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AccueilJurisprudence administrativeN° TA86-2200067

Tribunal Administratif de Poitiers — Décision N° TA86-2200067

jeudi 18 avril 2024

JuridictionTribunal Administratif de Poitiers
SectionTribunal Administratif de Poitiers
N° DossierTA86-2200067
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
Formation3ème chambre
Avocat requérantROBISCH

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire complémentaire, enregistrés les 10 janvier 2022 et 19 juillet 2023, M. C A, représenté par Me Robisch, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 8 mars 2021 par laquelle le chef du centre d'incendie et de secours de Ruffec l'a suspendu de toute activité opérationnelle pendant un mois et lui a interdit, au cours de l'année 2021, de suivre des formations autres que celles nécessaires au maintien de ses acquis ;

2°) de condamner le SDIS de la Charente à lui verser une somme de 300 euros au titre de son préjudice financier et une somme de 1 000 euros au titre de son préjudice moral ;

3°) de mettre à la charge du SDIS de la Charente une somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761 du code de justice administrative.

Il soutient que :

-la décision est entachée d'un défaut de motivation ;

-elle est entachée d'un vice de procédure en l'absence de saisine du conseil de discipline ;

-M. A n'a pas été mis à même de consulter son dossier individuel préalablement à l'éduction de la décision en litige ;

-la matérialité des faits n'est pas établie

-l'autorité de gestion n'a pas le pouvoir de prononcer une suspension de formation à titre de sanction.

Par un mémoire en défense enregistré le 10 août 2022, le SDIS de la Charente conclut au rejet de la requête.

Il soutient que :

-la requête est irrecevable du fait de sa tardiveté ;

-à titre subsidiaire, le préjudice financier devra être réduit à 135,78 euros et le préjudice moral n'est pas établi.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de la sécurité intérieure ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Thévenet-Bréchot,

- les conclusions de Mme Bréjeon, rapporteure publique,

- et les observations du commandant B, représentant le SDIS de la Charente.

Considérant ce qui suit :

1. M. A est sapeur-pompier volontaire sein du SDIS de la Charente et affecté au centre de secours de Ruffec (Charente). Par la présente requête, il demande au tribunal d'annuler la décision du 8 mars 2021 par laquelle le chef du centre d'incendie et de secours de Ruffec l'a suspendu de toute activité opérationnelle pendant un mois et lui a interdit, au cours de l'année 2021, de suivre des formations autres que celles nécessaires au maintien de ses acquis. Il demande également au tribunal de condamner le SDIS de la Charente à lui verser une somme de 300 euros au titre de son préjudice financier et une somme de 1 000 euros au titre de son préjudice moral.

Sur la fin de non-recevoir :

2. Le SDIS de la Charente soutient que M. A a eu connaissance de la décision de suspension d'un mois de toute activité opérationnelle dès début novembre 2020, au cours d'un entretien avec son supérieur hiérarchique et que la décision écrite du 8 mars 2021 n'est que confirmative. Il fait valoir que l'intéressé a d'ailleurs été retiré du système informatisé d'alerte jusqu'au 30 novembre 2020. Toutefois, la décision du 8 mars 2021 ne peut être regardée comme ayant un caractère confirmatif, dès lors d'une part que, si elle porte également suspension de toute activité opérationnelle pour une durée d'un mois, elle ne se réfère pas explicitement au mois de novembre 2020 et dès lors d'autre part et en tout état de cause, qu'il ne s'agit pas d'une décision de refus prise sur demande de l'intéressé, seule susceptible de donner lieu, en l'absence de circonstance de droit ou de fait nouvelle, à une décision confirmative.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

3. En premier lieu, aux termes de l'article R. 723-38 du code de la sécurité intérieure dans sa version applicable au litige : " L'autorité de gestion peut, après un entretien hiérarchique préalable avec l'intéressé et sans avis du conseil de discipline départemental mentionné à l'article R. 723-77, prononcer, par décision motivée, contre tout sapeur-pompier volontaire, l'exclusion temporaire de fonctions pour un mois au maximum. ". Aux termes de l'article R. 723-39 du même code : " L'autorité de gestion peut suspendre de ses fonctions le sapeur-pompier volontaire auteur d'une faute grave, qu'il s'agisse d'un manquement à ses obligations de sapeur-pompier volontaire ou d'une infraction de droit commun. Elle doit saisir sans délai le conseil de discipline mentionné à l'article R. 723-77. La suspension cesse de plein droit lorsque la décision disciplinaire a été rendue. La durée de cette suspension ne peut excéder quatre mois. / Si, à l'expiration de ce délai, aucune décision n'a été prise par l'autorité de gestion, l'intéressé, sauf s'il est l'objet de poursuites pénales, est rétabli dans ses fonctions. ".

4. Il ressort des pièces du dossier que la décision litigieuse doit être regardée comme une décision d'exclusion temporaire de fonctions prise sur le fondement de l'article R. 723-38 du code de la sécurité intérieure, et non comme une décision de suspension pour faute grave régie par les dispositions de l'article R. 723-39 du même code. Par suite, contrairement à ce que soutient le requérant, l'autorité de gestion n'avait pas l'obligation de saisir le conseil de discipline.

5. En deuxième lieu, il ressort des pièces du dossier que, lors d'une intervention de secours à personne qui a eu lieu le 3 octobre 2020, M. A a adopté une attitude et des propos inadaptés, blessants et discriminants à l'égard de l'un de ses collègues. Il ressort en particulier d'une lettre écrite par le requérant à l'adresse de son capitaine le 9 mars 2021 que l'intéressé reconnait avoir " mal agi " et avoir commis des " erreurs ". Par suite, contrairement à ce que soutient le requérant, la matérialité des faits doit être regardée comme établie.

6. En revanche et en troisième lieu, aux termes des dispositions de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent (). / A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : () / 2° Infligent une sanction ; () ". L'article L. 211-5 du même code dispose que : " La motivation () doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision ".

7. Il ressort des pièces du dossier que la décision contestée ne vise pas les textes sur lesquels elles se fonde, de sorte que celle-ci se trouve dépourvue d'une motivation en droit. Par suite, le moyen tiré d'un défaut de motivation en droit doit être accueilli.

8. En quatrième lieu, aux termes de l'article R. 723-42 du code de la sécurité intérieure : " Le sapeur-pompier à l'encontre duquel une procédure disciplinaire est engagée a droit à communication de l'intégralité de son dossier individuel et de tous les documents annexes. / L'autorité de gestion doit informer le sapeur-pompier volontaire de son droit à communication de son dossier. () ".

9. Il ne ressort pas des pièces du dossier que le requérant aurait été informé de son droit à communication de son dossier préalablement à la suspension dont il a fait l'objet. Il a dès lors été privé d'une garantie substantielle. Par suite, la décision en litige est entachée d'un vice de procédure.

10. En cinquième lieu, l'interdiction de suivre des formations autres que celles nécessaires au maintien des acquis ne figure pas dans la liste des sanctions pouvant être appliquées à un sapeur-pompier volontaire, limitativement énumérées aux articles R. 723-35 à R. 723-44 du code de la sécurité intérieure.

11. Il résulte de ce qui précède que la décision du 8 mars 2021 par laquelle le SDIS de la Charente a suspendu M. A de toute activité opérationnelle pendant un mois et lui a interdit, au cours de l'année 2021, de suivre des formations autres que celles nécessaires au maintien de ses acquis doit être annulée.

Sur les conclusions indemnitaires :

12. Si l'intervention d'une décision illégale peut constituer une faute susceptible d'engager la responsabilité de la collectivité publique, elle ne saurait donner lieu à réparation si, dans le cas d'une procédure régulière et d'une motivation suffisante, la même décision aurait pu légalement être prise.

13. Il résulte de ce qui a été dit aux points 6 à 9 que la décision d'exclusion temporaire de fonctions en litige est entachée d'un vice de procédure et d'un défaut de motivation en droit. Toutefois, au regard des faits matériellement établis, qui sont contraires aux obligations déontologiques applicables à tout sapeur-pompier volontaire ou professionnel, la même décision aurait pu légalement être prise. Par suite, M. A ne peut prétendre à l'indemnisation d'aucun préjudice à ce titre et ses conclusions indemnitaires doivent être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

14. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge du SDIS de la Charente une somme de 1 000 euros à verser à M. A au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

DECIDE :

Article 1er : La décision du SDIS de la Charente du 8 mars 2021 est annulée.

Article 2 : Les conclusions indemnitaires de la requête de M. A sont rejetées.

Article 3 : Le SDIS de la Charente versera à M. A une somme de 1 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. C A et au SDIS de la Charente.

Délibéré après l'audience du 28 mars 2024, à laquelle siégeaient :

M. Cristille, président,

Mme Thèvenet-Bréchot, première conseillère,

Mme Duval-Tadeusz, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe, le 18 avril 2024.

La rapporteure,

Signé

A. THEVENET-BRECHOTLe président,

Signé

P. CRISTILLE

La greffière,

Signé

N. COLLET

La République mande et ordonne au préfet de la Charente en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour le greffier en chef,

La greffière,

N. COLLET

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