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AccueilJurisprudence administrativeN° TA86-2102979

Tribunal Administratif de Poitiers — Décision N° TA86-2102979

mardi 14 mai 2024

JuridictionTribunal Administratif de Poitiers
SectionTribunal Administratif de Poitiers
N° DossierTA86-2102979
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation1ère chambre - JU
Avocat requérantDESFARGES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 16 novembre 2021, Mme C A, représentée par Me Desfarges, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du président du conseil départemental de la Vienne du 25 février 2021 en tant que cette décision rejette son recours gracieux contre la décision de la directrice de la caisse d'allocations familiales (CAF) de la Vienne du 1er octobre 2020 mettant à sa charge un indu de revenu de solidarité active (RSA) de 20 879,60 euros pour la période du 1er septembre 2017 au 31 mars 2020 ;

2°) de la décharger de l'obligation de payer cette somme ;

3°) d'enjoindre à l'administration de réexaminer sa situation dans un délai de quinze jours, sous astreinte de cinquante euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge du département de la Vienne une somme de 1 500 euros à verser à son avocat en application des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la décision attaquée est entachée d'incompétence ;

- elle a été prise au terme d'une procédure irrégulière, son recours n'ayant pas été soumis à la commission de recours amiable prévue à l'article L. 267-47 du code de l'action sociale et des familles ;

- elle a été prise au terme d'une procédure irrégulière dès lors que les droits de la défense et le principe du contradictoire n'ont pas été respectés ;

- l'article L. 262-46 du code de l'action sociale et des familles a été méconnu, des retenues ayant été réalisées par la CAF de la Vienne dès la notification de l'indu ;

- n'étant ni mariée ni pacsée avec son concubin, c'est de bonne foi qu'elle déclaré être célibataire ; elle peut donc bénéficier du droit à l'erreur en application de l'article L. 123-1 du code des relations entre le public et l'administration.

Par un mémoire en défense enregistré le 24 mars 2022, le département de la Vienne conclut au rejet de la requête de Mme A.

Il fait valoir que :

- le moyen tiré de l'absence de saisine de la commission de recours amiable est inopérant, la convention conclue entre le département et la CAF de la Vienne le 1er janvier 2018 devant être lue comme ne prévoyant pas la saisine de cette commission ;

- les autres moyens de la requête ne sont pas fondés.

La requête a été communiquée à la CAF de la Vienne, qui n'a pas produit d'observations.

Vu les autres pièces du dossier.

Mme A a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 17 septembre 2021.

Vu :

- le code de l'action sociale et des familles ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. B pour statuer sur les litiges relevant de l'article R. 222-13 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapporteur public a été dispensé, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Le rapport de M. B a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A demande au tribunal d'annuler la décision du président du conseil départemental de la Vienne du 25 février 2021 en tant que cette décision rejette son recours administratif contre la décision de la directrice de la caisse d'allocations familiales (CAF) de la Vienne du 1er octobre 2020 mettant à sa charge un indu de revenu de solidarité active (RSA) de 20 879,60 euros pour la période du 1er septembre 2017 au 31 mars 2020.

2. Aux termes de l'article L. 262-47 du code de l'action sociale et des familles : " Toute réclamation dirigée contre une décision relative au revenu de solidarité active fait l'objet, préalablement à l'exercice d'un recours contentieux, d'un recours administratif auprès du président du conseil départemental. Ce recours est, dans les conditions et limites prévues par la convention mentionnée à l'article L. 262-25, soumis pour avis à la commission de recours amiable qui connaît des réclamations relevant de l'article L. 142-1 du code de la sécurité sociale. () ". L'article R. 262-89 précise : " Sauf lorsque la convention () en dispose autrement, ce recours est adressé par le président du conseil départemental pour avis à la commission de recours amiable () ". Il résulte de ces dispositions que les recours administratifs dirigés contre des décisions relatives au RSA sont en principe soumis pour avis à la commission de recours amiable, sauf pour les cas pour lesquels la convention conclue, sur le fondement de l'article L. 262-25 du code de l'action sociale et des familles, entre le département et l'organisme chargé du service du RSA exclut expressément la saisine de la commission. Dès lors, lorsqu'une telle convention est muette quant aux limites de la saisine de la commission, cette dernière doit être saisie de tout recours administratif dirigé contre une décision relative au RSA.

3. Si les actes administratifs doivent être pris selon les formes et conformément aux procédures prévues par les lois et règlements, un vice affectant le déroulement d'une procédure administrative préalable, suivie à titre obligatoire ou facultatif, n'est de nature à entacher d'illégalité la décision prise que s'il ressort des pièces du dossier qu'il a été susceptible d'exercer, en l'espèce, une influence sur le sens de la décision prise ou qu'il a privé les intéressés d'une garantie. L'application de ce principe n'est pas exclue en cas d'omission d'une procédure obligatoire, à condition qu'une telle omission n'ait pas pour effet d'affecter la compétence de l'auteur de l'acte. Toutefois, la circonstance que le législateur ait entendu permettre à chaque département, agissant par voie de convention avec l'organisme chargé du service du revenu de solidarité active, de déterminer les hypothèses dans lesquelles les réclamations dirigées contre des décisions relatives au revenu de solidarité active sont soumises pour avis à la commission de recours amiable de cet organisme n'a pas pour effet de retirer à la consultation de cette commission, eu égard à sa nature et à sa composition, le caractère d'une garantie apportée, lorsqu'elle est prévue, au bénéficiaire du revenu de solidarité active.

4. En l'espèce, la convention passée entre le département de la Vienne et la CAF de la Vienne le 1er janvier 2018 ne prévoit aucun cas d'exclusion de la saisine de la commission de recours amiable. Il suit de là que la commission devait être saisie du recours administratif de Mme A. Faute pour le président du conseil départemental d'avoir saisi cette commission de la réclamation de Mme A, il a entaché sa décision d'un vice de procédure. Eu égard à la nature et à la composition de cette commission, ce vice a privé Mme A d'une garantie.

5. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, que la décision du président du conseil départemental de la Vienne du 25 février 2021 doit être annulée en tant qu'elle rejette le recours gracieux de Mme A contre la décision de la directrice de la CAF de la Vienne du 1er octobre 2020 mettant à sa charge un indu de RSA de 20 879,60 euros pour la période du 1er septembre 2017 au 31 mars 2020.

6. En revanche, compte tenu du motif de l'annulation prononcée, qui ne fait pas obstacle à ce que le président du conseil départemental prenne, s'il s'y croit fondé et si, en particulier, aucune règle de prescription n'y fait obstacle, une nouvelle décision mettant à la charge de Mme A le remboursement de l'indu en litige, il n'y a pas lieu de décharger l'intéressée de la somme de 20 879,60 euros. En outre, l'exécution du présent jugement ne commande pas le prononcé de la mesure d'injonction demandée par Mme A, tendant au réexamen de sa situation dans un délai de quinze jours.

7. Enfin, Mme A a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle. Par suite, son avocat peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, et sous réserve que Me Desfarges, avocat de Mme A, renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État au titre de l'aide juridictionnelle, de mettre à la charge du département de la Vienne le versement à Me Desfarges d'une somme de 1 000 euros.

D É C I D E :

Article 1er : La décision du président du conseil départemental de la Vienne du 25 février 2021 est annulée en tant qu'elle rejette le recours gracieux de Mme A contre la décision de la directrice de la CAF de la Vienne du 1er octobre 2020 mettant à sa charge un indu de RSA de 20 879,60 euros pour la période du 1er septembre 2017 au 31 mars 2020.

Article 2 : Le département de la Vienne versera à Me Desfarges une somme de 1 000 euros en application des dispositions du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve que Me Desfarges renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État au titre de l'aide juridictionnelle.

Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à Mme C A, au département de la Vienne et à Me Desfarges.

Copie en sera adressée à la caisse d'allocations familiales de la Vienne.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 14 mai 2024.

Le magistrat désigné,

Signé

B. BLa greffière,

Signé

D. GERVIER

La République mande et ordonne au préfet de la Vienne en ce qui ls concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour le greffier en chef,

La greffière,

Signé

D. GERVIER

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