mardi 3 octobre 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Poitiers |
| Section | Tribunal Administratif de Poitiers |
| N° Dossier | TA86-2102656 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 1ère chambre |
| Avocat requérant | BOUCHET |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des mémoires enregistrés le 14 octobre 2021, le 28 mai 2022 et le 6 septembre 2023, M. C A, représenté par Me Bouchet Montgillond, demande au tribunal :
1°) de prononcer la décharge des rappels de taxe sur la valeur ajoutée qui lui ont été réclamés pour la période du 1er janvier 2010 au 31 décembre 2011 et des pénalités correspondantes ;
2°) de prononcer la décharge des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu et des prélèvements sociaux auxquelles il a été assujetti au titre des années 2010 et 2011 et des pénalités correspondantes ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 040 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- la proposition de rectification est insuffisamment motivée en ce que, hormis la référence au jugement du tribunal correctionnel de Saintes du 6 juin 2019, aucun élément permettant de corroborer les bases d'imposition n'y est indiqué, ce alors même que si l'administration peut utiliser les informations qu'elle a recueillies d'un tiers en usant de son droit de communication, elle ne peut les opposer utilement à ce contribuable que si ces éléments sont, en outre, corroborés par des constatations propres à son entreprise, à ses activités ou à sa situation ; l'administration retient un montant de charges de 20 % sans aucune explication ; l'administration n'a donc pas porté à sa connaissance les bases d'imposition ainsi que leurs modalités de détermination trente jours au moins avant la mise en recouvrement des impositions en méconnaissance de la doctrine exprimée au BOI-CF-IOR 50-20 du 8 mars 2017 ;
- un arrêt de la cour d'appel de Poitiers du 4 juillet 2022, confirmant sa condamnation pour proxénétisme, ne fait état que de versements à hauteur de 10 360 euros sur son compte bancaire et de 10 100 euros sur son livret A, soit un total de 20 460 euros au cours de la période du 1er juillet 2009 au 31 mars 2011 ; cet arrêt remet en cause les constatations de faits opérées par les premiers juges et reprises par l'administration qui estime qu'il a perçu, à ce titre, entre 80 000 et 90 000 euros ; l'action de l'administration, relative aux impositions des années 2010 et 2011, est prescrite ; le montant de 80 000 euros de revenus tirés du proxénétisme est, en toute hypothèse, surévalué et insuffisamment étayé, dans la mesure où les profits sont, selon les termes du jugement précité du tribunal correctionnel, issus de l'activité de prostitution de sa compagne au moment des faits, et ne sauraient correspondre aux revenus issus de l'activité de proxénétisme, qui ne sont pas établis ; il entend se prévaloir sur ce point de la doctrine administrative citée par l'administration dans la décision de rejet de sa réclamation qui indique que " l'autorité de la chose jugée s'attache aux constatations de fait effectuées par la juridiction pénale et lesdites constatations s'imposent au juge de l'impôt ".
Par deux mémoires en défense enregistrés les 23 mars 2022 et 15 septembre 2023, la directrice départementale des finances publiques de la Vienne conclut au rejet de la requête.
Elle soutient que les moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Pipart,
- les conclusions de M. Revel, rapporteur public,
- et les observations de M. B, représentant la directrice départementale des finances publiques de la Vienne.
Considérant ce qui suit :
1. M. C A a fait l'objet le 12 septembre 2019 d'une condamnation par le tribunal correctionnel de Saintes pour proxénétisme de 2009 à 2011. Ce jugement a été confirmé par la cour d'appel de Poitiers le 4 juillet 2022. Le 9 avril 2020, le tribunal a transmis à la brigade de contrôle et de recherche de La Rochelle les éléments du dossier de l'intéressé. Le 19 juin 2020, l'administration l'a informé, selon la procédure d'évaluation d'office prévue par les dispositions du 1° de l'article L. 73 du livre des procédures fiscales et la procédure de taxation d'office prévue par les dispositions du 3° de l'article L. 66 du même livre, des rehaussements envisagés de son revenu imposable, dans la catégorie des bénéfices non commerciaux, au titre des années 2010 et 2011 et de ce que le service envisageait de lui assigner des compléments de taxe sur la valeur ajoutée au titre de la période du 1er janvier 2010 au 1er mars 2011. M. A demande la décharge de ces impositions et des pénalités dont elles ont été assorties.
Sur la régularité de la procédure d'imposition :
2. Aux termes de l'article L. 76 du livre des procédures fiscales : " Les bases ou éléments servant au calcul des impositions d'office et leurs modalités de détermination sont portées à la connaissance du contribuable trente jours au moins avant la mise en recouvrement des impositions ".
3. Il résulte de l'instruction que la proposition de rectification se réfère, pour chaque chef de rectification, aux dispositions des articles du code général des impôts correspondants et comporte les modalités de calcul ainsi que le montant des bases d'imposition retenues, et les motifs de droit et de fait justifiant les rectifications ainsi que les périodes auxquelles elles se rapportent. Dans ces conditions, M. A n'est pas fondé à soutenir que la proposition de rectification qui lui a été adressée méconnaissait les dispositions précitées de l'article L. 76 du livre des procédures fiscales.
Sur le bien-fondé des impositions :
En ce qui concerne l'application de la loi fiscale :
S'agissant de la charge de la preuve :
4. Aux termes de l'article L. 193 du livre des procédures fiscales : " Dans tous les cas où une imposition a été établie d'office la charge de la preuve incombe au contribuable qui demande la décharge ou la réduction de l'imposition ". Aux termes de l'article R*193-1 du même livre : " Dans le cas prévu à l'article L. 193 le contribuable peut obtenir la décharge ou la réduction de l'imposition mise à sa charge en démontrant son caractère exagéré. "
5. Tel qu'il a été dit au point 1, les rehaussements notifiés à M. A au titre de son activité occulte de proxénétisme, l'ont été selon la procédure d'évaluation d'office prévue par les dispositions du 1° de l'article L. 73 du livre des procédures fiscales et la procédure de taxation d'office prévue par les dispositions du 3° de l'article L. 66 du même livre. L'intéressé ne critiquant pas utilement la régularité du recours, par l'administration, à ces deux procédures, il lui appartient d'apporter la preuve de l'exagération des impositions contestées.
S'agissant du délai de reprise de 10 ans :
6. Aux termes, d'une part, de l'article L. 169 du livre des procédures fiscales dans sa rédaction alors applicable : " Pour l'impôt sur le revenu et l'impôt sur les sociétés, le droit de reprise de l'administration des impôts s'exerce jusqu'à la fin de la troisième année qui suit celle au titre de laquelle l'imposition est due. () Par exception aux dispositions du premier alinéa, le droit de reprise de l'administration s'exerce jusqu'à la fin de la dixième année qui suit celle au titre de laquelle l'imposition est due, lorsque le contribuable exerce une activité occulte. L'activité occulte est réputée exercée lorsque le contribuable n'a pas déposé dans le délai légal les déclarations qu'il était tenu de souscrire et soit n'a pas fait connaître son activité à un centre de formalités des entreprises ou au greffe du tribunal de commerce, soit s'est livré à une activité illicite. ".
7. Aux termes, d'autre part, de l'article L. 176 du livre des procédures fiscales : " Pour les taxes sur le chiffre d'affaires, le droit de reprise de l'administration s'exerce jusqu'à la fin de la troisième année suivant celle au cours de laquelle la taxe est devenue exigible conformément aux dispositions du 2 de l'article 269 du code général des impôts. () Par exception aux dispositions du premier alinéa, le droit de reprise de l'administration s'exerce jusqu'à la fin de la dixième année qui suit celle au titre de laquelle la taxe est devenue exigible conformément aux dispositions du 2 de l'article 269 du code général des impôts lorsque () le contribuable exerce une activité occulte. L'activité occulte est réputée exercée lorsque le contribuable n'a pas déposé dans le délai légal les déclarations qu'il était tenu de souscrire et soit n'a pas fait connaître son activité à un centre de formalités des entreprises ou au greffe du tribunal de commerce, soit s'est livré à une activité illicite. ".
8. Il résulte de l'instruction, et notamment des investigations menées dans le cadre de la procédure judiciaire dont l'intéressé a fait l'objet, qu'au cours des années 2010 et 2011, M. A était rémunéré par une prostituée. Par jugement du tribunal correctionnel de Saintes du 12 septembre 2019, confirmé par un arrêt de la cour d'appel de Poitiers du 4 juillet 2022, il a fait l'objet d'une condamnation pour proxénétisme. Cette activité de proxénétisme revêtait, en raison de son caractère habituel et de sa finalité lucrative, un caractère professionnel. Il n'est pas contesté que M. A n'a pas déposé dans le délai légal les déclarations qu'il était tenu de souscrire au titre de l'impôt sur le revenu et de la taxe sur la valeur ajoutée et n'a pas davantage fait connaître son activité à un centre de formalités des entreprises, obligations auxquelles il était tenu, nonobstant le caractère illicite de cette activité. Dans ces conditions, l'administration était fondée à faire usage du droit de reprise de 10 ans prévu par les textes précitées, sans que le requérant puisse utilement se prévaloir, sur ce point, de ce qu'il avait fait appel du jugement du 12 septembre 2019 qui, s'il n'était pas encore définitif, constituait l'un des éléments sur lesquels le service pouvait se fonder pour caractériser l'exercice d'une activité occulte.
S'agissant du montant des impositions :
9. Il résulte du jugement du tribunal correctionnel de Saintes que la compagne de M. A a déclaré avoir perçu, pour la période du 1er juillet 2009 au 1er mars 2011, entre 80 000 euros et 90 000 euros de profits provenant de la prostitution. Il ressort de ce jugement ainsi que de l'arrêt de la cour d'appel que l'intéressé a bien perçu les revenus provenant de ces opérations de prostitution. La circonstance que dans son arrêt, la cour d'appel a confirmé que les versements de l'intéressé sur ses comptes bancaires et son livret A s'élevaient à la somme susmentionnée de 20 460 euros, n'implique pas que ces revenus se seraient limités à cette somme, l'intéressé ayant lui-même admis qu'il avait utilisé une partie de ces derniers pour s'acheter, notamment, un quad, une moto et un jet ski. Dans ces conditions, M. A n'apporte pas la preuve qui lui incombe que les impositions litigieuses, qui ont été établies par l'administration sur la base d'un revenu de la prostitution de 80 000 euros correspondant à l'estimation basse de ses revenus par sa compagne, comporteraient un caractère exagéré.
En ce qui concerne l'interprétation administrative de la loi fiscale :
10. M. A ne peut utilement se prévaloir, sur le fondement de l'article L. 80 A du livre des procédures fiscales, de la doctrine administrative exprimée au BOI-CF-IOR 50-20 du 8 mars 2017 et au BOI-CTX-DG-20-30-40 publiée le 12 septembre 2012, dès lors qu'elle ne comporte aucune interprétation de la loi fiscale différente de celle dont il est fait application dans le présent jugement.
Sur les pénalités et intérêts de retard :
11. Aux termes du 1 de l'article 1728 du code général des impôts : " Le défaut de production dans les délais prescrits d'une déclaration ou d'un acte comportant l'indication d'éléments à retenir pour l'assiette ou la liquidation de l'impôt entraîne l'application, sur le montant des droits mis à la charge du contribuable ou résultant de la déclaration ou de l'acte déposé tardivement, d'une majoration de : () / c. 80 % en cas de découverte d'une activité occulte () ".
12. Il résulte de ce qui a été dit précédemment, et plus spécifiquement du point 8 du présent jugement, que M. A a exercé l'activité occulte de proxénète. Cette activité n'ayant fait l'objet d'aucune déclaration d'existence fiscale, c'est à bon, droit que le service a appliqué aux rappels d'impôt sur les revenus et de TVA des années 2010 et 2011 la majoration de 80 % prévue par les dispositions précitées du 1 de l'article 1728 du code général des impôts.
13. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède que les conclusions à fin de décharge de M. A doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, celles tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. A est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C A et à la directrice départementale des finances publiques de la Vienne.
Délibéré après l'audience du 19 septembre, à laquelle siégeaient :
M. Campoy, président,
M. Henry, premier conseiller,
M. Pipart, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 3 octobre 2023.
Le rapporteur,
signé
R. PIPART
Le président,
signé
L. CAMPOY La greffière,
signé
D. GERVIER
La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Pour le greffier en chef,
La greffière,
Signé
D. GERVIER
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026