mardi 28 mai 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Poitiers |
| Section | Tribunal Administratif de Poitiers |
| N° Dossier | TA86-2103303 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 1ère chambre - JU |
| Avocat requérant | CABINET VALOIS AVOCATS CONSEILS |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des mémoires, enregistrés les 14 décembre 2021, 7 janvier 2022, 29 février 2024 et 21 mai 2024, Mme F C et M. B E, représentés par Me Polleux, doivent être regardés comme demandant au tribunal :
1°) d'annuler l'indu d'allocation de logement sociale de 1 114 euros, l'indu de prime d'activité de 492,78 euros et l'indu de revenu de solidarité active (RSA) de 5 085,97 euros qui leur ont été réclamés pour la période de février 2020 à juin 2021, ainsi que l'indu d'aide exceptionnelle de fin d'année de 152,45 euros qui a été mis à leur charge au titre du mois de décembre 2020 ;
2°) d'enjoindre à la CAF de la Charente de leur rembourser les sommes déjà retenues pour le remboursement de ces indus ;
3°) de mettre à la charge de la CAF de la Charente une somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Ils soutiennent que leur situation de concubinage a débuté le 6 février 2021, non le 16 janvier 2020.
Par un mémoire en défense enregistré le 8 avril 2022, le directeur de la CAF de la Charente conclut au rejet de la requête
Il soutient que le moyen de la requête n'est pas fondé.
Par un mémoire en défense enregistré le 17 mai 2024, le département de la Charente conclut au rejet de la requête ;
Il soutient que :
- les conclusions de la requête dirigées contre l'indu de RSA sont irrecevables dès lors, d'une part, qu'elles n'ont pas fait l'objet d'un recours administratif préalable devant le président du conseil départemental et, d'autre part, que la décision attaquée n'a pas été produite ;
- le moyen de la requête n'est pas fondé.
Le département de l'Hérault, représenté par la SELARL VPNG, a présenté des observations, enregistrées le 22 avril 2024.
La requête a été communiquée au directeur de la caisse d'allocations familiales de l'Hérault, qui n'a pas produit d'observations.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'action sociale et des familles ;
- le code de la construction et de l'habitation ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de la sécurité sociale ;
- le décret n° 2020-1746 du 29 décembre 2020 ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné M. A pour statuer sur les litiges relevant de l'article R. 222-13 du code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapporteur public a été dispensé, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. A ;
- et les observations de Me Godin, représentant Mme C et M. E, qui a repris ses écritures.
Une note en délibéré a été présentée le 21 mai 2024 par Mme C et M. E.
Considérant ce qui suit :
1. Mme D C et M. B E étaient connus comme célibataires des services de la caisse d'allocations familiales (CAF), respectivement, de la Charente et de l'Hérault. Courant 2021, Mme C, après avoir déclaré sa grossesse, a indiqué aux services de la CAF vivre en situation de concubinage avec M. E depuis le 16 janvier 2020, ce que ce dernier leur a ensuite confirmé. La CAF a alors regroupé les dossiers de Mme C et M. E et, malgré les rectifications ultérieures des intéressés quant à la date depuis laquelle ils peuvent être regardés comme vivant en concubinage, leur a notifié, pour la période de février 2020 à juin 2021, un indu d'allocation de logement sociale de 1 114 euros, un indu de prime d'activité de 492,78 euros et un indu de revenu de solidarité active (RSA) de 5 085,97 euros, ainsi qu'un indu d'aide exceptionnelle de fin d'année de 152,45 euros au titre du mois de décembre 2020. Mme C et M. E, qui ont vainement contesté l'ensemble de ces indus auprès de la CAF de la Charente par des courriers des 13 septembre, 1er octobre, 30 octobre et 8 novembre 2021, demandent au tribunal d'annuler ces trop-perçus.
Sur les fins de non-recevoir opposées par le département de la Charente :
2. Aux termes de l'article L. 114-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Lorsqu'une demande est adressée à une administration incompétente, cette dernière la transmet à l'administration compétente et en avise l'intéressé. " Selon l'article L. 114-3 de ce code : " Le délai au terme duquel est susceptible d'intervenir une décision implicite de rejet court à compter de la date de réception de la demande par l'administration initialement saisie. () ". En vertu de l'article R. 412-1 du code de justice administrative : " La requête doit, à peine d'irrecevabilité, être accompagnée, sauf impossibilité justifiée, de l'acte attaqué ou, dans le cas [d'une décision implicite de rejet], de la pièce justifiant de la date de dépôt de la réclamation. () ".
3. Ainsi qu'il a été dit au point 1 ci-dessus, Mme C et M. E ont introduit devant la CAF diverses réclamations concernant l'ensemble de leurs indus, dont il résulte de l'instruction, en particulier des écritures en défense du directeur de la CAF de la Charente, qu'elles ont été reçues par cette caisse, qui ne les a pas transmises au président du conseil départemental afin que celui-ci se prononce sur l'indu de RSA. Dès lors, en application des règles rappelées au point précédent, le président du conseil départemental doit être regardé comme ayant reçu ces réclamations et comme les ayant implicitement rejetées. Par suite, la fin de non-recevoir opposée par le département de la Charente et tirée du défaut de recours administratif préalable obligatoire doit être écartée. Par ailleurs, dans la mesure où la décision attaquée est une décision implicite et que les requérants ont établi avoir déposé des réclamations auprès de la CAF, la fin de non-recevoir tirée du défaut de production de la décision attaquée ne peut qu'être écartée, étant précisé que la décision initiale mettant à la charge de M. E un indu de RSA a été produite à l'instance par le directeur de la CAF de la Charente.
Sur le bien-fondé des indus :
4. Le concubinage est la situation de deux personnes qui mènent une vie de couple stable et continue. Une telle vie de couple peut être établie par un faisceau d'indices concordants, au nombre desquels la circonstance que les intéressés mettent en commun leurs ressources et leurs charges
5. Mme C et M. E soutiennent que lorsqu'ils ont déclaré à la CAF vivre en concubinage depuis le 16 janvier 2020, ils entendaient seulement indiquer entretenir une relation depuis cette date, non mener une vie de couple stable et continue. Ils indiquent avoir débuté une relation à distance à cette date, Mme C vivant en Charente et M. E dans l'Hérault, et ne vivre sous le même toit que depuis le 6 février 2021, au retour de M. E G où il a résidé du 9 septembre 2020 au 5 février 2021. À l'appui de leurs allégations, ils produisent notamment des attestations de leurs parents indiquant qu'ils ne vivaient pas ensemble avant le 6 février 2021, des factures d'électricité au nom de M. E à l'adresse de son appartement à Montpellier mentionnant des consommations en 2020, les relevés bancaires de l'intéressé pour les mois de novembre 2019 à mars 2020, sur lesquels figurent de nombreux paiements dans la région de Montpellier jusqu'au 8 septembre 2020 puis à La Réunion jusqu'au 5 février 2021 mais desquels ne ressortent pas, en revanche, des paiements fréquents en Charente ni des liens financiers avec Mme C, ainsi que les billets d'avion de M. E pour son départ à La Réunion et son retour en métropole. Dans ces conditions, et alors que les défendeurs se bornent à renvoyer aux premières déclarations des requérants sans apporter le moindre élément de nature à établir l'existence d'une vie de couple stable et continue avant le 6 février 2021, Mme C et M. E sont fondés à soutenir qu'ils ne peuvent être regardés comme ayant été en concubinage avant cette date.
6. Il résulte de ce qui précède que Mme C et M. E sont fondés à demander l'annulation de l'indu d'aide exceptionnelle de fin d'année de 152,45 euros qui a été mis à leur charge au titre du mois de décembre 2020 et qu'il soit enjoint à la CAF de la Charente de leur restituer cette somme, qui a été retenue sur leurs allocations et prestations, dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement.
7. Ils sont également fondés à demander l'annulation des autres indus en litige, en tant qu'ils résultent de la prise en compte d'une situation de concubinage antérieure au 6 février 2021. Il convient en conséquence d'enjoindre à CAF de la Charente et au département de la Charente de recalculer les indus de Mme C et de M. E en retenant le 6 février 2021 comme date de début de leur concubinage et de leur rembourser, dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement, les sommes qui ont été retenues à tort sur leurs allocations et prestations.
Sur les frais liés au litige :
8. Les requérants demandent qu'une somme de 2 000 euros soit mise à la charge de la CAF de la Charente sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
9. Toutefois, d'une part, il résulte des dispositions du code de l'action sociale et des familles relatives au RSA, en particulier de son article L. 262-24, que le RSA relève de la compétence des départements. D'autre part, il résulte des articles L. 843-1 et R. 847-2 du code de la sécurité sociale, s'agissant de la prime d'activité, des articles L. 811-1 et suivants et R. 825-4 du code de la construction et de l'habitation, s'agissant de l'allocation de logement sociale, et de l'article 5 du décret du 19 décembre 2020, s'agissant de l'aide exceptionnelle de fin d'année, que les compétences exercées en ces matières par les CAF le sont au nom de l'État et que lorsque les directeurs de ces caisses défendent devant les tribunaux administratifs les décisions prises dans ces domaines, ils représentent l'État. Dans ces conditions, la CAF de la Charente, qui n'a pas la qualité de défendeur à l'instance, ne peut être condamnée à verser une somme au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, seuls l'État et le département de la Charente étant parties à l'instance en qualité de défendeurs.
10. Il résulte de ce qui précède que les conclusions présentées par les requérants sur le fondement de l'article L. 761-1 sont mal dirigées et doivent être rejetées.
D É C I D E :
Article 1er : L'indu d'aide exceptionnelle de fin d'année de 152,45 euros qui a été mis à la charge de Mme C et M. E au titre du mois de décembre 2020 est annulé.
Article 2 : Il est enjoint à la CAF de la Charente de restituer la somme de 152,45 euros à Mme C et M. E dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement.
Article 3 : Les indus d'allocation de logement sociale, d'un montant de 1 114 euros, de prime d'activité, d'un montant de 492,78 euros, et de RSA, d'un montant de 5 085,97 euros, qui ont été mis à la charge de Mme C et M. E sont annulés en tant qu'ils résultent de la prise en compte d'une situation de concubinage antérieure au 6 février 2021.
Article 4 : Il est enjoint à la CAF de la Charente de recalculer les indus de Mme C et de M. E en retenant une situation de concubinage à compter du 6 février 2021 et de leur restituer, dans un délai d'un mois, les sommes récupérées à tort sur leurs allocations et prestations.
Article 5 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 6 : Le présent jugement sera notifié à Mme F C et M. B E, à la ministre du travail, de la santé et des solidarités, au département de la Charente à la caisse d'allocations familiales de la Charente.
Copie en sera adressée au département de l'Hérault et à la caisse d'allocations familiales de l'Hérault.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 28 mai 2024.
Le magistrat désigné,
Signé
B. ALa greffière,
Signé
D. GERVIER
La République mande et ordonne à la ministre du travail, de la santé et des solidarités, au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires et à la préfète de la Charente en ce qui les concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Pour le greffier en chef,
La greffière,
D. GERVIER
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026