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AccueilJurisprudence administrativeN° TA86-2102316

Tribunal Administratif de Poitiers — Décision N° TA86-2102316

mercredi 10 mai 2023

JuridictionTribunal Administratif de Poitiers
SectionTribunal Administratif de Poitiers
N° DossierTA86-2102316
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation1ère chambre
Avocat requérantRODIER

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 7 septembre 2021, M. A B, représenté par Me Rodier, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision de la Commission nationale d'agrément et de contrôle (CNAC) du Conseil national des activités privées de sécurité (CNAPS) du 5 juillet 2021 par laquelle cette commission a rejeté son recours contre la décision prise le 26 janvier 2021 par la commission locale d'agrément et de contrôle (CLAC) de la délégation Sud-Ouest du CNAPS et confirmé le refus de lui délivrer une autorisation préalable d'accès à la formation professionnelle aux activités de surveillance et de gardiennage ;

2°) d'enjoindre au président de la CNAC de lui délivrer l'autorisation qu'il réclame dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir et sous astreinte de 20 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge du CNAPS la somme de 2 000 euros sur le fondement de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la décision n'est pas motivée ;

- elle a été prise en méconnaissance des dispositions de l'article L. 612-20 du code de la sécurité intérieure ;

- elle n'a pu être légalement prise sur le fondement de faits délictueux pour lesquels il a été condamné mais qui ne présentent pas de gravité suffisante au regard des exigences prescrites par la loi, ou bien au regard de faits pour lesquels il a été mis en cause sans toutefois avoir été condamné.

Par un mémoire enregistré le 28 février 2023, le CNAPS, représenté par son directeur en exercice, conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.

M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 18 juin 2021.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de la sécurité intérieure ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. C,

- les conclusions de Mme Boutet, rapporteure publique.

Considérant ce qui suit :

1. Le 15 septembre 2020, M. A B a demandé une autorisation préalable pour être autorisé à suivre une formation professionnelle d'agent privé de sécurité. Par une décision du 26 janvier 2021, la commission locale d'agrément et de contrôle (CLAC) Sud-Ouest du Conseil national des activités privées de sécurité (CNAPS) a refusé de lui accorder cette autorisation. Par une décision du 5 juillet 2021, la Commission nationale d'agrément et de contrôle (CNAC) du CNAPS a rejeté le recours administratif préalable que M. B a formé contre la décision de la CLAC du 26 janvier 2021. M. B demande l'annulation de cette dernière décision.

Sur la légalité externe :

2. La décision contestée vise, en particulier, les articles L. 612-20 et L. 612-22 du code de la sécurité intérieure sur lesquels elle se fonde. Elle expose, notamment, que M. B a été condamné pour des faits d'usage de stupéfiants ainsi que pour des faits d'agression sexuelle en réunion, et qu'il a été mis en cause pour des faits de détention non autorisée d'armes. Elle en conclut que les agissements de l'intéressé sont incompatibles avec l'exercice des fonctions envisagées. Cette décision comportant, de la sorte, l'exposé des circonstances de droit et de fait qui la fondent, le moyen tiré de l'absence ou de l'insuffisance de sa motivation manque en fait.

Sur la légalité interne :

3. Aux termes de l'article L. 612-22 du code de la sécurité intérieure : " L'accès à une formation en vue d'acquérir l'aptitude professionnelle est soumis à la délivrance d'une autorisation préalable, fondée sur le respect des conditions fixées aux 1°, 2°, 3°, 4° et 4° bis de l'article L. 612-20. " L'article L. 612-20 du même code dispose : " Nul ne peut être employé ou affecté pour participer à une activité mentionnée à l'article L. 611-1 : 1° S'il a fait l'objet d'une condamnation à une peine correctionnelle ou à une peine criminelle inscrite au bulletin n° 2 du casier judiciaire ou, pour les ressortissants étrangers, dans un document équivalent, pour des motifs incompatibles avec l'exercice des fonctions ; 2° S'il résulte de l'enquête administrative ayant le cas échéant donné lieu à consultation, par des agents du Conseil national des activités privées de sécurité spécialement habilités par le représentant de l'Etat territorialement compétent et individuellement désignés, des traitements de données à caractère personnel gérés par les services de police et de gendarmerie nationales relevant des dispositions de l'article 31 de la loi n° 78-17 du 6 janvier 1978 relative à l'informatique, aux fichiers et aux libertés, à l'exception des fichiers d'identification, que son comportement ou ses agissements sont contraires à l'honneur, à la probité, aux bonnes mœurs ou sont de nature à porter atteinte à la sécurité des personnes ou des biens, à la sécurité publique ou à la sûreté de l'Etat et sont incompatibles avec l'exercice des fonctions susmentionnées. () ".

4. En application de ces dispositions, l'autorité administrative compétente pour autoriser l'accès à la profession d'agent privé de sécurité procède notamment à une enquête administrative, qui vise à déterminer si le comportement ou les agissements de l'intéressé, s'il remplit par ailleurs les autres conditions légales et règlementaires, sont contraires à l'honneur, à la probité, aux bonnes mœurs ou sont de nature à porter atteinte à la sécurité des personnes ou des biens, à la sécurité publique ou à la sûreté de l'Etat, et s'ils sont ou non compatibles avec l'exercice des fonctions d'agent privé de sécurité. Au vu des éléments recueillis, en particulier par la consultation du fichier " traitement d'antécédents judiciaires " (TAJ), elle procède, sous le contrôle du juge de l'excès de pouvoir, à une appréciation globale de l'ensemble des éléments dont elle dispose.

5. D'une part, M. B ne conteste pas que, comme cela est indiqué dans les motifs de la décision contestée qui se réfère sur ce point aux mentions portées au bulletin n° 2 de son casier judiciaire, il a été condamné le 27 décembre 2016 par le tribunal correctionnel de Rodez à une peine d'amende de 300 euros pour des faits d'usage illicite de stupéfiants commis le 23 juin 2015 et le 10 mai 2016 et à une peine de cinq mois d'emprisonnement en totalité assortie du sursis avec mise à l'épreuve pendant deux ans pour des faits commis le 15 avril 2015, qui ont été initialement qualifiés d'agression sexuelle en réunion. S'il soutient, sans être démenti sur ce point, que les faits ayant donné lieu à cette seconde condamnation ont ensuite été requalifiés en violence en réunion sans incapacité, il n'en conteste pas la matérialité. Enfin, si ces faits ne relevaient pas de la section 3 du chapitre II du titre II du code pénal, qui réprime, notamment, les agressions sexuelles, le requérant ne conteste pas leur caractère plus général d'atteintes à l'intégrité physique ou psychique de la personne, telles qu'elles sont réprimées par ce même chapitre.

6. D'autre part, si M. B fait valoir qu'il n'a pas fait l'objet de condamnation pénale pour les autres faits à raison desquels il a été mis en cause, il ne conteste pas la matérialité de ces faits, tels qu'ils sont exposés dans les motifs de la décision contestée et dans la décision prise par la CLAC le 26 janvier 2021. Ces décisions précisent notamment qu'il a été interpellé en mars 2020 après avoir fait usage d'un pistolet automatique chargé à blanc dans les parties communes de la résidence où il logeait et qu'il été trouvé porteur d'un tel pistolet. Il ne conteste pas davantage les circonstances dans lesquelles il été interpellé en juillet 2016 alors qu'il faisait usage d'un couteau de type poignard sur la voie publique, ni qu'il a été interpellé le 21 mai 2017 pour des faits de port sans motif légitime d'une arme, après qu'un témoin a déclaré qu'il l'avait vu exhiber un pistolet dans la rue. S'agissant de ces derniers faits, les motifs de la décision indiquent que M. B a reconnu à cette occasion qu'il était sorti de chez lui avec un pistolet à billes, ce que l'intéressé ne conteste pas, et qu'il a fait à ce titre l'objet d'un rappel à la loi, ce qui implique nécessairement qu'il a reconnu l'infraction dans le cadre de l'enquête.

7. A supposer même que les seuls faits d'usage de stupéfiants, commis en juin 2015 et pour lesquels M. B a été condamné le 27 décembre 2016 à une peine d'amende, ne soient pas, à eux-seuls, d'une gravité suffisante pour lui refuser l'accès à la profession d'agent privé de sécurité, il n'en demeure pas moins que, compte tenu, d'une part, de la nature des faits pour lesquels il a été condamné le 10 mai 2016 et, d'autre part, de sa mise en cause réitérée pour des infractions à la législation et à la réglementation sur les armes, qui concourent à démontrer sa persistance à avoir un comportement dangereux pour les personnes, la CNAC du CNAPS n'a pas commis d'erreur de droit, ni d'erreur d'appréciation, en refusant de faire droit à sa demande d'autorisation préalable pour accéder à la formation d'agent privé de sécurité.

8. Il résulte de ce qui précède que la requête de M. B doit être rejetée, y compris les conclusions présentées sur le fondement de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au Conseil national des activités privées de sécurité.

Délibéré après l'audience du 7 avril 2023, à laquelle siégeaient :

M. Campoy, président,

M. Crosnier, premier conseiller,

M. Pinturault, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 10 mai 2023.

Le rapporteur,

Signé

M. PINTURAULT

Le président,

Signé

L. CAMPOYLa greffière,

Signé

D. GERVIER

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour le greffier en chef,

La greffière,

Signé

D. GERVIER

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