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AccueilJurisprudence administrativeN° TA86-2103084

Tribunal Administratif de Poitiers — Décision N° TA86-2103084

lundi 10 juin 2024

JuridictionTribunal Administratif de Poitiers
SectionTribunal Administratif de Poitiers
N° DossierTA86-2103084
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
Formation3ème chambre
Avocat requérantSELARL D'AVOCATS TEN FRANCE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 29 novembre 2021, 8 février 2024 et 2 avril 2024, M. C D, représenté par la SCP d'Avocats Ten France, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) à titre principal, de condamner l'Office national d'indemnisation des accidents médicaux, des affections iatrogènes et des infections nosocomiales (ONIAM), au titre de la solidarité nationale, à lui verser la somme de 192 750,34 euros en réparation de ses préjudices consécutifs à son infection nosocomiale ;

2°) à titre subsidiaire, de condamner le centre hospitalier de La Rochelle-Ré-Aunis à lui verser la même somme, au titre de sa responsabilité sans faute ;

3°) de mettre à la charge de l'ONIAM et du centre hospitalier de La Rochelle la somme de 2 500 euros à lui verser chacun en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- le centre hospitalier de La Rochelle-Ré-Aunis est responsable de l'infection nosocomiale qu'il a contractée ;

- les conditions d'anormalité et de gravité sont remplies et lui ouvrent droit à une prise en charge par l'ONIAM au titre de la solidarité nationale ;

- il est fondé, à titre principal, à obtenir une indemnisation par l'ONIAM au titre de la solidarité nationale, en application du II de l'article L. 1142-1 du code de la santé publique, ou, à titre subsidiaire sur le fondement de la responsabilité de plein droit du centre hospitalier de La Rochelle-Ré-Aunis, pour un montant total de 192 750,34 euros, comme suit :

* concernant ses préjudices patrimoniaux temporaires, en lui allouant les sommes de :

o 1 223,87 euros au titre de ses dépenses de santé actuelles ;

o 54 335,80 euros au titre des frais divers ;

o 13 180,84 euros au titre de ses pertes de gains professionnels avant consolidation ;

* concernant ses préjudices extrapatrimoniaux temporaires, en lui octroyant les sommes de :

o 1 260 euros au titre de son déficit fonctionnel temporaire ;

o 1 191,60 euros au titre de son déficit fonctionnel temporaire partiel ;

o 5 000 euros au titre des souffrances qu'il a endurées ;

* concernant ses préjudices patrimoniaux permanents :

o 11 224,95 euros au titre des frais d'adaptation de son logement ;

o 29 889,10 euros au titre des frais d'adaptation de son véhicule ;

o 6 537,18 euros au titre de ses pertes de revenus entre la date de consolidation de son état de santé et celle de son licenciement ;

o 38 694 euros au titre de l'incidence professionnelle sur sa retraite ;

* concernant ses préjudices extrapatrimoniaux permanents :

o 12 000 euros au titre de son déficit fonctionnel permanent ;

o 10 000 euros au titre de son préjudice d'agrément ;

o 2 000 euros au titre de son préjudice esthétique permanent ;

o 5 000 euros au titre de son préjudice sexuel.

Par un mémoire enregistré le 21 janvier 2022, la caisse primaire d'assurance maladie de la Loire-Atlantique demande au tribunal :

1°) de condamner le centre hospitalier de La Rochelle-Ré-Aunis à lui rembourser la somme de 53 254,77 euros correspondant au montant des prestations servies à M. D au titre de l'assurance maladie, ainsi que l'indemnité forfaitaire de gestion de 1 114 euros, assorties des intérêts au taux légal à compter du 21 janvier 2022 et de la capitalisation de ces intérêts ;

2°) de mettre à la charge du centre hospitalier de La Rochelle-Ré-Aunis la somme de 1 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la responsabilité du centre hospitalier de La Rochelle-Ré-Aunis est engagée de plein droit au titre des conséquences dommageables de l'infection nosocomiale contractée par M. D lors de son intervention du 3 octobre 2017, en raison de son taux d'incapacité partielle permanente de 8 % et en l'absence de cause étrangère de l'infection à l'hospitalisation ;

- elle est fondée à demander à l'hôpital le remboursement de ses débours à hauteur de 53 254,77 euros ainsi que le paiement de l'indemnité forfaitaire de gestion, pour un montant de 1 114 euros.

Par un mémoire enregistré le 8 février 2022, l'ONIAM, représenté par l'AARPI Jasper Avocats, conclut à sa mise hors de cause.

Il soutient que :

- l'existence d'une infection nosocomiale indemnisable par la solidarité nationale n'est pas établie en l'absence d'un taux d'atteinte permanente à l'intégrité physique ou psychique supérieure à 25 % ;

- seule la responsabilité sans faute du centre hospitalier de La Rochelle-Ré-Aunis peut être recherchée au titre de l'infection nosocomiale.

Par des mémoires enregistrés le 10 février 2023 et le 18 mars 2024, ainsi qu'un mémoire enregistré le 17 mai 2024, non communiqué, le centre hospitalier de La Rochelle-Ré-Aunis, représenté par la SELARL Fabre et Associées, demande au tribunal :

1°) de ramener le montant de l'indemnisation de M. D à la somme totale de 20 503,08 euros ;

2°) de diminuer le montant dû à la CPAM de la Loire-Atlantique à la somme de 53 358,97 euros et de rejeter sa demande de capitalisation d'intérêts ;

3°) de limiter à 1 500 euros le montant mis à sa charge au profit du requérant au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de rejeter la demande présentée par la CPAM de la Loire-Atlantique au même titre.

Il soutient que :

- aucune faute susceptible d'engager sa responsabilité ne peut lui être reprochée ;

- au titre de sa responsabilité de plein droit engagée en raison de la survenue d'une infection nosocomiale, les prétentions indemnitaires de M. D doivent être ramenées à de plus justes proportions, en rejetant ses demandes au titre des pertes de gains professionnels actuels, pertes de gains professionnels futurs, incidence professionnelle, frais de logement adapté, frais de véhicule adapté et préjudice d'agrément, et en diminuant l'indemnisation due au titre des dépenses de santé, des frais divers, du déficit fonctionnel temporaire et permanent, des souffrances endurées, du préjudice esthétique permanent et du préjudice sexuel au montant total de 20 503,08 euros ;

- la somme à rembourser à la CPAM de la Loire-Atlantique doit être ramenée au montant de 53 358,97 euros en remboursement de ses débours et de l'indemnité forfaitaire de gestion, excluant sa demande au titre des frais médicaux.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de la santé publique ;

- le code de la sécurité sociale ;

- l'arrêté du 18 décembre 2023 relatif aux montants de l'indemnité forfaitaire de gestion prévue aux articles L. 376-1 et L. 454-1 du code de la sécurité sociale pour l'année 2024 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Gibson-Théry,

- les conclusions de Mme Bréjeon, rapporteure publique,

- les observations de Me Levrey, représentant M. D, et de Me Tordjman, représentant le centre hospitalier de La Rochelle-Ré-Aunis.

Considérant ce qui suit :

1. M. D a été victime d'une chute sur son lieu de travail le 1er mars 2017, lui occasionnant un traumatisme au niveau du membre inférieur gauche. L'imagerie à résonnance médicale pratiquée le 2 mai 2017 a mis en évidence des lésions de chondropathie rotulienne avec une suspicion de lésion méniscale et une dilacération des ligaments croisés. Le 2 octobre 2017, M. D a subi une méniscectomie. Les suites opératoires étaient marquées de douleurs et d'un genou chaud nécessitant la réalisation le 8 octobre suivant d'une deuxième intervention pour ponction, arthroscopie et lavage devant une suspicion d'arthrite septique. Le 13 octobre 2017, devant une récidive d'épanchement et la persistance d'un genou chaud et douloureux avec fièvre, M. D a subi une nouvelle intervention, pour arthrotomie, lavage et synovectomie. Les prélèvements réalisés ont mis en évidence la présence d'un staphylocoque aureus méti-S. M. D a ensuite été pris en charge par un centre de rééducation jusqu'au 15 décembre 2017. Par une ordonnance du 11 juin 2020, le président du tribunal a désigné le docteur B en qualité d'expert. Aux termes de son rapport déposé le 22 janvier 2021, l'expert a retenu que M. D avait contracté une infection nosocomiale dans les suites de l'intervention du 2 octobre 2017. M. D a adressé au centre hospitalier de La Rochelle-Ré-Aunis et à l'ONIAM une demande d'indemnisation préalable, par deux courriers du 9 septembre 2021. Par un courrier du 13 septembre 2021, l'ONIAM a informé M. D qu'il n'était amené à proposer une indemnisation qu'à la suite d'un avis de la commission de conciliation et d'indemnisation des accidents médicaux l'y invitant, après saisine de cette commission par le requérant, ou en cas de condamnation contentieuse. Par sa requête, M. D sollicite à titre principal, la condamnation de l'ONIAM et à titre subsidiaire, celle du centre hospitalier de La Rochelle-Ré-Aunis, à l'indemniser de ses préjudices en lien avec l'infection nosocomiale dont il a été victime, pour un montant total de 192 750,34 euros. La caisse primaire d'assurance maladie de la Loire-Atlantique demande l'indemnisation des prestations servies à son assuré.

Sur la personne publique responsable :

2. D'une part, aux termes du deuxième alinéa du I de l'article L. 1142-1 du code de la santé publique : " Les établissements, services et organismes susmentionnés [organismes dans lesquels sont réalisés des actes individuels de prévention, de diagnostic ou de soins] sont responsables des dommages résultant d'infections nosocomiales, sauf s'ils rapportent la preuve d'une cause étrangère ". Doit être regardée, au sens de l'article L. 1142-1, comme présentant un caractère nosocomial, une infection survenant au cours ou au décours de la prise en charge d'un patient et qui n'était ni présente, ni en incubation au début de celle-ci, sauf s'il est établi qu'elle a une autre origine que la prise en charge.

3. D'autre part, aux termes du II de l'article L. 1142-1 du code de la santé publique : " Lorsque la responsabilité d'un professionnel, d'un établissement, service ou organisme mentionné au I ou d'un producteur de produits n'est pas engagée, un accident médical, une affection iatrogène ou une infection nosocomiale ouvre droit à la réparation des préjudices du patient au titre de la solidarité nationale, lorsqu'ils sont directement imputables à des actes de prévention, de diagnostic ou de soins et qu'ils ont eu pour le patient des conséquences anormales au regard de son état de santé comme de l'évolution prévisible de celui-ci et présentent un caractère de gravité, fixé par décret, apprécié au regard de la perte de capacités fonctionnelles et des conséquences sur la vie privée et professionnelle mesurées en tenant notamment compte du taux d'atteinte permanente à l'intégrité physique ou psychique, de la durée de l'arrêt temporaire des activités professionnelles ou de celle du déficit fonctionnel temporaire. / Ouvre droit à réparation des préjudices au titre de la solidarité nationale un taux d'atteinte permanente à l'intégrité physique ou psychique supérieur à un pourcentage d'un barème ". Aux termes de l'article D. 1142-1 du même code : " Le pourcentage mentionné au dernier alinéa de l'article L. 1142-1 est fixé à 24 %. / Présente également le caractère de gravité mentionné au II de l'article L. 1142-1 un accident médical, une affection iatrogène ou une infection nosocomiale ayant entraîné, pendant une durée au moins égale à six mois consécutifs ou à six mois non consécutifs sur une période de douze mois, un arrêt temporaire des activités professionnelles ou des gênes temporaires constitutives d'un déficit fonctionnel temporaire supérieur ou égal à un taux de 50 % () ". Il résulte de ces dispositions que l'ONIAM doit assurer, au titre de la solidarité nationale, la réparation des dommages résultant directement d'actes de prévention, de diagnostic ou de soins à la double condition qu'ils présentent un caractère d'anormalité au regard de l'état de santé du patient comme de l'évolution prévisible de cet état, et que leur gravité excède le seuil défini à l'article D. 1142-1 du code de la santé publique.

4. Il résulte des dispositions précitées que l'indemnisation par l'ONIAM n'est requise que si, d'une part, le centre hospitalier rapporte la preuve d'une cause étrangère de l'infection nosocomiale alléguée, et, d'autre part, la victime est atteinte d'un taux d'incapacité permanente imputable à l'infection strictement égal ou supérieur à 24 %. Si le centre hospitalier n'est pas en mesure de rapporter cette preuve, et bien que le patient présente les critères de gravité mentionnés à l'article D. 1142-1 du code de la santé publique, il appartient alors à cet établissement d'indemniser la victime des préjudices subis.

5. Il est constant que M. D a contracté une infection nosocomiale lors de l'intervention chirurgicale pratiquée au centre hospitalier de La Rochelle-Ré-Aunis le 2 octobre 2017, consistant en une ménisectomie. Cette infection a nécessité, le 13 octobre 2017, une arthrotomie, un lavage et une synovectomie, sur suspicion d'arthrite septique, en raison de la détection d'un staphylocoque doré sensible à la méthicilline. Il résulte de l'expertise du 22 janvier 2021, qu'aucun signe d'infection n'existait avant la prise en charge de M. D le 2 octobre 2017 et que l'infection contractée est en relation directe et certaine avec cette prise en charge. En outre, le centre hospitalier de La Rochelle-Ré-Aunis n'allègue pas l'existence d'une cause étrangère à l'origine de cette infection. L'infection subie a entraîné un déficit fonctionnel permanent de 8 %, selon l'expert, qui note une raideur en flexion du genou gauche en raison de l'arthrite septique due à l'infection de 80°, au lieu de 120° si le patient avait pu se voir poser une prothèse, ce qui n'est plus possible depuis l'infection, cette raideur n'impactant " généralement " pas la marche mais empêchant M. D de se lever d'une chaise dans de bonnes conditions, de se tenir accroupi et de monter et descendre des escaliers de façon symétrique. L'état de santé du requérant est consolidé au 16 mai 2019, selon le rapport de l'expert, avec une boiterie modérée et un périmètre de marche d'une heure. Dans ces conditions et dans la mesure où il ne résulte pas de l'instruction que le déficit fonctionnel permanent résultant de l'infection nosocomiale soit supérieur au taux de 25 % impliquant une réparation au titre de la solidarité nationale, la réparation de l'ensemble des préjudices subis par M. D résultant de cette infection doit être mise à la charge du centre hospitalier sur le fondement du 2ème alinéa du I de l'article L. 1142-1 du code de la santé publique et l'ONIAM doit être mis hors de cause.

Sur les préjudices de M. D :

En ce qui concerne les préjudices patrimoniaux :

S'agissant des dépenses de santé :

8. Au titre des frais de santé avant consolidation, il résulte du rapport de l'expert que M. D a dû se déplacer en s'aidant d'une canne anglaise dès la sortie du centre de rééducation, le 16 décembre 2017 et jusqu'au 27 avril 2018. Il résulte de l'instruction que 25,40 euros sont restés à la charge de M. D pour l'achat de cannes anglaises. En outre, il a dû suivre des séances de rééducation, prescrites par le centre de médecine physique, dont les quittances produites mentionnent qu'il a payé un montant total de 168,39 euros. Enfin, les injections de plaquettes concentrées, correspondant à une facturation de 500 euros, se sont révélées nécessaires pour améliorer l'état de santé de M. D. Toutefois, le requérant n'est pas fondé à prétendre à l'indemnisation des frais correspondant aux coussins thermiques et aux séances d'ostéopathie et d'hypnothérapie qu'il a suivies, ces soins n'ayant pas été prescrits médicalement, ni retenus par l'expert. Dans ces conditions, il y a lieu d'indemniser le requérant en lui allouant une somme totale de 693,79 euros au titre de ce poste de préjudice.

S'agissant du besoin d'assistance par une tierce personne :

9. Il résulte du rapport d'expertise que l'état de santé de M. D en lien avec l'infection a nécessité l'assistance d'une tierce personne, non spécialisée, à raison de 3 heures par semaine pour une période de 118 jours correspondant au déficit fonctionnel temporaire de classe II au cours de laquelle le requérant n'a pu se déplacer sans aide. Il y a lieu de retenir, pour indemniser ce préjudice, un taux horaire de 14 euros correspondant au montant moyen du salaire minimum interprofessionnel de croissance (SMIC) brut augmenté des charges sociales, sur une base annuelle de 412 jours afin de tenir compte des congés payés et des jours fériés. Le besoin en assistance peut donc être évalué à 57 heures. Par suite, l'indemnisation à laquelle M. D peut prétendre à ce titre s'élève à 800 euros.

S'agissant des frais divers :

10. Il résulte de l'instruction que des frais de télévision exposés par M. D lors de son séjour en centre de rééducation sont restés à sa charge à hauteur de 224,40 euros. Le requérant justifie avoir, dans le cadre des opérations d'expertise, versé des honoraires de 150 euros au docteur E pour préparer cette expertise, de 1 440 euros au docteur A pour l'y assister et de 2 678,40 euros à son conseil. Ces frais ont été utiles à la solution du litige. Il a également engagé des frais de route et d'hébergement pour se rendre à l'expertise à Toulouse à hauteur d'un montant de 333,70 euros. M. D démontre également avoir exposé des frais de déplacement pour se rendre à ses consultations médicales, pour un montant de 570,47 euros, à raison d'un montant de 0,568 euro par km pour un véhicule de 6 chevaux. En revanche, M. D n'établit ni le lien de causalité entre son infection nosocomiale et le préjudice qu'il allègue concernant l'augmentation des intérêts de son prêt immobilier à la suite de sa renégociation à compter de la fin de l'année 2018 alors qu'il a perçu des indemnités journalières au cours de l'année 2019 ainsi que des salaires, ni que la moins-value sur la revente de son bien immobilier, à la supposer établie, aurait été causée par cette infection. Dans ces conditions, il y a lieu d'indemniser M. D en lui accordant une somme totale de 5 396,97 euros au titre des frais divers.

S'agissant des pertes de gains professionnels actuels :

11. Il résulte de l'instruction que M. D percevait, avant son hospitalisation, un salaire mensuel net de 1 975,17 euros. Il a été placé en arrêt de travail du 2 octobre 2017, date de son hospitalisation, au 27 décembre 2019, date à laquelle il a été licencié. Toutefois, l'expert a conclu que, compte tenu du déficit fonctionnel temporaire qui aurait dû être le sien en l'absence d'infection nosocomiale, la période imputable à cette infection allait du 6 novembre 2017 au 27 décembre 2019. Dans ces conditions, les éléments de l'instruction font ressortir que M. D, qui aurait dû percevoir au cours de cette période un montant global de salaires nets de 50 770,19 euros, a perçu, d'une part, selon les relevés de la CPAM qu'il a fournis, des indemnités journalières nettes à hauteur de 26 208,08 euros, et, d'autre part, au regard de ses bulletins de salaire, un montant total net de 23 202,14 euros. Les pertes de gains professionnels subies s'élèvent ainsi à la somme de 1 359,97 euros. Il n'y a pas lieu de prendre en considération à ce titre les revenus que M. D a retirés de ses autres pensions de retraite au cours de sa période d'arrêt maladie du 6 novembre 2017 au 27 décembre 2017 alors qu'il les aurait perçus en l'absence d'infection nosocomiale. En outre, il résulte de l'arrêt de la cour d'appel de Poitiers du 2 juin 2022 que la condamnation de la société B. D au profit du requérant concerne un rappel de salaire, compte tenu d'une requalification de son contrat de travail à temps partiel en temps plein, et non une indemnité de licenciement, dès lors sans incidence sur son préjudice lié à ses pertes de gains professionnels. Enfin, si le centre hospitalier soutient que M. D aurait bénéficié de revenus d'une société dont il serait le gérant, il se borne à produire l'extrait Kbis d'une société présidée par un homonyme né en 1980, exerçant une activité de marchand de biens immobiliers et de promotion immobilière, qui ne peut correspondre au requérant. Par suite, M. D peut prétendre à une indemnisation de 1 359,97 euros au titre de ses pertes de gains professionnels jusqu'à son licenciement.

S'agissant des pertes de gains professionnels futurs :

12. D'une part, ainsi qu'en atteste le courrier du 22 octobre 2013 adressé à M. D par l'assurance retraite Pays de la Loire, le requérant avait l'intention de faire valoir ses droits à la retraite à compter du 1er janvier 2021. Dans ces conditions, il aurait dû percevoir en 2020 son salaire, pour l'emploi au titre duquel il a été licencié pour inaptitude physique, à raison d'un montant net total annuel de 23 702 euros. Ayant été placé à la retraite un an auparavant soit à compter du 1er janvier 2020, M. D a perçu la retraite correspondant à cet emploi en percevant un montant mensuel de 775,27 euros nets, selon les relevés produits, soit 9303,24 euros nets par an. Dans ces conditions, il y a lieu d'indemniser M. D au titre de ses pertes de revenus en 2020 en lui octroyant une somme de 14 398 euros.

13. D'autre part, si M. D avait pu travailler jusqu'au 31 décembre 2020, comme il l'envisageait, il aurait perçu une retraite plus importante évaluée à un montant brut mensuel de 1 056,95 euros, selon le courrier précité du 22 octobre 2013 au lieu de la retraite qu'il perçoit effectivement de 866,32 euros bruts mensuels. Compte tenu de la moyenne mensuelle nette de retraite perçue par M. D à hauteur de 783 euros en 2021 pour l'emploi au titre duquel il a été licencié, d'après ses relevés de comptes bancaires, l'écart final entre le montant versé de 9 395 euros et le montant net qu'il aurait dû percevoir de 11 415 euros s'établit à la somme de 2 020 euros, correspondant à un préjudice total de 28 025,48 euros par application du taux de capitalisation de 13,874 figurant dans le barème de la Gazette du Palais 2022 pour un homme de 71 ans. Par suite, M. D peut prétendre à une indemnisation de 28 025,48 euros au titre de ses pertes de gains futurs, à partir de janvier 2021.

S'agissant des frais de logement adapté :

14. Si M. D soutient avoir dû adapter sa maison d'habitation en transformant son atelier, situé au rez-de-chaussée, en chambre avec toilettes et salle de bains pour un montant de 11 224,95 euros, afin de ne pas avoir à monter d'escaliers en raison de son infection nosocomiale qui l'a empêché d'avoir pu bénéficier d'une prothèse du genou, l'expert ne retient pas de préjudice à ce titre. Ainsi, compte tenu du déficit fonctionnel permanent de M. D imputable à l'infection nosocomiale de 8 %, malgré la limitation que subit le requérant dans les marches longues, il ne peut se prévaloir d'un préjudice indemnisable au titre des frais de logement adapté.

S'agissant des frais de véhicule adapté :

15. Il résulte du rapport d'expertise que l'impossibilité pour M. D de fléchir son genou gauche au-delà de 80° rend nécessaire l'acquisition d'un véhicule équipé d'une boîte automatique. Le requérant produit un premier devis faisant apparaître un coût de 7 438,80 euros pour la reprise de son ancien véhicule échangé contre un véhicule avec boîte automatique, ainsi qu'un second devis de 42 450 euros d'achat de véhicule en boîte automatique en raison de l'impossibilité de transformer l'automobile de M. D, trop ancienne. Ces pièces ne permettant pas d'évaluer le seul surcoût que représente l'adaptation du véhicule de M. D en boîte automatique, qui s'établit à la somme de 1 500 euros, auquel s'ajoutent deux renouvellements, compte tenu de l'âge de M. D et de la nécessité de renouveler un véhicule automobile tous les sept ans. Par suite, le préjudice au titre des frais de véhicule adapté doit être évalué à la somme de 4 500 euros.

En ce qui concerne les préjudices extrapatrimoniaux :

S'agissant du déficit fonctionnel temporaire :

16. Il résulte du rapport d'expertise que M. D a subi un déficit fonctionnel temporaire total pour la période du 7 octobre au 15 décembre 2020, un déficit fonctionnel temporaire évalué à 25 % du 16 décembre 2017 au 27 avril 2018 dont quinze jours ne sont pas imputables à l'infection nosocomiale, puis à 10% pour la période du 28 avril 2018 au 15 mai 2019, dont quinze jours ne sont pas non plus imputables à cette infection. Sur la base d'une somme de 500 euros par mois pour un déficit temporaire total, il sera fait une juste appréciation de ce préjudice en fixant à 2 225 euros l'indemnité le réparant.

S'agissant du déficit fonctionnel permanent :

17. A compter de la consolidation de son état de santé, M. D a subi un déficit fonctionnel permanent de 8 % imputable à son infection nosocomiale selon le rapport d'expertise, en raison des difficultés rencontrées par M. D dans l'accomplissement de certains actes de la vie quotidienne compte tenu de la limitation à 80° de la flexion de son genou, comme se relever d'une position assise et monter ou descendre des escaliers, et en tenant compte par ailleurs de son état antérieur lié à une arthrose tricompartimentale. Compte tenu de son âge de 70 ans à la date de la consolidation, ce préjudice sera justement indemnisé par l'octroi d'une somme de 8 500 euros.

S'agissant des souffrances endurées :

18. Le requérant se prévaut des souffrances qu'il a endurées et qui ont été évaluées à 3 sur 7 par l'expert. Il sera fait une juste appréciation de ce préjudice en fixant l'indemnité le réparant à la somme de 4 000 euros.

S'agissant du préjudice esthétique permanent :

19. Il résulte de l'instruction que M. D subit un préjudice esthétique permanent, compte tenu de sa cicatrice, de l'aspect de son genou et de sa cuisse et de sa légère boiterie, qui sera justement réparé en allouant au requérant une somme de 1 500 euros.

S'agissant du préjudice d'agrément :

20. La circonstance que le rapport de l'expert évoque la pratique du golf et de la course à pied, ainsi que des activités de jardinage et de bricolage, en se fondant sur les seules déclarations de l'intéressé, ne permet pas de démontrer que le requérant a subi un préjudice distinct de celui qui est réparé par l'indemnisation du déficit fonctionnel permanent dont il souffre.

S'agissant du préjudice sexuel :

21. Il résulte du rapport d'expertise que M. D subit un préjudice sexuel, qui sera justement indemnisé par une somme de 2 000 euros.

22. Il résulte de tout ce qui précède que M. D est fondé à demander au titre de l'indemnisation des conséquences de son infection nosocomiale, tous préjudices confondus, une somme totale de 73 399,21 euros.

Sur les débours de la CPAM de la Loire atlantique :

23. Il résulte de l'attestation d'imputabilité que les frais d'hospitalisation, médicaux, pharmaceutiques, d'appareillage et de transport exposés par la CPAM de la Loire atlantique ainsi que les indemnités journalières versées d'un montant de 23 518,80 euros pour la période du 6 novembre 2017 au 15 mai 2019 sont en lien direct avec les conséquences dommageables de l'infection nosocomiale subie par M. D. Il n'y a pas lieu, contrairement à ce que soutient le centre hospitalier, d'exclure de ces frais la somme de 1 009,80 euros correspondant aux frais médicaux déboursés par la CPAM, alors que les séances de kinésithérapie ne sont pas énumérées au titre de cette prise en charge. Par suite, le centre hospitalier de La Rochelle-Ré-Aunis doit être condamné à verser à la CPAM de la Loire atlantique une indemnité de 53 254,77 euros.

24. L'indemnité allouée à la caisse portera intérêt au taux légal à compter du 21 janvier 2022, date d'enregistrement de son mémoire au greffe du tribunal. La CPAM de Loire-Atlantique a demandé la capitalisation des intérêts le 21 janvier 2022. A cette date, il n'était pas dû plus d'une année d'intérêts sur la somme demandée. Conformément à l'article 1154 du code civil, il y a donc lieu de faire droit à la demande de capitalisation à compter du 21 janvier 2023, ainsi qu'à chaque échéance annuelle à compter de cette date.

25. Doit également être mis à la charge du centre hospitalier de La Rochelle-Ré-Aunis le versement à la CPAM de la Loire atlantique l'indemnité forfaitaire de gestion prévue par l'article L. 376-1 du code de la sécurité sociale, dont le montant a été fixé à 1 191 euros par l'arrêté du 18 décembre 2023 visé ci-dessus.

Sur les frais liés au litige :

26. Par une ordonnance n° 2000158 du 29 janvier 2021, le président du tribunal administratif de Poitiers a mis à la charge de M. D les frais de l'expertise ordonnée en référé le 11 juin 2020, liquidés et taxés à la somme de 1 500 euros. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu, en application de l'article R. 621-13 du code de justice administrative, de mettre ces frais à la charge définitive du centre hospitalier de La Rochelle-Ré-Aunis.

27. D'une part, il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge du centre hospitalier de La Rochelle-Ré-Aunis une somme de 1 600 euros au titre des frais exposés par M. D et non compris dans les dépens. En revanche, dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de faire droit aux conclusions de la CPAM de la Loire atlantique présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

28. D'autre part, l'ONIAM n'étant pas partie perdante, les conclusions de M. D présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ne peuvent qu'être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : L'ONIAM est mis hors de cause.

Article 2 : Le centre hospitalier de La Rochelle-Ré-Aunis est condamné à verser à M. D la somme de 73 399,21 euros.

Article 3 : Le centre hospitalier de La Rochelle-Ré-Aunis est condamné à verser à la CPAM de la Loire atlantique la somme de 53 254,77 euros, portant intérêts au taux légal à compter du 21 janvier 2022. Les intérêts échus seront capitalisés pour porter eux-mêmes intérêts à compter du 21 janvier 2023 ainsi qu'à chaque échéance annuelle ultérieure.

Article 4 : Le centre hospitalier de Le Rochelle-Ré-Aunis versera à la CPAM de la Loire atlantique une somme de 1 191 euros au titre de l'indemnité forfaitaire de gestion prévue à l'article L. 376-1 du code de la sécurité sociale.

Article 5 : Le centre hospitalier de La Rochelle-Ré-Aunis versera à M. D une somme de 1 600 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 6 : Les frais d'expertise liquidés et taxés au montant de 1 500 euros par ordonnance du 29 janvier 2021 sont mis à la charge définitive du centre hospitalier de La Rochelle-Ré-Aunis.

Article 7 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.

Article 8 : Le présent jugement sera notifié à M. C D, à l'Office national d'indemnisation des accidents médicaux, des affections iatrogènes et des infections nosocomiales, au centre hospitalier de La Rochelle-Ré-Aunis et à la caisse primaire d'assurance maladie de la Loire atlantique.

Copie en sera adressée à l'expert.

Délibéré après l'audience du 23 mai 2024, à laquelle siégeaient :

M. Cristille, président,

Mme Thèvenet-Bréchot, première conseillère,

Mme Gibson-Théry, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 10 juin 2024.

La rapporteure,

Signé

S. GIBSON-THERY

Le président,

Signé

P. CRISTILLELa greffière,

Signé

N. COLLET

La République mande et ordonne à la ministre du travail, de la santé et des solidarités en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme

Pour le greffier en chef,

La greffière

N. COLLET

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