lundi 6 novembre 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Poitiers |
| Section | Tribunal Administratif de Poitiers |
| N° Dossier | TA86-2102961 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Formation | 3ème chambre |
| Avocat requérant | BAZIN & ASSOCIES |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 16 novembre 2021, M. C A, représenté par Me Souet, demande au tribunal :
1°) de condamner le centre hospitalier universitaire (CHU) de Poitiers à lui verser une somme de 16 718,48 euros au titre des préjudices subis du fait de sa maladie professionnelle avec intérêts au taux légal à compter de la date de la demande préalable, capitalisés à chaque échéance annuelle ultérieure ;
2°) de mettre à la charge du CHU de Poitiers la somme de 3 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, outre la somme de 1000 euros au titre des frais d'expertise ;
Il soutient que :
-la responsabilité sans faute du CHU de Poitiers est engagée du fait de la maladie professionnelle reconnue imputable au service dont il a été victime ;
-il a subi des préjudices d'une autre nature que les pertes de revenus et l'incidence professionnelle, et des préjudices personnels qui peuvent être évalués à la somme totale de 16 718,48 euros.
Par un mémoire en défense enregistré le 6 mai 2022, le CHU de Poitiers, représenté par la Selarl Bazin et associés, conclut au rejet de la requête et à ce que soit mis à la charge de M. A une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que les préjudices allégués ne sont pas établis.
La procédure a été communiquée à la CPAM de la Vienne qui n'a pas produit d'observations.
Vu :
-l'ordonnance du 9 novembre 2020 par laquelle le juge des référés a désigné M. B en qualité d'expert ;
-l'ordonnance du 27 avril 2021 par laquelle le magistrat désigné a taxé et liquidé les frais de l'expertise à la somme de 1 000 euros ;
- l'ordonnance du 23 août 2022 par laquelle le juge des référés a accordé à M. A une provision de 9 192,70 euros ;
- les autres pièces du dossier.
Vu :
- la loi n°86-33 du 9 janvier 1986 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Thévenet-Bréchot,
- les conclusions de Mme Bréjeon, rapporteure publique.
Considérant ce qui suit :
1. M. A exerçait des fonctions d'aide-soignant au CHU de Poitiers depuis 1999. En 2016, il a présenté des douleurs aigues au niveau du coude et de l'épaule droite. Par trois décisions du 18 octobre 2016, du 15 septembre 2017 et du 5 juillet 2018, le directeur du CHU de Poitiers a reconnu sa maladie comme une maladie professionnelle, tableau 57A et 57B Droite. M. A a bénéficié d'un arrêt de travail pour la période du 10 juin 2016 au 7 novembre 2019, pris en charge au titre de sa maladie professionnelle, puis a été placé en congé de maladie ordinaire à compter du 7 novembre 2019. Le requérant a saisi le juge des référés du tribunal administratif afin que soit désigné un expert pour évaluer la nature et l'étendue des préjudices imputables à sa maladie professionnelle. Le Dr B, expert désigné, a rendu son rapport le 10 mars 2021. Par une ordonnance du 23 août 2022, le juge des référés a accordé à M. A une provision de 9 192,70 euros à valoir sur les préjudices personnels subis consécutivement à sa maladie professionnelle. Par la présente requête, M. A demande au tribunal de condamner le CHU de Poitiers à lui verser une somme de 16 718,48 euros au titre des préjudices subis du fait de sa maladie professionnelle.
Sur la responsabilité
2. Le fonctionnaire qui subit, du fait de l'invalidité ou de la maladie imputable au service, des préjudices patrimoniaux d'une autre nature que les pertes de revenus et l'incidence professionnelle ou des préjudices personnels, a droit à obtenir de la personne publique qui l'emploie, même en l'absence de faute de celle-ci, une indemnité complémentaire réparant ces chefs de préjudice. L'agent a également droit à la réparation intégrale de l'ensemble du dommage résultant d'un accident de service, dans le cas où cet accident serait imputable à une faute de nature à engager la responsabilité de la personne publique qui l'emploie. Toutefois, la personne publique à l'origine d'un dommage causé à un de ses collaborateurs par un accident ou une maladie imputable au service peut être exonérée en partie ou en totalité de sa responsabilité lorsque le dommage est également imputable à un fait de la victime ou à un cas de force majeure.
3. Il résulte de l'instruction que la pathologie de M. A a été reconnue imputable au service par trois décisions du 18 octobre 2016, 15 septembre 2017 et 5 juillet 2018. L'intéressé peut dès lors prétendre, sans avoir à démontrer l'existence d'une faute du CHU de Poitiers, à la réparation des préjudices patrimoniaux d'une autre nature que les pertes de revenus et l'incidence professionnelle, ainsi que des préjudices personnels.
Sur les préjudices
En ce qui concerne les préjudices patrimoniaux :
4. En premier lieu, le rapport d'expertise relève que l'état de santé de M. A nécessitait l'intervention d'une tierce personne pour se déplacer en voiture durant la période du 9 juin au 2 septembre 2016, en précisant que l'intéressé n'avait pas eu recours à des soins de kinésithérapie sur cette période. Le requérant sollicite l'indemnisation d'un besoin d'assistance par tierce personne d'une heure par jour sur cette période, afin de prendre en compte les déplacements de la vie courante. Toutefois, il ne produit aucun élément justifiant qu'il ait eu effectivement recours à une telle aide ni permettant d'évaluer le besoin sur cette période. Par suite, il n'y a pas lieu de l'indemniser à ce titre.
5. En second lieu, le requérant, qui réside à Poitiers, demande le remboursement des frais de transport qu'il a exposés pour se rendre à l'expertise organisée le 10 mars 2021 avec le docteur B à Pessac (Gironde). Compte tenu du barème d'indemnités kilométriques applicable en 2021 pour un véhicule de 6 cv, et de la distance aller-retour parcourue entre le domicile familial et le lieu précité, ces frais peuvent être évalués à la somme de 299,63 euros.
En ce qui concerne les préjudices extrapatrimoniaux temporaires :
6. En premier lieu, il résulte de l'instruction, en particulier du rapport d'expertise, que M. A a subi un déficit fonctionnel temporaire partiel évalué à 15% pour la période du 9 juin au 1er septembre 2016 et à 10% pour la période du 2 septembre 2016 au 2 novembre 2019. Il sera fait une juste appréciation de ce préjudice en lui accordant une somme de 2 138 euros.
7. En deuxième lieu, l'expert a évalué les souffrances endurées par M. A, résultant notamment de l'immobilisation, de l'arthro-distension et des soins de kinésithérapie prolongés, à 1,5 sur une échelle de 7. Il sera fait une juste appréciation de ce préjudice en accordant au requérant une somme de 1 400 euros.
8. En troisième lieu, l'expert a retenu un préjudice esthétique temporaire résultant de la période d'immobilisation. Il sera fait une juste appréciation de ce poste de préjudice en allouant à M. A une somme de 200 euros.
En ce qui concerne les préjudices extrapatrimoniaux permanents :
9. En premier lieu, à compter de la consolidation de son état de santé le 2 novembre 2019, M. A a subi un déficit fonctionnel permanent évalué par l'expert à 4%. Compte tenu de son âge à la date de la consolidation, il sera fait une juste appréciation de ce chef de préjudice en lui accordant une somme de 5 500 euros.
10. En second lieu, si M. A indique rencontrer des difficultés pour pratiquer la natation et le vélo de loisir, l'intéressé n'apporte pas le moindre élément de nature à établir la pratique antérieure de telles activités. Il ne peut ainsi prétendre à aucune indemnisation à ce titre.
11. Il résulte de ce qui précède que le CHU de Poitiers doit être condamné à verser une somme de 9 537,63 euros à M. A en réparation des préjudices d'une autre nature que les pertes de revenus et l'incidence professionnelle et des préjudices personnels subis à la suite de la maladie professionnelle dont il a été victime.
Sur les intérêts et la capitalisation :
12. M. A a droit aux intérêts au taux légal sur la somme de 9 537,63 euros à compter du 14 septembre 2021, date de réception de la demande préalable adressée au CHU de Poitiers. La capitalisation des intérêts peut être demandée à tout moment devant le juge du fond, même si, à cette date, les intérêts sont dus depuis moins d'une année. En ce cas, cette demande ne prend toutefois effet qu'à la date à laquelle, pour la première fois, les intérêts sont dus pour une année entière. La capitalisation des intérêts a été demandée le 16 novembre 2021. Il y a lieu de faire droit à cette demande à compter du 14 septembre 2022, date à laquelle était due, pour la première fois, une année d'intérêts, ainsi qu'à chaque échéance annuelle à compter de cette date.
Sur les frais liés au litige :
13. D'une part, aux termes de l'article R. 761-1 du code de justice administrative : " Les dépens comprennent des frais d'expertise, d'enquête et de toute autre mesure d'instruction dont les frais ne sont pas à la charge de l'Etat. Sous réserve de dispositions particulières, ils sont mis à la charge de toute partie perdante sauf si les circonstances particulières de l'affaire justifient qu'ils soient mis à la charge d'une autre partie ou partagés entre les parties. ".
14. Il y a lieu, en application de ces dispositions, de mettre les frais et honoraires d'expertise, liquidés et taxés à la somme totale de 1 000 euros par l'ordonnance susvisée du 27 avril 2021 à la charge définitive du CHU de Poitiers.
15. D'autre part, il y a lieu de mettre à la charge du CHU de Poitiers une somme de 1 300 euros à verser à M. A au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
DECIDE :
Article 1er : Le CHU de Poitiers est condamné à verser à M. A une somme totale de 9 537,63 euros, assortie des intérêts de droit à compter de la date de notification de la demande préalable, capitalisés à chaque échéance annuelle ultérieure. La provision déjà perçue en application de l'ordonnance du 23 août 2022 sera déduite de cette somme.
Article 2 : Les frais d'expertise taxés à la somme de 1 000 euros par ordonnance du 27 avril 2021 sont mis à la charge définitive du CHU de Poitiers.
Article 3 : Le CHU de Poitiers versera une somme de 1 300 euros à M. A au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 4 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. C A et au CHU de Poitiers.
Délibéré après l'audience du 19 octobre 2023, à laquelle siégeaient :
M. Cristille, président,
Mme Thèvenet-Bréchot, première conseillère,
Mme Gibson-Théry, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe, le 6 novembre 2023.
La rapporteure,
Signé
A. THEVENET-BRECHOTLe président,
Signé
P. CRISTILLE
La greffière,
Signé
N. COLLET
La République mande et ordonne au ministre de la santé et de la prévention en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Pour le greffier en chef,
La greffière,
N. COLLET
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026