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AccueilJurisprudence administrativeN° TA86-2102971

Tribunal Administratif de Poitiers — Décision N° TA86-2102971

vendredi 29 décembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Poitiers
SectionTribunal Administratif de Poitiers
N° DossierTA86-2102971
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
Formation3ème chambre
Avocat requérantDARRIOUMERLE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 16 novembre 2021, M. A B, représenté par Me Darrioumerle, demande au tribunal :

1°) de condamner le centre hospitalier d'Angoulême à lui verser la somme de 34 263,161 euros au titre de la prime de précarité qui lui est due ainsi que la somme de 1 570,24 euros en réparation du préjudice résultant de l'inégalité de traitement dont il a fait l'objet, assorties des intérêts au taux légal à compter du 16 septembre 2021 ;

2°) de mettre à la charge du centre hospitalier d'Angoulême la somme de 2 500 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, et les entiers dépens.

Il soutient que :

-le centre hospitalier a commis une faute de nature à engager sa responsabilité en refusant de lui octroyer une prime de précarité à l'issue de son contrat à durée déterminée conclu à compter du 2 novembre 2017 et qui s'est achevé le 30 avril 2021, après plusieurs prolongations ;

- cette illégalité fautive lui cause un préjudice, dont il demande réparation, à hauteur d'un montant de 34 263,16 euros ;

- ayant été rémunéré, du mois de novembre 2017 au mois d'octobre 2019, sur la base du 3e échelon alors que ses collègues l'étaient sur celle du 4e échelon, il a subi un préjudice en raison d'une inégalité de traitement, au titre duquel lui est due une indemnité de 1 570,24 euros.

Par un mémoire en défense enregistré le 19 octobre 2023, le centre hospitalier d'Angoulême, représenté par Me Gomez, conclut au rejet de la requête et à ce que la somme de 2 000 euros soit mise à la charge de M. B au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- à titre principal, les conclusions tendant à l'indemnisation demandée au titre de l'inégalité de traitement sont irrecevables, faute d'avoir été précédées d'une demande préalable auprès de l'administration ;

- à titre subsidiaire, il n'a commis aucune faute de nature à engager sa responsabilité en l'absence de méconnaissance des articles et R. 6152-418 et R. 6152-404-1 du code de la santé publique, ainsi que de l'article L. 1243-8 du code du travail, M. B ayant été, de sa propre initiative, privé de poste au sein du centre hospitalier.

Par une ordonnance du 20 octobre 2023, la clôture de l'instruction a été fixée au 20 novembre 2023.

Un mémoire produit par M. B, enregistré le 4 décembre 2023, postérieurement à la clôture de l'instruction, n'a pas été communiqué.

Vu les autres pièces des dossiers.

Vu :

- le code de la santé publique ;

- le code du travail ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Gibson-Théry,

- les conclusions de Mme Bréjeon, rapporteure publique,

- les observations de Me Gomez, représentant le centre hospitalier d'Angoulême.

Considérant ce qui suit :

1. M. A B a été engagé par le centre hospitalier d'Angoulême, pour une durée déterminée de six mois, du 2 novembre 2017 au 1er novembre 2018, en qualité de praticien contractuel urgentiste. Son contrat a été renouvelé par six avenants successifs, pour prendre fin le 30 avril 2021. Parallèlement, le 1er juin 2020, le centre hospitalier et M. B ont conclu une convention d'engagement de carrière hospitalière, par laquelle il s'est engagé à occuper un poste de médecine d'urgence sous le statut de praticien contractuel, jusqu'à sa nomination en qualité de praticien hospitalier. Par un courrier du 13 décembre 2020, M. B a sollicité le versement d'une prime de précarité correspondant à 10 % de la rémunération brute qu'il avait perçue du 2 novembre 2017 au 30 octobre 2020, correspondant, selon lui, à un montant de 30 770,47 euros bruts, puis, par un courrier du 28 février 2021, le versement de la même prime, calculée sur l'ensemble des contrats à durée déterminée exécutés, jusqu'au 30 avril 2021. Il demande au tribunal la condamnation du centre hospitalier d'Angoulême à lui verser une somme totale de 35 833,40 euros au titre des préjudices qu'il estime avoir subis.

Sur les conclusions tendant à l'indemnisation au titre de l'inégalité de traitement :

2. Aux termes de l'article R. 421-1 du code de justice administrative : " La juridiction ne peut être saisie que par voie de recours formé contre une décision () / Lorsque la requête tend au paiement d'une somme d'argent, elle n'est recevable qu'après l'intervention de la décision prise par l'administration sur une demande préalablement formée devant elle ". La condition tenant à l'existence d'une décision de l'administration doit être regardée comme remplie si, à la date à laquelle le juge statue, l'administration a pris une décision, expresse ou implicite, sur une demande formée devant elle, régularisant ce faisant la requête.

3. Si M. B demande la condamnation du centre hospitalier à lui verser la somme de 1 570,24 euros, en se fondant sur la circonstance, au demeurant non établie, que le centre hospitalier l'aurait rémunéré, du mois de novembre 2017 au mois d'octobre 2019, au 3e échelon de son grade alors que ses confrères auraient eu une rémunération supérieure, correspondant au 4e échelon, il ne démontre pas avoir préalablement saisi l'établissement de cette demande d'indemnisation. Par suite, les conclusions indemnitaires qu'il a présentées en réparation de l'inégalité de traitement qu'il estime avoir subie, irrecevables, doivent être rejetées.

Sur les conclusions tendant à l'indemnisation au titre de la prime de précarité :

4. En premier lieu, aux termes de l'article L. 6152-1 du code de la santé publique, dans sa rédaction applicable au litige : " Le personnel des établissements publics de santé comprend, outre les agents relevant de la loi n° 86-33 du 9 janvier 1986 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique hospitalière, les personnels enseignants et hospitaliers mentionnés à l'article L. 952-21 du code de l'éducation et les personnels mentionnés à l'article L. 6147-9 qui y exercent : / () / 2° Des médecins, des odontologistes et des pharmaciens recrutés par contrat dans des conditions déterminées par voie réglementaire () ". Aux termes du premier alinéa de l'article L. 1243-8 du code du travail, rendu applicable aux praticiens contractuels par l'article R. 6152-418 du code de la santé publique : " Lorsque, à l'issue d'un contrat de travail à durée déterminée, les relations contractuelles de travail ne se poursuivent pas par un contrat à durée indéterminée, le salarié a droit, à titre de complément de salaire, à une indemnité de fin de contrat destinée à compenser la précarité de sa situation ". Aux termes du 3° de l'article L. 1243-10 du même code, l'indemnité de fin de contrat n'est pas due " lorsque le salarié refuse d'accepter la conclusion d'un contrat de travail à durée indéterminée pour occuper le même emploi ou un emploi similaire, assorti d'une rémunération au moins équivalente ".

5. Lorsqu'un praticien contractuel, employé dans le cadre de contrats à durée déterminée, est recruté comme praticien hospitalier dans le cadre du statut prévu au 1° de l'article L. 6152-1 du code de la santé publique, la relation de travail se poursuit dans des conditions qui doivent être assimilées, pour l'application de l'article L. 1243-8 du code du travail, à celles qui résulteraient de la conclusion d'un contrat à durée indéterminée. Lorsque l'établissement a déclaré vacant un emploi de praticien hospitalier relevant de la spécialité du praticien contractuel, un refus de ce dernier de présenter sa candidature sur cet emploi, alors qu'il a été déclaré admis au concours national de praticien des établissements publics de santé prévu à l'article R. 6152-301 du code de la santé publique, doit être assimilé au refus d'une proposition de contrat à durée indéterminée au sens du 3° de l'article L. 1243-10 du code du travail. Par suite, sous réserve qu'eu égard aux responsabilités et conditions de travail qu'il comporte l'emploi vacant puisse être regardé comme identique ou similaire à celui précédemment occupé en qualité de contractuel et qu'il soit assorti d'une rémunération au moins équivalente, l'indemnité de fin de contrat n'est pas due en pareille hypothèse. En revanche, il en va différemment du praticien contractuel qui n'a pas été reçu au concours national de praticien des établissements publics de santé, soit qu'il ne s'y est pas présenté, soit qu'il y a échoué, et qui n'est ainsi pas inscrit sur la liste d'aptitude à la fonction de praticien hospitalier mentionnée à l'article R. 6152-308 du code de la santé publique.

6. Il résulte de l'instruction que M. B a informé le centre hospitalier d'Angoulême, par un courrier du 10 février 2021, qu'il déclinait l'offre de renouvellement de son contrat à durée déterminée proposée par le centre hospitalier à compter du 2 mai 2021, et qu'il souhaitait résilier la convention d'engagement de carrière hospitalière qu'il avait souscrite le 1er juin 2020, ce dont l'établissement a pris acte par un courrier du 26 février 2021. Par un courrier du 2 mars 2021, le centre hospitalier a indiqué au requérant qu'il avait, par ses correspondances précédentes, fait part de sa démission de l'établissement, et rappelé en conséquence les termes du courrier du 25 janvier 2021 par lequel lui était refusé le principe même du versement d'une indemnité de précarité. Toutefois, par un courrier du 15 juin 2021, M. B a précisé au centre hospitalier, qui ne le conteste pas, que l'achèvement de ses examens écrits et oraux au cours de l'année 2021 l'avait empêché, jusqu'alors, de s'inscrire au concours de praticien hospitalier. En l'absence de présentation du concours national de praticien des établissements publics de santé au cours de l'année 2021, et alors que les engagements souscrits par M. B dans le cadre de la convention d'engagement précitée tenaient seulement à ce qu'il se porte candidat en tant que praticien hospitalier après l'obtention de ce concours dans l'hypothèse où il le présenterait, le requérant, qui n'était ainsi pas inscrit sur la liste d'aptitude à la fonction de praticien hospitalier mentionnée à l'article R. 6152-308 du code de la santé publique lorsqu'il a sollicité la résiliation de sa convention d'engagement de carrière hospitalière, ne peut être regardé comme ayant refusé une proposition de contrat à durée indéterminée au sens du 3° de l'article L. 1243-10 du code du travail. A cet égard, est sans incidence sur le droit du requérant à percevoir la prime de précarité la circonstance que douze postes de médecins urgentistes aient été vacants au 24 février 2021. Par suite, la responsabilité du centre hospitalier d'Angoulême est engagée à raison de la faute qu'il a commise en refusant de verser à M. B l'indemnité de précarité qu'il a réclamée.

7. En second lieu, aux termes du deuxième alinéa de l'article L. 1243-8 du code du travail, rendu applicable aux praticiens contractuels par l'article R. 6152-418 du code de la santé publique : " Cette indemnité est égale à 10 % de la rémunération totale brute versée au salarié ".

8. Il résulte de l'instruction que M. B, qui a produit l'ensemble de ses bulletins de salaire, a perçu une rémunération brute de 8 454,60 euros en 2017, 93 424,43 euros en 2018, 90 933,65 euros en 2019, 118 678,11 euros en 2020 et 31 140,82 euros en 2021, soit une somme totale brute de 342 631,61 euros. Dès lors, le montant de l'indemnité de fin de contrat destinée à compenser la précarité de sa situation, correspondant à 10 % de sa rémunération totale brute au cours de sa période d'emploi en contrat à durée déterminée, s'élève à 34 263,16 euros. Par suite, il sera fait une exacte appréciation de l'indemnisation due par le centre hospitalier à ce titre en la fixant à la somme de 34 263,16 euros.

Sur les intérêts :

9. M. B a droit aux intérêts au taux légal sur l'indemnité de 34 263,16 euros à compter de la date à laquelle il demande leur versement, soit le 16 septembre 2021, dès lors que sa demande préalable a été réceptionnée auparavant par le centre hospitalier d'Angoulême, le 6 septembre 2021.

Sur les frais liés au litige :

10. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de M. B, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme que le centre hospitalier d'Angoulême demande au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Il y a lieu, en revanche, de faire application de ces dispositions et de mettre à la charge du centre hospitalier d'Angoulême une somme de 1 300 euros au titre des frais exposés par M. B et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1 : Le centre hospitalier d'Angoulême est condamné à payer à M. B la somme de 34 263,16 euros en réparation du préjudice qu'il a subi. Cette somme portera intérêts à compter du 16 septembre 2021.

Article 2 : Le centre hospitalier d'Angoulême versera une somme de 1 300 euros à M. B sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au centre hospitalier d'Angoulême.

Délibéré après l'audience du 7 décembre 2023, à laquelle siégeaient :

M. Cristille, président,

Mme Thèvenet-Bréchot, première conseillère,

Mme Gibson-Théry, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe, le 29 décembre 2023.

La rapporteure,

Signé

S. GIBSON-THERY

Le président,

Signé

P. CRISTILLE

La greffière,

Signé

N. COLLET

La République mande et ordonne au ministre de la santé et de la prévention en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour le greffier en chef,

La greffière,

S. GAGNAIRE

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