jeudi 25 juillet 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Poitiers |
| Section | Tribunal Administratif de Poitiers |
| N° Dossier | TA86-2200256 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Formation | 2ème chambre |
| Avocat requérant | TEISSONNIERE TOPALOFF LAFFORGUE ANDREU ASSOCIES |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire enregistrés les 28 janvier 2022 et 25 mai 2023, Mme B A, représentée par Me Labrunie, demande au tribunal :
1°) de condamner l'Etat à lui verser la somme totale de 65 643, 84 euros en indemnisation de ses préjudices patrimonial et moral, assortie des intérêts au taux légal à compter du 19 octobre 2021 et de la capitalisation des intérêts ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 4 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- en ayant exposé son époux à des rayonnements ionisants, ce qui a causé sa mort d'un lymphome le 6 août 1995, l'administration a commis une faute de nature à engager sa responsabilité ;
- la créance n'est pas prescrite ;
- le préjudice matériel résultant directement de la faute s'élève à 5 643,84 euros ;
- le préjudice moral subi doit être réparé à hauteur de 60 000 euros.
Par un mémoire en défense enregistré le 21 avril 2023, le ministre des armées conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que :
- à titre principal, la créance est prescrite en application de la loi n° 68-1250 du 31 décembre 1968 ;
- à titre subsidiaire, l'imputabilité au service de la maladie de son époux n'est pas établie ;
- à titre infiniment subsidiaire, aucune faute ne lui est imputable.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la loi n°68-1250 du 31 décembre 1968 ;
- la loi n° 2010-2 du 5 janvier 2010 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Dumont,
- et les conclusions de M. Lacaïle, rapporteur public.
Considérant ce qui suit :
1. M. A, maçon cimentier au sein du 5ème régiment mixte du Pacifique, a été affecté sur le site des essais nucléaires français en Polynésie du 15 avril 1980 au 23 octobre 1981, où son activité l'a conduit à être exposé aux rayonnements ionisants. Un lymphome non hodgkinien lui a été diagnostiqué en 1995, dont il est décédé le 6 août 1995. Par courrier en date du 3 août 2012, sa veuve, Mme A, a sollicité auprès du Comité d'indemnisation des victimes des essais nucléaires (CIVEN), en qualité d'ayant-droit, l'indemnisation des préjudices subis par son époux. Par une décision du 8 janvier 2019, le CIVEN a arrêté le montant de l'indemnisation à 74 556 euros. Cette offre d'indemnisation a été acceptée par Mme A. Par un courrier en date du 19 octobre 2021, Mme A a sollicité auprès du ministre des armées l'indemnisation des préjudices personnels qu'elle estime avoir subis en conséquence du décès de son époux. Le ministre des armées a refusé implicitement de faire droit à sa demande. Par la présente requête, Mme A demande la condamnation de l'Etat à lui verser la somme de 65 643,84 euros.
Sur les conclusions indemnitaires :
2. Aux termes de l'article 1er de la loi du 31 décembre 1968 relative à la prescription des créances sur l'Etat, les départements, les communes et les établissements publics : " Sont prescrites, au profit de l'Etat, des départements et des communes, sans préjudice des déchéances particulières édictées par la loi, et sous réserve des dispositions de la présente loi, toutes créances qui n'ont pas été payées dans un délai de quatre ans à partir du premier jour de l'année suivant celle au cours de laquelle les droits ont été acquis ". Aux termes de l'article 2 de la loi du 31 décembre 1968 : " La prescription est interrompue par : / Toute demande de paiement ou toute réclamation écrite adressée par un créancier à l'autorité administrative, dès lors que la demande ou la réclamation a trait au fait générateur, à l'existence, au montant ou au paiement de la créance, alors même que l'administration saisie n'est pas celle qui aura finalement la charge du règlement / Tout recours formé devant une juridiction, relatif au fait générateur, à l'existence, au montant ou au paiement de la créance, quel que soit l'auteur du recours et même si la juridiction saisie est incompétente pour en connaître, et si l'administration qui aura finalement la charge du règlement n'est pas partie à l'instance () ". Enfin, selon l'article 3 de la même loi : " La prescription ne court ni contre le créancier qui ne peut agir, soit par lui-même ou par l'intermédiaire de son représentant légal, soit pour une cause de force majeure, ni contre celui qui peut être légitimement regardé comme ignorant l'existence de sa créance ou de la créance de celui qu'il représente légalement ".
3. Il résulte de la combinaison des dispositions précitées de la loi du 31 décembre 1968 que la connaissance par la victime de l'existence d'un dommage ne suffit pas à faire courir le délai de la prescription quadriennale. Le point de départ de cette dernière est la date à laquelle la victime est en mesure de connaître l'origine de ce dommage ou du moins de disposer d'indications suffisantes selon lesquelles ce dommage pourrait être imputable au fait de l'administration.
4. Il résulte de l'instruction que, le 3 août 2012, Mme A a adressé au CIVEN une demande, en sa qualité d'ayant-droit de son époux décédé, tendant à l'indemnisation des préjudices subis par ce dernier en raison de son exposition aux rayons ionisants résultant des essais nucléaires français en Polynésie. Mme A doit, en conséquence, être regardée comme ayant eu connaissance, au plus tard à la date de cette demande, d'indications suffisantes selon lesquelles le dommage qu'elle a subi à titre personnel en qualité d'épouse de la victime pouvait être imputable au fait de l'Etat. Il en résulte que la réparation des préjudices personnels de Mme A ne pouvait être invoquée que dans un délai de quatre ans à partir du premier jour de l'année suivant celle au cours de laquelle les droits ont été acquis, soit jusqu'au 31 décembre 2016. Or, la requérante a sollicité l'indemnisation de ses préjudices personnels résultant du décès de son époux par un courrier du 19 octobre 2021 adressé au ministre des armées et n'a accompli aucun acte interruptif du délai afférent à la prescription de sa créance. En particulier, elle ne justifie pas avoir formé, en son nom propre et dans le délai de quatre ans à compter du 1er janvier 2013, une demande d'indemnisation auprès de l'administration ou introduit un recours devant une juridiction en vue de faire condamner l'Etat dans le cadre d'un recours en responsabilité pour faute afin d'obtenir réparation de ses préjudices personnels. Si elle invoque la circonstance que la proposition d'indemnisation des préjudices subis par son époux que lui a adressée le CIVEN en sa qualité d'ayant-droit n'est intervenue que le 8 janvier 2019, cette circonstance a trait à un autre dommage - celui subi par son époux - dans le cadre d'un régime de responsabilité distinct instauré par la loi du 5 janvier 2010, de sorte qu'une telle proposition n'a pu avoir un effet interruptif sur le délai de prescription quadriennale opposé en défense.
5. Il résulte de ce qui précède que la créance dont se prévaut la requérante était prescrite à la date de sa demande indemnitaire préalable. Par suite, les conclusions indemnitaires de Mme A doivent être rejetées.
Sur les frais liés au litige :
6. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce qu'une somme soit mise, à ce titre, à la charge de l'Etat, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de Mme A est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A et au ministre des armées.
Délibéré après l'audience du 27 juin 2024, à laquelle siégeaient :
M. Jarrige, président,
Mme Boutet, première conseillère,
Mme Dumont, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 25 juillet 2024.
La rapporteure,
Signé
G. DUMONT
Le président,
Signé
A. JARRIGE
La greffière,
Signé
G. FAVARD
La République mande et ordonne au ministre des armées en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Pour le greffier en chef,
La greffière,
Signé
G. FAVARD
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026