jeudi 1 février 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Poitiers |
| Section | Tribunal Administratif de Poitiers |
| N° Dossier | TA86-2102974 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Formation | 3ème chambre - JU |
| Avocat requérant | DESROCHES |
Vu la procédure suivante :
I. Par une requête enregistrée sous le numéro 2102974 le 16 novembre 2021, Mme F D, épouse A, représentée par Me Desroches, demande au tribunal :
1°) à titre principal, d'annuler la décision du 8 avril 2021 par laquelle la directrice de la caisse d'allocations familiales (CAF) de la Vienne a rejeté le recours administratif préalable du 20 octobre 2020 qu'elle a exercé à l'encontre de la décision du 1er octobre 2020 par laquelle la CAF de la Vienne a mis à sa charge le remboursement d'un indu d'allocation de logement sociale de 8 272,58 euros pour la période du 1er octobre 2017 au 29 février 2020 ;
2°) à titre subsidiaire, de lui accorder la remise gracieuse totale de cette dette, ou, à défaut, une remise partielle et des délais de paiement ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros à verser à son conseil au titre des articles 35 et 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique, ou, si l'aide juridictionnelle ne lui était pas octroyée, à lui verser directement en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la décision attaquée a été prise par une autorité incompétente ;
- elle n'est pas suffisamment motivée et sa situation n'a pas fait l'objet d'un examen approfondi ;
- elle a été prise au terme d'une procédure irrégulière, en l'absence de justification de l'assermentation et de l'agrément de l'agent de la CAF ayant contrôlé sa situation ;
- la créance en litige n'est pas fondée, dès lors qu'elle doit être regardée, au titre de la période en cause, comme ayant sa résidence en France au sens de l'article R. 822-23 du code de la construction et de l'habitation, ses voyages en Algérie étant justifiés par sa volonté d'accompagner son époux atteint d'un syndrome anxio-dépressif réactionnel, et, qu'en tout état de cause, elle a été absente moins de quatre mois chacune des deux années considérées ;
- à titre subsidiaire, l'action en répétition de l'indu de l'allocation de logement sociale déterminée exercée par la CAF est prescrite pour la période du 1er octobre 2017 au 30 septembre 2018 ;
- à titre infiniment subsidiaire et compte tenu de sa bonne foi, sa situation financière et familiale ne lui permet pas de rembourser la somme mise à sa charge.
Par un mémoire en défense enregistré le 18 mars 2022, la CAF de la Vienne, représentée par la SCP BCJ Brossier-Carré-Joly, conclut au rejet de la requête et à ce que la somme de 500 euros soit mise à la charge de Mme D épouse A au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- à titre principal, la demande de remise de dette présentée par la requérante n'est pas recevable en l'absence de recours administratif préalable en ce sens, et, à titre subsidiaire, elle n'est pas justifiée ;
- l'action en répétition de l'indu qu'elle a exercée à l'encontre de la requérante n'est pas prescrite, ses omissions répétées de déclaration étant constitutives d'une fraude, permettant ainsi d'appliquer une prescription quinquennale à la créance en litige, et les moyens qu'elle soulève n'étant pas fondés.
Mme D épouse A a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 17 septembre 2021.
II. Par une requête enregistrée sous le numéro 2102975 le 16 novembre 2021, Mme F D, épouse A, représentée par Me Desroches, demande au tribunal :
1°) à titre principal, d'annuler la décision du 1er octobre 2020 lui notifiant un indu de prime exceptionnelle de fin d'année de 274,41 euros au titre de l'année 2017, et la décision du 8 avril 2021 par laquelle la CAF de la Vienne a rejeté le recours gracieux qu'elle a exercé à l'encontre de cette décision ;
2°) à titre subsidiaire, de lui accorder la remise gracieuse totale de cette dette, ou, à défaut, une remise partielle et des délais de paiement ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros à verser à son conseil au titre des articles 35 et 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique, ou, si l'aide juridictionnelle ne lui était pas octroyée, à lui verser directement en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la décision attaquée a été prise par une autorité incompétente ;
- elle n'est pas suffisamment motivée et sa situation n'a pas fait l'objet d'un examen approfondi ;
- elle a été prise au terme d'une procédure irrégulière, en l'absence de justification de l'assermentation et de l'agrément de l'agent de la CAF ayant contrôlé sa situation ;
- la créance en litige n'est pas fondée, dès lors qu'elle remplissait les conditions pour percevoir le revenu de solidarité active en 2018, notamment la condition relative à la résidence stable et effective en France au sens de l'article R. 262-5 du code de l'action sociale et des familles, ses voyages en Algérie ayant été justifiés par sa volonté d'accompagner son époux atteint d'un syndrome anxio-dépressif réactionnel, et, qu'en tout état de cause, elle a été absente moins de trois mois en 2017 ;
- à titre subsidiaire, l'action en répétition de l'indu de la prime exceptionnelle qui lui a été versée au titre de l'année 2017 est prescrite ;
- à titre infiniment subsidiaire et compte tenu de sa bonne foi, sa situation financière et familiale ne lui permet pas de rembourser la somme mise à sa charge.
Par un mémoire en défense enregistré le 20 décembre 2022, la CAF de la Vienne, représentée par la SCP BCJ Brossier-Carré-Joly, conclut au rejet de la requête et à ce que la somme de 600 euros soit mise à la charge de Mme D épouse A au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que les moyens soulevés par la requérante ne sont pas fondés.
Mme D épouse A a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 17 septembre 2021.
III. Par une requête enregistrée sous le numéro 2102976 le 16 novembre 2021, Mme F D, épouse A, représentée par Me Desroches, demande au tribunal :
1°) à titre principal, d'annuler la décision du 1er octobre 2020 lui notifiant un indu de prime exceptionnelle de fin d'année de 320,14 euros au titre de l'année 2018, et la décision du 8 avril 2021 par laquelle la CAF de la Vienne a rejeté le recours gracieux qu'elle a exercé à l'encontre de cette décision ;
2°) à titre subsidiaire, de lui accorder la remise gracieuse totale de cette dette, ou, à défaut, une remise partielle et des délais de paiement ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros à verser à son conseil au titre des articles 35 et 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique, ou, si l'aide juridictionnelle ne lui était pas octroyée, à lui verser directement en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la décision attaquée a été prise par une autorité incompétente ;
- elle n'est pas suffisamment motivée et sa situation n'a pas fait l'objet d'un examen approfondi ;
- elle a été prise au terme d'une procédure irrégulière, en l'absence de justification de l'assermentation et de l'agrément de l'agent de la CAF ayant contrôlé sa situation ;
- la créance en litige n'est pas fondée, dès lors qu'elle remplissait les conditions pour percevoir le revenu de solidarité active en 2018, notamment la condition relative à la résidence stable et effective en France au sens de l'article R. 262-5 du code de l'action sociale et des familles, ses voyages en Algérie ayant été justifiés par sa volonté d'accompagner son époux atteint d'un syndrome anxio-dépressif réactionnel ;
- à titre subsidiaire et compte tenu de sa bonne foi, sa situation financière et familiale ne lui permet pas de rembourser la somme mise à sa charge.
Par un mémoire en défense enregistré le 2 novembre 2022, la CAF de la Vienne, représentée par la SCP BCJ Brossier-Carré-Joly, conclut au rejet de la requête et à ce que la somme de 600 euros soit mise à la charge de Mme D épouse A au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que les moyens soulevés par la requérante ne sont pas fondés.
Mme D épouse A a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 17 septembre 2021.
IV. Par une requête enregistrée sous le numéro 2102977 le 16 novembre 2021, Mme F D, épouse A, représentée par Me Desroches, demande au tribunal :
1°) à titre principal, d'annuler la décision du 1er octobre 2020 lui notifiant un indu de prime exceptionnelle de fin d'année de 320,14 euros au titre de l'année 2019, et la décision du 8 avril 2021 par laquelle la CAF de la Vienne a rejeté le recours gracieux qu'elle a exercé à l'encontre de cette décision ;
2°) à titre subsidiaire, de lui accorder la remise gracieuse totale de cette dette, ou, à défaut, une remise partielle et des délais de paiement ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros à verser à son conseil au titre des articles 35 et 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique, ou, si l'aide juridictionnelle ne lui était pas octroyée, à lui verser directement en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la décision attaquée a été prise par une autorité incompétente ;
- elle n'est pas suffisamment motivée et sa situation n'a pas fait l'objet d'un examen approfondi ;
- elle a été prise au terme d'une procédure irrégulière, en l'absence de justification de l'assermentation et de l'agrément de l'agent de la CAF ayant contrôlé sa situation ;
- la créance en litige n'est pas fondée, dès lors qu'elle remplissait les conditions pour percevoir le revenu de solidarité active en 2019, notamment la condition relative à la résidence stable et effective en France au sens de l'article R. 262-5 du code de l'action sociale et des familles, ses voyages en Algérie ayant été justifiés par sa volonté d'accompagner son époux atteint d'un syndrome anxio-dépressif réactionnel ;
- à titre subsidiaire et compte tenu de sa bonne foi, sa situation financière et familiale ne lui permet pas de rembourser la somme mise à sa charge.
Par un mémoire en défense enregistré le 2 novembre 2022, la CAF de la Vienne, représentée par la SCP BCJ Brossier-Carré-Joly, conclut au rejet de la requête et à ce que la somme de 600 euros soit mise à la charge de Mme D épouse A au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que les moyens soulevés par la requérante ne sont pas fondés.
Mme D épouse A a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 17 septembre 2021.
Vu les autres pièces des dossiers.
Vu :
- le code de l'action sociale et des familles ;
- le code de la construction et de l'habitation ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le décret n°2017-1785 du 27 décembre 2017 ;
- le décret n°2018-1150 du 14 décembre 2018 ;
- le décret n°2019-1323 du 10 décembre 2019 ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné Mme E pour statuer sur les litiges visés à l'article R. 222-13 du code de justice administrative.
La magistrate désignée a décidé de dispenser la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience, en application des dispositions de l'article R. 732-1-1 du code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de Mme E a été entendu au cours de l'audience publique.
Un moyen a été relevé d'office lors de l'audience, tiré de l'irrecevabilité des conclusions présentées par la requérante à titre subsidiaire à fin de remise des indus de prime exceptionnelle de fin d'année pour 2017, 2018, 2019, en l'absence de demande préalable de remise gracieuse présentée à l'organisme payeur.
Les parties n'étaient ni présentes ni représentées.
La clôture de l'instruction a été prononcée, en application de l'article R. 772-9 du code de justice administrative, à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. Les requêtes n°s 2102974, 2102975, 2102976 et 2102977 sont relatives à la situation d'une même allocataire de prestations sociales et ont fait l'objet d'une instruction commune. Il y a lieu de les joindre pour statuer par un seul et même jugement.
2. Après un contrôle réalisé le 29 juillet 2020 par un agent assermenté, la CAF de la Vienne, estimant que Mme D épouse A n'avait pas déclaré ses séjours hors de France depuis l'année 2017, a procédé au recalcul de ses droits en prenant cette circonstance en considération. Par un courrier du 1er octobre 2020, la caisse d'allocations familiales de la Vienne a demandé à Mme D épouse A le remboursement d'une dette globale d'allocations familiales, d'aide personnalisée au logement, de prime exceptionnelle de fin d'année et de revenu de solidarité active de 33 213,34 euros, dont 8 272,58 euros au titre de l'allocation de logement sociale et 914,69 euros au titre de la prime exceptionnelle de fin d'année pour les années 2017, 2018 et 2019. Mme D épouse A a contesté cette décision par un recours gracieux du 20 octobre 2020, qui a fait l'objet d'un rejet par quatre courriers de la CAF de la Vienne du 8 avril 2021. Par sa requête enregistrée sous le n° 2102974, Mme D épouse A demande l'annulation de la décision du 8 avril 2021 par laquelle a été rejeté son recours administratif préalable du 20 octobre 2020 formé à l'encontre de la décision du 1er octobre 2020 par laquelle la CAF de la Vienne lui a notifié un indu d'allocation de logement sociale de 8 272,58 euros pour la période du 1er octobre 2017 au 29 février 2020. Par ses requêtes enregistrées sous les n°s 2102975, 2102976 et 2102977, Mme D épouse A doit être regardée comme demandant l'annulation de la décision du 1er octobre 2020 mettant à sa charge le remboursement d'un indu total de 914,69 euros au titre de la prime exceptionnelle de fin d'année pour les années 2017, 2018 et 2019, ainsi que les trois décisions du 8 avril 2021 rejetant le recours gracieux qu'elle a exercé à l'encontre de la décision du 1er octobre 2020.
Sur les conclusions à fin de remise des indus, présentées à titre subsidiaire :
3. D'une part, aux termes de l'article L. 825-3 du code de la construction et de l'habitation : " () Le directeur de l'organisme payeur statue, dans des conditions fixées par voie réglementaire, sur : 1° Les contestations des décisions prises par l'organisme payeur au titre des aides personnelles au logement () / 2° Les demandes de remise de dettes présentées à titre gracieux par les bénéficiaires des aides personnelles au logement ". Il résulte de ces dispositions qu'un recours contentieux tendant à l'annulation de la décision du directeur d'une caisse d'allocations familiales ordonnant le reversement d'un indu d'aide personnelle au logement n'est recevable que si l'intéressé a préalablement exercé un recours administratif auprès de cette caisse dans les conditions qu'elles prévoient.
4. D'autre part, aux termes de l'article 6 des décrets des 27 décembre 2017, 14 décembre 2018 et 10 décembre 2019 portant attribution d'une aide exceptionnelle de fin d'année à certains allocataires du revenu de solidarité active et aux bénéficiaires de l'allocation de solidarité spécifique, de l'allocation équivalent retraite et de l'allocation transitoire de solidarité : " Tout paiement indu d'une aide exceptionnelle attribuée en application du présent décret est récupéré pour le compte de l'Etat par l'organisme chargé du service de celle-ci. La dette correspondante peut être remise ou réduite par cet organisme dans les conditions applicables au recouvrement des indus de l'allocation au titre de laquelle l'aide exceptionnelle a été perçue ". Aux termes de l'article R. 421-1 du code de justice administrative : " La juridiction ne peut être saisie que par voie de recours formé contre une décision () ". S'il appartient au juge administratif, eu égard tant à la finalité de son intervention qu'à sa qualité de juge de plein contentieux de l'aide sociale, non de se prononcer sur les éventuels vices propres d'une décision refusant ou ne faisant que partiellement droit à une demande de remise gracieuse d'un indu de revenu de solidarité active, mais d'examiner si une remise gracieuse totale ou partielle est justifiée et de se prononcer lui-même sur la demande, il ne lui appartient pas, en revanche, de se prononcer sur une demande de remise gracieuse directement présentée devant la juridiction.
5. Il ne résulte pas de l'instruction et en particulier de son recours gracieux du 20 octobre 2020, que Mme D épouse A ait sollicité de la CAF la remise de ses dettes en matière d'allocation de logement sociale et d'aide exceptionnelle de fin d'année. En outre, les décisions du 8 avril 2021 en litige n'ont pas expressément refusé de lui accorder de telles remises. Dans ces conditions, les conclusions à fin de remise des indus mis à la charge de la requérante sont irrecevables, la fin de non-recevoir opposée par la CAF de la Vienne concernant l'indu d'allocation de logement sociale devant être accueillie. Par suite, les conclusions tendant à la remise des indus mis à la charge de la requérante, présentées dans ses requêtes n°s 2102974, 2102975, 2102976 et 2102977 ne peuvent qu'être rejetées.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
6. Lorsque le recours dont il est saisi est dirigé contre une décision qui, remettant en cause des paiements déjà effectués, ordonne la récupération d'un indu de revenu de solidarité active, d'aide personnalisée au logement ou de prime d'activité, il entre dans l'office du juge d'apprécier, au regard de l'argumentation du requérant, le cas échéant, de celle développée par le défendeur et, enfin, des moyens d'ordre public, en tenant compte de l'ensemble des circonstances de fait qui résultent de l'instruction, la régularité comme le bien-fondé de la décision de récupération d'indu. Il lui appartient, s'il y a lieu, d'annuler ou de réformer la décision ainsi attaquée, pour le motif qui lui paraît, compte tenu des éléments qui lui sont soumis, le mieux à même, dans l'exercice de son office, de régler le litige.
En ce qui concerne l'indu d'allocation de logement sociale :
7. En premier lieu, il résulte de l'instruction que la décision attaquée a été signée par Mme C B, responsable du pôle juridique et de la fraude de la CAF de la Vienne, qui disposait d'une délégation de signature consentie à cet effet par une lettre de mission et de délégation du 29 avril 2019, laquelle n'est soumise à aucune formalité particulière de publication. Dès lors, le moyen tiré de l'incompétence de la signataire de l'acte attaqué manque en fait et doit être écarté.
8. En deuxième lieu, la décision attaquée rappelle la nature de la créance correspondant à un indu d'allocation de logement sociale de 8 272,58 euros au titre de la période du 1er octobre 2017 au 29 février 2020. Elle cite les articles L. 821-2, L. 825-3 et R. 822-3 du code de la construction et de l'habitation applicables en l'espèce. Elle indique que l'intéressée a résidé à l'étranger sur plusieurs périodes, alors que l'aide au logement est réservée aux personnes résidant sur le territoire. Cette décision comporte l'ensemble des éléments de droit et de fait qui la fonde et a mis à même la requérante, dont la situation a fait l'objet d'un examen particulier, d'en contester utilement les termes. Par suite le moyen tiré du défaut de motivation et de l'absence d'examen approfondi de la situation de la requérante ne peut qu'être écarté.
9. En troisième lieu, l'article L. 262-40 du code de l'action sociale et des familles dispose que les organismes chargés du versement du revenu de solidarité active " réalisent les contrôles relatifs au revenu de solidarité active selon les règles, procédures et moyens d'investigation applicables aux prestations de sécurité sociale ". Selon l'article L. 114-9 du code de la sécurité sociale, les directeurs des caisses d'allocations familiales " sont tenus, lorsqu'ils ont connaissance d'informations ou de faits pouvant être de nature à constituer une fraude, de procéder aux contrôles et enquêtes nécessaires. () ". Aux termes de l'article L. 114-10 du même code, " confient à des agents chargés du contrôle, assermentés et agréés dans des conditions définies par arrêté du ministre chargé de la sécurité sociale, le soin de procéder à toutes vérifications ou enquêtes administratives concernant l'attribution des prestations (). Ces agents ont qualité pour dresser des procès-verbaux faisant foi jusqu'à preuve du contraire () ". Les conditions d'agrément des agents chargés du contrôle de l'application des législations de sécurité sociale ont été définies, en dernier lieu, par un arrêté du 5 mai 2014 de la ministre des affaires sociales et de la santé, dont il résulte notamment que l'agrément est attribué, suspendu ou retiré par le directeur de la caisse nationale à la demande du directeur de la caisse locale et qu'il est automatiquement suspendu en cas de suspension du contrat de travail de l'agent ou d'affectation sur un nouvel emploi sans fonction de contrôle et retiré en cas de rupture du contrat de travail de l'agent, sauf dans le cas d'une mobilité au sein du réseau des organismes de la même branche.
10. Il résulte de ces dispositions que les contrôles portant sur les déclarations des bénéficiaires du revenu de solidarité active (RSA) ne peuvent être conduits que par des agents assermentés et agréés, chargés d'une telle mission par le directeur de la CAF assurant le service de cette prestation. Il en résulte également que, d'une part, l'agrément d'un agent établit que celui-ci est affecté à un emploi comportant une mission de contrôle, dont il a été chargé par le directeur de la CAF qui l'emploie, et que, d'autre part, tant l'absence d'agrément que l'absence d'assermentation d'un tel agent sont de nature à affecter la validité des constatations des procès-verbaux qu'ils établissent à l'issue de ces contrôles, et à faire ainsi obstacle à ce qu'elles constituent le fondement d'une décision déterminant pour l'avenir les droits de la personne contrôlée ou remettant en cause des paiements déjà effectués à son profit en ordonnant la récupération d'un indu.
11. En l'espèce, il résulte de l'instruction que la CAF de la Vienne a produit l'agrément, délivré le 25 mai 2016, et l'assermentation du 14 décembre 2015 de l'agent qui a procédé au contrôle de la situation de M. et Mme A, retranscrit dans le rapport de contrôle du 29 juillet 2020. Ces éléments suffisant à établir que l'agent disposait de la qualité nécessaire pour effectuer le contrôle et établir le rapport d'enquête, il s'ensuit que le moyen tiré du vice de procédure entachant la décision attaquée doit être écarté.
12. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 822-2 du code de la construction et de l'habitation : " I.- Peuvent bénéficier d'une aide personnelle au logement : / 1° Les personnes de nationalité française ; / 2° Les personnes de nationalité étrangère remplissant les conditions prévues par les deux premiers alinéas de l'article L. 512-2 du code de la sécurité sociale. / II.- Parmi les personnes mentionnées au I, peuvent bénéficier d'une aide personnelle au logement celles remplissant les conditions prévues par le présent livre pour son attribution qui sont locataires, résidents en logement-foyer ou qui accèdent à la propriété d'un local à usage exclusif d'habitation et constituant leur résidence principale () ". Aux termes de l'article R. 822-23 du même code : " Est considéré comme résidence principale, pour l'application du premier alinéa du II de l'article L. 822-2, le logement effectivement occupé soit par le bénéficiaire de l'aide personnelle au logement, soit par son conjoint, soit par une des personnes à charge au sens de l'article R. 823-4, au moins huit mois par an, sauf obligation professionnelle, raison de santé ou cas de force majeure ". Il résulte de ces dispositions que la condition de résidence ne cesse d'être remplie qu'en cas d'absence se prolongeant pendant plus de quatre mois au cours de l'année considérée.
13. D'une part, si la requérante entend faire valoir que ses absences du territoire français au cours de la période en litige s'expliquent par l'état de santé psychique de son époux, qu'elle a dû accompagner en Algérie pour qu'il retrouve certains repères, et produit, à cet égard, des certificats médicaux du 21 août 2018, du 10 novembre 2020 et du 3 décembre 2020, attestant notamment qu'il était en Algérie " de 2018. 2019/12 ", elle n'établit cependant pas que sa présence était nécessaire à ses côtés, ni qu'elle-même devait s'absenter de son logement plus de quatre mois par année civile en raison de son propre état de santé. La requérante ne pouvait, dès lors, pas déroger à la condition relative à la présence dans son logement au moins huit mois par an.
14. D'autre part, il résulte de l'instruction, et notamment du rapport d'enquête administrative du 29 juillet 2020 qui fait foi jusqu'à preuve contraire et auquel les copies des passeports de M. et Mme A sont annexées, que la requérante s'est abstenue de déclarer auprès de la CAF de la Vienne les séjours qu'elle a effectués en Algérie du 7 octobre 2017 au 15 février 2018, du 6 mars au 20 avril puis du 17 mai au 7 juin 2018, du 16 octobre 2018 au 3 janvier 2019 puis du 8 janvier au 14 mars 2019 et du 12 novembre 2019 au 18 février 2020, soit des séjours d'une durée totale de 187 jours en 2018 et de 116 jours en 2019, et que son mari y a séjourné pour une durée cumulée de 112 jours en 2017, de 234 jours en 2018 et de 317 jours en 2019. Ainsi, contrairement à ce que soutient la requérante, les éléments retenus par la CAF au titre des années 2017 et 2019 ne reposent pas sur une durée annuelle cumulée d'absence de moins de quatre mois. Par suite, la CAF a pu, sans méconnaître les dispositions citées au point 12 du présent jugement, déterminer que l'indu d'allocation de logement sociale s'établissait à la somme de 8 272,58 euros pour la période du 1er octobre 2017 au 29 février 2020.
15. En cinquième lieu, aux termes de l'article L. 821-7 du code de la construction et de l'habitation : " L'action pour le paiement de l'aide personnelle au logement et pour le recouvrement des sommes indûment payées se prescrit dans les conditions prévues à l'article L. 553-1 du code de la sécurité sociale. / La prescription est interrompue par l'une des causes prévues par le code civil ". Aux termes de l'article R. 823-3 du même code : " Les changements survenus, au cours de la période de paiement de l'aide, dans la situation du bénéficiaire ou du ménage font l'objet de justifications fournies avec la demande de révision du montant de l'aide ". Enfin, l'article L. 553-1 du code de la sécurité sociale dispose que : " L'action de l'allocataire pour le paiement des prestations se prescrit par deux ans. / Cette prescription est également applicable à l'action intentée par un organisme payeur en recouvrement des prestations indûment payées, sauf en cas de manœuvre frauduleuse ou de fausse déclaration. () ".
16. Il résulte de l'instruction que Mme D épouse A, qui n'établit pas que les conclusions de l'enquête seraient erronées ainsi qu'il a été exposé au point 14, n'a jamais déclaré ses voyages en Algérie, ni ceux de son époux, et s'est au contraire régulièrement déclarée domiciliée à son logement situé à Poitiers, alors qu'elle ne pouvait ignorer, compte tenu de la présentation de la déclaration trimestrielle de ressources, qui invite explicitement l'allocataire à faire état de ses changements de situation personnelle, qu'elle devait informer la CAF de ses séjours à l'étranger. Dans ces conditions, eu égard notamment à leur caractère répété sur une période de plus de vingt-quatre mois, les omissions qui sont reprochées à Mme D épouse A caractérisent des fausses déclarations, de nature à faire obstacle à ce qu'elle puisse utilement se prévaloir du caractère biennal de la prescription instituée par l'article L. 553-1 du code de la sécurité sociale. Par suite, l'action en recouvrement de l'indu de la CAF était soumise au délai de prescription quinquennal de droit commun. A la date de la notification de sa décision d'indu, le 8 avril 2021, l'action de la CAF qui portait sur la période du 1er octobre 2017 au 29 février 2020, n'était donc pas prescrite.
En ce qui concerne les indus de prime exceptionnelle de fin d'année :
17. En premier lieu, il est toujours loisible à la personne intéressée, sauf à ce que des dispositions spéciales en disposent autrement, de former à l'encontre d'une décision administrative un recours gracieux devant l'auteur de cet acte et de ne former un recours contentieux que lorsque le recours gracieux a été rejeté. L'exercice du recours gracieux n'ayant d'autre objet que d'inviter l'auteur de la décision à reconsidérer sa position, un recours contentieux consécutif au rejet d'un recours gracieux doit nécessairement être regardé comme étant dirigé, non pas tant contre le rejet du recours gracieux dont les vices propres ne peuvent être utilement contestés, que contre la décision initialement prise par l'autorité administrative. Il appartient, en conséquence, au juge administratif, s'il est saisi dans le délai de recours contentieux qui a recommencé de courir à compter de la notification du rejet du recours gracieux, de conclusions dirigées formellement contre le seul rejet du recours gracieux, d'interpréter les conclusions qui lui sont soumises comme étant aussi dirigées contre la décision administrative initiale.
18. Il résulte de l'instruction que les trois décisions du 8 avril 2021 dont Mme D épouse A demande l'annulation ont été prises en réponse au recours gracieux qu'elle a exercé à l'encontre de la décision du 1er octobre 2020. En l'absence de recours administratif préalable obligatoire en matière d'aide exceptionnelle de fin d'année, ces décisions ne se sont pas substituées à cette décision initiale. Par suite, les moyens tirés de l'incompétence de leur signataire et de leur motivation insuffisante sont inopérants.
19. En deuxième lieu, ainsi qu'il a été aux points 9 à 11 du présent jugement, l'agent de la CAF qui a réalisé le contrôle de la situation de la requérante et de son époux, et qui a rédigé le rapport d'enquête a pu légalement y procéder. Le moyen tiré de la méconnaissance de l'article L. 114-10 du code de la sécurité doit donc être écarté.
20. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 262-2 du code de l'action sociale et des familles : " Toute personne résidant en France de manière stable et effective, dont le foyer dispose de ressources inférieures à un montant forfaitaire, a droit au revenu de solidarité active dans les conditions définies au présent chapitre () ". Aux termes de l'article L. 262-45 du code de l'action sociale et des familles : " L'action en vue du paiement du revenu de solidarité active se prescrit par deux ans. Cette prescription est également applicable, sauf en cas de fraude ou de fausse déclaration, à l'action intentée par l'organisme chargé du service du revenu de solidarité active ou le département en recouvrement des sommes indûment payées. () ". Par ailleurs, il résulte des dispositions des articles R. 262-5, R. 262-6 et R. 262-37 du code précité que le bénéficiaire du revenu de solidarité active est tenu de faire connaître à l'organisme chargé du service de la prestation, outre l'ensemble des ressources dont il dispose, sa situation familiale et tout changement en la matière, toutes informations relatives au lieu de sa résidence, ainsi qu'aux dates et motifs de ses séjours à l'étranger lorsque leur durée cumulée excède trois mois. En cas de séjour hors de France de plus de trois mois, l'allocation n'est versée que pour les seuls mois civils complets de présence sur le territoire.
21. Il résulte de l'instruction que, par un jugement n° 2101195 du 16 juin 2022, devenu définitif, la présidente du tribunal administratif de Poitiers a rejeté la requête de Mme A tendant à l'annulation de la décision du 9 novembre 2020 par laquelle le président du conseil départemental de la Vienne a rejeté son recours administratif préalable du 20 octobre 2020 dirigé contre la décision de la CAF de la Vienne du 1er octobre 2020 lui notifiant un trop perçu de revenu de solidarité active d'un montant initial de 16 583,91 euros au titre de la période comprise entre le 1er octobre 2017 et le 28 février 2020, en retenant que ses omissions déclaratives, liées à ses séjours à l'étranger, devaient être considérées comme de fausses déclarations, et que l'indu déterminé sur l'ensemble de la période était fondé. Dans ces conditions, Mme D épouse A ne peut ni soutenir qu'elle remplissait les conditions pour percevoir le revenu de solidarité active au titre des mois de novembre et de décembre de chacune des années 2017, 2018 et 2019, compte tenu de la durée de ses absences du territoire, ni utilement invoquer la prescription biennale pour contester l'indu d'aide exceptionnelle de fin d'année déterminé pour l'année 2017. Par suite, la CAF n'a pas méconnu les dispositions citées au point 20 du présent jugement ni celles de l'article 6 des décrets des 27 décembre 2017, 14 décembre 2018 et 10 décembre 2019 cités à son point 4 en considérant que les aides exceptionnelles de fin d'année versées à la requérante au titre des années 2017, 2018 et 2019 ne lui étaient pas dues.
22. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions en annulation présentées par Mme D épouse A dans ses requêtes n°s 2102974, 2102975, 2102976 et 2102977, doivent être rejetées.
Sur les frais liés au litige :
23. D'une part, Mme D épouse A n'établissant pas avoir exposé d'autres frais que ceux pris en charge par l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle totale qui lui a été accordée par décision du 17 septembre 2021, sa demande tendant à ce que l'Etat, qui n'est pas la partie perdante, lui verse la somme de 1 500 euros dans chacune des instances au titre des frais exposés et non compris dans les dépens, doit être rejetée.
24. D'autre part, il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de Mme D épouse A la somme demandée par la CAF de la Vienne sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : Les requêtes n°s 2102974, 2102975, 2102976 et 2102977 de Mme D épouse A sont rejetées.
Article 2 : Les conclusions de la CAF de la Vienne présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme F D épouse A, à la caisse d'allocations familiales de la Vienne et à la ministre du travail, de la santé et des solidarités.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 1er février 2024.
La magistrate désignée,
Signé
S. GIBSON-THERYLa greffière
Signé
N. COLLET
La République mande et ordonne à la ministre du travail, de la santé et des solidarités en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Pour le greffier en chef,
La greffière,
N. COLLET
N°s 2102974, 2102975, 2102976, 2102977
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026