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AccueilJurisprudence administrativeN° TA86-2102664

Tribunal Administratif de Poitiers — Décision N° TA86-2102664

jeudi 1 février 2024

JuridictionTribunal Administratif de Poitiers
SectionTribunal Administratif de Poitiers
N° DossierTA86-2102664
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
Formation3ème chambre - JU

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 15 octobre 2021 et le 12 janvier 2022, M. B C et Mme A C demandent au tribunal de leur octroyer la remise gracieuse de la somme de 849,48 euros restant à leur charge à la suite de la décision du 24 septembre 2021 par laquelle le directeur de la caisse d'allocations familiales des Deux-Sèvres ne leur a accordé qu'une remise partielle de 849,48 euros d'un indu de revenu de solidarité active d'un montant initial de 1 698,96 euros.

Ils soutiennent que leur situation de précarité ne leur permet pas de rembourser la dette de 849,48 euros restant à leur charge.

Par un mémoire en défense enregistré le 17 novembre 2021, le département des Deux-Sèvres conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les requérants n'apportent pas la preuve de leur incapacité financière à rembourser la somme en litige par petites mensualités.

Vu les autres pièces des dossiers.

Vu :

- le code de l'action sociale et des familles ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme D pour statuer sur les litiges visés à l'article R. 222-13 du code de justice administrative.

La magistrate désignée a décidé de dispenser la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience, en application des dispositions de l'article R. 732-1-1 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme D a été entendu au cours de l'audience publique.

La clôture de l'instruction a été prononcée, en application de l'article R. 772-9 du code de justice administrative, à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. et Mme C ont été destinataires d'un courrier de la caisse d'allocations familiales des Deux-Sèvres du 9 juin 2021 leur notifiant un indu de revenu de solidarité active, de prime d'activité et d'aide personnalisée au logement d'un montant de 929,87 euros, impliquant un changement dans leurs droits à compter du 1er janvier 2020. M. et Mme C ont demandé par un courrier du 16 juin 2021 la remise gracieuse de leur dette de revenu de solidarité active. Par un courrier du 24 septembre 2021, la caisse d'allocations familiales des Deux-Sèvres a porté l'indu de revenu de solidarité active à la somme de 1 698,96 euros, et accordé aux intéressés une remise gracieuse de 849,48 euros correspondant à la moitié de cette somme. Par leur requête, M. et Mme C doivent être regardés comme demandant la remise gracieuse de la somme de 849,48 euros restant à leur charge à la suite de la décision du 24 septembre 2021.

2. D'une part, en vertu du deuxième alinéa de l'article L. 262-2 du code de l'action sociale et des familles, l'ensemble des ressources du foyer est pris en compte pour le calcul du revenu de solidarité active.

3. D'autre part, l'article L. 262-17 du même code dispose que : " Lors du dépôt de sa demande, l'intéressé reçoit, de la part de l'organisme auprès duquel il effectue le dépôt, une information sur les droits et devoirs des bénéficiaires du revenu de solidarité active () " et l'article R. 262-37 de ce code prévoit que : " Le bénéficiaire de l'allocation de revenu de solidarité active est tenu de faire connaître à l'organisme chargé du service de la prestation toutes informations relatives à sa résidence, à sa situation de famille, aux activités, aux ressources et aux biens des membres du foyer ; il doit faire connaître à cet organisme tout changement intervenu dans l'un ou l'autre de ces éléments ".

4. Enfin, l'article L. 262-46 du code de l'action sociale et des familles concernant le revenu de solidarité active : " () La créance peut être remise ou réduite par le président du conseil départemental en cas de bonne foi ou de précarité de la situation du débiteur, sauf si cette créance résulte d'une manœuvre frauduleuse ou d'une fausse déclaration () ". Il résulte de ces dispositions qu'un allocataire du revenu de solidarité active ne peut bénéficier d'une remise gracieuse de la dette résultant d'un paiement indu d'allocation, quelle que soit la précarité de sa situation, lorsque l'indu trouve sa cause dans une manœuvre frauduleuse de sa part ou dans une fausse déclaration, laquelle doit s'entendre comme désignant les inexactitudes ou omissions qui procèdent d'une volonté de dissimulation de l'allocataire caractérisant de sa part un manquement à ses obligations déclaratives.

5. Lorsqu'il statue sur un recours dirigé contre une décision rejetant une demande de remise gracieuse d'un indu de revenu de solidarité active, il appartient au juge administratif d'examiner si une remise gracieuse totale ou partielle est justifiée et de se prononcer lui-même sur la demande en recherchant si, au regard des circonstances de fait dont il est justifié par l'une et l'autre parties à la date de sa propre décision, la situation de précarité du débiteur et sa bonne foi justifient que lui soit accordée une remise. Lorsque l'indu résulte de ce que l'allocataire a omis de déclarer certaines de ses ressources, il y a lieu, pour apprécier la condition de bonne foi de l'intéressé, hors les hypothèses où les omissions déclaratives révèlent une volonté manifeste de dissimulation ou, à l'inverse, portent sur des ressources dépourvues d'incidence sur le droit de l'intéressé au revenu de solidarité active ou sur son montant, de tenir compte de la nature des ressources ainsi omises, de l'information reçue et notamment, le cas échéant, de la présentation du formulaire de déclaration des ressources, du caractère réitéré ou non de l'omission, des justifications données par l'intéressé ainsi que de toute autre circonstance de nature à établir que l'allocataire pouvait de bonne foi ignorer qu'il était tenu de déclarer les ressources omises. A cet égard, si l'allocataire a pu légitimement, notamment eu égard à la nature du revenu en cause et de l'information reçue, ignorer qu'il était tenu de déclarer les ressources omises, la réitération de l'omission ne saurait alors suffire à caractériser une fausse déclaration.

6. Il ne résulte pas de l'instruction que les requérants puissent être regardés comme les auteurs de fausses déclarations du fait de l'absence de mention de certaines ressources sur leurs déclarations trimestrielles dès lors que, d'une part, il n'est pas contesté que Mme C a rectifié d'elle-même auprès de la caisse d'allocations familiales, dès le mois d'avril 2020, les erreurs déclaratives commises lors de sa déclaration de ressources du premier trimestre 2020, et que, d'autre part, la caisse d'allocations familiales des Deux-Sèvres a considéré, en octroyant une remise de dette de 849,48 euros par son courrier du 24 septembre 2021, que Mme C était de bonne foi. Toutefois, en se bornant à alléguer leur bonne foi et la circonstance qu'ils ne sont pas en mesure de régler la somme de 849,48 euros au regard du chômage indemnisé de M. C, et de la nécessité pour Mme C de rester au foyer pour s'occuper, en particulier, de deux de leurs enfants en situation de handicap, qui justifie d'ailleurs la perception d'allocations d'éducation de l'enfant handicapé, les intéressés ne produisent pas d'éléments suffisants permettant de considérer qu'ils se trouveraient dans une situation de précarité telle qu'ils ne pourraient rembourser la somme restante mise à leur charge, en petites mensualités. Par suite, en ne leur accordant que 50 % de remise gracieuse, la caisse d'allocations familiales ne peut être regardée comme ayant fait une appréciation erronée de la situation des requérants.

7. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin de remise de la dette de revenu de solidarité active de 849,48 euros mise à la charge des requérants doivent être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. et Mme C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B C, à Mme A C et au département des Deux-Sèvres.

Copie en sera adressée à la caisse d'allocations familiales des Deux-Sèvres.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 1er février 2024.

La magistrate désignée,

Signé

S. GIBSON-THERYLa greffière

Signé

N. COLLET

La République mande et ordonne à la préfète des Deux-Sèvres en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour le greffier en chef,

La greffière,

N. COLLET

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