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AccueilJurisprudence administrativeN° TA86-2102561

Tribunal Administratif de Poitiers — Décision N° TA86-2102561

mardi 23 janvier 2024

JuridictionTribunal Administratif de Poitiers
SectionTribunal Administratif de Poitiers
N° DossierTA86-2102561
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
Formation3ème chambre - JU
Avocat requérantAARPI PICHON - GIREL

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires enregistrés le 5 octobre 2021, le 1er février 2022 et le 30 mars 2022, M. A B, représenté par l'AARPI Pichon Girel, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 1er octobre 2021 de la présidente du conseil départemental des Deux-Sèvres en tant qu'elle lui a infligé une amende administrative de 179 euros ;

2°) de lui accorder la remise de sa dette de revenu de solidarité active de 6 382,08 euros ;

3°) de mettre à la charge du département des Deux-Sèvres la somme de 800 euros à verser à son conseil en application des dispositions des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la décision attaquée est insuffisamment motivée, en méconnaissance des articles L. 211-2 et L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration ;

- elle a été prise au terme d'une procédure irrégulière, à défaut pour le département d'avoir respecté la procédure contradictoire préalable prévue aux articles L. 121-2 et L. 122-1 du code des relations entre le public et l'administration, aux articles L. 262-52 et L. 262-39 du code de l'action sociale et des familles, et aux articles L. 114-17 et R. 114-11 du code de la sécurité sociale ;

- elle méconnaît les dispositions des articles R. 262-6 et R. 262-37 du code de l'action sociale et des familles, dès lors que l'omission déclarative qui lui est reprochée, qui concerne le remboursement échelonné d'une dette qu'une autre personne avait contractée auprès de lui, ne procède pas d'une intention frauduleuse ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 123-2 du code des relations entre le public et l'administration, ni le département ni la caisse d'allocations familiales ne démontrant qu'il a manqué de manière intentionnelle à ses obligations déclaratives ;

- elle méconnaît l'alinéa 11 de l'article L. 262-46 du code de l'action sociale et des familles, à défaut, pour le président du conseil départemental, d'avoir examiné sa demande de remise de dette, alors qu'il n'a commis aucune fraude ;

- en l'absence de fraude de sa part dans ses obligations déclaratives, l'amende administrative qui lui a été infligée n'est pas justifiée.

Par des mémoires en défense enregistrés les 17 novembre 2021 et 25 février 2022, le département des Deux-Sèvres conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par M. B ne sont pas fondés.

La caisse d'allocations familiales des Deux-Sèvres a présenté des observations, enregistrées le 14 février 2022.

M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 10 décembre 2021.

Vu les autres pièces des dossiers.

Vu :

- le code de l'action sociale et des familles ;

- le code de la sécurité sociale ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme C pour statuer sur les litiges visés à l'article R. 222-13 du code de justice administrative.

La magistrate désignée a décidé de dispenser la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience, en application des dispositions de l'article R. 732-1-1 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme C ;

- les observations de Me Pichon, représentant M. B, qui a repris ses écritures.

La clôture de l'instruction a été prononcée, en application de l'article R. 772-9 du code de justice administrative, à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. B a été destinataire d'un courrier de la caisse d'allocations familiales des Deux-Sèvres du 9 novembre 2020 lui notifiant un indu de revenu de solidarité active d'un montant de 6 382,03 euros, déterminé sur la période allant de juin 2010 à mai 2020, dont il a contesté le bien-fondé par un courrier du 10 novembre 2020 auprès de l'organisme payeur, puis par un courrier du 8 janvier 2021 adressé au président du conseil départemental des Deux-Sèvres. Le président du conseil départemental a rejeté ce recours administratif préalable par une décision du 16 mars 2021, par laquelle il a également informé M. B que le département avait la possibilité de lui appliquer une amende administrative de 179 euros. Par son courrier du 26 mars 2021, M. B a sollicité du président du conseil département des Deux-Sèvres une remise gracieuse de l'indu de revenu de solidarité active mis à sa charge. Par une décision du 1er octobre 2021, la présidente du conseil départemental des Deux-Sèvres a, d'une part, rejeté la demande de remise de dette formulée par M. B, et, d'autre part, lui a infligé une amende administrative de 179 euros. Par sa requête, M. B, d'une part, demande l'annulation de l'amende administrative de 179 euros qui lui a été appliquée par la décision du 1er octobre 2021, et, d'autre part, doit être regardé comme sollicitant la remise gracieuse de sa dette de revenu de solidarité active de 6 382,03 euros.

Sur les conclusions à fin d'annulation de l'amende administrative :

2. Aux termes de l'article L. 262-52 du code de l'action sociale et des familles : " La fausse déclaration ou l'omission délibérée de déclaration ayant abouti au versement indu du revenu de solidarité active est passible d'une amende administrative prononcée et recouvrée dans les conditions et les limites définies, en matière de prestations familiales, aux sixième, septième, neuvième et dixième alinéas du I, à la seconde phrase du onzième alinéa du I et au II de l'article L. 114-17 du code de la sécurité sociale. La décision est prise par le président du conseil départemental après avis de l'équipe pluridisciplinaire mentionnée à l'article L. 262-39 du présent code () ". Aux termes de l'article R. 262-85 du même code : " Pour l'application de l'article L. 262-52, les compétences dévolues au directeur de l'organisme de sécurité sociale et à la commission constituée au sein du conseil d'administration de cet organisme sont exercées respectivement par le président du conseil départemental et l'équipe pluridisciplinaire mentionnée à l'article L. 262-39 ". Enfin, aux termes du 5° du I de l'article L. 114-17 du code de la sécurité sociale, dans sa version applicable au litige : " () Le directeur de l'organisme concerné notifie le montant envisagé de la pénalité et les faits reprochés à la personne en cause, afin qu'elle puisse présenter ses observations écrites ou orales dans un délai d'un mois. A l'issue de ce délai, le directeur de l'organisme prononce, le cas échéant, la pénalité et la notifie à l'intéressé en lui indiquant le délai dans lequel il doit s'en acquitter ou les modalités selon lesquelles elle sera récupérée sur les prestations à venir ". Il résulte de ces dispositions qu'une amende administrative ne peut être infligée par le président du conseil départemental à un allocataire du revenu de solidarité active sans que ce dernier ait été mis en mesure de présenter ses observations écrites ou orales.

3. Il résulte de l'instruction que par son courrier du 16 mars 2021, le président du conseil départemental des Deux-Sèvres a informé M. B qu'il envisageait de lui appliquer une amende administrative de 179 euros, sans préciser à l'intéressé qu'il pouvait présenter des observations écrites ou orales sur la sanction projetée, dans le délai d'un mois à compter de la réception du courrier. Dans ces conditions, contrairement à ce que soutient le département, et bien que plusieurs mois se soient écoulés entre le courrier du 16 mars 2021 et la réunion de l'équipe pluridisciplinaire du 8 juillet 2021, M. B ne peut être regardé comme ayant été mis en mesure de formuler des observation écrites ou orales sur la sanction envisagée. Par suite, la présidente du conseil départemental a méconnu les dispositions des articles L. 262-52 du code de l'action sociale et des familles et L. 114-17 du code de la sécurité sociale en infligeant une amende administrative de 179 euros à M. B sans même l'informer de la possibilité qui était la sienne de présenter des observations écrites ou orales dans le délai imparti par l'article L. 114-17 du code de la sécurité sociale sur l'amende qu'elle envisageait de prononcer à son encontre.

4. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens dirigés à l'encontre de l'amende administrative de 179 euros, que la décision du 1er octobre 2021 doit être annulée en tant qu'elle a prononcé cette amende.

Sur la demande de remise de dette de revenu de solidarité active :

5. D'une part, en vertu du deuxième alinéa de l'article L. 262-2 du code de l'action sociale et des familles, l'ensemble des ressources du foyer est pris en compte pour le calcul du revenu de solidarité active.

6. D'autre part, l'article L. 262-17 du même code dispose que : " Lors du dépôt de sa demande, l'intéressé reçoit, de la part de l'organisme auprès duquel il effectue le dépôt, une information sur les droits et devoirs des bénéficiaires du revenu de solidarité active () " et l'article R. 262-37 de ce code prévoit que : " Le bénéficiaire de l'allocation de revenu de solidarité active est tenu de faire connaître à l'organisme chargé du service de la prestation toutes informations relatives à sa résidence, à sa situation de famille, aux activités, aux ressources et aux biens des membres du foyer ; il doit faire connaître à cet organisme tout changement intervenu dans l'un ou l'autre de ces éléments ".

7. Enfin, l'article L. 262-46 du code de l'action sociale et des familles concernant le revenu de solidarité active : " () La créance peut être remise ou réduite par le président du conseil départemental en cas de bonne foi ou de précarité de la situation du débiteur, sauf si cette créance résulte d'une manœuvre frauduleuse ou d'une fausse déclaration () ". Il résulte de ces dispositions qu'un allocataire du revenu de solidarité active ne peut bénéficier d'une remise gracieuse de la dette résultant d'un paiement indu d'allocation, quelle que soit la précarité de sa situation, lorsque l'indu trouve sa cause dans une manœuvre frauduleuse de sa part ou dans une fausse déclaration, laquelle doit s'entendre comme désignant les inexactitudes ou omissions qui procèdent d'une volonté de dissimulation de l'allocataire caractérisant de sa part un manquement à ses obligations déclaratives.

8. Lorsqu'il statue sur un recours dirigé contre une décision rejetant une demande de remise gracieuse d'un indu de revenu de solidarité active, il appartient au juge administratif, eu égard tant à la finalité de son intervention qu'à sa qualité de juge de plein contentieux de l'aide sociale, non de se prononcer sur les éventuels vices propres de la décision attaquée, mais d'examiner si une remise gracieuse totale ou partielle est justifiée et de se prononcer lui-même sur la demande en recherchant si, au regard des circonstances de fait dont il est justifié par l'une et l'autre parties à la date de sa propre décision, la situation de précarité du débiteur et sa bonne foi justifient que lui soit accordée une remise ou une réduction supplémentaire. Lorsque l'indu résulte de ce que l'allocataire a omis de déclarer certaines de ses ressources, il y a lieu, pour apprécier la condition de bonne foi de l'intéressé, hors les hypothèses où les omissions déclaratives révèlent une volonté manifeste de dissimulation ou, à l'inverse, portent sur des ressources dépourvues d'incidence sur le droit de l'intéressé au revenu de solidarité active ou sur son montant, de tenir compte de la nature des ressources ainsi omises, de l'information reçue et notamment, le cas échéant, de la présentation du formulaire de déclaration des ressources, du caractère réitéré ou non de l'omission, des justifications données par l'intéressé ainsi que de toute autre circonstance de nature à établir que l'allocataire pouvait de bonne foi ignorer qu'il était tenu de déclarer les ressources omises. A cet égard, si l'allocataire a pu légitimement, notamment eu égard à la nature du revenu en cause et de l'information reçue, ignorer qu'il était tenu de déclarer les ressources omises, la réitération de l'omission ne saurait alors suffire à caractériser une fausse déclaration.

9. D'une part, sont sans incidence sur le litige les circonstances que la décision attaquée serait insuffisamment motivée ou serait intervenue au terme d'une procédure irrégulière.

10. D'autre part, pour rejeter la demande de remise gracieuse de l'indu dont le remboursement était demandé à M. B, le département s'est fondé sur la circonstance, non contestée par le requérant, qu'il avait perçu, au cours de l'année 2019, plusieurs virements non déclarés à la caisse d'allocations familiales dans le cadre de ses obligations déclaratives, pour un montant total de 6 597 euros. Si M. B fait valoir, en produisant une attestation en ce sens, que ces sommes lui étaient versées par une personne en remboursement d'un prêt que lui aurait octroyé M. B, d'une part, il ne démontre pas avoir prêté la somme en question, et, d'autre part, il ressort du rapport d'enquête du 5 novembre 2020, qui fait foi jusqu'à preuve contraire, que l'intéressé a déclaré ne pas percevoir de revenus sur le compte bancaire sur lequel la caisse d'allocations familiales a constaté, ultérieurement, les versements correspondant à la somme totale de 6 597 euros perçue. Eu égard à la nature, au montant et à la régularité des versements effectués, ainsi qu'à l'attitude de M. B lors du contrôle de sa situation, les omissions qui lui sont reprochées doivent être regardées comme constitutives de fausses déclarations.

11. Il résulte de ce qui précède que la demande de remise gracieuse de M. B concernant l'indu de 6 597 euros de revenu de solidarité active mis à sa charge doit être rejetée.

Sur les frais liés au litige :

12. M. B a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle. Par suite, son avocat peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, et sous réserve que Me Pichon, avocate de M. B, renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État, de mettre à la charge du département des Deux-Sèvres le versement à Me Pichon de la somme de 800 euros.

D E C I D E :

Article 1er : La décision du 1er octobre 2021 est annulée en tant qu'elle prononce à l'encontre de M. B une amende administrative de 179 euros.

Article 2 : Le département versera à Me Pichon la somme de 800 euros en application des dispositions du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve que Me Pichon renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat.

Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. A B, au département des Deux-Sèvres et à Me Pichon.

Copie en sera adressée à la caisse d'allocations familiales des Deux-Sèvres.

Mis à disposition au greffe le 23 janvier 2024.

La magistrate désignée,

Signé

S. GIBSON-THERYLa greffière

Signé

N. COLLET

La République mande et ordonne à la préfète des Deux-Sèvres en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour le greffier en chef,

La greffière,

N. COLLET

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