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AccueilJurisprudence administrativeN° TA86-2200087

Tribunal Administratif de Poitiers — Décision N° TA86-2200087

lundi 20 mars 2023

JuridictionTribunal Administratif de Poitiers
SectionTribunal Administratif de Poitiers
N° DossierTA86-2200087
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
Formation3ème chambre - JU
Avocat requérantDE CAUMONT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 11 janvier 2022, M. B A, représenté par le Cabinet de Caumont, demande au tribunal :

1°) d'annuler les décisions par lesquelles le ministre de l'intérieur a procédé à des retraits de points à la suite des infractions commises les 5 septembre 2019, 4 décembre 2019 à 14h14, 4 décembre 2019 à 17h19, 14 mars 2020 et 1er novembre 2021, ainsi que la décision référencée 48 SI du 20 novembre 2021 par laquelle le ministre de l'intérieur a constaté l'invalidité de son permis de conduire en raison d'un solde de points nul ;

2°) d'enjoindre au ministre de l'intérieur et des outre-mer de lui restituer les points illégalement retirés et de rétablir le capital de son permis de conduire dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- les retraits de points en litige sont intervenus à l'issue d'une procédure irrégulière dès lors qu'il n'a pas bénéficié d'une information préalable dans le cadre des infractions relevées les 5 septembre 2019, 4 décembre 2019 à 14h14, 4 décembre 2019 à 17h19, 14 mars 2020 et 1er novembre 2021 ;

- la décision référencée 48 SI du 20 novembre 2021 est illégale en conséquence de l'illégalité des décisions de retraits de points consécutives aux infractions constatées les 5 septembre 2019, 4 décembre 2019 à 14h14, 4 décembre 2019 à 17h19, 14 mars 2020 et 1er novembre 2021.

Par un mémoire en défense, enregistré le 31 janvier 2022, le ministre de l'intérieur conclut au non-lieu à statuer sur la requête, en tant qu'elle tend à l'annulation de la décision référencée 48 SI invalidant le permis de conduire de M. A pour solde de points nul, et au rejet du surplus des conclusions de la requête.

Il soutient que :

- les conclusions tendant à l'annulation de la décision référencée 48 SI sont devenues sans objet dès lors que, à la suite de la transmission par les services préfectoraux d'une attestation de suivi d'un stage de sensibilisation à la sécurité routière accompli les 5 et 6 novembre 2021, le solde de points du permis de conduire du requérant est redevenu positif ;

- les moyens soulevés à l'encontre des décisions restant en litige ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de procédure pénale ;

- le code de la route ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le président du tribunal a désigné Mme C pour statuer en application de l'article R. 222-13 du code de justice administrative.

En application de l'article R. 732-1-1 du code de justice administrative, la magistrate statuant seule a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Le rapport de Mme C a été entendu au cours de l'audience publique, les parties n'étant ni présentes ni représentées.

Considérant ce qui suit :

1. M. B A demande au tribunal d'annuler les décisions par lesquelles le ministre de l'intérieur a procédé à des retraits de points à la suite des infractions commises les 5 septembre 2019, 4 décembre 2019 à 14h14, 4 décembre 2019 à 17h19, 14 mars 2020 et 1er novembre 2021, ainsi que la décision référencée 48 SI du 20 novembre 2021 par laquelle le ministre de l'intérieur a constaté l'invalidité de son permis de conduire en raison d'un solde de points nul et lui a enjoint de le restituer aux services préfectoraux de son lieu de résidence dans un délai de dix jours à compter de sa notification.

Sur l'exception de non-lieu à statuer :

1. Il résulte tant des écritures du ministre de l'intérieur que du relevé d'information intégral édité le 28 janvier 2022 que la mention relative à la décision référencée 48 SI du 20 novembre 2021 a été supprimée du dossier de l'intéressé, et que son permis de conduire dispose d'un solde positif de quatre points à la date d'édition du relevé. Ainsi, le ministre de l'intérieur doit être regardé comme ayant retiré cette décision. Par suite, les conclusions par lesquelles M. A demande l'annulation de la décision référencée 48 SI sont, ainsi que le soutient le ministre de l'intérieur, devenues sans objet. Il n'y a donc pas lieu d'y statuer.

Sur les conclusions à fin d'annulation restant en litige :

2. Aux termes de l'article L. 223-3 du code de la route : " Lorsque l'intéressé est avisé qu'une des infractions entraînant retrait de points a été relevée à son encontre, il est informé des dispositions de l'article L. 223-2, de l'existence d'un traitement automatisé de ces points et de la possibilité pour lui d'exercer le droit d'accès conformément aux articles L. 225-1 à L. 225-9. / Lorsqu'il est fait application de la procédure de l'amende forfaitaire ou de la procédure de composition pénale, l'auteur de l'infraction est informé que le paiement de l'amende ou l'exécution de la composition pénale entraîne le retrait du nombre de points correspondant à l'infraction reprochée, dont la qualification est dûment portée à sa connaissance ; il est également informé de l'existence d'un traitement automatisé de ces points et de la possibilité pour lui d'exercer le droit d'accès () ". Aux termes de l'article R. 223-3 du même code : " I. - Lors de la constatation d'une infraction entraînant retrait de points, l'auteur de celle-ci est informé qu'il encourt un retrait de points si la réalité de l'infraction est établie dans les conditions définies à l'article L. 223-1. / II. - Il est informé également de l'existence d'un traitement automatisé des retraits et reconstitutions de points et de la possibilité pour lui d'accéder aux informations le concernant. Ces mentions figurent sur le document qui lui est remis ou adressé par le service verbalisateur. Le droit d'accès aux informations ci-dessus mentionnées s'exerce dans les conditions fixées par les articles L. 225-1 à L. 225-9. / III. - Lorsque le ministre de l'intérieur constate que la réalité d'une infraction entraînant retrait de points est établie dans les conditions prévues par le quatrième alinéa de l'article L. 223-1, il réduit en conséquence le nombre de points affecté au permis de conduire de l'auteur de cette infraction. () ".

3. L'information prévue par ces dispositions constitue une formalité substantielle dont l'accomplissement, qui est une garantie essentielle donnée à l'auteur de l'infraction pour lui permettre d'en contester la réalité et d'en mesurer les conséquences sur la validité de son permis, est une condition de la régularité de la procédure suivie et, partant, de la légalité du retrait de points. Il appartient à l'administration d'apporter la preuve, par tous moyens, qu'elle a satisfait à cette obligation.

S'agissant des infractions commises les5 septembre 2019, 4 décembre 2019 à 14h14, 4 décembre 2019 à 17h19 et 14 mars 2020 :

4. Lorsqu'il est établi que le titulaire du permis de conduire a payé l'amende forfaitaire prévue à l'article 529 du code de procédure pénale au titre d'une infraction constatée par un radar automatique, il découle de cette seule constatation qu'il a nécessairement reçu l'avis de contravention. Eu égard aux mentions dont cet avis doit être revêtu, la même constatation conduit également à regarder comme établi que l'administration s'est acquittée envers lui de son obligation de lui délivrer, préalablement au paiement de cette amende, les informations requises en vertu des dispositions des articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route, à moins que l'intéressé à qui il appartient à cette fin de produire l'avis qu'il a nécessairement reçu, ne démontre avoir été destinataire d'un avis inexact ou incomplet.

5. Il résulte de l'instruction, en particulier du relevé d'information intégral édité le 28 janvier 2022, que les infractions commises les 5 septembre 2019, 4 décembre 2019 à 14h14, 4 décembre 2019 à 17h19 et 14 mars 2020 ont été relevées par radar automatique puis transmises au centre national de traitement du contrôle sanction automatisé (CNT-CSA) et que le requérant a payé les amendes forfaitaires relatives à ces infractions. Il suit de là que l'administration doit être regardée comme s'étant acquittée envers l'intéressé, lequel n'apporte aucun élément pour démontrer l'inexactitude ou l'incomplétude des avis d'amendes forfaitaires en cause, de son obligation d'information préalable.

S'agissant de l'infraction commise le 1er novembre 2021 :

6. Les dispositions portant application des articles R. 49-1 et R. 49-10 du code de procédure pénale, notamment celles des articles A. 37-15 à A. 37-18 de ce code issues de l'arrêté du 13 mai 2011 relatif aux formulaires utilisés pour la constatation et le paiement des contraventions soumises à la procédure de l'amende forfaitaire, prévoient que lorsqu'une contravention soumise à cette procédure est constatée par un procès-verbal dressé avec un appareil électronique sécurisé, sans que l'amende soit payée immédiatement entre les mains de l'agent verbalisateur, il est adressé au contrevenant un avis de contravention, qui comporte une information suffisante au regard des exigences des articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route, une notice de paiement qui comprend une carte de paiement et un formulaire de requête en exonération. Dès lors, le titulaire d'un permis de conduire à l'encontre duquel une infraction au code de la route est relevée au moyen d'un appareil électronique sécurisé et dont il est établi, notamment par la mention qui en est faite au système national des permis de conduire, qu'il a payé, à une date postérieure à celle de l'infraction, l'amende forfaitaire correspondant à celle-ci, a nécessairement reçu l'avis de contravention. Eu égard aux mentions dont cet avis est réputé être revêtu, l'administration doit être regardée comme s'étant acquittée envers le titulaire du permis de son obligation de lui délivrer les informations requises préalablement au paiement de l'amende, à moins que l'intéressé, à qui il appartient à cette fin de produire l'avis qu'il a nécessairement reçu, ne démontre s'être vu remettre un avis inexact ou incomplet.

7. Il résulte des mentions du relevé d'information intégral produit en défense que l'infraction commise le 1er novembre 2021 a été constatée par un procès-verbal électronique et a donné lieu à l'émission d'un titre exécutoire d'amende forfaitaire dont M. A s'est acquitté du montant. La mention du paiement de l'amende forfaitaire établit la délivrance des informations exigées par la loi dès lors que le requérant n'a pu procéder à ce paiement qu'au moyen des documents nécessaires à cet effet, dont le modèle comporte l'ensemble des informations requises.

8. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions tendant à l'annulation des décisions portant retrait de points à la suite des infractions commises les 5 septembre 2019, 4 décembre 2019 à 14h14, 4 décembre 2019 à 17h19, 14 mars 2020 et 1er novembre 2021 doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, les conclusions à fin d'injonction, et celles présentées au titre des dispositions de l'article L. 761 1 du code de justice administrative.

DECIDE :

Article 1 : Il n'y a pas lieu de statuer sur les conclusions tendant à l'annulation de la décision référencée 48 SI du 20 novembre 2021.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de M. A est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Rendu public par mise à disposition au greffe, le 20 mars 2023.

La magistrate désignée,

Signé

S. GIBSON-THERYLa greffière,

Signé

N. COLLET

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour le greffier en chef,

La greffière,

N. COLLET

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