vendredi 30 décembre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Poitiers |
| Section | Tribunal Administratif de Poitiers |
| N° Dossier | TA86-2200229 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 1ère chambre - JU |
| Avocat requérant | AD ASTREA |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 26 janvier 2022 et des mémoires en réplique enregistrés les 15 décembre 2022 et 19 décembre 2022, Mme A B, représentée par Me Lelong, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 3 juin 2021 par laquelle la commission des droits et de l'autonomie des personnes handicapées (CDAPH) de la maison départementale des personnes handicapées de la Vienne a confirmé, sur son recours préalable obligatoire, sa décision du 26 février 2022 rejetant sa demande de reconnaissance de la qualité de travailleur handicapé ;
2°) d'enjoindre à la commission des droits et de l'autonomie des personnes handicapées de la Vienne de lui reconnaitre la qualité de travailleur handicapé, dans le délai d'un mois à compter de la notification de la décision à intervenir et sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de la maison départementale des personnes handicapées de la Vienne la somme de 2 000 euros à verser à son avocat en application de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Elle soutient que :
- son recours est recevable dès lors qu'elle a effectivement formé un recours préalable sur lequel la commission des droits et de l'autonomie des personnes handicapées a statué ;
- le refus qui lui est opposé est insuffisamment motivé en fait au regard des dispositions des articles L. 211-2 (8°) et L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration ou du II de l'article L. 241-6 du code de l'action sociale et des familles ;
- son état de santé correspond à la définition du handicap au sens de l'article L. 114 du code de l'action sociale et des familles et de la directive 2000/78/CE du conseil ;
- la décision est entachée d'erreur de droit puisque la commission des droits et de l'autonomie des personnes handicapées s'est sentie liée par l'avis, non communiqué, de l'équipe pluridisciplinaire mentionnée à l'article L. 146-8 du code de l'action sociale et des familles ;
- faute de justification de l'habilitation de son signataire, le mémoire en défense produit pour la maison départementale des personnes handicapées de la Vienne doit être écarté du débat.
Par un mémoire en défense enregistré le 25 mars 2022 et un second mémoire enregistré le 18 décembre 2022, la maison départementale des personnes handicapées de la Vienne, représentée par Me Buffet, conclut au rejet de la requête.
Elle soutient que :
- la requête est irrecevable en ce que la requérante n'a pas effectué, contre la décision lui refusant la reconnaissance de la qualité de travailleur handicapé, le recours administratif préalable obligatoire prévu par l'article L. 142-4 du code de la sécurité sociale ;
- la maison départementale des personnes handicapées de la Vienne dispose du droit d'ester en justice et est légalement représentée par le président de sa commission exécutive ;
- la décision a été valablement prise par la commission des droits et de l'autonomie des personnes handicapées de la Vienne, sur la base de l'évaluation réalisée par l'équipe pluridisciplinaire ;
- elle est suffisamment motivée en fait et en droit au regard de la seule disposition applicable, l'article L. 241-6 du code de l'action sociale et des familles ; cette obligation de motivation n'est pas prescrite à peine de nullité ;
- les difficultés présentées par la requérante ne relèvent pas de la définition du handicap et elle ne présente pas de troubles l'empêchant d'avoir un rôle social normal ;
- la situation du demandeur s'apprécie à la date de sa demande et les comptes rendus médicaux postérieurs à celle-ci ne peuvent pas être pris en compte dans le cadre de la présente instance ;
- il ne serait ni équitable ni économiquement justifié de mettre les frais de procédure à la charge de la maison départementale des personnes handicapées.
Mme B a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par décision du 12 novembre 2021.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'action sociale et des familles ;
- les code des relations entre le public et l'administration ;
- le code du travail ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
La présidente a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme C ;
- les observations de Me Lelong, avocate de Mme B ;
- et les observations de Me Buffet, avocate de la maison départementale des personnes handicapées de la Vienne.
Considérant ce qui suit :
1. Par une décision du 26 février 2021, la commission des droits et de l'autonomie des personnes handicapées de la Vienne a rejeté la demande formée le 12 octobre 2020 par Mme B tendant à se voir reconnaitre la qualité de travailleur handicapé. Par une décision du 3 juin 2021, qui se substitue à cette décision initiale, elle a rejeté le recours administratif formé contre cette décision.
Sur la recevabilité du mémoire en défense :
2. La convention constitutive du groupement d'intérêt public dénommé Maison départementale des handicapés de la Vienne, approuvée par arrêté du président du conseil général de la Vienne le 19 décembre 2005, prévoit que le président de la commission exécutive de ce groupement le représente en justice et dans tous les actes de la vie civile. Dès lors, le mémoire en défense présenté par un avocat, indiquant agir sur mandat du président de la commission exécutive de la maison départementale, est recevable et les conclusions de la requérante tendant à ce qu'il soit écarté du débat doivent être rejetées.
Sur la reconnaissance de la qualité de travailleur handicapé :
3. D'une part, l'article L. 5213-1 du code du travail dispose : " Est considérée comme travailleur handicapé toute personne dont les possibilités d'obtenir ou de conserver un emploi sont effectivement réduites par suite de l'altération d'une ou plusieurs fonctions physique, sensorielle, mentale ou psychique ". Aux termes de l'article L. 5213-2 du même code : " La qualité de travailleur handicapé est reconnue par la commission des droits et de l'autonomie des personnes handicapées mentionnée à l'article L. 241-5 du code de l'action sociale et des familles. Cette reconnaissance s'accompagne d'une orientation vers un établissement ou service d'aide par le travail, vers le marché du travail ou vers un centre de rééducation professionnelle () ".
4. D'autre part, selon l'article L. 114 du code de l'action sociale et des familles : " Constitue un handicap, au sens de la présente loi, toute limitation d'activité ou restriction de participation à la vie en société subie dans son environnement par une personne en raison d'une altération substantielle, durable ou définitive d'une ou plusieurs fonctions physiques, sensorielles, mentales, cognitives ou psychiques, d'un polyhandicap ou d'un trouble de santé invalidant ". Aux termes de l'article L. 241-6 du même code : " La commission des droits et de l'autonomie des personnes handicapées est compétente pour : 1° Se prononcer sur l'orientation de la personne handicapée et les mesures propres à assurer son insertion scolaire ou professionnelle et sociale ; () 4° Reconnaître, s'il y a lieu, la qualité de travailleur handicapé aux personnes répondant aux conditions définies par [le] code du travail () ". Il résulte de ces dispositions que la qualité de travailleur handicapé doit être appréciée en tenant compte, d'une part, de l'état de santé du demandeur et, d'autre part, des conséquences de cet état de santé sur ses possibilités d'obtenir ou de conserver un emploi.
5. Les recours formés contre les décisions des commissions des droits et de l'autonomie des personnes handicapées statuant, en application des dispositions du 4° du I de l'article L. 241-6 du code de l'action sociale et des familles, sur une demande de reconnaissance de la qualité de travailleur handicapé au sens de l'article L. 5213-1 du code du travail, constituent des recours de plein contentieux. Eu égard à son office lorsqu'il est saisi d'un tel recours, il appartient au juge administratif de se prononcer non sur les éventuels vices propres de la décision attaquée, mais seulement sur la qualité de travailleur handicapé de la personne intéressée, en se plaçant à la date à laquelle il rend sa décision.
6. En premier lieu, il ressort de ce qui vient d'être dit que les moyens de la requête tirés, d'une part, de l'insuffisante motivation de la décision de la commission des droits et de l'autonomie des personnes handicapées de la Vienne et, d'autre part, du fait que celle-ci se serait crue, à tort, liée par l'évaluation de l'équipe pluridisciplinaire mentionnée à l'article L. 146-8 du code de l'action sociale et des familles sont inopérants et doivent être écartés.
7. En second lieu, la requérante, âgée de vingt-huit ans, fait valoir qu'elle souffre depuis son adolescence de graves troubles du rythme du sommeil l'ayant amenée à consulter depuis 2009 et notamment en 2011 au service de neurophysiologie clinique du centre hospitalo-universitaire de Poitiers. Elle indique que le " syndrome hypernyctéméral " dont elle est atteinte a eu d'importantes répercussions sur sa vie scolaire et sociale, puisqu'elle a arrêté d'aller au lycée en classe de première, a passé son baccalauréat à vingt-sept ans et vit, chez ses parents qui l'aident au quotidien, du revenu de solidarité active. En 2022-2023, elle est inscrite en première année de licence à l'université de Poitiers où elle bénéficie d'horaires aménagés. Elle produit un certificat de son médecin traitant du 13 avril 2021 indiquant que le trouble du sommeil dont elle souffre est d'origine génétique et entraine une fatigabilité intense en période de veille qui ne lui permet pas de postuler à une formation ou un emploi. Mme B a à nouveau consulté, le 21 novembre 2022, au " centre régional des pathologies du sommeil " du centre hospitalier universitaire de Poitiers et le compte-rendu de cet examen conclut à un profil de " couche-tard " qui doit être traité à vie par luminothérapie le matin et prise de mélatonine le soir. Si ce compte-rendu indique qu'à défaut de traitement la patiente a des rythmes de sommeil très décalés incompatibles avec une activité normale, d'apprentissage ou de travail, le jour, il note aussi que lors de l'examen durant deux nuits au centre hospitalier, Mme B a eu un sommeil dans la normale. Dans ces circonstances, il ne résulte pas de l'instruction, en l'état du dossier, que Mme B, qui ne fait pas état d'une altération de ses capacités physiques ou cognitives, souffre d'un trouble de santé invalidant qui réduit ses possibilités d'obtenir ou conserver un emploi au sens des dispositions précitées de l'article L. 5213-1 du code du travail.
8. Il résulte de ce qui précède que les conclusions de Mme B tendant à l'annulation de la décision lui refusant la reconnaissance de la qualité de travailleur handicapé doivent, sans qu'il soit besoin de statuer sur leur recevabilité, être rejetées.
Sur les frais liés au litige :
9. La maison départementale des personnes handicapées de la Vienne n'étant pas partie perdante dans la présente instance, les conclusions de l'avocate de Mme B tendant à sa condamnation en application des dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ne peuvent qu'être rejetées.
D É C I D E :
Article 1er: La requête de Mme B est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B et au président de la maison départementale des personnes handicapées de la Vienne.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 30 décembre 2022.
La présidente,
signé
S. CLa greffière,
signé
C. BOMPAS
La République mande et ordonne au ministre du travail, du plein emploi et de l'insertion en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Pour le greffier en chef,
La greffière,
signé
D. GERVIER
N°2200229
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026