mardi 5 décembre 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Poitiers |
| Section | Tribunal Administratif de Poitiers |
| N° Dossier | TA86-2103017 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 1ère chambre |
| Avocat requérant | SCPA NORMAND ET ASSOCIES |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des mémoires, enregistrés les 19 novembre 2021, 31 octobre 2023 et 13 novembre 2023, l'Union régime obligatoire prévention santé (UROPS), représentée par Me Simmonet, demande au tribunal :
1°) d'annuler la mise en demeure valant commandement de payer n°30525962533 du 20 septembre 2019 émise par le comptable public de la trésorerie des établissements hospitaliers de Poitiers ;
2°) d'annuler les titres de recettes nos 2015-475328, 2016-462139, 2016-462140, 2016-516158, 2017-563824 et 2017-564005 émis et rendus exécutoires les 13 novembre 2015, 31 mai 2016, 31 mai 2016, 28 septembre 2016, 5 janvier 2017 et 5 janvier 2017, par le directeur général du Groupe hospitalier Nord-Vienne en vue du recouvrement de frais de santé d'un montant total de 1 769,38 euros, ensemble la décision implicite par laquelle le directeur général du centre hospitalier universitaire de Poitiers a rejeté son recours gracieux du 22 juin 2021 ;
3°) de la décharger de la somme de 1 769,38 euros ;
4°) de mettre à la charge du centre hospitalier universitaire de Poitiers la somme de 2 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la juridiction administrative est compétente pour connaître des recours en contestation du bien-fondé des titres de recettes, dès lors que la jurisprudence administrative a déjà confirmé que les créances hospitalières émises à l'encontre d'un organisme prenant en charge la couverture complémentaire santé et assurant la prestation de tiers payant sont de nature administrative ;
- la requête n'est pas tardive, dès lors que le CHU de Poitiers n'établit pas la date de notification des titres de recettes, et donc la connaissance acquise du contenu des titres litigieux, la privant ainsi de former un recours contre un acte dont elle ne connaît pas le contenu et que la décision implicite de rejet du recours gracieux n'a fait l'objet ni d'un accusé de réception de la demande, ni d'une réponse explicite ;
- les titres de recettes précités portent sur des sommes dont l'UROPS n'est pas redevable, dès lors que les titres litigieux concernaient des soins délivrés à des personnes qui, à la date des soins, n'étaient pas connues de la mutuelle, avaient été radiées ou pour une période postérieure au 1er janvier 2017, date à laquelle la gestion du régime complémentaire avait été transférée à d'autres organismes complémentaires d'assurance-maladie.
Par deux mémoires en défense enregistrés les 26 octobre 2023 et le 16 novembre 2023, le centre hospitalier universitaire de Poitiers, représenté par Me Cariou, conclut au rejet de la requête et demande que soit mise à la charge de la requérante une somme de 2 500 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- la requête est tardive, dès lors qu'elle n'a pas été introduite dans le délai d'un an suivant la notification des titres de recettes ;
- les moyens soulevés par l'UROPS ne sont pas fondés.
Par un mémoire en défense, enregistré le 14 avril 2022, la directrice départementale des finances publiques de la Vienne conclut au rejet de la requête.
Elle soutient que :
- à titre principal, la juridiction administrative n'est pas compétente pour examiner une opposition à poursuites et, à titre subsidiaire, la requérante n'a pas introduit de réclamation préalable contre l'acte de poursuite qu'elle conteste ;
- la question de la validité de la créance relève de la compétence exclusive de l'ordonnateur, en l'espèce, le directeur général du CHU de Poitiers.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'organisation judiciaire ;
- le code général des collectivités territoriales ;
- le code de la santé publique ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Pipart,
- les conclusions de M. Revel, rapporteur public,
- et les observations de Me Perin, représentant l'UROPS, et de Me Cariou, représentant le CHU de Poitiers.
Considérant ce qui suit :
1. La Mutualité fonction publique services, devenue Union régime obligatoire prévention santé (UROPS) est une union de mutuelles qui a assuré, jusqu'au 31 décembre 2016, la gestion des frais de santé du régime complémentaire de la couverture santé des fonctionnaires et agents publics et, jusqu'au 1er mars 2019, celle du régime obligatoire desdits fonctionnaires et agents publics. Le 17 février 2020, elle a reçu une mise en demeure valant commandement de payer n°30525962533 de la part du comptable de la trésorerie des établissements hospitaliers de Poitiers à l'effet de recouvrer des frais de santé d'un montant total de 9 748,28 euros. Le même jour, elle a sollicité la transmission des titres exécutoires correspondants auprès du centre hospitalier universitaire (CHU) de Poitiers. Le 12 avril 2021, après avoir reçu les titres demandés, qui concernaient des frais de santé au titre du régime complémentaire des fonctionnaires et agents publics, la requérante a contesté devoir régler six d'entre eux, à savoir les nos 15-0475328, 16-0462139, 16-462140, 16-516158, 17-563824 et 17-564005, émis et rendus exécutoires les 13 novembre 2015, 31 mai 2016, 31 mai 2016, 28 septembre 2016, 5 janvier 2017 et 5 janvier 2017 par le directeur général Groupe hospitalier Nord-Vienne (GHNV) au motif que les personnes hospitalisées ne figuraient pas au nombre de ses assurés, que les dépenses de santé étaient postérieures au transfert de gestion précité ou que les personnes avaient été radiées de sa base d'assurés. L'UROPS demande l'annulation de la mise en demeure valant commandement de payer n°30525962533 du 20 septembre 2019 émise par le comptable public de la trésorerie des établissements hospitaliers de Poitiers, des six titres de recettes précités et de la décision implicite par laquelle le directeur général du centre hospitalier universitaire (CHU) de Poitiers, qui vient aux droits du GHNV, a rejeté son recours préalable, ainsi que la décharge de la somme de 1 769,38 euros.
Sur l'étendue du litige :
2. Si, dans le premier état de ses écritures, l'UROPS a demandé l'annulation de la mise en demeure valant commandement de payer citée au point 1, elle a, dans son mémoire enregistré le 31 octobre 2023, expressément abandonné ces conclusions. Dès lors, il n'y a plus lieu pour le tribunal d'y statuer.
Sur le surplus des conclusions :
En ce qui concerne la fin de non-recevoir soulevée par le CHU de Poitiers :
3. Aux termes de l'article R. 421-5 du code de justice administrative : " Les délais de recours contre une décision administrative ne sont opposables qu'à la condition d'avoir été mentionnés, ainsi que les voies de recours, dans la notification de la décision ".
4. Le principe de sécurité juridique, qui implique que ne puissent être remises en cause sans condition de délai des situations consolidées par l'effet du temps, fait obstacle à ce que puisse être contestée indéfiniment une décision administrative individuelle qui a été notifiée à son destinataire, ou dont il est établi, à défaut d'une telle notification, que celui-ci a eu connaissance. En une telle hypothèse, si le non-respect de l'obligation d'informer l'intéressé sur les voies et délais de recours, ou l'absence de preuve qu'une telle information a bien été fournie, ne permet pas que lui soient opposés les délais de recours fixés par le code de justice administrative, le destinataire de la décision ne peut exercer de recours juridictionnel au-delà d'un délai raisonnable. En règle générale et sauf circonstances particulières dont se prévaudrait le requérant, ce délai ne saurait, sous réserve de l'exercice de recours administratifs pour lesquels les textes prévoient des délais particuliers, excéder un an à compter de la date à laquelle une décision expresse lui a été notifiée ou de la date à laquelle il est établi qu'il en a eu connaissance. S'agissant des titres exécutoires, sauf circonstances particulières dont se prévaudrait son destinataire, le délai raisonnable ne saurait excéder un an à compter de la date à laquelle le titre, ou à défaut, le premier acte procédant de ce titre ou un acte de poursuite a été notifié au débiteur ou porté à sa connaissance.
5. En l'espèce, il ne résulte pas de l'instruction que les titres de recettes litigieux aient été notifiés à l'UROPS, ni qu'elle en ait eu connaissance avant la date à laquelle elle a formé son recours gracieux à l'encontre de ces derniers. A cet égard, le CHU de Poitiers n'est pas fondé à se prévaloir de ce que l'UROPS aurait eu connaissance de ces titres lors de la notification de la mise en demeure valant commandement de payer dès lors qu'en toute hypothèse, la date de notification de cet acte de poursuite n'est pas établie. Par ailleurs, à supposer même que le CHU de Poitiers soulève une fin de non-recevoir tirée de la tardiveté des conclusions à fin d'annulation de la décision de rejet du recours gracieux formé à l'encontre des titres litigieux, la requérante n'a pas été informée des voies et délais de recours contre cette décision. Dès lors, la fin de non-recevoir tirée de la tardiveté de la requête doit être écartée.
En ce qui concerne le bien-fondé de la créance :
6. Il appartient, en principe, à l'émetteur d'un titre exécutoire d'apporter les justifications de nature à établir le bien-fondé dudit titre. Ainsi, c'est au centre hospitalier universitaire de Poitiers d'apporter des éléments permettant de démontrer que l'UROPS était effectivement redevable des créances dont le paiement lui a été réclamé par la mise en demeure valant commandement de payer contestée. Toutefois, en vertu des règles gouvernant l'attribution de la charge de la preuve devant le juge administratif, applicables sauf loi contraire, s'il incombe, en principe, à chaque partie d'établir les faits nécessaires au succès de sa prétention, les éléments de preuve qu'une partie est seule en mesure de détenir ne sauraient être réclamés qu'à celle-ci.
7. En premier lieu, il résulte de l'instruction que les titres de recettes nos 17-0563824 et 17-0564005, d'un montant de 264 euros et de 1 431 euros, concernent des prestations de soins délivrées avant le 1er janvier 2017, c'est-à-dire avant le transfert par la Mutualité fonction publique services de la gestion du régime complémentaire à d'autres organismes complémentaires d'assurance maladie. Dans ces conditions, la requérante n'est pas fondée à demander l'annulation des titres exécutoires précités, ni celle de la décision implicite de rejet de son recours gracieux en tant qu'elle concerne ce titre, pas plus que la décharge des sommes correspondantes.
8. En deuxième lieu, l'UROPS soutient que les titres exécutoires n°s16-0462140 et 16- 0516158 d'un montant respectif de 24,78 euros et de 13,72 euros concernent des soins administrés à deux personnes ne figurant pas au nombre de ses assurés. Le CHU de Poitiers, qui ne produit aucun élément justifiant de l'affiliation des personnes concernées à la Mutualité fonction publique services, ne conteste pas utilement cette affirmation. Dans ces conditions, la requérante est fondée à demander au tribunal l'annulation de ces titres exécutoires, de la décision implicite du CHU de Poitiers en tant qu'elle rejette son recours gracieux contre ces mêmes titres ainsi que la décharge de la somme de 38,50 euros.
9. En troisième lieu, l'UROPS, qui ne conteste pas que les personnes ayant fait l'objet des soins faisant l'objet des titres exécutoires n°s15-0475328 et 16-0462139 d'un montant respectif de 14,19 euros et de 21,69 euros, faisaient bien partie de ses assurés, n'apporte, à l'exception d'un tableau récapitulatif tronqué, qu'elle a, en outre, elle-même établi et qui est dépourvu de toute valeur probante, aucun élément établissant la date à laquelle ces personnes auraient, selon elle, été radiées de sa base d'assurés. Dans ces conditions, ses conclusions tendant à l'annulation des deux titres exécutoires précités et de la décision implicite du CHU de Poitiers en tant qu'elle rejette sa demande concernant ces titres ainsi qu'à la décharge des sommes correspondantes, doivent être rejetées.
Sur les frais liés au litige :
10. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de faire droit aux conclusions de l'UROPS et du CHU de Poitiers présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : Il est donné acte du désistement des conclusions de l'UROPS tendant à la décharge de l'obligation de payer la somme de 9 748,28 euros, procédant de la mise en demeure valant commandement de payer n°30525962533.
Article 2 : L'UROPS est déchargée des titres de recettes n°s16-0462140 et 16- 0516158, émis le 31 mai 2016 et le 28 septembre 2016, à hauteur de la somme de 38,50 euros.
Article 3 : La décision implicite du centre hospitalier universitaire de Poitiers rejetant le recours préalable de l'UROPS est annulée en tant qu'elle concerne ces deux titres exécutoires.
Article 4 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à l'Union régime obligatoire prévention santé, au centre hospitalier universitaire de Poitiers et à la directrice départementale des finances publiques de la Vienne.
Délibéré après l'audience du 21 novembre 2023, à laquelle siégeaient :
M. Campoy, président,
M. Henry, premier conseiller,
M. Pipart, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 5 décembre 2023.
Le rapporteur,
Signé
R. PIPART
Le président,
Signé
L. CAMPOY La greffière,
Signé
D. GERVIER
La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Pour le greffier en chef,
La greffière,
Signé
D. GERVIER
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026