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AccueilJurisprudence administrativeN° TA86-2103304

Tribunal Administratif de Poitiers — Décision N° TA86-2103304

lundi 20 mars 2023

JuridictionTribunal Administratif de Poitiers
SectionTribunal Administratif de Poitiers
N° DossierTA86-2103304
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
Formation3ème chambre - JU
Avocat requérantDE CAUMONT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 17 décembre 2021, M. A B, représenté par le Cabinet de Caumont, demande au tribunal :

1°) d'annuler les décisions par lesquelles le ministre de l'intérieur a procédé à des retraits de points à la suite des infractions commises les 28 août 2015, 15 octobre 2015, 19 juillet 2018, 14 août 2019, 2 août 2020, 17 août 2020 et 17 mars 2021, ainsi que la décision référencée 48 SI du 27 octobre 2021 par laquelle le ministre de l'intérieur a constaté l'invalidité de son permis de conduire en raison d'un solde de points nul ;

2°) d'enjoindre au ministre de l'intérieur et des outre-mer de lui restituer les points illégalement retirés et de rétablir le capital de son permis de conduire dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- les retraits de points en litige sont intervenus à l'issue d'une procédure irrégulière dès lors qu'il n'a pas bénéficié d'une information préalable dans le cadre des infractions relevées les 28 août 2015, 15 octobre 2015, 19 juillet 2018, 2 août 2020, 17 août 2020 et 17 mars 2021 ;

- la décision référencée 48 SI du 27 octobre 2021 est insuffisamment motivée dès lors qu'elle se borne à indiquer le caractère définitif de la sanction pénale prononcée le 16 mars 2021 concernant l'infraction constatée le 14 août 2019 ;

- les décisions de retraits de points consécutives aux infractions constatées les 28 août 2015, 15 octobre 2015, 19 juillet 2018, 14 août 2019, 2 août 2020, 17 août 2020 et 17 mars 2021 sont illégales en conséquence de l'illégalité de la décision référencée 48 SI du 27 octobre 2021.

Par un mémoire en défense, enregistré le 19 janvier 2022, le ministre de l'intérieur conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par M. B ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de procédure pénale ;

- le code de la route ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le président du tribunal a désigné Mme C pour statuer en application de l'article R. 222-13 du code de justice administrative.

En application de l'article R. 732-1-1 du code de justice administrative, la magistrate statuant seule a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Le rapport de Mme C a été entendu au cours de l'audience publique, les parties n'étant ni présentes ni représentées.

Considérant ce qui suit :

1. M. A B demande au tribunal d'annuler les décisions par lesquelles le ministre de l'intérieur a procédé à des retraits de points à la suite des infractions commises les 28 août 2015, 15 octobre 2015, 19 juillet 2018, 14 août 2019, 2 août 2020, 17 août 2020 et 17 mars 2021, ainsi que la décision référencée 48 SI du 27 octobre 2021 par laquelle le ministre de l'intérieur a constaté l'invalidité de son permis de conduire en raison d'un solde de points nul et lui a enjoint de le restituer aux services préfectoraux de son lieu de résidence dans un délai de dix jours à compter de sa notification.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne le moyen tiré de l'absence d'information préalable :

2. Aux termes de l'article L. 223-3 du code de la route : " Lorsque l'intéressé est avisé qu'une des infractions entraînant retrait de points a été relevée à son encontre, il est informé des dispositions de l'article L. 223-2, de l'existence d'un traitement automatisé de ces points et de la possibilité pour lui d'exercer le droit d'accès conformément aux articles L. 225-1 à L. 225-9. / Lorsqu'il est fait application de la procédure de l'amende forfaitaire ou de la procédure de composition pénale, l'auteur de l'infraction est informé que le paiement de l'amende ou l'exécution de la composition pénale entraîne le retrait du nombre de points correspondant à l'infraction reprochée, dont la qualification est dûment portée à sa connaissance ; il est également informé de l'existence d'un traitement automatisé de ces points et de la possibilité pour lui d'exercer le droit d'accès () ". Aux termes de l'article R. 223-3 du même code : " I. - Lors de la constatation d'une infraction entraînant retrait de points, l'auteur de celle-ci est informé qu'il encourt un retrait de points si la réalité de l'infraction est établie dans les conditions définies à l'article L. 223-1. / II. - Il est informé également de l'existence d'un traitement automatisé des retraits et reconstitutions de points et de la possibilité pour lui d'accéder aux informations le concernant. Ces mentions figurent sur le document qui lui est remis ou adressé par le service verbalisateur. Le droit d'accès aux informations ci-dessus mentionnées s'exerce dans les conditions fixées par les articles L. 225-1 à L. 225-9. / III. - Lorsque le ministre de l'intérieur constate que la réalité d'une infraction entraînant retrait de points est établie dans les conditions prévues par le quatrième alinéa de l'article L. 223-1, il réduit en conséquence le nombre de points affecté au permis de conduire de l'auteur de cette infraction. () ".

3. L'information prévue par ces dispositions constitue une formalité substantielle dont l'accomplissement, qui est une garantie essentielle donnée à l'auteur de l'infraction pour lui permettre d'en contester la réalité et d'en mesurer les conséquences sur la validité de son permis, est une condition de la régularité de la procédure suivie et, partant, de la légalité du retrait de points. Il appartient à l'administration d'apporter la preuve, par tous moyens, qu'elle a satisfait à cette obligation.

S'agissant des infractions commises les 28 août 2015 et 19 juillet 2018 :

4. Lorsqu'il est établi que le titulaire du permis de conduire a payé l'amende forfaitaire prévue à l'article 529 du code de procédure pénale au titre d'une infraction constatée par un radar automatique, il découle de cette seule constatation qu'il a nécessairement reçu l'avis de contravention. Eu égard aux mentions dont cet avis doit être revêtu, la même constatation conduit également à regarder comme établi que l'administration s'est acquittée envers lui de son obligation de lui délivrer, préalablement au paiement de cette amende, les informations requises en vertu des dispositions des articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route, à moins que l'intéressé à qui il appartient à cette fin de produire l'avis qu'il a nécessairement reçu, ne démontre avoir été destinataire d'un avis inexact ou incomplet.

5. Il résulte de l'instruction, en particulier du relevé d'information intégral édité le 17 janvier 2022, que les infractions commises les 28 août 2015 et 19 juillet 2018 ont été relevées par radar automatique puis transmises au centre national de traitement du contrôle sanction automatisé (CNT-CSA) et que le requérant a payé les amendes forfaitaires relatives à ces infractions. Il suit de là que l'administration doit être regardée comme s'étant acquittée envers l'intéressé, lequel n'apporte aucun élément pour démontrer l'inexactitude ou l'incomplétude des avis d'amendes forfaitaires en cause, de son obligation d'information préalable.

S'agissant des infractions commises les 15 octobre 2015, 2 août 2020, 17 août 2020 et 17 mars 2021 :

6. Les dispositions portant application des articles R. 49-1 et R. 49-10 du code de procédure pénale, notamment celles des articles A. 37-15 à A. 37-18 de ce code issues de l'arrêté du 13 mai 2011 relatif aux formulaires utilisés pour la constatation et le paiement des contraventions soumises à la procédure de l'amende forfaitaire, prévoient que lorsqu'une contravention soumise à cette procédure est constatée par un procès-verbal dressé avec un appareil électronique sécurisé, sans que l'amende soit payée immédiatement entre les mains de l'agent verbalisateur, il est adressé au contrevenant un avis de contravention, qui comporte une information suffisante au regard des exigences des articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route, une notice de paiement qui comprend une carte de paiement et un formulaire de requête en exonération. Dès lors, le titulaire d'un permis de conduire à l'encontre duquel une infraction au code de la route est relevée au moyen d'un appareil électronique sécurisé et dont il est établi, notamment par la mention qui en est faite au système national des permis de conduire, qu'il a payé, à une date postérieure à celle de l'infraction, l'amende forfaitaire correspondant à celle-ci, a nécessairement reçu l'avis de contravention. Eu égard aux mentions dont cet avis est réputé être revêtu, l'administration doit être regardée comme s'étant acquittée envers le titulaire du permis de son obligation de lui délivrer les informations requises préalablement au paiement de l'amende, à moins que l'intéressé, à qui il appartient à cette fin de produire l'avis qu'il a nécessairement reçu, ne démontre s'être vu remettre un avis inexact ou incomplet.

7. Il résulte des mentions du relevé d'information intégral produit en défense que les infractions commises les 15 octobre 2015, 2 août 2020, 17 août 2020 et 17 mars 2021 ont été constatées par un procès-verbal électronique et ont donné lieu à l'émission de titres exécutoires d'amendes forfaitaires dont M. B s'est acquitté des montants. La mention du paiement des amendes forfaitaires établit la délivrance des informations exigées par la loi dès lors que le requérant n'a pu procéder à ces paiements qu'au moyen des documents nécessaires à cet effet, dont le modèle comporte l'ensemble des informations requises.

En ce qui concerne la motivation de la décision référencée 48 SI du 27 octobre 2021 :

8. Aux termes de l'article L. 223-1 du code de la route : " Le permis de conduire est affecté d'un nombre de points. Celui-ci est réduit de plein droit si le titulaire du permis a commis une infraction pour laquelle cette réduction est prévue. () Lorsque le nombre de points est nul, le permis perd sa validité. () ". En outre, lorsque la réalité de l'infraction a été établie par une condamnation devenue définitive prononcée par le juge pénal qui a statué sur tous les éléments de fait et de droit portés à sa connaissance et que l'auteur de l'infraction a ainsi pu la contester, l'omission de la formalité prévue par les dispositions de l'article R. 223-3 du code de la route est sans influence sur la régularité du retrait de points résultant de la condamnation.

9. Il résulte tant de la décision attaquée que du relevé d'information intégral édité le 17 janvier 2022 que la réalité de l'infraction relevée le 14 août 2019 à l'encontre de M. B est établie par une condamnation, devenue définitive, prononcée le 16 mars 2021, par le tribunal d'instance ou de police de La Rochelle. Si M. B soutient que la seule mention du caractère définitif de cette condamnation ne permet pas de l'établir, il ne démontre, ni même n'allègue avoir exercé un recours contre cette décision, et ne produit aucun élément de nature à remettre en cause le caractère probant de cette mention.

10. Il en résulte que M. B ne peut utilement se prévaloir du défaut de motivation de la décision référencée 48 SI du 27 octobre 2021, dès lors que le ministre de l'intérieur se trouvait en situation de compétence liée lorsqu'il a procédé à la fois au retrait des points de son titre de conduite et en a prononcé l'invalidité.

En ce qui concerne le moyen tiré de l'exception d'illégalité des décisions de retraits de points consécutives aux infractions constatées les 28 août 2015, 15 octobre 2015, 19 juillet 2018, 14 août 2019, 2 août 2020, 17 août 2020 et 17 mars 2021 :

11. L'illégalité de la décision référencée 48 SI du 27 octobre 2021 n'étant pas établie, le moyen tiré de ce que les décisions de retrait de points consécutifs aux infractions relevées les 28 août 2015, 15 octobre 2015, 19 juillet 2018, 14 août 2019, 2 août 2020, 17 août 2020 et 17 mars 2021 seraient, par voie de conséquence, illégales, ne peut qu'être écarté.

12. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions tendant à l'annulation de la décision référencée 48 SI du 27 octobre 2021 et des décisions portant retrait de points à la suite des infractions commises les 28 août 2015, 15 octobre 2015, 19 juillet 2018, 14 août 2019, 2 août 2020, 17 août 2020 et 17 mars 2021 doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, les conclusions à fin d'injonction, et celles présentées au titre des dispositions de l'article L. 761 1 du code de justice administrative

DECIDE :

Article 1 : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Rendu public par mise à disposition au greffe, le 20 mars 2023.

La magistrate désignée,

Signé

S. GIBSON-THERYLa greffière,

Signé

N. COLLET

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour le greffier en chef,

La greffière,

N. COLLET

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