jeudi 18 avril 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Poitiers |
| Section | Tribunal Administratif de Poitiers |
| N° Dossier | TA86-2200295 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Formation | 3ème chambre |
| Avocat requérant | SELARL DRAGEON-BILLEREY-RAMOS |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 1er février 2022, M. D B, représenté par la SELARL Drageon et Associés, demande au tribunal de condamner l'Office national d'indemnisation des accidents médicaux, des affections iatrogènes et des infections nosocomiales (ONIAM), au titre de la solidarité nationale, à lui verser la somme totale de 143 841,20 euros en réparation de ses préjudices consécutifs à son infection nosocomiale, assorties des intérêts au taux légal à compter de la date de la demande préalable, et de la capitalisation de ces intérêts.
Il soutient que :
- l'infection nosocomiale qu'il a contractée répond aux conditions de prise en charge indemnitaire au titre de la solidarité nationale, en application des dispositions du II de l'article L. 1142-1 du code de la santé publique ;
- il est fondé à obtenir l'indemnisation par l'ONIAM de ses préjudices, pour un montant total de 143 841,20, selon les modalités suivantes :
* 2 850 euros au titre de son déficit fonctionnel temporaire total ;
* 4 095 euros au titre de son déficit fonctionnel temporaire partiel ;
* 79 200 euros au titre de son déficit fonctionnel permanent ;
* 15 000 euros au titre des souffrances qu'il a endurées ;
* 18 000 euros en réparation de son préjudice esthétique permanent ;
* 1 500 euros en réparation des frais de véhicule adapté ;
* 13 196,20 euros au titre de ses dépenses de santé futures ;
* 10 000 euros en réparation de son préjudice d'agrément.
Par un mémoire en défense enregistré le 19 octobre 2022, l'ONIAM conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les conditions ouvrant droit à une indemnisation de M. B au titre de la solidarité nationale, en application du II de l'article L. 1142-1 du code de la santé publique, ne sont pas réunies.
La requête a été communiquée à la caisse primaire d'assurance maladie de la Charente-Maritime, qui n'a pas produit d'observations.
Vu :
- l'ordonnance n° 2000161, 2001779 du 4 février 2021 par laquelle le président du tribunal a taxé les frais de l'expertise réalisée par M. C A ;
- les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de la santé publique ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Gibson-Théry,
- et les conclusions de Mme Bréjeon, rapporteure publique.
Considérant ce qui suit :
1. M. D B, a subi une intervention chirurgicale le 28 mars 2019, au centre hospitalier de La Rochelle-Ré-Aunis, pour ablation de sa prothèse de genou droit à la suite d'un descellement aseptique, et reconstruction fémorale et tibiale par prothèse à charnière. Devant l'apparition d'un mollet gonflé, dur et douloureux au décours de l'opération, l'analyse des prélèvements peropératoires a montré, le 5 avril 2019, la présence d'un staphylococcus aureus. L'apparition d'une nécrose étendue mais superficielle, constatée le 24 avril 2019, a nécessité des soins locaux à réaliser tous les deux jours. Le 7 juin 2019, une ponction du genou droit sous anesthésie locale a été réalisée à la suite d'un œdème important de ce genou dans un contexte de chute récente. Le compte-rendu opératoire fait état d'une probable infection de prothèse de reprise avec une désunion cutanée de la partie inférieure. Après l'évocation d'une arthrodèse lors d'une consultation du 19 juillet 2019, une amputation du membre inférieur droit a finalement été pratiquée le 18 septembre 2019 au centre hospitalier universitaire de Poitiers. Par une ordonnance n°2000161 du 15 juillet 2020, le juge des référés du tribunal administratif de Poitiers a désigné M. C A en qualité d'expert. Celui-ci a rendu son rapport le 19 novembre 2020 et a conclu à l'existence d'une infection nosocomiale. Par un courrier du 2 juin 2021, M. B a demandé à l'ONIAM de l'indemniser pour un montant de 143 841,20 euros sur le fondement de la solidarité nationale. Par sa requête, M. B demande au tribunal de condamner l'ONIAM à lui verser la somme globale de 143 841,20 euros en réparation des préjudices qu'il estime avoir subis en lien avec cette infection.
Sur le principe de la prise en charge par l'ONIAM au titre de la solidarité nationale :
2. D'une part, aux termes du deuxième alinéa du I de l'article L. 1142-1 du code de la santé publique : " Les établissements, services et organismes susmentionnés [organismes dans lesquels sont réalisés des actes individuels de prévention, de diagnostic ou de soins] sont responsables des dommages résultant d'infections nosocomiales, sauf s'ils rapportent la preuve d'une cause étrangère ". Doit être regardée comme présentant un caractère nosocomial, une infection survenant au cours ou au décours de la prise en charge d'un patient et qui n'était ni présente, ni en incubation au début de celle-ci, sauf s'il est établi qu'elle a une autre origine que la prise en charge. Il n'y a pas lieu de tenir compte de ce que la cause directe de cette infection a le caractère d'un accident médical non fautif ou a un lien avec une pathologie préexistante.
3. D'autre part, aux termes de l'article L. 1142-1-1 du même code : " Sans préjudice des dispositions du septième alinéa de l'article L. 1142-17, ouvrent droit à réparation au titre de la solidarité nationale : / 1° Les dommages résultant d'infections nosocomiales dans les établissements, services ou organismes mentionnés au premier alinéa du I de l'article L. 1142-1 correspondant à un taux d'atteinte permanente à l'intégrité physique ou psychique supérieur à 25 % déterminé par référence au barème mentionné au II du même article, ainsi que les décès provoqués par ces infections nosocomiales ; () ".
4. Il résulte de l'instruction qu'à la suite de l'opération de M. B pour ablation de sa prothèse de genou droit le 28 mars 2019, les analyses peropératoires ont mis en évidence, dès le 4 avril 2019, la présence d'un staphylocoque doré, qui est, d'après l'expert, " la conséquence d'une contamination lors de l'analyse des prélèvements " effectués lors de l'opération, et qui ne révèle donc pas la présence d'une infection avant l'opération. Par la suite, le 24 avril 2019, il a été constaté que les tissus analysés étaient nécrosés de manière assez étendue mais superficiellement. Le compte-rendu de la ponction réalisée le 7 juin 2019 relève que M. B présente alors une " probable infection de prothèse de reprise avec une désunion cutanée de la partie inférieure dans un contexte de chute récent et présentant un œdème important du genou ". Si l'ONIAM conteste le caractère nosocomiale de l'infection, aux motifs qu'elle serait inhérente à la nécrose et serait donc apparue dans un second temps, " dans un contexte de chute récent " et de manquement aux consignes d'hygiène par M. B, il résulte du rapport d'expertise que l'absence d'une infection avant l'opération du 28 mars 2019, démontrée par les divers prélèvements analysés avant et pendant l'opération, implique que M. B a contracté une infection lorsqu'il était hospitalisé ou dans les suites de son opération. A cet égard, les circonstances qu'il ait pu mettre les doigts dans sa plaie, relevées le 3 juin 2019 par le médecin l'ayant opéré, et qu'il ait fait une chute en juin 2019, mentionnée dans le compte-rendu du 7 juin 2019, ne permettent pas d'établir l'extériorité de l'infection à la prise en charge médicale, même si, comme le note l'expert, l'origine de cette infection nosocomiale ne peut être datée de manière précise. En outre, il résulte de l'instruction et en particulier du rapport d'expertise que le taux de déficit fonctionnel permanent imputable à l'infection nosocomiale peut être évalué à 40 % compte tenu de l'amputation pratiquée.
5. Dans ces circonstances, les conditions de prise en charge par l'ONIAM au titre de la solidarité nationale des conséquences de l'infection nosocomiale contractée par M. B sont remplies.
Sur les préjudices dont la réparation est demandée :
En ce qui concerne les préjudices patrimoniaux permanents :
S'agissant des frais de santé futurs :
6. Au titre des frais de santé futurs, l'expert a estimé que M. B devra entretenir sa prothèse et la renouveler tous les cinq ans comme ses cannes anglaises. Toutefois, malgré une mesure d'instruction en ce sens, M. B n'a produit que trois factures, dont celle qui correspond à son fauteuil manuel pliant, laquelle a été intégralement prise en charge par le " régime obligatoire " pour un montant de 558,99 euros, et deux autres factures correspondant, pour l'une, à l'achat d'une barre d'appui cannelé et d'un tabouret de douche pour un montant de 69,60 euros, et pour l'autre, à l'achat d'une seconde barre d'appui cannelé d'un montant de 17,80 euros. Dans ces conditions, en l'absence d'éléments attestant que l'état de santé de M. B entraînera d'autres dépenses que la victime devra supporter à l'avenir, il sera fait une exacte appréciation des frais annuels de santé demeurant à la charge du requérant en les fixant à 87,40 euros. Il y lieu, dans les circonstances de l'espèce, de convertir ce montant annuel en un capital. Sur la base de ces éléments, rapportés à une victime âgée de 68 ans à la date du présent jugement à laquelle, en l'état du dossier, il y a lieu de se placer pour évaluer les frais futurs, le coefficient de capitalisation prévu par le barème 2022 publié à la gazette du Palais s'élève à 16,738. Il en résulte que la somme due à M. B au titre des frais annuels de santé demeurant à sa charge s'établit à 1 463 euros.
S'agissant de l'aménagement du véhicule :
7. L'état de santé de M. B nécessite l'achat et la pose d'un kit d'inversion des pédales de son véhicule. Ce chef de préjudice doit être regardé comme étant entièrement en lien avec l'amputation subie par le requérant. Il résulte du devis produit, qui n'est pas contesté en défense, que le surcoût pour l'achat de ce kit peut être évalué à 852,90 euros. La durée de vie d'un véhicule étant de sept ans en moyenne, et après application d'un coefficient de capitalisation de 16,738 prévu par le barème publié à la gazette du Palais pour un homme de 68 ans, le préjudice au titre des frais de renouvellement doit être évalué à la somme de 2 040 euros.
En ce qui concerne les préjudices extrapatrimoniaux :
S'agissant du déficit fonctionnel temporaire :
8. Il résulte de l'instruction que M. B a supporté du fait de l'infection nosocomiale un déficit fonctionnel temporaire total du 1er août 2019 au 5 août 2019 et du 19 septembre 2019 au 3 janvier 2020, puis un déficit partiel de 50 % du 4 janvier 2020 au 1er septembre 2020, un déficit partiel de 25 % du 6 août 2019 au 18 septembre 2019, puis un déficit partiel de 10 % du 29 mai 2019 au 31 juillet 2019. Il sera fait une juste appréciation du préjudice subi, sur la base de 500 euros par mois pour un déficit temporaire total, en fixant à 4 147 euros l'indemnité le réparant.
S'agissant du déficit fonctionnel permanent :
9. L'expert a évalué le déficit fonctionnel permanent de M. B, âgé de 64 ans à la date de la consolidation, à 40 %, du fait de l'amputation subie, en tenant compte du déficit fonctionnel permanent qu'il aurait conservé en l'absence d'infection nosocomiale. Ce préjudice sera justement indemnisé par l'octroi d'une somme de 62 000 euros.
S'agissant des souffrances endurées :
10. L'expert a évalué les souffrances endurées par M. B avant la date de consolidation à 4 sur une échelle de 7. Par suite, l'indemnisation à laquelle M. B peut prétendre à ce titre s'élève à 7 500 euros.
S'agissant du préjudice esthétique :
11. Il résulte de l'instruction que M. B subit un préjudice esthétique permanent, compte tenu de l'amputation et du port de la prothèse, dont il sera fait une juste appréciation en fixant à 7 500 euros l'indemnité le réparant.
S'agissant du préjudice d'agrément :
12. La circonstance que le rapport de l'expert évoque l'activité de supporter du club de rugby de La Rochelle en se fondant sur les déclarations de M. B ne permet pas de démontrer que le requérant a subi un préjudice distinct de celui qui est réparé par l'indemnisation du déficit fonctionnel permanent dont il souffre.
13. Il résulte de tout ce qui précède que l'évaluation totale des préjudices subis par M. B du fait de l'infection nosocomiale dont il a été victime s'élève à la somme totale de 84 650 euros. Il y a donc lieu de condamner l'ONIAM à lui verser cette somme au titre de la solidarité nationale.
Sur les intérêts et leur capitalisation :
14. D'une part, M. B a droit aux intérêts au taux légal sur l'indemnité de 84 650 euros à compter de la date de réception de sa demande préalable du 2 juin 2021 par l'ONIAM.
15. La capitalisation des intérêts peut être demandée à tout moment devant le juge du fond, même si, à cette date, les intérêts sont dus depuis moins d'une année. En ce cas, cette demande ne prend toutefois effet qu'à la date à laquelle, pour la première fois, les intérêts sont dus pour une année entière. La capitalisation des intérêts a été demandée pour la première fois lors de l'enregistrement de la présente requête, le 1er février 2022. A cette date, il n'était pas dû une année d'intérêts. Il y a donc lieu de faire droit à la demande de capitalisation à l'expiration d'un délai d'un an depuis la date de réception de la demande préalable d'indemnisation par l'ONIAM, date à laquelle était due, pour la première fois, une année d'intérêts, ainsi qu'à chaque échéance annuelle à compter de cette date.
Sur les frais liés au litige :
16. Par son ordonnance n° 2000161, 2001779 du 4 février 2021, le président du tribunal administratif de Poitiers a mis à la charge de M. B les frais de l'expertise ordonnée en référé le 15 juillet 2020, liquidés et taxés à la somme de 700 euros. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu, en application de l'article R. 621-13 du code de justice administrative, de mettre ces frais à la charge définitive de l'ONIAM.
D E C I D E :
Article 1er : La somme de 84 650 euros est mise à la charge de l'ONIAM au titre des préjudices supportés par M. B. Cette somme portera intérêts à compter de la date de réception de la demande préalable d'indemnisation du 2 juin 2021 par l'ONIAM. A l'expiration du délai d'un an à compter de cette date de réception, les intérêts échus seront capitalisés pour porter eux-mêmes intérêts, ainsi qu'à chaque échéance annuelle successive.
Article 2 : Les frais d'expertise taxés à la somme de 700 euros par ordonnance du 4 février 2021 sont mis à la charge définitive de l'ONIAM.
Article 3 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. D B et à l'Office national d'indemnisation des accidents médicaux, des affections iatrogènes et des infections nosocomiales et à la caisse primaire d'assurance maladie de la Charente-Maritime.
Délibéré après l'audience du 28 mars 2024, à laquelle siégeaient :
M. Cristille, président,
Mme Duval-Tadeusz, première conseillère,
Mme Gibson-Théry, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 18 avril 2024.
La rapporteure,
Signé
S. GIBSON-THERY
Le président,
Signé
P. CRISTILLELa greffière,
Signé
N. COLLET
La République mande et ordonne à la ministre du travail, des solidarités et de la santé en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme
Pour le greffier en chef,
La greffière
D. GERVIER
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026