LogoMeilleurAvocats.fr
AvocatsAssistant IABlogPrix
ConnexionDéposer ma demande

Vous avez un problème juridique ?

Décrivez votre situation en 2 minutes — un avocat spécialisé vous répond sous 24h.

Déposer ma demandeJe suis avocat
Logo MeilleurAvocats.frMeilleurAvocats.fr

Mise en relation avocat–client par l'IA. Gratuit pour les particuliers.

Particuliers

  • Déposer une demande
  • Trouver un avocat
  • Assistant IA gratuit
  • Bibliothèque juridique
  • Guides pratiques
  • Jurisprudence

Avocats

  • Pour les avocats
  • Espace avocat
  • Tarifs et formules
  • Recevoir des leads
  • Programme d'affiliation
  • Contact commercial

Spécialités

  • Droit général
  • Droit du travail
  • Droit de la sécurité sociale et de la protection sociale
  • Droit fiscal et droit douanier
  • Droit de la famille, des personnes et de leur patrimoine
  • Droit immobilier

Légal

  • Mentions légales
  • Confidentialité
  • CGU
  • Cookies
  • Contact

Newsletter juridique hebdomadaire

Décisions clés, évolutions législatives, conseils pratiques — chaque semaine.

© 2026 MeilleurAvocats.fr— KONSEIL SAS. Tous droits réservés.

Mentions légales|Confidentialité|Cookies

BOB★La messagerie française & cryptée pour des échanges confidentiels entre avocats et clients.

En savoir +TéléchargerBOB
AccueilJurisprudence administrativeN° TA86-2200029

Tribunal Administratif de Poitiers — Décision N° TA86-2200029

lundi 16 décembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Poitiers
SectionTribunal Administratif de Poitiers
N° DossierTA86-2200029
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation2ème chambre - JU
Avocat requérantSCPA GAND-PASCOT-PENOT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et de pièces enregistrées les 5 et 25 janvier 2022 ainsi qu'un mémoire enregistré le 25 mai 2023, M. B A, représenté par Me Gand, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler la décision du 3 août 2021 par laquelle la caisse d'allocations familiales de la Vienne lui a notifié un indu de prime d'activité et d'allocation de logement sociale, ensemble les décisions du 28 octobre 2021 par laquelle la présidente de la commission de recours amiable a rejeté son recours dirigé contre l'indu de prime d'activité et du 8 novembre 2021 par laquelle la directrice de la caisse d'allocations familiales de la Vienne a rejeté son recours administratif dirigé contre l'indu d'allocation de logement sociale, ;

2°) d'enjoindre à la caisse d'allocations familiales de la Vienne de lui restituer les sommes retenues dans un délai de trente jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 250 euros par jour de retard ou, à titre subsidiaire, de réexaminer son dossier dans les mêmes conditions de délai et d'astreinte ;

3°) de mettre à la charge de la caisse d'allocations familiales de la Vienne la somme de 1 200 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- les décisions en litige ont été signées par une autorité incompétente ;

- elles sont insuffisamment motivées ;

- elle sont entachées d'erreurs d'appréciation en ce qui concerne sa résidence hors de France, sa vie maritale et ses ressources.

Par un mémoire en défense enregistré le 4 mai 2023, la caisse d'allocations familiales de la Vienne, représentée par la SCP BCJ, conclut au rejet de la requête et à ce que la somme de 1 000 euros soit mise à la charge du requérant en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que :

- s'agissant de la prime d'activité, la décision du 28 octobre 2021 de la commission de recours amiable s'étant substituée à la décision du 3 août 2021, les conclusions tendant à l'annulation de cette décision doivent être regardées comme dirigées contre la décision du 28 octobre 2021 ;

- les moyens tirés de l'irrégularité formelle de la décision du 3 août 2021 sont inopérants ;

- les moyens dirigés contre la décision de la commission de recours amiable ne sont pas fondés ;

- s'agissant de l'allocation de logement, la décision du 8 novembre 2021 de la directrice de la caisse d'allocations familiales s'étant substituée à la décision du 3 août 2021, les conclusions tendant à l'annulation de cette décision doivent être regardées comme dirigées contre la décision du 8 novembre 2021 ;

- les moyens tirés de l'irrégularité formelle de la décision du 3 août 2021 sont inopérants ;

- les moyens dirigés contre la décision de la caisse d'allocations familiales ne sont pas fondés.

M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 14 janvier 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'action sociale et des familles ;

- le code de la construction et de l'habitation ;

- le code de la sécurité sociale ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Dumont, première conseillère, pour statuer sur les litiges relevant de l'article R. 222-13 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapporteur public a été dispensé, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Dumont,

- et les observations de Me Carré, représentant la caisse d'allocations familiales de la Vienne.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience, en application de l'article R. 772-9 du code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, bénéficiaire, en tant que célibataire, de la prime d'activité et de l'allocation de logement sociale, a fait l'objet d'une procédure de contrôle à l'issue de laquelle un rapport établi le 21 mai 2021 a conclu à l'existence de fausses déclarations s'agissant de sa situation familiale et d'absences du territoire français d'une durée supérieure à trois mois et à une absence de déclaration de ses salaires sur certaines périodes. Par un courrier du 3 août 2021, la caisse d'allocations familiales de la Vienne lui a notifié un indu de prime d'activité de 84,93 euros et un indu d'allocation de logement sociale de 5 742 euros. Par une réclamation reçue le 19 août 2021, M. A a contesté le bien-fondé de ces indus. Par une décision du 28 octobre 2021, la commission de recours amiable de la caisse d'allocations familiales de la Vienne a rejeté son recours en tant qu'il portait sur l'indu de prime d'activité. Par une décision du 8 novembre 2021, la directrice de la caisse d'allocations familiales de la Vienne a rejeté son recours en tant qu'il portait sur l'indu d'allocation de logement sociale. Par sa requête, M. A demande l'annulation de l'ensemble de ces décisions.

Sur les conclusions à fin d'annulation de la décision du 3 août 2021 notifiant un indu de prime d'activité, ensemble la décision du 28 octobre 2021 rejetant le recours administratif préalable obligatoire exercé contre cette décision :

En ce qui concerne la décision du 3 août 2021 :

2. Aux termes de l'article L. 843-1 du code de la sécurité sociale : " La prime d'activité est attribuée, servie et contrôlée, pour le compte de l'Etat, par les caisses d'allocations familiales et par les caisses de mutualité sociale agricole pour leurs ressortissants ". Aux termes de l'article L. 845-2 de ce code : " Toute réclamation dirigée contre une décision relative à la prime d'activité prise par l'un des organismes mentionnés à l'article L. 843-1 fait l'objet, préalablement à l'exercice d'un recours contentieux, d'un recours auprès de la commission de recours amiable, composée et constituée au sein du conseil d'administration de cet organisme et qui connaît des réclamations relevant de l'article L. 142-1. / Les recours contentieux relatifs aux décisions mentionnées au premier alinéa du présent article sont portés devant la juridiction administrative. () ". L'article R. 847-2 de ce code précise les conditions, notamment de délai, dans lesquelles s'exerce le recours préalable mentionné à l'article L. 845-2. Enfin, l'article L. 412-7 du code des relations entre le public et l'administration dispose que : " La décision prise à la suite d'un recours administratif préalable obligatoire se substitue à la décision initiale ".

3 . Il résulte de ces dispositions que, lorsque le bénéficiaire de la prime d'activité s'est vu notifier une décision de récupération de sommes indûment perçues au titre de cette prestation et qu'il entend contester en tout ou partie le caractère indu des montants correspondants, il lui appartient de saisir préalablement la commission de recours amiable de l'organisme qui lui sert cette allocation, dans les conditions prévues à l'article R. 847-2 du code de la sécurité sociale. Il peut utilement contester devant le juge administratif tant la régularité que le bien-fondé de la décision prise à la suite de ce recours administratif préalable obligatoire par la commission de recours amiable, qui se substitue à la décision initiale de récupération de l'indu et est, par suite, seule susceptible d'être déférée au juge compétent.

4. La décision du 28 octobre 2021 par laquelle la commission de recours amiable de la caisse d'allocations familiales de la Vienne a confirmé la récupération de l'indu de prime d'activité s'est substituée à la décision de la caisse d'allocations familiales du 3 août 2021. Par suite, les conclusions de la requête tendant à l'annulation de cette décision doivent être regardées comme dirigés contre la décision du 28 octobre 2021.

En ce qui concerne l'indu de prime d'activité :

5. Lorsque le recours dont il est saisi est dirigé contre une décision qui, remettant en cause des paiements déjà effectués, ordonne la récupération d'un indu de prime d'activité, il entre dans l'office du juge d'apprécier, au regard de l'argumentation du requérant, le cas échéant, de celle développée par le défendeur et, enfin, des moyens d'ordre public, en tenant compte de l'ensemble des circonstances de fait qui résultent de l'instruction, la régularité comme le bien-fondé de la décision de récupération d'indu. Il lui appartient, s'il y a lieu, d'annuler ou de réformer la décision ainsi attaquée, pour le motif qui lui paraît, compte tenu des éléments qui lui sont soumis, le mieux à même, dans l'exercice de son office, de régler le litige.

6. En premier lieu, d'une part, si l'exercice d'un recours administratif préalable obligatoire a pour but de permettre à l'autorité administrative, dans la limite de ses compétences, de remédier aux illégalités dont pourrait être entachée la décision initiale, sans attendre l'intervention du juge, la décision prise sur le recours demeure soumise elle-même au principe de légalité. Pour autant, il est impossible d'invoquer utilement des moyens tirés du vice d'incompétence ou du défaut de motivation de la décision initiale, qui sont en tout état de cause propres à cette dernière et ont nécessairement disparu avec elle.

7. Il résulte de ce qui précède que, la décision du 28 octobre 2021 par laquelle la présidente de la commission de recours amiable de la caisse d'allocations familiales de la Vienne a rejeté le recours administratif préalable obligatoire exercé à l'encontre de la décision du 3 août 2021 lui notifiant un indu de prime d'activité s'étant substituée à cette décision, M. A ne peut utilement invoquer les moyens tirés de ce que la décision du 3 août 2021 est entaché d'incompétence et est insuffisamment motivée.

8. D'autre part, il résulte de l'instruction que la décision du 28 octobre 2021 a été signée par Mme Sophie Turquois, présidente de la commission de recours amiable de la caisse d'allocations familiales de la Vienne et qu'elle comporte les considérations de fait et de droit en constituant le fondement et est ainsi suffisamment motivée. Les moyens tirés de l'incompétence de l'auteur de cette décision et de son insuffisante motivation doivent en conséquence être écartés.

9. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 842-1 du code de la sécurité sociale : " Toute personne résidant en France de manière stable et effective qui perçoit des revenus tirés d'une activité professionnelle a droit à une prime d'activité, dans les conditions définies au présent titre. ". Aux termes de l'article L. 843-1 du même code : " La prime d'activité est attribuée, servie et contrôlée, pour le compte de l'Etat, par les caisses d'allocations familiales et par les caisses de mutualité sociale agricole pour leurs ressortissants. ". Aux termes de l'article L. 842-7 du même code : " () Est considérée comme isolée une personne veuve, divorcée, séparée ou célibataire, qui ne vit pas en couple de manière notoire et permanente et qui, notamment, ne met pas en commun avec un conjoint, concubin ou partenaire lié par un pacte civil de solidarité ses ressources et ses charges. Lorsque l'un des membres du couple réside à l'étranger, n'est pas considéré comme isolé celui qui réside en France. ". Aux termes de l'article R. 846-5 du même code : " Le bénéficiaire de la prime d'activité est tenu de faire connaître à l'organisme chargé du service de la prestation toutes informations nécessaires à l'établissement et au calcul des droits, relatives à sa résidence, à sa situation de famille, aux activités, aux ressources et aux biens des membres du foyer. Il doit faire connaître à cet organisme tout changement intervenu dans l'un ou l'autre de ces éléments. ". Aux termes de l'article R. 842-3 du même code : " Le foyer mentionné au 1° de l'article L. 842-3 est composé : / 1° Du bénéficiaire ; / 2° De son conjoint, concubin, ou partenaire lié par un pacte civil de solidarité () ".

10. Il résulte de ces dispositions que, bien que l'épouse du requérant, avec laquelle il est marié depuis 2020, ne réside pas en France, la caisse d'allocations familiales était fondée à l'inclure dans son foyer pour le calcul de son droit à la prime d'activité.

11. En troisième lieu, aux termes de l'article R. 842-1 du code de la sécurité sociale : " Pour l'application de l'article L. 842-1, est considérée comme résidant en France de manière stable et effective la personne qui y réside de façon permanente ou qui accomplit hors de France un ou plusieurs séjours dont la durée de date à date ou la durée totale par année civile n'excède pas trois mois. Les séjours hors de France qui résultent des contrats mentionnés aux articles L. 262-34 ou L. 262-35 du code de l'action sociale et des familles ou du projet personnalisé d'accès à l'emploi mentionné à l'article L. 5411-6-1 du code du travail ne sont pas pris en compte dans le calcul de cette durée ".

12. Il résulte de l'instruction, en particulier le rapport d'enquête établi le 21 mai 2021, que M. A a résidé au Maroc du 13 février au 2 mars 2019, du 14 avril au 8 juin 2019, du 10 juillet au 7 septembre 2019, du 5 au 22 octobre 2019, du 14 décembre 2019 au 1er février 2020, du 18 février 2020 au 6 février 2021 ainsi que du 3 mars 2021 au 8 mai 2021. En se bornant à soutenir que son absence de France pendant une année de février 2020 à février 2021 était due à un cas de force majeure résultant de la fermeture des frontières liée à la crise sanitaire ainsi qu'à la maladie de son père, M. A, qui ne conteste pas qu'il résidait au Maroc et ne produit aucune pièces de nature à établir qu'il aurait été empêché de rentrer en France par les décisions de confinement, l'absence de transports ou tout autre élément, n'établit pas qu'il se trouvait dans une situation imprévisible, extérieure et irrésistible le plaçant dans l'impossibilité de satisfaire à la condition de résidence sur le territoire français. En tout état de cause, la condition de résidence en France s'apprécie objectivement et le requérant n'établit ni même n'allègue qu'il a cherché à informer la caisse d'allocations familiales de la Vienne de son séjour à l'étranger alors qu'il ne pouvait ignorer qu'il continuait à percevoir indûment la prime d'activité pendant une année.

13. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 842-4 du code de la sécurité sociale : " Les ressources mentionnées à l'article L. 842-3 prises en compte pour le calcul de la prime d'activité sont : / 1° Les ressources ayant le caractère de revenus professionnels ou qui en tiennent lieu ; / 2° Les revenus de remplacement des revenus professionnels ; /3° L'avantage en nature que constitue la disposition d'un logement à titre gratuit, déterminé de manière forfaitaire ; /4° Les prestations et les aides sociales, à l'exception de certaines d'entre elles en raison de leur finalité sociale particulière ; / 5° Les autres revenus soumis à l'impôt sur le revenu. "

14. Il résulte de l'instruction, notamment du rapport établi le 21 mai 2021 par un agent assermenté de la caisse d'allocations familiales de la Vienne, que M. A n'a pas déclaré les salaires perçus en décembre 2018 et janvier 2019. S'il soutient avoir déclaré le salaire perçu au titre d'une mission d'intérim effectuée entre le 1er et le 12 décembre 2018 et produit une attestation de l'agence d'intérim indiquant qu'il n'a pas eu d'autres missions en décembre 2018 et en janvier 2019, cette attestation ne permet pas à elle seule d'établir qu'il n'a exercé pendant cette période aucune activité professionnelle, alors au demeurant que les ressources réintégrées par la caisse d'allocations familiales résulte de la consultation par cette dernière des avis d'imposition de M. A. Dans ces conditions, il n'est pas fondé à soutenir que la commission de recours amiable a commis une erreur d'appréciation en considérant qu'il n'avait pas déclaré la totalité de ses ressources.

15. Il résulte de ce qui précède que le moyen tiré de l'erreur d'appréciation commise par la caisse d'allocations familiales en ce qui concerne sa résidence hors de France, sa vie maritale et ses ressources doit être écarté.

Sur les conclusions à fin d'annulation de la décision du 3 août 2021 notifiant un indu d'allocation de logement à caractère social, ensemble la décision du 8 novembre 2021 rejetant le recours administratif exercé contre cette décision :

En ce qui concerne la décision du 3 août 2021 :

16. Aux termes de l'article L. 825-2 du code de la construction et de l'habitation : " Les contestations des décisions prises en matière d'aides personnelles au logement et de primes de déménagement par les organismes payeurs doivent faire l'objet d'un recours administratif préalable devant l'organisme payeur qui en est l'auteur, selon des modalités fixées par voie réglementaire. " Aux termes de l'article R. 825-1 du même : " L'introduction d'un recours contentieux dirigé contre des décisions prises par un organisme payeur en matière d'aides personnelles au logement et de primes de déménagement est subordonnée à l'exercice préalable d'un recours administratif auprès de la commission de recours amiable prévue à l'article R. 142-1 du code de la sécurité sociale constituée auprès du conseil d'administration de l'organisme auteur de la décision contestée. / Ce recours administratif est régi par les dispositions des chapitres I et II du titre I du livre IV du code des relations entre le public et l'administration. La procédure définie par les articles R. 142-1 et R. 142-6 du code de la sécurité sociale lui est applicable ". Aux termes de l'article L. 412-7 du code des relations entre le public et l'administration : " La décision prise à la suite d'un recours administratif préalable obligatoire se substitue à la décision initiale ".

17. Il résulte de ces dispositions que, lorsque le bénéficiaire de l'allocation personnalisée au logement s'est vu notifier une décision de récupération de sommes indûment perçues au titre de cette prestation et qu'il entend contester en tout ou partie le caractère indu des montants correspondants, il lui appartient de saisir préalablement la commission de recours amiable de l'organisme qui lui sert cette allocation. Il peut utilement contester devant le juge administratif tant la régularité que le bien-fondé de la décision prise à la suite de ce recours administratif préalable obligatoire par la commission de recours amiable, qui se substitue à la décision initiale de récupération de l'indu et est, par suite, seule susceptible d'être déférée au juge compétent.

18. La décision du 8 novembre 2021 par laquelle la directrice de la caisse d'allocations familiales de la Vienne, après avis de la commission de recours amiable, a confirmé la récupération de l'indu d'allocation de logement sociale s'est substituée à la décision de la caisse d'allocations familiales du 3 août 2021. Par suite, les conclusions de la requête tendant à l'annulation de cette décision doivent être regardées comme dirigées contre la décision du 8 novembre 2021.

En ce qui concerne la décision du 8 novembre 2021 :

19. Lorsque le recours dont il est saisi est dirigé contre une décision qui, remettant en cause des paiements déjà effectués, ordonne la récupération d'un indu de prestation sociale, il entre dans l'office du juge d'apprécier, au regard de l'argumentation du requérant, le cas échéant, de celle développée par le défendeur et, enfin, des moyens d'ordre public, en tenant compte de l'ensemble des circonstances de fait qui résultent de l'instruction, la régularité comme le bien-fondé de la décision de récupération d'indu. Il lui appartient, s'il y a lieu, d'annuler ou de réformer la décision ainsi attaquée, pour le motif qui lui paraît, compte tenu des éléments qui lui sont soumis, le mieux à même, dans l'exercice de son office, de régler le litige.

20. En premier lieu, d'une part, si l'exercice d'un recours administratif préalable obligatoire a pour but de permettre à l'autorité administrative, dans la limite de ses compétences, de remédier aux illégalités dont pourrait être entachée la décision initiale, sans attendre l'intervention du juge, la décision prise sur le recours demeure soumise elle-même au principe de légalité. Pour autant, il est impossible d'invoquer utilement des moyens tirés du vice d'incompétence ou du défaut de motivation de la décision initiale, qui sont en tout état de cause propres à cette dernière et ont nécessairement disparu avec elle.

21. Il résulte de ce qui précède que, la décision du 8 novembre 2021 par laquelle la directrice de la caisse d'allocations familiales de la Vienne a rejeté le recours administratif préalable obligatoire exercé à l'encontre de la décision du 3 août 2021 lui notifiant un indu d'allocation logement sociale s'étant substituée à cette décision, M. A ne peut utilement invoquer les moyens tirés de ce que la décision du 3 août est entachée d'incompétence et est insuffisamment motivée.

22. D'autre part, il résulte de l'instruction que la décision du 8 novembre 2021, qui a été signée par Mme C, laquelle disposait d'une délégation de la directrice de la caisse d'allocations familiales de la Vienne en date du 29 avril 2019, comporte les considérations de fait et de droit en constituant le fondement et est ainsi suffisamment motivée. Les moyens tirés de l'incompétence de la signataire et du défaut de motivation seront en conséquence écartés.

23. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 821-1 du code de la construction et de l'habitation : " Les aides personnelles au logement () sont régies par le présent livre. / Les aides personnelles au logement comprennent : 1° L'aide personnalisée au logement ; 2° Les allocations de logement : a) L'allocation de logement familiale ; b) L'allocation de logement sociale ". Aux termes de l'article L. 823-1 du code de la construction et de l'habitation, " Le montant des aides personnelles au logement est calculé en fonction d'un barème défini par voie réglementaire. / Ce barème est établi en prenant en considération : / 1° La situation de famille du demandeur et le nombre de personnes à charge vivant habituellement au foyer ; / 2° Ses ressources et la valeur en capital de son patrimoine et, s'il y a lieu, de son conjoint () ". Aux termes de l'article R. 822-2 du même code : " Les ressources prises en compte pour le calcul de l'aide personnelle au logement sont celles perçues par le bénéficiaire, son conjoint et les personnes vivant habituellement au foyer ". Et aux termes de l'article R. 822-23 du code de la construction et de l'habitation : " Est considéré comme résidence principale, pour l'application du premier alinéa du II de l'article L. 822-2, le logement effectivement occupé soit par le bénéficiaire de l'aide personnelle au logement, soit par son conjoint, soit par une des personnes à charge au sens de l'article R. 823-4, au moins huit mois par an, sauf obligation professionnelle, raison de santé ou cas de force majeure ".

24. Pour les mêmes motifs que ceux mentionnés aux points 10, 12 et 14 du présent jugement, le requérant n'est pas fondé à soutenir que la caisse d'allocations familiales de la Vienne a entaché sa décision d'une erreur d'appréciation en considérant, d'une part, qu'il n'était plus isolé mais marié, d'autre part, qu'il n'avait pas établi sa résidence principale en France pendant plusieurs mois, enfin, qu'il n'avait pas déclaré la totalité de ses ressources.

25. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. A doivent être rejetées.

Sur les conclusions à fin de restitution des sommes prélevées :

26. Les conclusions à fin d'annulation étant rejetées par le présent jugement, les conclusions du requérant tendant à la restitution des sommes éventuellement prélevées au titre des indus des prestations litigieuses doivent être également rejetées.

Sur les frais liés au litige :

27. La caisse d'allocations familiales de la Vienne n'étant pas la partie perdante dans la présente instance, les conclusions présentées par le requérant en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 ne peuvent qu'être rejetées.

28. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de mettre à la charge du requérant la somme que la caisse d'allocations familiales de la Vienne demande au titre des frais qu'elle a exposés dans le cadre de la présente instance.

D É C I D E :

Article 1 : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Les conclusions présentées par la caisse d'allocations familiales de la Vienne sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B A, au ministre des solidarités, de l'autonomie et de l'égalité entre les femmes et les hommes et à la caisse d'allocations familiales de la Vienne.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 16 décembre 2024.

La magistrate désignée,

signé

G. DUMONT La greffière,

signé

D. GERVIER

La République mande et ordonne au ministre des solidarités, de l'autonomie et de l'égalité entre les femmes et les hommes et à la ministre du logement et de la rénovation urbaine en ce qui les concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui les concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier en chef,

signé

S. GAGNAIRE

Décisions similaires

TA13Plein contentieux

Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110

Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.

01/06/2026

TA13Plein contentieux

Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580

Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.

01/06/2026

TA14Plein contentieux

Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609

Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.

01/06/2026

TA25Plein contentieux

Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163

Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.

01/06/2026

← Retour aux décisions