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AccueilJurisprudence administrativeN° TA86-2200134

Tribunal Administratif de Poitiers — Décision N° TA86-2200134

jeudi 18 avril 2024

JuridictionTribunal Administratif de Poitiers
SectionTribunal Administratif de Poitiers
N° DossierTA86-2200134
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
Formation3ème chambre
Avocat requérantSELARL OPTIMA AVOCATS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 13 janvier 2022 et le 2 mars 2023, M. B A, représenté par la SELARL optima avocats, demande au tribunal :

1°) de déclarer la commune de Niort responsable des conséquences dommageables de l'accident dont il a été victime le 8 juillet 2018 ;

2°) d'ordonner avant dire droit une expertise médicale afin d'évaluer les préjudices causés par l'accident ;

3°) de surseoir à statuer dans l'attente du rapport de l'expert ;

4°) de condamner la commune de Niort aux entiers dépens ;

5°) de mettre à la charge de la commune de Niort une somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la responsabilité de la commune de Niort est engagée à raison d'un défaut d'entretien normal de l'ouvrage public ;

- l'accident lui a causé une luxation du coude droit, et un handicap sévère de la prono-supination de la main droite ;

Par des mémoires en défense, enregistrés le 1er septembre 2022, le 12 avril 2023 et le 20 mars 2024, la commune de Niort conclut au rejet de la requête.

Elle soutient qu'aucun défaut d'entretien normal ne peut lui être reproché, et que la défectuosité de la chaussée à l'origine de l'accident de M. A était de celles qu'un cycliste peut raisonnablement s'attendre à rencontrer.

Par des mémoires enregistrés le 3 mars 2022 et le 8 mars 2024, la caisse primaire d'assurance maladie de la Charente-Maritime demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures, de réserver ses droits en ce qui concerne le remboursement des prestations qu'elle a servies ou sera amenées à servir, dans l'attente de l'expertise, et de condamner la commune de Niort à rembourser la somme totale de 312,84 euros.

Vu :

- les autres pièces du dossier ;

Vu :

- le code de la sécurité sociale ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Duval-Tadeusz,

- et les conclusions de Mme Bréjeon, rapporteure publique.

Considérant ce qui suit :

1. Le 8 juillet 2018 vers 17h30, M. A a été victime d'une chute à vélo rue Paul Cézanne à Niort, provoquée par le passage de sa roue avant dans un trou présent dans la chaussée. Par la présente requête, M. A demande à ce que soit déclarée la responsabilité de la commune de Niort à la suite de cette chute, et d'ordonner à ce que soit procédé à une expertise médicale.

Sur la responsabilité

2. Il appartient à l'usager, victime d'un dommage survenu sur une voie publique, d'établir l'existence de l'obstacle et d'un lien de causalité direct et certain entre celui-ci et le préjudice qu'il invoque. La collectivité en charge de l'ouvrage public doit alors, pour que sa responsabilité ne soit pas retenue, établir que l'ouvrage public faisait l'objet d'un entretien normal ou que le dommage est imputable à la faute de la victime ou à un cas de force majeure.

3. Il n'est pas contesté que la chaussée empruntée par M. A au moment de sa chute constitue un ouvrage public, dont il était usager. Il n'est pas plus contesté que la présence d'une défectuosité dans la chaussée est la cause directe de l'accident dont a été victime le requérant. Conformément aux principes rappelés au point 2, il incombe alors à la commune de Niort de démontrer que l'ouvrage public faisait l'objet d'un entretien normal, de sorte que le dommage résulterait d'une faute de la victime ou d'un cas de force majeure.

4. Pour contester sa responsabilité, la commune de Niort soutient que la rue Paul Cézanne comme la rue Paul Doumergue faisaient l'objet d'un entretien suffisant. A l'appui de ces allégations, elle produit des bons de travaux justifiant que des trous ont été comblés sur la chaussée de la rue Paul Cézanne en décembre 2016, sur la rue Jean Gabriel Domergue en décembre 2016 et octobre 2017, et que d'autres travaux étaient prévus pour 2018. Cependant, il résulte de l'instruction que la défectuosité ayant causé l'accident est un trou large, de plus de 10 centimètres de profondeur aux dires des services techniques de la commune de Niort. Dans ces conditions, la seule circonstance que la commune ait réalisé des travaux 18 mois auparavant pour combler d'autres défectuosités dans la même rue ne permet pas d'établir l'entretien normal de la voie publique en cause.

5. Il ne résulte pas de l'instruction que M. A n'aurait pas adopté une conduite prudente et adaptée. En outre, les photographies jointes au dossier permettent de déterminer que la défectuosité est située à proximité immédiate d'un virage, qu'elle est large, et qu'elle est partiellement dissimulée par l'ombrage des arbres, notamment en fin d'après-midi, heure à laquelle l'accident s'est produit. Dans ces conditions, aucune imprudence et aucun défaut de vigilance ne peuvent être reprochés au requérant. La commune de Niort ne démontre ainsi aucune faute de la victime susceptible de l'exonérer, même partiellement, de sa responsabilité en qualité de maitre de l'ouvrage public responsable du dommage.

6. Il résulte de ce qui précède qu'il y a lieu de déclarer la commune de Niort responsable des conséquences dommageables de l'accident subi par M. A.

Sur les préjudices

7. Aux termes de l'article R. 621-1 du code de justice administrative : " La juridiction peut, soit d'office, soit sur la demande des parties ou de l'une d'elles, ordonner, avant dire droit, qu'il soit procédé à une expertise sur les points déterminés par sa décision. () ".

8. L'état du dossier ne permet pas au tribunal de se prononcer sur l'étendue des préjudices personnels invoqués par M. A, dont il résulte de l'instruction qu'il a notamment subi une luxation du coude droit, une opération de ce même coude et conserve une difficulté de la prono-supination de la main droite. Dès lors, il y a lieu, comme il le demande, avant de statuer sur les conclusions à fin d'indemnisation, d'ordonner une expertise aux fins précisées ci-après.

9. Tous droits et moyens des parties sur lesquels il n'est pas expressément statué par le présent jugement sont réservés jusqu'en fin d'instance.

D E C I D E :

Article 1er : La commune de Niort est déclarée entièrement responsable des dommages subis par M. A à la suite de sa chute survenue le 8 juillet 2018 sur rue Paul Cézanne.

Article 2 : Il sera, avant de statuer sur les demandes indemnitaires présentées par M. A, procédé à une expertise médicale.

Article 3 : L'expert sera désigné par le président du tribunal. Il accomplira sa mission dans les conditions prévues par les articles R. 621-2 à R. 621-14 du code de justice administrative.

Article 4 : Il aura pour mission de :

1°) se faire communiquer tous documents relatifs à l'état de santé de M. A et, notamment, tous documents relatifs à l'état antérieur, au suivi médical, aux diagnostics et aux actes de soins en lien avec la chute qui s'est produite le 8 juillet 2018 ;

2°) de manière générale, donner toutes précisions et informations utiles permettant au tribunal d'évaluer les préjudices subis par M. A en lien direct avec sa chute, et notamment de :

a) dire si l'état de M. A est consolidé ou s'il est susceptible d'amélioration ou de dégradation ; proposer, si possible, une date de consolidation de l'état de l'intéressé en fixant notamment la période de déficit fonctionnel temporaire et le taux de celui-ci, ainsi que le taux de déficit fonctionnel permanent ;

b) donner son avis sur les dépenses de santé rendues nécessaires par l'état de M. A en lien avec les faits en litige ;

c) indiquer si et dans quelle mesure l'assistance, constante ou occasionnelle, d'une tierce personne a été ou est nécessaire à M. A en raison du dommage litigieux, pour accomplir les actes de la vie quotidienne ; quantifier le volume horaire, la fréquence et le type d'aide nécessaire (médicalisée / non médicalisée) et dire jusqu'à quelle échéance cette aide éventuelle est requise ; préciser les autres frais liés au handicap dont la nécessité résulterait du dommage ;

d) décrire et évaluer les souffrances physiques, psychiques ou morales subies en lien avec les faits en litige ;

e) donner au tribunal tous autres éléments d'information nécessaires à la réparation de l'intégralité du préjudice subi par M. A à raison des faits en litige.

Article 5 : L'expert déposera son rapport au tribunal en deux exemplaires dans un délai de six mois à compter de sa désignation.

Article 6 : Les frais et honoraires dus à l'expert seront taxés ultérieurement par le président du tribunal conformément aux dispositions de l'article R. 621-11 du code de justice administrative.

Article 7 : Tous droits, moyens et conclusions des parties, sur lesquels il n'est pas expressément statué par le présent jugement, sont réservés jusqu'en fin d'instance.

Article 8 : Le présent jugement sera notifié à M. B A, à la caisse primaire d'assurance maladie de la Charente-Maritime, à la Apivia mutuelle et à la commune de Niort.

Délibéré après l'audience du 28 mars 2024, à laquelle siégeaient :

M. Cristille, président,

Mme Duval-Tadeusz, première conseillère,

Mme Gibson-Thery, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 18 avril 2024.

La rapporteure,

Signé

J. DUVAL-TADEUSZ

Le président,

Signé

P. CRISTILLE La greffière,

Signé

N. COLLET

La République mande et ordonne à la préfète des Deux-Sèvres en ce qui la concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour le greffier en chef,

La greffière,

N. COLLET

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