mardi 24 septembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Poitiers |
| Section | Tribunal Administratif de Poitiers |
| N° Dossier | TA86-2200261 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 1ère chambre |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 28 janvier 2022, M. A B demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 7 décembre 2021 par lequel le préfet des Deux-Sèvres l'a mis en demeure de régulariser la situation administrative de ses deux plans d'eau situés sur les parcelles cadastrées section H nos 259 et 426 sur le territoire de la commune de Saint-Aubin-Le-Cloud ;
2°) d'enjoindre à la préfète des Deux-Sèvres de lui communiquer le rapport de la visite de terrain réalisée au cours de l'année 2017 ;
3°) d'enjoindre au département des Deux-Sèvres, à la commune de Saint-Aubin-Le-Cloud et au service départemental et de secours (SDIS) des Deux-Sèvres d'accomplir les démarches administratives et techniques aux fins de mise aux normes du plan d'eau H 426 au titre de la police de l'eau, dans un délai de six mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;
4°) de mettre à la charge de l'État une somme de 250 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- l'administration, en refusant de lui communiquer le dossier complet de visite des plans d'eaux, a procédé à une rétention d'informations alors que la Charte de l'environnement institue une obligation de transparence en matière environnementale et que la Commission d'accès aux documents administratifs a émis un avis favorable à la communication de ces documents ;
- l'arrêté attaqué est entaché d'incompétence dès lors que les plans d'eaux concernés par l'arrêté contesté ne constituent pas des cours d'eau non domaniaux, au sens de l'article L. 215-7 du code de l'environnement, dont la conservation et la police sont assurées par l'autorité administrative ;
- il est signé par une autorité incompétente ;
- il a été pris au terme d'une procédure irrégulière dès lors que la visite sur sa propriété a été réalisée sans sa présence par les services de la direction départementale des territoires des Deux-Sèvres ;
- compte tenu des illégalités entachant le rapport de l'Agence française de la biodiversité, le préfet ne pouvait tenir compte des conclusions contenues dans ce rapport ;
- l'arrêté attaqué méconnaît l'article L. 215-7-1 du code de l'environnement, les écoulements d'eau recensés sur sa propriété ne remplissant pas les critères pour être qualifiés de cours d'eau ;
- l'un des plans d'eaux concerné par la mise en demeure constitue une réserve incendie, équipement collectif public communal, dont il n'a plus la gestion ;
- l'arrêté contesté méconnaît le principe général du droit de non-rétroactivité des actes administratifs ;
- l'arrêté, édicté le 7 décembre 2021, lui a été notifié par un courrier du 3 décembre 2021 ;
- par cet arrêté, le préfet des Deux-Sèvres a remis en cause les droits qu'il avait acquis par le passé au vu des réponses adressées par le directeur départemental de l'agriculture et de la forêt le 29 mai 1992 et par l'Agence de l'eau Loire-Bretagne le 21 mai 1992 ; le plan d'eau cadastré 259 a d'ailleurs été réalisé après l'avis favorable de la DDAF des Deux-Sèvres et a été subventionné par la région Poitou-Charentes ;
- l'arrêté contesté est entaché d'un détournement de pouvoir.
Par un mémoire en défense, enregistré le 14 juin 2022, la préfète des Deux-Sèvres conclut au rejet de la requête.
Elle soutient que :
- les conclusions de la requête tendant à ce qu'il lui soit enjoint de communiquer à M. B le rapport établit par ses services au terme de leur visite réalisée au mois de février 2017 sont sans objet dès lors que ce rapport a été communiqué à l'intéressé le 9 mars 2018 ;
- les moyens soulevés dans la requête ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'environnement ;
- le code général des collectivités territoriales ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Bréjeon,
- les conclusions de M. Pipart, rapporteur public.
Considérant ce qui suit :
1. M. A B est propriétaire de deux parcelles cadastrées section H nos 259 et 426 situées au lieu-dit La Guitonnière, sur le territoire de la commune de Saint-Aubin-le-Cloud. Lors d'une visite réalisée en février 2017, les services de la direction départementale des territoires des Deux-Sèvres ont recensé trois plans d'eau sur la propriété de M. B. Le 7 octobre 2021, l'administration a dressé un rapport de manquement administratif concernant deux de ces étangs aux motifs de la situation irrégulière de ces ouvrages au regard du code de l'environnement, en l'absence de déclaration ou d'autorisation préalable. Par un arrêté du 7 décembre 2021, la préfète des Deux-Sèvres a mis en demeure M. B, sur le fondement de l'article L. 171-7 du code de l'environnement, de régulariser la situation administrative de ses plans d'eau en déposant auprès de la direction départementale des territoires des Deux-Sèvres, dans un délai de douze mois à compter de la notification de cet arrêté, soit un projet de remise en état des sites, soit un dossier de demande d'autorisation conforme aux dispositions des articles R. 181-12 à D. 181-15-1 du code de l'environnement. M. B demande l'annulation de cet arrêté.
Sur la fin de non-recevoir opposée en défense :
2. Il ressort des pièces du dossier que le rapport établi par les services de la direction départementale des territoires des Deux-Sèvres à la suite de leur visite effectuée sur la propriété du requérant a été transmis à l'intéressé par un courrier du 9 mars 2018, qu'il produit à l'instance. Dans ces conditions, les conclusions de la requête tendant à ce qu'il soit enjoint à la préfète des Deux-Sèvres de communiquer ce même rapport à M. B sont sans objet, ainsi que l'oppose, à bon droit, la préfète des Deux-Sèvres.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
3. En premier lieu, M. B se prévaut de la méconnaissance des dispositions de la Charte de l'environnement, sans toutefois préciser lesquelles, au motif que le préfet des Deux-Sèvres a refusé de lui communiquer les pièces et justificatifs techniques relatifs à la caractérisation de cours d'eau non domanial alimentant ses plans d'eaux, malgré l'avis favorable émis par la Commission d'accès aux documents administratifs le 22 mars 2018. Ainsi qu'il a été dit au point 2, le rapport établit au terme de la visite du 6 février 2017 a cependant été transmis au requérant et est également produit dans le cadre de la présente instance. Il s'ensuit que le moyen soulevé ne peut qu'être écarté qu'elle qu'en soit la portée exacte.
4. En deuxième lieu, l'arrêté du 7 décembre 2021 est signé par Thierry Chatelain, en sa qualité de directeur départemental des territoires des Deux-Sèvres, qui avait reçu délégation par l'arrêté du 20 octobre 2021 afin de signer les arrêtés, actes, décisions et correspondances entrant dans le champ de compétence de la direction départementale des Deux-Sèvres, notamment les actes et décisions relatifs à la police administrative de l'environnement relevant des articles L. 170-1 à L. 173-12 du code de l'environnement, au nombre desquels figurent la mise en demeure adressée par l'autorité compétente lorsque des travaux ou aménagements ont été réalisés sans avoir fait l'objet de l'autorisation ou de la déclaration requise.
5. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 170-1 du code de l'environnement : " Le présent titre définit les conditions dans lesquelles s'exercent les contrôles des installations, ouvrages, travaux, opérations, objets, dispositifs et activités régis par le présent code ainsi que les sanctions applicables en cas de manquement ou d'infraction aux prescriptions prévues par le présent code. () " et aux termes de l'article L. 171-1 de ce code, dans sa version applicable au litige : " I. ' Les fonctionnaires et agents chargés des contrôles prévus à l'article L. 170-1 ont accès : 1° Aux espaces clos et aux locaux accueillant des installations, des ouvrages, des travaux, des aménagements, des opérations, des objets, des dispositifs et des activités soumis aux dispositions du présent code, à l'exclusion des domiciles ou de la partie des locaux à usage d'habitation. Ils peuvent pénétrer dans ces lieux entre 8 heures et 20 heures et, en dehors de ces heures, lorsqu'ils sont ouverts au public ou lorsque sont en cours des opérations de production, de fabrication, de transformation, d'utilisation, de conditionnement, de stockage, de dépôt, de transport ou de commercialisation mentionnées par le présent code ; () II. ' Les fonctionnaires et agents chargés des contrôles ne peuvent avoir accès aux domiciles et à la partie des locaux à usage d'habitation qu'en présence de l'occupant et avec son assentiment. ".
6. Il résulte de ces dispositions que les agents de la direction départementale des territoires, pour effectuer le contrôle des ouvrages régis par le code de l'environnement, ont accès à ces ouvrages, à l'exception des locaux à usage d'habitation. Dès lors, les agents de la direction départementale des territoires des Deux-Sèvres ont pu régulièrement avoir accès aux plans d'eau situés sur la propriété de M. B, sans la présence de ce dernier, sans entacher la procédure suivie d'irrégularité.
7. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 214-1 du code de l'environnement : " Sont soumis aux dispositions des articles L. 214-2 à L. 214-6 les installations, les ouvrages, travaux et activités réalisés à des fins non domestiques par toute personne physique ou morale, publique ou privée, et entraînant des prélèvements sur les eaux superficielles ou souterraines, restitués ou non, une modification du niveau ou du mode d'écoulement des eaux, la destruction de frayères, de zones de croissance ou d'alimentation de la faune piscicole ou des déversements, écoulements, rejets ou dépôts directs ou indirects, chroniques ou épisodiques, même non polluants ". Aux termes de l'article L. 215-7-1 du même code : " Constitue un cours d'eau un écoulement d'eaux courantes dans un lit naturel à l'origine, alimenté par une source et présentant un débit suffisant la majeure partie de l'année. / L'écoulement peut ne pas être permanent compte tenu des conditions hydrologiques et géologiques locales. ". Il résulte des dispositions précitées que les critères prévus à l'article L. 215-7-1 du code de l'environnement, pour qualifier un cours d'eau, peuvent être appréciés de manière indirecte par la référence à des faisceaux d'indices qui, sans se substituer à ces critères eux-mêmes, permettent de déterminer si ceux-ci sont remplis.
8. Il ressort des rapports établis par la direction départementale des Deux-Sèvres et par l'Agence Française pour la Biodiversité du 15 mars 2019 que trois écoulements d'eau ont été recensés sur la propriété de M. B.
9. Le premier de ces écoulements, dénommé écoulement A, est matérialisé sur la carte de Cassini, sur le cadastre Napoléonien de 1838, sur la carte d'état-major, sur le plan rénové de 1937 ainsi que sur la carte IGN. Contrairement à ce que soutient le requérant, cet écoulement présente, dès lors, un lit naturel, ainsi qu'en attestent ces données cartographiques. Il ressort, en outre, du rapport de l'Agence française pour la biodiversité que cet écoulement satisfait aux deux autres critères afférents à l'alimentation par une source, constituée par deux mares, et à un débit suffisant la majeure partie de l'année, dès lors que l'exploitant des parcelles traversées par cet écoulement a indiqué qu'il ne tarissait que durant les mois de juillet et août. De plus, une différence dans le substrat a été constatée, composé de sables grossiers, de pierres et cailloux, en comparaison du sol des parcelles adjacentes, composé de terre végétale. La présence de berges, marquées par un dénivelé supérieur à 10 centimètres, a également été relevée.
10. Le deuxième écoulement, dénommé B, est, du moins pour sa partie aval, matérialisé sur le plan rénové de 1937 ainsi que sur la carte IGN de 2018. Il est, par conséquent, naturel à l'origine et est alimenté par une source dissimulée sous un amas de blocs rocheux granitiques. Par ailleurs, son débit est suffisant une majeure partie de l'année, permettant ainsi d'abriter la vie aquatique, et sa surface d'écoulement se différencie du substrat de la parcelle sur laquelle il est situé.
11. Enfin, le troisième écoulement, dénommé C, apparaît sur le plan rénové de 1937 et est alimenté par un tuyau qui capte les eaux issues de l'ancien écoulement en amont visible sur le plan rénové de 1937. De même que pour les deux écoulements d'eau précédents, et en dépit de l'anthropisation de sa source, il satisfait aux critères posés à la qualification de cours d'eau.
12. Dans ces conditions, et alors que le requérant ne produit aucun élément de nature à remettre en cause les constats figurant dans les rapports établis par la direction départementale des Deux-Sèvres ainsi que par l'Agence française pour la biodiversité, les moyens tirés de ce que le préfet des Deux-Sèvres ne pouvait régulièrement se fonder sur ces rapports, ni ne pouvait qualifier ces trois écoulements de cours d'eau, au sens des dispositions de l'article L. 215-7-1 du code de l'environnement précitées et faire usage de ses pouvoirs de police des cours d'eau en lui imposant la régularisation de leur situation administrative, ne peuvent qu'être écartés.
13. En cinquième lieu, M. B n'est pas fondé à soutenir que l'arrêté du 7 décembre 2021, qui ne prévoit pas d'entrée en vigueur antérieure à sa date de notification, est entaché de rétroactivité illégale.
14. En sixième lieu, si l'arrêté édicté le 7 décembre 2021 a été notifié au requérant par un courrier daté du 3 décembre 2021, cette erreur de plume est sans incidence sur la légalité de l'arrêté contesté.
15. En septième lieu, si le requérant entend se prévaloir des droits acquis résultant du courrier du 29 mai 1992 du directeur départemental de l'agriculture et de la forêt aux termes duquel ses plans d'eaux, étant alimentés par des eaux de source et indépendants de tout cours d'eau, n'étaient pas soumis à autorisation préalable, cette décision, fondée sur les informations transmises par le requérant, n'a pu créer de droits acquis à son égard qu'en tant que les conditions qu'elle mentionne expressément sont maintenues. Dès lors qu'il ressort des pièces du dossier, ainsi qu'il a été dit au point 12, que les plans d'eaux sur la propriété de M. B sont alimentés par des cours d'eaux et n'en sont ainsi pas indépendants, ce dernier n'est pas fondé à se prévaloir des droits que lui aurait conférés le courrier du 29 mai 1992.
16. En huitième lieu, aux termes du III de l'article R. 2225-7 du code général des collectivités territoriales : " En dehors des cas mentionnés au II, la mise à disposition du service public de la défense extérieure contre l'incendie d'un point d'eau pour l'intégrer aux points d'eau incendie fait l'objet d'une convention conclue entre le propriétaire du point d'eau et la commune ou l'établissement public de coopération intercommunale. Cette convention peut notamment fixer : - les modalités de restitution de l'eau utilisée au titre de la défense extérieure contre l'incendie ; - la gestion de la répartition de la ressource en eau pour les besoins du propriétaire et pour ceux de la défense extérieure contre l'incendie ; - la répartition des charges afférentes aux différents objets du service. "
17. En l'absence de production d'une convention conclue avec la commune de Saint-Aubin-le-Cloud portant sur la mise à disposition d'un point d'eau existant au service public de défense extérieure contre l'incendie, M. B n'est pas fondé à soutenir que la charge de régulariser la situation administrative du point d'eau n° 92037 situé sur la parcelle cadastrée section H 259 pèse sur la commune de Saint-Aubin-le-Cloud.
18. En dernier lieu, le préfet des Deux-Sèvres, qui s'est borné à mettre en œuvre les pouvoirs qu'il tient du code de l'environnement afin d'assurer la police de l'eau, n'a entaché l'arrêté contesté d'aucun détournement de procédure.
19. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. B doivent être rejetées, de même que, par voie de conséquence, le surplus de ses conclusions à fin d'injonction ainsi que ses conclusions présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D É C I D E :
Article 1 : La requête de M. B est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié M. A B et au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires.
Copie en sera adressée à la préfète des Deux-Sèvres.
Délibéré après l'audience du 10 septembre 2024, à laquelle siégeaient :
M. Campoy, président,
M. Henry, premier conseiller,
Mme Bréjeon, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 24 septembre 2024.
La rapporteure,
Signé
R. BRÉJEON
Le président,
Signé
L. CAMPOYLa greffière,
Signé
D. GERVIER
La République mande et ordonne au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Pour le greffier en chef,
La greffière,
Signé
D. GERVIER
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2307076
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Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2531339
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Tribunal Administratif de Lille — N° TA59-2509781
03/08/2026