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AccueilJurisprudence administrativeN° TA86-2103233

Tribunal Administratif de Poitiers — Décision N° TA86-2103233

lundi 26 février 2024

JuridictionTribunal Administratif de Poitiers
SectionTribunal Administratif de Poitiers
N° DossierTA86-2103233
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
Formation3ème chambre

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 6 décembre 2021 et le 9 décembre 2022, M. C E doit être regardé comme demandant au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 28 octobre 2021 par laquelle la commission de recours de l'invalidité a rejeté le recours administratif préalable obligatoire qu'il a formé à l'encontre de la décision du 22 février 2021 par laquelle le service des pensions et des risques professionnels a refusé le versement d'une pension militaire d'invalidité pour les infirmités suivantes : hypoacousie, acouphènes, crises paroxystiques de tachycardie et insuffisance rénale chronique ;

2°) de condamner l'Etat à lui verser une pension militaire d'invalidité au titre de son hypoacousie bilatérale, de ses acouphènes bilatéraux, de sa tachycardie paroxystique et de son insuffisance rénale associée.

Il soutient que :

- son hypoacousie bilatérale et ses acouphènes bilatéraux doivent être analysés comme des blessures ;

- les acouphènes bilatéraux ne doivent pas être dissociés de l'hypoacousie bilatérale ;

- il s'agit d'accidents de service dont il n'a pas à en rapporter la preuve dans la mesure où l'article L. 121-1 du code des pensions militaires d'invalidité et des victimes de guerre pose une présomption d'imputabilité au service ;

- c'est après l'accident de service de juillet 2019 et après avoir été vu en expertise par un expert otorhinolaryngologiste qu'il a constaté l'ampleur de ses problèmes d'hypoacousie et d'acouphènes et qu'il n'a jamais été envoyé en consultation chez un spécialiste otorhinolaryngologiste après ses différentes visites médicales obligatoires durant son service jusqu'en 2015 ;

- l'audiogramme réalisé par l'antenne médicale de Villacoublay a été réalisé par un personnel infirmier non spécialisé otorhinolaryngologiste avec du matériel dont l'état n'est pas connu ;

- l'expertise réalisée par un médecin otorhinolaryngologiste expert a proposé un taux de 15 % pour l'hypoacousie bilatérale ainsi que 10 % pour les acouphènes bilatéraux ;

- les accidents de service de 2010, 2012 et 2019 n'ont pas été pris en compte ;

- il faut retenir le taux d'invalidité de 20 % s'agissant des crises de tachycardie tel que retenu par l'expert ;

- sa crise de tachycardie paroxystique de 2006 ainsi que son insuffisance rénale ne doivent pas être classées comme maladies ;

- son insuffisance rénale ne doit pas être dissociée de sa crise de tachycardie de 2006 ;

- la qualité de réserviste opérationnel lui permettrait de bénéficier de ce régime légal de présomption d'imputabilité.

Par un mémoire en défense enregistré le 18 août 2022, le ministre des armées conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés ne sont pas fondés.

Le ministre des armées a produit un nouveau mémoire en défense enregistré le 7 février 2024 après clôture automatique de l'instruction intervenue en application de l'article R. 613-2 du code de justice administrative, et qui n'a pas été communiqué.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code des pensions militaires d'invalidité et des victimes de guerre ;

- le code de la sécurité sociale ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Cristille ;

- les conclusions de Mme Bréjeon, rapporteure publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. C E, né le 2 septembre 1967, a été appelé à l'activité au titre de la marine nationale le 2 septembre 1986 et a souscrit plusieurs contrats successifs. Il a été rayé des contrôles de l'activité le 1er septembre 2015, au grade de capitaine de frégate échelon spécial. Du 1er janvier 2017 au 31 décembre 2019, il s'est engagé en tant que réserviste opérationnel au sein de la formation de la direction de la sécurité aéronautique localisée à Villacoublay. Il est titulaire d'une pension militaire d'invalidité concédée à titre définitif, par arrêté de concession de pension du 7 août 2017 au taux global de 20 % à compter du 12 mai 2017 pour indemnisation d'une infirmité survenue à l'occasion du service le 15 novembre 2013. Par demandes enregistrées les 23 janvier 2019 et 20 janvier 2020, M. E a sollicité l'octroi d'une pension militaire d'invalidité pour de nouvelles infirmités, à savoir hypoacousie, acouphènes, crises paroxystiques de tachycardie et insuffisance rénale chronique. Par une décision du 22 février 2021, la ministre des armées a rejeté les demandes de M. E. Le 9 juillet 2021, M. E a présenté un recours administratif préalable obligatoire devant la commission de recours de l'invalidité, qui a été rejeté par une décision du 20 octobre 2021, notifiée le 28 octobre 2021. M. E doit être regardé comme demandant l'annulation de la décision de la commission de recours de l'invalidité qui s'est substituée à la décision initiale du ministre des armées et qui est seule susceptible d'être déférée au tribunal.

Sur les infirmités nouvelles :

2. D'une part, aux termes de l'article L. 121-1 du code des pensions militaires d'invalidité et des victimes de guerre : " Ouvrent droit à pension : / 1° Les infirmités résultant de blessures reçues par suite d'événements de guerre ou d'accidents éprouvés par le fait ou à l'occasion du service ; / 2° Les infirmités résultant de maladies contractées par le fait ou à l'occasion du service ; / 3° L'aggravation par le fait ou à l'occasion du service d'infirmités étrangères au service ; / () ". Aux termes de l'article L. 121-2 du même code : " Est présumée imputable au service : / 1° Toute blessure constatée par suite d'un accident, quelle qu'en soit la cause, dans le temps et le lieu du service, dans l'exercice ou à l'occasion de l'exercice de ses fonctions, en l'absence de faute personnelle ou de toute autre circonstance particulière détachant l'accident du service ; / 2° Toute blessure constatée durant les services accomplis par un militaire en temps de guerre, au cours d'une expédition déclarée campagne de guerre, d'une opération extérieure mentionnée à l'article L. 4123-4 du code de la défense ou pendant la durée légale du service national et avant la date de retour sur le lieu d'affectation habituelle ou la date de renvoi dans ses foyers ; / 3° Toute maladie désignée par les tableaux de maladies professionnelles mentionnés aux articles L. 461-1, L. 461-2 et L. 461-3 du code de la sécurité sociale et contractée dans l'exercice ou à l'occasion de l'exercice par le militaire de ses fonctions dans les conditions mentionnées à ces tableaux ; / () ". Aux termes de l'article L. 121-2-1 dudit code : " () / Peut également être reconnue imputable au service une maladie non désignée dans les tableaux précités lorsque le militaire ou ses ayants cause établissent qu'elle est essentiellement et directement causée par l'exercice des fonctions ".

3. Pour l'application de ces dispositions, une infirmité doit être regardée comme résultant d'une blessure lorsqu'elle trouve son origine dans une lésion soudaine, consécutive à un fait précis de service. Dans le cas contraire, elle doit être regardée comme résultant d'une maladie. Lorsque le demandeur d'une pension ne peut pas bénéficier de la présomption légale d'imputabilité au service, il incombe à ce dernier d'apporter la preuve de cette imputabilité par tous moyens de nature à emporter la conviction des juges. Cette preuve ne saurait résulter de la seule circonstance que l'infirmité est apparue durant le service, ni d'une probabilité même forte, d'une vraisemblance ou d'une simple hypothèse médicale.

4. D'autre part, aux termes de l'article L. 121-4 du code des pensions militaires d'invalidité et des victimes de guerre : " Les pensions sont établies d'après le taux d'invalidité résultant de l'application des guides barèmes mentionnés à l'article L. 125-3. / Aucune pension n'est concédée en deçà d'un taux d'invalidité de 10 % ". Aux termes de l'article L. 121-5 du même code : " La pension est concédée : / 1° Au titre des infirmités résultant de blessures, si le taux d'invalidité qu'elles entraînent atteint ou dépasse 10 % ; / 2° Au titre d'infirmités résultant de maladies associées à des infirmités résultant de blessures, si le taux global d'invalidité atteint ou dépasse 30 % ; / 3° Au titre d'infirmités résultant exclusivement de maladie, si le taux d'invalidité qu'elles entraînent atteint ou dépasse : / a) 30 % en cas d'infirmité unique ; / b) 40 % en cas d'infirmités multiples ".

5. Il résulte des dispositions de l'article L. 121-2 du code des pensions militaires d'invalidité et des victimes de guerre que les réservistes opérationnels ne peuvent prétendre au régime de présomption d'imputabilité au service d'une maladie contractée par un militaire. Par suite, le moyen soulevé par M. E tiré de ce que la qualité de réserviste opérationnel lui permettrait de bénéficier de ce régime légal de présomption d'imputabilité pendant les périodes pour lesquelles il a été appelé doit être écarté.

En ce qui concerne l'hypoacousie bilatérale :

6. Il résulte de l'instruction, et notamment du rapport d'expertise établi par le docteur A, médecin otorhinolaryngologiste, le 14 décembre 2020, que M. E présentait depuis 2010 une hypoacousie bilatérale de perception, évolutive. Le docteur A a relevé que M. E avait été exposé aux bruits des différents bâtiments de la marine nationale sur lesquels il était affecté sans port constant de protections adaptées. L'expert, dont les conclusions ont été confirmées par l'avis du médecin chargé des pensions militaires d'invalidité en date du 15 janvier 2021, a conclu que cette infirmité devait être évaluée à un taux d'invalidité de 15 % et qu'elle trouvait son origine dans une maladie. Toutefois, au moment de sa radiation des cadres, la perte d'audition de M. E n'atteignait pas les 35 décibels requis par le tableau des maladies professionnelles n°42 annexé à l'article R. 461-3 du code de la sécurité sociale lors de sa consultation du 24 juillet 2015 et donc qu'aucune présomption de lien ne pouvait être retenue. Ainsi, l'aggravation de cette infirmité doit être regardée comme postérieure au 1er septembre 2015, date de sa radiation des cadres, et ne peut par conséquent être liée au service. Si M. E soutient que les accidents de service de 2010, 2012 et de 2019 n'ont pas été pris en compte, d'une part, il apparaît que seul l'incident du 4 juillet 2019 n'a pas été pris en compte dans le rapport d'expertise du 14 décembre 2020. D'autre part, l'audiogramme réalisé le 4 juillet 2019 révèle une perte auditive moyenne pour l'oreille droite de 18,75 décibels et de 16,25 décibels pour l'oreille gauche, ce qui correspond à un taux de 0 % au regard du guide-barème sur la diminution d'acuité auditive mentionné à l'annexe 2 du code des pensions militaires d'invalidité et des victimes de guerre. Par conséquent, l'évènement de 2019 n'a produit aucune lésion auditive et ne saurait être la cause de l'aggravation postérieure de l'infirmité de M. E. Enfin, à l'appui de sa demande, M. E verse au dossier un certificat médical du docteur D en date du 7 avril 2021 établissant une hypoacousie ainsi qu'une perforation tympanique droite. Néanmoins, il résulte des dispositions précitées de l'article L. 6 du code des pensions militaires d'invalidité et des victimes de guerre que le degré d'infirmité est déterminé au jour du dépôt de la demande de l'intéressé sans qu'il soit possible de tenir compte d'éléments d'aggravation postérieurs à cette date. Au surplus, le certificat médical ne fait pas mention de la perte auditive moyenne et ne joint pas également l'audiogramme contemporain de l'évènement. Dans ces conditions, M. E n'est pas fondé à soutenir que c'est à tort que la commission de recours de l'invalidité a refusé de reconnaître une imputabilité au service de son infirmité résultant d'une hypoacousie bilatérale.

En ce qui concerne les acouphènes permanents bilatéraux :

7. Il résulte de l'instruction, et notamment du rapport d'expertise du 14 décembre 2020 du docteur A, que le requérant présente des acouphènes permanents bilatéraux de type bourdonnement à tonalité grave avec troubles de la compréhension mais sans retentissement sur l'endormissement. L'expert retient également que cette infirmité a pour origine une maladie et qu'il convient d'évaluer le taux d'invalidité qu'elle cause à 10 %. Le médecin chargé des pensions militaires d'invalidité a confirmé dans son avis du 15 janvier 2021 les constations faites par l'expert ainsi que le taux retenu. Il ne résulte pas des éléments de l'instruction que ces deux médecins auraient inexactement apprécié la nature et le taux d'invalidité de cette infirmité. En outre, le requérant n'apporte pas d'élément médical susceptible de remettre en cause ces deux analyses. Par conséquent, et alors que le juge des pensions n'a pas à statuer sur l'imputabilité au service d'une affection ou d'une infirmité trouvant sa cause exclusive dans une maladie lorsque le minimum indemnisable n'est pas atteint, M. E n'est pas fondé à soutenir que c'est à tort que la commission de recours de l'invalidité a refusé de lui octroyer une indemnisation au titre de cette infirmité dont le taux d'invalidité est inférieur à celui exigé par le 3° de l'article L. 121-5 du code des pensions militaires d'invalidité et des victimes de guerre pour se voir être indemnisé en cas d'infirmité résultant exclusivement d'une maladie.

En ce qui concerne les crises paroxystiques de tachycardie :

8. Il résulte de l'instruction, et notamment du rapport d'expertise établi le 9 novembre 2020 par le médecin cardiologue Didelin, que M. E présente deux types de tachycardie paroxystique et qu'il convient de retenir un taux d'invalidité global de 20 % correspondant à 10 % au titre de la crise de Bouveret et 10 % au titre de la crise atriale. Toutefois, le médecin chargé des pension militaires d'invalidité a, dans son avis du 15 janvier 2021, retenu que l'infirmité du patient trouvait son origine dans une maladie et que le taux d'invalidité de l'infirmité devait être évalué à 10 %. Ainsi que l'affirme la commission de recours de l'invalidité rien ne permet d'affirmer que ce médecin aurait inexactement apprécié l'état de santé de M. E, ce dernier n'apportant aucun élément d'ordre médical susceptible de remettre en question l'analyse du médecin chargé des pensions militaires d'invalidité. Il résulte également de l'avis du médecin chargé des pensions militaires d'invalidité du 15 janvier 2021 que cette infirmité a pour origine une maladie. Par conséquent, et alors que le juge des pensions n'a pas à statuer sur l'imputabilité au service d'une affection dès lors que le minimum indemnisable n'est pas atteint, M. E n'est pas fondé à soutenir que c'est à tort que la commission de recours de l'invalidité a refusé de lui octroyer une indemnisation au titre de cette infirmité dont le taux d'invalidité est inférieur à celui exigé par le 3° de l'article L. 121-5 du code des pensions militaires d'invalidité et des victimes de guerre pour se voir être indemnisé en cas d'infirmité résultant exclusivement d'une maladie.

En ce qui concerne l'insuffisance rénale :

9. Il résulte de l'instruction, et en particulier du rapport d'expertise du 30 novembre 2020 établi par le docteur B, médecin en biologie du sport, ainsi que de l'avis du médecin chargé des pensions militaires d'invalidité, que le taux d'invalidité impliqué par cette pathologie a été évalué par les deux experts à 10 %. Le médecin chargé des pensions militaires d'invalidité précise que l'absence de faits précis de service est de nature à faire considérer l'origine de l'insuffisance rénale comme étant une maladie et non une blessure. En outre, aucune pièce ou information versée à l'instruction ne permet d'établir que la pathologie de M. E serait imputable au traitement qu'il prend pour ses crises paroxystiques de tachycardie. A cet égard, le médecin chargé des pensions militaires d'invalidité affirme que le lien entre l'affection de M. E et le traitement par bétabloquant pour les crises paroxystiques de tachycardie ne peut être établi dans la mesure où l'insuffisance rénale ne fait pas partie des effets secondaires de ce type de traitement. Par suite, M. E n'est pas fondé à soutenir que c'est à tort que la commission de recours de l'invalidité a refusé de lui octroyer une indemnisation au titre de cette infirmité dont le taux d'invalidité est inférieur à celui exigé par le 3° de l'article L. 121-5 du code des pensions militaires d'invalidité et des victimes de guerre pour se voir être indemnisé en cas d'infirmité résultant exclusivement d'une maladie.

10. Il résulte de tout ce qui précède que M. E présente une infirmité évaluée au taux de 15 % résultant d'une maladie sans lien avec le service ainsi que plusieurs infirmités dont la cause exclusive est une maladie et dont le taux d'invalidité global est inférieur au taux global minimum de 40 % requis en cas d'infirmités multiples résultant exclusivement de maladie par le 3° de l'article L. 121-5 du code des pensions militaires d'invalidité et des victimes de guerre. Par conséquent, M. E n'est pas fondé à soutenir que c'est à tort que la commission de recours de l'invalidité a refusé d'annuler la décision du 22 février 2021 par laquelle la ministre des armées a rejeté ses demandes d'octroi d'une pension militaire d'invalidité au titre de ses différentes infirmités.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. E est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C E, à la commission de recours de l'invalidité et au ministre des armées.

Délibéré après l'audience du 8 février 2024 à laquelle siégeaient :

M. Cristille, président,

Mme Thévenet-Bréchot, première conseillère,

Mme Gibson-Théry, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition, le 26 février 2024.

Le président-rapporteur

Signé

P. CRISTILLE

L'assesseure la plus ancienne

Signé

A. THEVENET-BRECHOT

La greffière,

Signé

N. COLLET

La République mande et ordonne au ministre des armées en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour le greffier en chef,

La greffière,

N. COLLET

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