lundi 6 mai 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Poitiers |
| Section | Tribunal Administratif de Poitiers |
| N° Dossier | TA86-2200191 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Formation | 3ème chambre |
| Avocat requérant | LEDEUX |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des mémoires, enregistrés successivement le 21 janvier 2022, le 7 juin 2022 et le 27 septembre 2023, M. A B, représenté par Me Ledeux, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision implicite de rejet de son recours indemnitaire préalable du 15 novembre 2021 ;
2°) de condamner la commune d'Aytré à lui verser la somme de 63 410, 30 euros avec les intérêts au taux légal assortis de leur capitalisation en réparation des préjudices subis ;
3°) de mettre à la charge de la commune d'Aytré la somme de 2 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- la commune d'Aytré a commis une faute de nature à engager sa responsabilité en lui appliquant un statut de vacataire alors qu'il a occupé un emploi permanent de rédacteur du 1er avril 2001 au 31 décembre 2020 ;
- la décision procédant à son licenciement a été adoptée au terme d'une procédure irrégulière ;
- la décision portant non-renouvellement de son contrat a été adoptée à l'issue d'une procédure irrégulière et est entachée d'une erreur de droit ;
- le délai pour la transmission de l'attestation à destination de l'assurance chômage a été excessif ;
- l'ensemble de ses fautes lui a causé divers préjudices et l'ont privé d'indemnités auxquelles il pouvait prétendre en tant qu'agent contractuel.
Par des mémoires en défense, enregistrés le 13 avril 2022, le 19 juillet 2023 et le 29 novembre 2023, la commune d'Aytré, représentée par Me Pielberg, conclut au rejet de la requête et demande à ce que soit mis à la charge de M. B la somme de 2 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la requête est partiellement irrecevable ;
- les moyens soulevés par M. B ne sont pas fondés ;
- elle entend opposer, subsidiairement, la prescription quadriennale.
Par ordonnance du 3 janvier 2014, la clôture d'instruction a été fixée au 5 février 2024.
Vu :
- les autres pièces du dossier ;
Vu :
- le code de la fonction publique ;
- le code du travail ;
- le code civil ;
- la loi n°84-53 du 26 janvier 1984 ;
- la loi n°2012-347 du 12 mars 2012 ;
- le décret n°88-145 du 15 février 1988 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Duval-Tadeusz,
- les conclusions de Mme Bréjeon, rapporteure publique,
- et les observations de M. B et de Me Pielberg, représentant la commune d'Aytré.
Considérant ce qui suit :
1. M. B a exercé les fonctions de pigiste pour la commune d'Aytré du 1er avril 2001 au 31 décembre 2020, aux termes de contrats renouvelés de manière continue. Le 8 janvier 2021, un nouveau contrat a été proposé à M. B par la commune pour l'année 2021, qui présentait des évolutions par rapport aux contrats précédents. M. B a refusé de signer ce contrat et a le 15 novembre 2021, exercé un recours indemnitaire préalable auprès de la commune d'Aytré. Le conseil de la commune a indiqué le 1er décembre 2021 qu'il n'apparaissait pas possible de faire droit à ses demandes. M. B demande au tribunal d'annuler la décision implicite de rejet de son recours indemnitaire préalable du 15 novembre 2021 et de condamner la commune d'Aytré à lui verser la somme de 63 410, 30 euros en réparation des préjudices qu'il estime avoir subis du fait de son licenciement.
Sur les conclusions à fin d'annulation
2. La décision de rejet de la demande préalable de M. B a eu pour seul effet de lier le contentieux. En présentant devant le tribunal tant des conclusions à fin d'annulation du rejet de sa demande indemnitaire préalable que des conclusions indemnitaires, le requérant doit être regardé comme ayant donné à sa requête un caractère de plein contentieux tendant exclusivement à la condamnation de la commune d'Aytré à l'indemniser des préjudices qu'il estime avoir subis. La fin de non-recevoir soulevée en défense sera donc écartée.
Sur les conclusions indemnitaires
En ce qui concerne la responsabilité
S'agissant de la nature de l'engagement de M. B
3. Aux termes de l'article 3 de la loi du 13 juillet 1983 portant droits et obligations des fonctionnaires : " Les collectivités et établissements mentionnés à l'article 2 ne peuvent recruter des agents non titulaires pour occuper des emplois permanents que pour assurer le remplacement momentané de titulaires () ". L'article 3-3 de la loi du 26 janvier 1984 portant dispositions statutaires relatives à la fonction public territoriale, dans sa version applicable à la période postérieure au 22 décembre 2019, prévoit que les emplois permanents peuvent être occupés par des agents contractuels " 2° Lorsque les besoins des services ou la nature des fonctions le justifient et sous réserve qu'aucun fonctionnaire n'ait pu être recruté dans les conditions prévues par la présente loi " et " 4° Pour les autres collectivités territoriales ou établissements mentionnés à l'article 2, pour tous les emplois à temps non complet lorsque la quotité de temps de travail est inférieure à 50 % ; ".
4. Il résulte de l'instruction, et n'est pas contesté, que M. B a été employé sans interruption par la commune d'Aytré et a participé à la rédaction de tous les numéros du magazine communal entre le 1er avril 2001 et le 31 décembre 2020, à raison de six numéros par an. S'il a été rémunéré en fonction du nombre de feuillets produits, il ne peut, compte tenu de la nature du besoin de la commune, être regardé comme ayant été engagé pour exécuter un acte déterminé, mais bien comme ayant exercé une activité répondant à un besoin permanent de la direction de la communication.
5. Ainsi, M. B doit être regardé comme ayant été recruté et son contrat renouvelé sur le fondement du 5ème alinéa de l'article 3 de la loi du 26 janvier 1984. En outre, il résulte de l'instruction qu'au 22 décembre 2019, le requérant occupait un poste en collectivité territoriale pour une quotité de travail inférieure à 50%. Ainsi, il remplissait les conditions pour se voir proposer par la collectivité un contrat à durée indéterminée à compter du 1er janvier 2020. La commune d'Aytré n'a pas satisfait à cette obligation. Dès lors, en ne proposant pas à M. B un contrat à durée indéterminée et en le maintenant en contrat à durée déterminée, la commune d'Aytré a commis une faute de nature à engager sa responsabilité.
S'agissant du non-renouvellement du contrat de travail
6. Il résulte de ce qui précède que M. B devait être regardé comme étant en contrat à durée indéterminée au moment de la fin de son contrat de travail avec la commune d'Aytré. Dans ces conditions, il ne peut utilement se prévaloir du non-respect de l'article 45 du décret du 17 janvier 1946 relatif à la procédure en cas de non-renouvellement d'un contrat à durée déterminée pour soutenir que la commune d'Aytré aurait commis une faute en ne respectant pas ces dispositions.
S'agissant de la transmission de l'attestation Pôle Emploi
7. Aux termes de l'article R. 1234-9 du code du travail : " L'employeur délivre au salarié, au moment de l'expiration ou de la rupture du contrat de travail, les attestations et justifications qui lui permettent d'exercer ses droits aux prestations mentionnées à l'article L. 5421-2 et transmet sans délai ces mêmes attestations à Pôle emploi () ".
8. Il résulte de l'instruction que M. B doit être regardé comme étant licencié le 31 décembre 2020 et que la commune d'Aytré a rempli l'attestation employeur destinée à Pôle Emploi le 14 avril 2021. Dans ces conditions, le délai mis pour lui délivrer l'attestation a constitué, en l'absence de circonstances particulières faisant obstacle à sa délivrance, une faute de nature à engager la responsabilité de la commune, dès lors que cette délivrance incombe à l'employeur dès la fin de contrat de l'agent, et sans que celui-ci ait à en faire la demande.
En ce qui concerne les préjudices
S'agissant des préjudices liés à la nature des contrats de travail et au licenciement
9. L'article 46 du décret 88-145 dispose que " L'indemnité de licenciement est égale à la moitié de la rémunération de base définie à l'article précédent pour chacune des douze premières années de services, au tiers de la même rémunération pour chacune des années suivantes, sans pouvoir excéder douze fois la rémunération de base. Elle est réduite de moitié en cas de licenciement pour insuffisance professionnelle. " L'article 45 du même texte précise que " La rémunération servant de base au calcul de l'indemnité de licenciement est la dernière rémunération nette des cotisations de la sécurité sociale et, le cas échéant, des cotisations d'un régime de prévoyance complémentaire, effectivement perçue au cours du mois civil précédant le licenciement. Elle ne comprend ni les prestations familiales, ni le supplément familial de traitement, ni les indemnités pour travaux supplémentaires ou autres indemnités accessoires. Le montant de la rémunération servant de base au calcul de l'indemnité de licenciement d'un agent employé à temps partiel est égal au montant de la rémunération définie à l'alinéa précédent qu'il aurait perçue s'il avait été employé à temps complet. "
10. Il n'est pas contesté que la rémunération servant de base au calcul de cette indemnité est de 480,42 euros. Il reviendra à la commune de calculer la rémunération que M. B aurait perçu à temps complet pour l'indemniser selon les règles citées au point 11.
11. M. B demande l'indemnisation du préjudice moral qu'il a subi compte tenu de la durée pendant laquelle il a été maintenu en situation de précarité, à savoir plus de treize ans, et aux difficultés liées à l'incertitude du renouvellement de son contrat tous les ans et de la répétition des périodes d'essais. Il sera fait une juste appréciation de ce préjudice en lui versant la somme de 3 000 euros.
12. Il résulte ce qui a été dit au point 6 que M. B n'est pas fondé à soutenir qu'il aurait subi un préjudice résultant du défaut d'information préalable de l'intention de ne pas renouveler son contrat et de l'absence d'entretien préalable.
S'agissant des préjudices liés à l'absence de transmission de l'attestation pôle emploi
13. M. B fait valoir l'existence d'un préjudice du fait de l'absence de transmission, par son employeur, de l'attestation relative à l'assurance chômage que celui-ci devait transmettre à Pôle emploi. Toutefois, la commune étant en auto-assurance, aucun préjudice financier ne peut découler de cette absence de transmission, M. B n'ayant au demeurant pas demandé d'allocations de retour à l'emploi à la collectivité. En outre, le requérant se borne à indiquer que cette absence de transmission lui a causé un préjudice moral, sans donner plus de précision sur ce préjudice Les conclusions tendant à l'indemnisation de ces préjudices doivent donc être rejetées.
Sur la prescription quadriennale
14. Aux termes de l'article 1er de la loi du 31 décembre 1968 relative à la prescription des créances sur l'Etat, les départements, les communes et les établissements publics : " Sont prescrites, au profit de l'Etat, des départements et des communes, sans préjudice des déchéances particulières édictées par la loi, et sous réserve des dispositions de la présente loi, toutes créances qui n'ont pas été payées dans un délai de quatre ans à partir du premier jour de l'année suivant celle au cours de laquelle les droits ont été acquis ".
15. Le délai de prescription de la créance dont se prévaut un agent du fait du retard de l'administration à le placer dans une situation statutaire régulière court à compter du premier jour de l'année suivant celle au cours de laquelle est intervenu l'acte ayant régularisé sa situation. Il est constant que la commune d'Aytré n'a pas régularisé la situation de M. B en lui proposant un contrat à durée indéterminée. L'exception de prescription quadriennale ne peut donc être opposée aux demandes de M. B tendant à la régularisation rétroactive de sa situation.
Sur les intérêts :
16. Lorsqu'ils ont été demandés, et quelle que soit la date de cette demande, les intérêts moratoires dus courent à compter du jour où la demande de paiement du principal est parvenue au débiteur ou, en l'absence d'une telle demande préalablement à la saisine du juge, à compter du jour de cette saisine. Par suite, M. B a droit aux intérêts de la somme visée au point 12 de ce jugement à compter de la date de réception de sa demande préalable, soit le 15 novembre 2021.
Sur la capitalisation des intérêts :
17. Aux termes de l'article 1343-2 du code civil : " Les intérêts échus des capitaux peuvent produire des intérêts, ou par une demande judiciaire, ou par une convention spéciale, pourvu que, soit dans la demande, soit dans la convention, il s'agisse d'intérêts dus au moins pour une année entière ". Pour l'application des dispositions précitées, la capitalisation des intérêts peut être demandée à tout moment devant le juge du fond. Cette demande ne peut toutefois prendre effet que lorsque les intérêts sont dus au moins pour une année entière, sans qu'il soit toutefois besoin d'une nouvelle demande à l'expiration de ce délai. Le cas échéant, la capitalisation s'accomplit à nouveau à l'expiration de chaque échéance annuelle ultérieure sans qu'il soit besoin de formuler une nouvelle demande.
18. La capitalisation des intérêts a été demandée pour la première fois le 27 septembre 2023. A cette date, il était dû au moins une année d'intérêts. Dès lors, conformément aux dispositions de l'article 1343-2 du code civil, il y a lieu de faire droit à cette demande à compter de cette date et le cas échéant à chaque échéance annuelle ultérieure.
Sur les frais d'instance
19. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de faire droit aux conclusions de M. B présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de mettre à la charge de la commune d'Aytré une somme de 1 500 euros en application de ces dispositions. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font en revanche obstacle à ce que soit mise à la charge du requérant, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme réclamée par la commune d'Aytré.
D E C I D E :
Article 1er : la commune d'Aytré est condamnée à verser à M. B la somme correspondant à l'indemnité de licenciement qui lui était due, telle que définie aux points 11 et 12 du présent jugement, dont il a renvoyé le calcul à cette collectivité ainsi qu'à l'indemnisation de son préjudice moral pour un moment de 3 000 euros. Ces sommes seront assorties du versement des intérêts au taux légal à compter du 15 novembre 2021 capitalisés annuellement à compter du 27 septembre 2023.
Article 2 : la commune d'Aytré versera à M. B la somme de 1 500 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : le surplus des conclusions des parties est rejeté.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. B et à la Commune d'Aytré.
Délibéré après l'audience du 11 avril 2024, à laquelle siégeaient :
M. Cristille, président,
Mme Duval-Tadeusz, première conseillère,
Mme Gibson-Thery, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 6 mai 2024.
La rapporteure,
Signé
J. DUVAL-TADEUSZ
Le président,
Signé
P. CRISTILLE
La greffière,
Signé
N. COLLET
La République mande et ordonne au préfet de la Charente-Maritime en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Pour le greffier en chef,
La greffière,
D. GERVIER
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026