la réparation d'un préjudice. Dans ces conditions et en l'absence, au jour du présent jugement, de toute décision de l'ENIM rejetant une demande indemnitaire de Mme A, l'ENIM est fondé à soutenir que les conclusions indemnitaires de cette dernière sont irrecevables et ne peuvent qu'être rejetées.

Sur les conclusions tendant à la condamnation de l'ENIM à verser à la requérante une rémunération complémentaire :

5. Si la requérante sollicite la condamnation de l'ENIM à lui verser une somme correspondant à la rémunération complémentaire due au titre du service fait en qualité d'adjointe au sous-directeur des politiques sociales maritimes du 1er au 15 mai 2020, elle ne démontre pas que la rémunération qui lui a été servie ne correspondait pas à l'application des stipulations contractuelles régissant sa situation pendant cette période. Par suite, ses conclusions tendant au versement d'une rémunération complémentaire doivent être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

6. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que l'ENIM, qui n'a pas la qualité de partie perdante dans la présente instance, verse à la requérante une somme au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens. Il y a lieu, en revanche, de faire application de ces dispositions et de mettre à la charge de Mme A une somme de 1 200 euros au titre des frais exposés par l'ENIM et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme A est rejetée.

Article 2 : Mme A versera à l'Etablissement national des invalides de la marine une somme de 1 200 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A et à l'Etablissement national des invalides de la marine.

Délibéré après l'audience du 14 décembre 2023, à laquelle siégeaient :

M. Le Méhauté, président,

Mme Boutet, première conseillère,

Mme Dumont, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 11 janvier 2024.

La rapporteure,

Signé

G. DUMONT

Le président,

Signé

A. LE MEHAUTE La greffière,

Signé

G. FAVARD

La République mande et ordonne au secrétaire d'Etat chargé de la mer en ce qui le concerne, et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour le greffier en chef,

La greffière,

Signé

G. FAVARD

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