mardi 5 décembre 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Poitiers |
| Section | Tribunal Administratif de Poitiers |
| N° Dossier | TA86-2103129 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 1ère chambre |
| Avocat requérant | REMY |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des mémoires, enregistrés le 29 novembre 2021, le 24 février 2023, le 8 mars 2023 et le 6 avril 2023, M. et Mme A B, représentés par Me Remy, demandent au tribunal dans le dernier état de ses écritures :
1°) d'annuler l'arrêté préfectoral en date du 21 mai 2021 par lequel le directeur de la direction départementale des territoires (DDT) de la Vienne a refusé de reconnaître comme fondé en titre la prise d'eau du Moulin Neuf de Chalandray, ainsi que la décision implicite du directeur de la DDT de la Vienne du 27 septembre 2021 rejetant leur recours gracieux ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 3 000 en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Ils soutiennent que :
- l'arrêté est entaché d'illégalité dès lors que la délégation de signature du préfet au profit du directeur départemental des territoires est trop générale et, par voie de conséquence, invalide;
- l'existence matérielle du moulin est établie antérieurement à la révolution française de sorte que le droit fondé en titre est attaché à ce moulin ; en atteste un plan de 1707, dit " brouillard ", un aveu du prieuré de Chalandray antérieur à la révolution française, un bail à ferme de 1738, un contrat d'arrentement de 1803 ;
- le préfet n'apporte pas la preuve de l'extinction du droit fondé en titre dès lors qu'aucun élément n'atteste que le moulin aurait été en ruine, condition indispensable à l'extinction de ce droit ;
- le moyen en défense tiré de l'autorité de la chose jugée attachée aux décisions des juridictions administratives est inopérant ;
- le constat d'huissier, s'il n'est pas une expertise, appuie nécessairement les éléments du dossier.
Par des mémoires en défense, enregistrés le 25 mars 2022 et le 17 mars 2023, le préfet de la Vienne conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens soulevés par M. et Mme B ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'environnement ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Leloup,
- les conclusions de M. Revel, rapporteur public,
- et les observations de Me Gravier, représentant M. et Mme B.
Considérant ce qui suit :
1. M. et Mme B sont propriétaires d'un moulin hydraulique, dénommé " Le Moulin Neuf ", situé le long de la rivière " La Vendelogne " sur la parcelle cadastrée section D n° 208 sur le territoire de la commune de Chalandray. Par un arrêté du 21 mai 2021, le préfet de la Vienne a rejeté la demande des intéressés tendant à la reconnaissance du droit fondé en titre de leur moulin. M. et Mme B demandent l'annulation de cet arrêté et de la décision implicite de leur recours gracieux.
2. En premier lieu, par un arrêté du 3 février 2020 régulièrement publié le même jour au recueil des actes administratifs de la préfecture n°86-2020-012, le préfet de la Vienne a donné délégation au directeur départemental des territoires et signataire de l'arrêté en litige, à l'effet de signer toutes décisions et correspondances entrant dans le champ de compétences de la direction départementale des territoires, et toutes mesures relatives à l'organisation et au fonctionnement des services. L'article 6 de l'arrêté préfectoral n° 2017-DDT-SG-763 du 21 août 2017 portant organisation de la direction départementale des territoires de la Vienne, visé dans l'arrêté de délégation de signature, dispose que ce service est chargé de la mise en œuvre des politiques publiques dans le domaine de l'eau et des milieux aquatiques et de la mise en œuvre des politiques publiques de restauration de la biodiversité et de la gestion des milieux aquatiques. L'octroi d'un droit fondé en titre ayant pour effet la mise en place d'une activité hydraulique sans autorisation préalable, relève de la gestion de l'eau et des milieux aquatiques. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté litigieux et du caractère trop général et imprécis de la délégation manque en fait.
3. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 214-6 du code de l'environnement : " () Les installations, ouvrages et activités déclarés ou autorisés en application d'une législation ou réglementation relative à l'eau antérieure au 4 janvier 1992 sont réputés déclarés ou autorisés en application des dispositions de la présente section. Il en est de même des installations et ouvrages fondés en titre. (). ".
4. Sont regardées comme fondées en titre ou ayant une existence légale les prises d'eau sur des cours d'eau non domaniaux qui, soit ont fait l'objet d'une aliénation comme bien national, soit sont établies en vertu d'un acte antérieur à l'abolition des droits féodaux. Une prise d'eau est présumée établie en vertu d'un acte antérieur à l'abolition des droits féodaux dès lors qu'est prouvée son existence matérielle à cette date. La preuve de cette existence matérielle qui incombe aux demandeurs, peut être apportée par tout moyen.
5. La force motrice produite par l'écoulement d'eaux courantes ne peut faire l'objet que d'un droit d'usage et en aucun cas d'un droit de propriété. Il en résulte qu'un droit fondé en titre se perd lorsque la force motrice du cours d'eau n'est plus susceptible d'être utilisée par son détenteur, du fait de la ruine ou du changement d'affectation des ouvrages essentiels destinés à utiliser la pente et le volume de ce cours d'eau. En revanche, ni la circonstance que ces ouvrages n'aient pas été utilisés en tant que tels au cours d'une longue période de temps, ni le délabrement du bâtiment auquel le droit d'eau fondé en titre est attaché, ne sont de nature, à eux seuls, à remettre en cause la pérennité de ce droit.
6. Pour établir que la prise d'eau du " Moulin-Neuf " est fondée en titre, les requérants se prévalent tout d'abord d'un plan daté de 1707, dit " brouillard ", sur lequel est indiqué l'emplacement de " la mazure du vieux moulin de Chalandray " qui serait situé au même endroit que leur moulin neuf comme en attesteraient le plan napoléonien de 1830, sur lequel figure en effet ledit moulin neuf, et des plans et photographies récentes extraits du site " géoportail ". La circonstance que le terme " brouillard " comme le précise le requérant, ne désigne pas un brouillon, ne modifie en rien l'apparence de ce dessin qui s'apparente à un croquis imparfait, aux dimensions approximatives. A supposer que la valeur authentique de ce document soit avérée, son insuffisante force probante ne permet pas d'établir que le moulin représenté est celui dont s'agit dans l'arrêté litigieux. Dès lors, à supposer même que le préfet ait commis une erreur d'interprétation sur la signification du terme " mazure ", qui ne serait pas une ruine, mais une exploitation agricole pourvue d'un bâtiment, en l'occurrence le moulin du château de Chalandray, cette circonstance n'est pas à elle seule de nature à établir que l'ancien moulin figurant sur le brouillard correspond à celui des époux B. De plus, les autres pièces produites par les requérants, soit l'aveu du Prieuré de Chalandray qui mentionne un moulin, probablement celui dessiné sur le brouillard de 1707 comme l'affirment les époux B, le bail à ferme de 1738 qui atteste également de l'existence du moulin de Chalandray, le contrat d'arrentement de 1803 qui fait mention d'un moulin qui sera réédifié, qui, s'ils font tous mention du moulin de Chalandray et scellent son existence sous l'ancien régime, ne permettent pas davantage d'établir que les deux moulins représentent une seule et unique entité. Enfin le constat d'huissier présenté par les requérants comme une pièce nouvelle et qui fait la démonstration de la présence d'un ancien édifice à l'emplacement du moulin neuf, n'est pas un élément suffisant pour identifier cet édifice en tant que vestiges de l'ancien moulin de Chalandray. Par suite, et quand bien même il n'est pas établi que le vieux moulin de Chalandray, en mauvais état, était en ruine, condition de l'extinction du droit fondé en titre, le préfet n'a commis aucune erreur de fait en n'octroyant pas à la prise d'eau du moulin ledit droit.
7. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. et Mme B doit être rejetée en toutes ses conclusions y compris celles tendant à la mise à la charge de l'Etat des frais non compris dans les dépens.
D E C I D E:
Article 1er : La requête de M. et Mme B est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. et Mme A B et au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires.
Copie en sera transmise au préfet de la Vienne.
Délibéré après l'audience du 21 novembre 2023, à laquelle siégeaient :
M. Campoy, président,
M. Pipart, premier conseiller,
M. Leloup, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 5 décembre 2023.
Le rapporteur,
Signé
F. LELOUP
Le président,
Signé
L. CAMPOY La greffière,
Signé
D. GERVIER
La République mande et ordonne au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Pour le greffier en chef,
La greffière,
Signé
D. GERVIER
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026