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AccueilJurisprudence administrativeN° TA86-2200313

Tribunal Administratif de Poitiers — Décision N° TA86-2200313

vendredi 12 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif de Poitiers
SectionTribunal Administratif de Poitiers
N° DossierTA86-2200313
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
Formation3ème chambre
Avocat requérantADALTYS AVOCATS

Résumé IA

Le Tribunal administratif de Poitiers a examiné la requête de Mme C B, agent du département de la Charente, contestant plusieurs décisions relatives à sa rémunération et à son évaluation professionnelle, et demandant réparation pour pertes financières et préjudice moral. La requérante invoquait notamment une carence fautive de l'administration dans la gestion de sa carrière, une méconnaissance du principe d'égalité de traitement et une discrimination. Le tribunal a rejeté l'ensemble des conclusions de Mme B, considérant que les moyens soulevés n'étaient pas fondés. Cette décision s'appuie sur les dispositions de la loi n° 84-53 du 26 janvier 1984 et du décret n° 91-875 du 6 septembre 1991 relatifs à la fonction publique territoriale.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

I. Par une requête enregistrée sous le numéro 2200313 le 1er février 2022, et un mémoire enregistré le 4 mars 2024, Mme C B, représentée par Me Tribot, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler la décision implicite du 1er mai 2021 et la décision du 4 mai 2021 par lesquelles le président du conseil départemental de la Charente a rejeté sa demande d'indemnisation du 26 février 2021 ;

2°) d'annuler la décision du 18 juin 2021 par laquelle le président du conseil départemental de la Charente a refusé de réévaluer les niveaux d'appréciation de ses compétences au titre de son évaluation professionnelle pour l'année 2020 et d'émettre un avis favorable à sa promotion interne sur le grade d'attaché territorial ;

3°) d'annuler les arrêtés du 6 janvier 2022 par lesquels le président du conseil départemental de la Charente lui a attribué une indemnité de fonctions, de sujétions et d'expertise (IFSE) de 570 euros mensuels assortie d'une indemnité compensatrice de 65 euros mensuels, à compter du 1er juin 2021, correspondant à un emploi repère de chef de secteur B relevant du niveau fonctionnel 3.3 ;

4°) à titre principal, de condamner le département de la Charente, sur le fondement de sa responsabilité pour faute, à lui verser, d'une part, la somme de 3 875 euros à parfaire, en réparation de sa perte de rémunération au titre de l'emploi repère et de l'IFSE sur la période de janvier 2020 à juillet 2022, assortie des intérêts au taux légal à compter du 1er janvier 2020 et de leur capitalisation, d'autre part, la somme de 20 194,60 euros à parfaire, en réparation de sa perte de rémunération au titre de l'indemnité compensatrice sur la période de janvier 2018 à juillet 2022, assortie des intérêts au taux légal à compter du 1er janvier 2018 et de leur capitalisation, et, enfin, la somme de 8 000 euros en réparation de son préjudice moral causé par les illégalités fautives commises par le département ;

5°) à titre subsidiaire, de condamner le département de la Charente à lui verser la somme de 2 040 euros à parfaire en réparation de sa perte de rémunération au titre de l'emploi repère et de l'IFSE sur la période de janvier 2020 à décembre 2021, assortie des intérêts au taux légal à compter du 1er janvier 2020 et de leur capitalisation ;

6°) d'enjoindre au conseil départemental de la Charente, d'une part, de procéder, en conséquence, à sa reconstitution de carrière et au recalcul de ses droits à la retraite, d'autre part, de lui communiquer les arrêtés et fiches de paie rectifiés et lui payer les sommes dues, et, enfin, de réviser le compte rendu de son entretien professionnel de l'année 2020, le tout dans le délai de deux mois à compter du jugement à intervenir, sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;

7°) de mettre à la charge du département de la Charente la somme de 2 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- sa requête est recevable ;

- la responsabilité du département de la Charente est engagée à raison des fautes qu'il a commises dans la gestion de sa carrière, du fait de la carence fautive à s'être abstenu de régir sa situation entre le 1er janvier 2020 et le 31 mai 2020 et à ne pas lui avoir versé d'indemnité compensatrice depuis le 1er janvier 2018, méconnaissant ainsi l'égalité de traitement entre elle et les autres agents et révélant une discrimination à son égard, en raison des différents recours qu'elle a exercés, de ses fonctions syndicales et de son sexe ;

- elle a perdu une chance sérieuse d'être promue au grade d'attaché territorial ;

- les décisions du 4 mai et du 18 juin 2021, ainsi que l'arrêté du 25 juin 2021 ont été pris par une autorité incompétente ;

- les arrêtés du 25 juin 2021 et du 6 janvier 2022 sont insuffisamment motivés ;

- le refus de lui attribuer une indemnité compensatrice à compter du 1er janvier 2018 méconnaît la délibération du 20 décembre 2019 du conseil départemental de la Charente ;

- les décisions attaquées méconnaissent les dispositions de l'article 88 de la loi n° 84-53 du 26 janvier 1984, de l'article 2 du décret n° 91-875 du 6 septembre 1991 et de l'article 13.1 de la délibération du 20 décembre 2019, à défaut d'avoir prévu la reconstitution de sa carrière à compter du 1er janvier 2020 ;

- la décision du 18 juin 2021 constitue une sanction déguisée en raison de ses recours contentieux et de ses activités syndicales ;

- les décisions en litige sont entachées d'une erreur manifeste d'appréciation dès lors qu'elle peut prétendre, au regard de ses fonctions, à une IFSE correspondant à un emploi repère de chef de secteur A relevant du niveau fonctionnel 3.2 ;

- à titre principal, elle est fondée à être indemnisée de ses préjudices financiers, à raison d'une somme de 3 875 euros, à parfaire au jour du jugement, au titre de l'IFSE qu'elle aurait dû percevoir à compter du 1er janvier 2020, correspondant à un montant mensuel de 610 euros, et d'une somme de 20 194,60 euros, à parfaire au jour du jugement, au titre de l'indemnité compensatrice qu'elle aurait dû percevoir depuis le 1er janvier 2018, ainsi que de son préjudice moral, qu'elle évalue à 8 000 euros ;

- à titre subsidiaire, dans l'hypothèse où le tribunal déciderait que son emploi repère correspond au chef de secteur B, elle serait fondée à être indemnisée de son préjudice financier par l'octroi d'une somme de 2 040 euros au titre de sa perte de rémunération entre le 1er janvier 2020 et le 31 décembre 2021.

Par un mémoire en défense enregistré le 25 avril 2023, et un nouveau mémoire enregistré le 29 mars 2024, non communiqué, le département de la Charente, représenté par l'AARPI Adaltys, conclut au non-lieu à statuer sur les conclusions tendant à l'annulation des arrêtés du 25 juin 2021 et n° 2021-5718-CD du 6 janvier 2022, au rejet du surplus des conclusions de la requête, et à ce que la somme de 2 000 euros soit mise à la charge de Mme B en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- il n'y a pas lieu de statuer sur les conclusions dirigées contre l'arrêté du 25 juin 2021 et l'arrêté n° 2021-5718-CD du 6 janvier 2022, dès lors qu'ils ont été retirés par l'arrêté n° 2021-5891-CD du 6 janvier 2022 ;

- à titre principal, les conclusions présentées à l'encontre de la décision implicite du 1er mai 2021, de la décision du 4 mai 2021 et de celles des 18 et 25 juin 2021 sont irrecevables, faute d'avoir été présentées dans le délai de recours contentieux, et les conclusions dirigées contre l'arrêté n° 2021-5891-CD du 6 janvier 2022 sont irrecevables, Mme B ne justifiant pas d'un intérêt lui donnant qualité pour agir à son encontre ;

- à titre subsidiaire, il n'a commis aucune faute de nature à engager sa responsabilité dans la gestion de la carrière de Mme B, et les moyens soulevés par Mme B à l'encontre des décisions attaquées ne sont pas fondés.

Par un courrier du 13 juin 2024, les parties ont été informées, en application de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement était susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office tiré de l'irrecevabilité des conclusions en annulation dirigées contre l'arrêté du 25 juin 2021, dès lors qu'il a été retiré par l'arrêté n° 2021-5718-CD du 6 janvier 2022, et des conclusions dirigées contre ce dernier arrêté, lui-même devant être regardé comme ayant été retiré par l'arrêté n° 2021-5891-CD du 6 janvier 2022, ces deux retraits ayant eu lieu avant l'introduction de la requête de Mme B.

Une réponse à ce moyen relevé d'office a été enregistrée le 14 juin 2024 pour Mme B et communiquée.

II. Par une requête enregistrée sous le numéro 2200899 le 6 avril 2022, et deux nouveaux mémoires enregistrés le 15 février 2024 et le 4 avril 2024, ainsi qu'un autre mémoire enregistré le 21 mai 2024 non communiqué, Mme C B, représenté par Me Tribot, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler la décision par laquelle le président du conseil départemental de la Charente a implicitement rejeté le recours gracieux qu'elle a exercé le 5 avril 2022 afin d'obtenir la révision de son entretien d'évaluation professionnelle au titre de l'année 2021 ;

2°) d'enjoindre au conseil départemental de la Charente de réviser le compte-rendu de son entretien professionnel au titre de l'année 2021 dans le délai de deux mois à compter du jugement à intervenir, sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge du département de la Charente la somme de 2 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- sa requête est recevable ;

- la décision implicite de rejet, née le 7 juin 2022, du recours gracieux qu'elle a exercé le 5 avril 2022 en vue d'obtenir la révision de son compte-rendu d'entretien au titre de l'année 2021, est insuffisamment motivée ;

- son compte-rendu d'entretien professionnel au titre de l'année 2021 est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation en raison de l'avis défavorable émis par sa hiérarchie sur sa promotion au grade d'attaché territorial, à l'instar de l'année précédente et en totale incohérence avec les années précédentes, caractérisant la discrimination dont elle fait l'objet et traduisant une sanction déguisée, qui justifie d'enjoindre au département de la Charente de réviser ce compte-rendu.

Par des mémoires en défense enregistrés le 25 avril 2023 et le 7 mai 2024, le département de la Charente, représenté par l'AARPI Adaltys, conclut au rejet de la requête, et à ce que la somme de 2 000 euros soit mise à la charge de Mme B en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- à titre principal et en dernier lieu, la requête est irrecevable faute d'être dirigée à l'encontre d'une décision existante à sa date d'enregistrement, et en tout état de cause, la demande par Mme B de révision de son entretien d'évaluation professionnelle au titre de l'année 2021 est tardive ;

- à titre subsidiaire, les moyens soulevés par Mme B ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général de la fonction publique ;

- la loi n° 83- 634 du 13 juillet 1983 ;

- la loi n°84-53 du 26 janvier 1984 ;

- le décret n° 91-875 du 6 septembre 1991 ;

- le décret n° 2014-1526 du 16 décembre 2014 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Gibson-Théry,

- les conclusions de Mme Bréjeon, rapporteure publique,

- et les observations de Me Tribot, représentant Mme B.

Considérant ce qui suit :

1. Les requêtes n°s 2200313 et 2200899 introduites par Mme B concernent une même requérante et ont fait l'objet d'une instruction commune. Il y a lieu de les joindre pour statuer par un seul jugement.

2. Madame B occupait un emploi de cheffe de secteur dans le domaine de l'entretien et du nettoyage de locaux au sein du département de la Charente, en qualité d'agent titulaire au grade de rédacteur principal de première classe. Par un jugement du 27 novembre 2019, le tribunal administratif de Poitiers a annulé avec effet différé au 31 mars 2020 la délibération du 22 décembre 2017 par laquelle le conseil départemental de la Charente a institué le régime indemnitaire tenant compte des fonctions, des sujétions, de l'expertise et de l'engagement professionnel (RIFSEEP), au motif qu'elle ne précisait pas, pour chaque grade des cadres d'emplois concernés par le RIFSEEP, les montants minimaux d'indemnité de fonctions, de sujétions et d'expertise (IFSE) correspondant à chaque groupe de fonctions. Par une délibération du 20 décembre 2019, le conseil départemental a abrogé les délibérations antérieures, dont celle du 22 décembre 2017, ayant instauré le RIFSEEP. Par un jugement n° 1801939 du 3 juin 2020, le tribunal administratif a annulé l'arrêté du 6 juillet 2018, pris sur le fondement de la délibération du 22 décembre 2017, ayant fixé l'IFSE de Mme B à 485 euros mensuels et lui attribuant une indemnité compensatrice de 65 euros, mais n'a pas statué, en retenant la tardiveté du recours, sur la légalité de l'arrêté précédent du 12 janvier 2018, par lequel l'IFSE de Mme B avait été fixée à 550 euros par mois, qui n'a ainsi pas été annulé. Par un recours préalable du 26 février 2021, Mme B a demandé au département une indemnisation au titre des fautes commises par celui-ci dans la détermination de son régime indemnitaire. Elle a également sollicité l'édiction d'un nouvel arrêté lui attribuant une IFSE à partir du 1er janvier 2020, une indemnité compensatrice, et la plaçant sur l'emploi repère de chef de secteur A, attaché au niveau fonctionnel 3.2 de management opérationnel. Ses demandes ont été rejetées par un courrier du 4 mai 2021. Par un courrier du 18 juin 2021, le président du conseil départemental a rejeté le recours exercé par Mme B concernant son évaluation professionnelle au titre de l'année 2020, sur les niveaux d'appréciation de ses compétences et l'avis défavorable émis quant à sa possibilité d'être promue en interne sur le grade d'attaché, malgré un avis favorable de la commission administrative paritaire du 9 juin 2021. Par un arrêté du 25 juin 2021, le département a attribué à Madame B, à compter du 1er juin 2021, une IFSE de 485 euros, complétée par une indemnité compensatrice de 65 euros, correspondant à l'emploi repère de chef de secteur groupe C, relevant du niveau fonctionnel 3.3. Après plusieurs échanges entre les parties, le conseil départemental a adopté un nouvel arrêté n° 2021-5718-CD le 6 janvier 2022 par lequel il a positionné Mme B sur un emploi repère de chef de secteur B relevant du niveau fonctionnel 3.3 en lui attribuant une IFSE de 570 euros mensuels assortie d'une indemnité compensatrice de 65 euros mensuels, à compter du 1er novembre 2021. Par un arrêté du même jour n° 2021-5891-CD, il a maintenu le positionnement et le régime indemnitaire ainsi déterminé mais a fixé l'entrée en vigueur de cette mesure au 1er juin 2021. Par un recours préalable indemnitaire du 18 janvier 2022, Mme B a demandé au conseil départemental de réparer le préjudice financier, au titre de la perte de rémunération, et le préjudice moral, qu'elle estime avoir subis. Après son entretien d'évaluation annuel portant sur l'année 2021 dont le compte-rendu est daté du 2 février 2022, Mme B a, par un courrier du 5 avril 2022, contesté le nouvel avis défavorable émis par sa hiérarchie quant à sa promotion interne au grade d'attaché. Par sa requête enregistrée sous le n° 2200313, Mme B demande l'annulation des décisions du 1er et 4 mai 2021, du 18 juin 2021 et des arrêtés du 6 mai 2022, et la condamnation du département de la Charente à lui verser la somme totale de 32 069,60 euros, à parfaire, en réparation de ses préjudices qu'elle aurait subis. Par sa requête enregistrée sous le n° 2200899, Mme B demande l'annulation de la décision implicite de rejet du recours gracieux qu'elle a exercé le 5 avril 2022 afin d'obtenir la révision de son entretien d'évaluation professionnelle au titre de l'année 2021.

Sur l'étendue du litige :

En ce qui concerne l'instance n° 2200313 :

3. En premier lieu, il résulte de l'instruction que par les deux arrêtés n° 2021-5718-CD et n° 2021-5891-CD du 6 janvier 2022, le département de la Charente, en fixant l'emploi-repère de Mme B à celui de chef de secteur groupe B relevant du niveau fonctionnel 3.3 et lui attribuant, à compter du 1er juin 2021, une IFSE de 570 euros bruts mensuels correspondant à cet emploi-repère, ainsi qu'une indemnité compensatrice de 65 euros bruts mensuels, a implicitement mais nécessairement retiré l'arrêté du 25 juin 2021, qui la plaçait, à compter du 1er juin 2021, sur l'emploi-repère de chef de secteur groupe C relevant du niveau fonctionnel 3.3 avec une IFSE de 485 euros et une indemnité compensatrice de 65 euros. Dans ces conditions, et alors que Mme B avait reçu notification des deux arrêtés du 6 janvier 2022 à la date à laquelle elle a introduit sa requête, ses conclusions tendant à l'annulation de l'arrêté du 25 juin 2021 sont sans objet, et, par suite, irrecevables.

4. En revanche, si le département soutient que l'arrêté n° 2021-5891-CD du 6 janvier 2022 a retiré également l'arrêté n° 2021-5718-CD du même jour, il résulte des termes mêmes de l'arrêté n° 2021-5891-CD que celui-ci se borne à modifier l'article 1er de l'arrêté ° 2021-5718-CD en fixant sa date d'effet au 1er juin 2021 au lieu du 1er novembre 2021, et que les autres articles de l'arrêté n° 2021-5718-CD, parmi lesquels son article 2 prévoyant le versement mensuel de l'indemnité " au prorata du taux d'activité de l'agent ", demeurent inchangés. Cette disposition n'ayant pas été reprise par l'arrêté n° 2021-5891-CD, ce dernier ne peut donc être regardé comme se substituant implicitement mais nécessairement à l'arrêté n° 2021-5718-CD dans toutes ses dispositions. Il s'ensuit que les conclusions dirigées à l'encontre de l'arrêté n° 2021-5718-CD du 6 janvier 2022 ne sont pas dépourvues d'objet.

5. En deuxième lieu, si le silence gardé par l'administration sur un recours gracieux ou hiérarchique fait naître une décision implicite de rejet qui peut être déférée au juge de l'excès de pouvoir, une décision explicite de rejet intervenue postérieurement, qu'elle fasse suite ou non à une demande de communication des motifs de la décision implicite, se substitue à la première décision. Il en résulte que des conclusions à fin d'annulation de cette première décision doivent être regardées comme dirigées contre la seconde et que, dès lors, celle-ci ne peut être utilement contestée.

6. Il résulte de l'instruction que si Mme B attaque la décision implicite par laquelle le président du conseil départemental de la Charente a rejeté sa demande d'indemnisation du 26 février 2021, la décision expresse de rejet de son recours indemnitaire, intervenue le 4 mai 2021, qu'elle conteste également, s'est substituée à la décision implicite précédente, dès lors insusceptible de recours. Par suite, ainsi que le soutient le département de la Charente, les conclusions en annulation dirigées contre la décision implicite de rejet précitée sont irrecevables.

7. En troisième lieu, l'intérêt à agir s'apprécie au regard des conclusions de la requête et non des moyens invoqués. Il résulte de l'instruction que le conseil de Mme B a informé l'autorité territoriale, par un message électronique du 31 décembre 2021, que " tous les agents [dont Mme B] accept[ai]ent la proposition d'emploi repère qui leur [était] faite par le président ", cette proposition correspondant, selon un courrier du 23 décembre 2021 du président du conseil départemental, au positionnement de la requérante sur l'emploi-repère de chef de secteur groupe B au sein du niveau fonctionnel 3.3, avec une IFSE portée à 570 euros, à effet du 1er juin 2021. A cet égard, si des messages électroniques des 20 et 22 juillet 2022 émanant d'une organisation syndicale du département de la Charente et de la directrice juridique évoquent un projet de protocole d'accord positionnant Mme B au 1er janvier 2022 sur l'emploi repère sollicité " dans le cadre des contentieux contre désistement des instances en cours ", il ne résulte pas de l'instruction qu'un tel protocole ait finalement été signé. Mme B ne peut donc utilement s'en prévaloir pour soutenir qu'elle dispose d'un intérêt pour agir s'agissant de son positionnement sur l'emploi repère de chef de secteur groupe B. Dans ces conditions, Mme B ne dispose pas d'un intérêt pour contester les dispositions des arrêtés n° 2021-5718-CD et n° 2021-5891-CD du 6 janvier 2022 en tant qu'il la place sur l'emploi-repère de chef de secteur groupe B relevant du niveau fonctionnel 3.3, auquel correspond une IFSE de 570 euros.

En ce qui concerne l'instance n° 2200899 :

8. D'une part, il n'appartient pas à la juridiction administrative d'adresser des injonctions à l'administration, qui, présentées à titre principal, sont irrecevables.

9. D'autre part, le principe de sécurité juridique, qui implique que ne puissent être remises en cause sans condition de délai des situations consolidées par l'effet du temps, fait obstacle à ce que puisse être contestée indéfiniment une décision administrative individuelle qui a été notifiée à son destinataire, ou dont il est établi, à défaut d'une telle notification, que celui-ci a eu connaissance. En une telle hypothèse, si le non-respect de l'obligation d'informer l'intéressé sur les voies et délais de recours, ou l'absence de preuve qu'une telle information a bien été fournie, ne permet pas que lui soient opposés les délais de recours fixés par le code de justice administrative, le destinataire de la décision ne peut exercer de recours juridictionnel au-delà d'un délai raisonnable. En règle générale et sauf circonstances particulières dont se prévaudrait le requérant, ce délai ne saurait, sous réserve de l'exercice de recours administratifs pour lesquels les textes prévoient des délais particuliers, excéder un an à compter de la date à laquelle une décision expresse lui a été notifiée ou de la date à laquelle il est établi qu'il en a eu connaissance.

10. Les règles énoncées au point 9, relatives au délai raisonnable au-delà duquel le destinataire d'une décision ne peut exercer de recours juridictionnel sont également applicables à la contestation d'une décision implicite de rejet née du silence gardé par l'administration sur une demande présentée devant elle, lorsqu'il est établi que le demandeur a eu connaissance de la décision. Ce principe s'applique également au rejet implicite d'un recours gracieux. La preuve de la connaissance du rejet implicite d'un recours gracieux ne saurait résulter du seul écoulement du temps depuis la présentation du recours. Elle peut en revanche résulter de ce qu'il est établi, soit que l'intéressé a été clairement informé des conditions de naissance d'un refus implicite de son recours gracieux, soit que la décision prise sur ce recours a par la suite été expressément mentionnée au cours de ses échanges avec l'administration. S'il n'a pas été informé des voies et délais dans les conditions prévues par les textes cités au point 2, l'auteur du recours gracieux, dispose, pour saisir le juge, d'un délai raisonnable qui court, dans la première hypothèse, de la date de naissance de la décision implicite et, dans la seconde, de la date de l'événement établissant qu'il a eu connaissance de cette décision.

11. Il résulte de l'instruction que Mme B a présenté, dans son mémoire introductif d'instance, des conclusions à fin d'injonction à titre principal, destinées uniquement, selon elle et après nécessaire jonction des instances n°s 2200313 et 2200899, à tirer les conséquences des annulations devant être prononcées dans le cadre de l'instance n° 2200313. Par son mémoire en réplique enregistré le 15 février 2024, Mme B a ajouté à ses premières conclusions, jusqu'alors au demeurant irrecevables dès lors qu'il n'appartient pas à la juridiction administrative d'adresser des injonctions à l'administration à titre principal, des conclusions à fin d'annulation de la décision implicite par laquelle sa demande de révision de son entretien professionnel au titre de l'année 2021, reçue par le conseil départemental le 7 avril 2022, a été rejetée. Toutefois, la décision implicite attaquée par Mme B dans son mémoire du 15 février 2024, née, ainsi qu'elle le soutient elle-même, le 7 juin 2022, ne pouvait faire l'objet d'une contestation contentieuse que dans le délai raisonnable d'un an à compter de cette dernière date, dès lors que, par sa requête enregistrée le 6 avril 2022, Mme B, en demandant au tribunal d'enjoindre au conseil départemental de réviser son compte-rendu d'entretien professionnel au titre de l'année 2021, doit être regardée comme ayant eu connaissance de la décision implicite qu'elle conteste. Dans ces conditions, les conclusions de Mme B à fin d'annulation de la décision implicite née le 7 juin 2022 sont tardives, et par suite irrecevables.

Sur les conclusions à fin d'annulation restant en litige :

En ce qui concerne la légalité externe :

12. En premier lieu, il ressort des pièces du dossier, et notamment de l'arrêté du 16 octobre 2020 produit en défense, régulièrement publié au recueil des actes administratifs du département de la Charente, que M. A D, directeur général des services du département, a reçu délégation du président du conseil départemental, à l'effet de signer tous les actes et décisions en toutes matières. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire des décisions du 4 mai et du 18 juin 2021 manque en fait et doit donc être écarté.

13. En deuxième lieu, les arrêtés contestés du 6 janvier 2022 visent les textes applicables à la situation de Mme B et se fondent sur l'emploi-repère qu'elle détient. Il s'ensuit que le moyen tiré de leur insuffisante motivation doit être écarté comme manquant en fait.

14. En troisième lieu, aux termes de l'article 6 du décret du 16 décembre 2014 relatif à l'appréciation de la valeur professionnelle des fonctionnaires territoriaux : " Les modalités d'organisation de l'entretien professionnel sont les suivantes : / 1° Le fonctionnaire est convoqué huit jours au moins avant la date de l'entretien par le supérieur hiérarchique direct ; () ".

15. Si Mme B reproche au département de ne pas avoir respecté le délai de huit jours de convocation à son entretien professionnel au titre de l'année 2020, un tel vice de procédure, à le supposer même établi en l'absence de tout élément probant produit à cet égard, n'est en tout état de cause pas susceptible d'avoir exercé une quelconque influence sur la légalité de la décision du 18 juin 2021 refusant de modifier le compte-rendu établi à l'issue de l'entretien qui s'est déroulé le 26 janvier 2021. Il suit de là que le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article 6 du décret du 16 décembre 2014 précité doit être écarté.

En ce qui concerne la légalité interne :

S'agissant de l'IFSE de Mme B :

16. En premier lieu, aux termes du premier alinéa de l'article 88 de la loi du 26 janvier 1984 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique territoriale, alors en vigueur : " Les organes délibérants des collectivités territoriales et de leurs établissements publics fixent les régimes indemnitaires, dans la limite de ceux dont bénéficient les différents services de l'Etat ". Aux termes de l'article 2 du décret du 6 septembre 1991 pris pour l'application du premier alinéa de l'article 88 de la loi du 26 janvier 1984 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique territoriale : " L'assemblée délibérante de la collectivité ou le conseil d'administration de l'établissement fixe, dans les limites prévues à l'article 1er, la nature, les conditions d'attribution et le taux moyen des indemnités applicables aux fonctionnaires de ces collectivités ou établissements. L'organe compétent fixe, notamment, la liste des emplois dont les missions impliquent la réalisation effective d'heures supplémentaires ouvrant droit aux indemnités horaires pour travaux supplémentaires versées dans les conditions prévues pour leur corps de référence figurant en annexe au présent décret. / Pour la détermination du montant des indemnités sont seuls pris en compte les emplois inscrits au budget de la collectivité ou de l'établissement effectivement pourvus. / L'autorité investie du pouvoir de nomination détermine, dans cette limite, le taux individuel applicable à chaque fonctionnaire ".

17. D'une part, l'article 13 de la délibération du conseil départemental du 20 décembre 2019 prévoit l'entrée en vigueur du RIFSEEP, tel qu'il a été modifié après l'annulation contentieuse de la délibération du 22 décembre 2017, pour les agents des cadres d'emplois de la filière administrative, à laquelle Mme B appartient, au 1er janvier 2020. En vertu de l'article 13.1 de cette même délibération, les attributions de chaque agent doivent être définies par des arrêtés individuels. S'il résulte de ces dispositions que Mme B devait effectivement percevoir une IFSE au cours de la période allant du 1er janvier 2020 au 31 mai 2021, rien n'obligeait cependant le département à fixer cette IFSE en plaçant Mme B sur l'emploi repère de chef de secteur B ou A, comme elle le demande, alors que le département soutient, sans être contredit sur ce point, que Mme B a continué à percevoir au cours de cette période l'IFSE à laquelle elle avait droit en application de l'arrêté du 12 janvier 2018 selon lequel, compte tenu de son positionnement sur l'emploi repère de chef de secteur groupe C relevant du niveau fonctionnel 3.3, elle a perçu une IFSE de 550 euros mensuels. Dans ces conditions, Mme B ne peut pas sérieusement soutenir avoir été placée dans " une situation de vide juridique " pour la période en cause, ni, en conséquence, que cette situation de " vide juridique " aurait un impact sur ses droits à la retraite.

18. D'autre part, il résulte de ce qui précède que le département de la Charente n'a pas davantage porté atteinte à l'égalité de traitement entre Mme B et les autres agents au motif, non établi, que sa reconstitution de carrière aurait tardé en raison du refus du département de rendre rétroactif au 1er janvier 2020 l'arrêté régissant son IFSE au lieu du 1er juin 2021. Par suite, les moyens tirés de la méconnaissance des dispositions du 1er alinéa de l'article 88 de la loi du 26 janvier 1984 et de l'article 2 du décret du 6 septembre 1991 précités, et de la violation du principe d'égalité de traitement ne peuvent qu'être écartés.

S'agissant de l'indemnité compensatrice :

19. Aux termes du sixième alinéa de l'article 88 de la loi du 26 janvier 1984 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique territoriale : " Les organes délibérants des collectivités territoriales et de leurs établissements publics peuvent décider de maintenir, à titre individuel, au fonctionnaire concerné, le montant indemnitaire dont il bénéficiait en application des dispositions réglementaires antérieures, lorsque ce montant se trouve diminué soit par l'application ou la modification des dispositions réglementaires applicables aux services de l'Etat servant de référence, soit par l'effet d'une modification des bornes indiciaires du grade dont il est titulaire ".

20. Si Mme B soutient qu'elle aurait dû percevoir une telle indemnité depuis le 1er janvier 2018, il résulte toutefois des dispositions citées au point précédent que les collectivités ne sont pas tenues de mettre en place une indemnité permettant de compenser l'instauration du RIFSEEP, quand bien même elle aboutirait à diminuer le régime indemnitaire qui était celui de l'agent concerné auparavant. A cet égard, Mme B se borne à soutenir qu'elle percevait au mois de décembre 2017, avant la mise en place du RIFSEEP, une indemnité d'exercice des missions de préfecture (IEMP) de 166,68 euros par mois, et une indemnité forfaitaire pour travaux supplémentaires (IFTS) de 217,04 euros, soit au total 383,72 euros par mois, alors que son arrêté du 12 janvier 2018 lui octroie une IFSE de 550 euros à compter du 1er janvier 2018, d'un montant supérieur à celui de son régime indemnitaire précédent. La circonstance que l'arrêté du 6 juillet 2018, au demeurant annulé par le jugement précité du 3 juin 2020, lui ait attribué une indemnité compensatrice à effet du 1er juillet 2018 s'explique par la diminution de l'IFSE à compter de cette date au regard de celle qu'elle avait perçue du 1er janvier 2018 au 30 juin 2018, et n'a donc pas d'incidence sur la légalité des arrêtés qu'elle conteste. Il s'ensuit que le président du conseil départemental de la Charente n'a, en refusant d'attribuer à Mme B une indemnité compensatrice à compter du 1er janvier 2018 au 30 mai 2021, ni méconnu les dispositions du sixième alinéa de l'article 88 de la loi du 26 janvier 1984 précitées, ni, et pour les mêmes motifs que ceux exposés aux points 17 et 18 du présent jugement, porté atteinte au principe d'égalité de traitement entre les agents de la collectivité.

Sur les conclusions à fin d'indemnisation :

En ce qui concerne les illégalités fautives alléguées :

21. Il résulte de ce qui précède que le département de la Charente n'a pas entaché d'illégalités fautives les décisions attaquées par Mme B. Dans ces conditions, ses conclusions tendant à l'indemnisation des préjudices financiers et du préjudice moral qu'elle estime avoir subis ne peuvent qu'être rejetées.

En ce qui concerne les discriminations :

22. Aux termes de l'article 6 de la loi du 13 juillet 1983 portant droits et obligations des fonctionnaires, alors en vigueur : " () Aucune distinction, directe ou indirecte, ne peut être faite entre les fonctionnaires en raison de leurs opinions politiques, syndicales, philosophiques ou religieuses, de leur origine, de leur orientation sexuelle ou identité de genre, de leur âge, de leur patronyme, de leur situation de famille ou de grossesse, de leur état de santé, de leur apparence physique, de leur handicap ou de leur appartenance ou de leur non-appartenance, vraie ou supposée, à une ethnie ou une race. () ".

23. Le juge, lors de la contestation d'une décision dont il est soutenu qu'elle serait empreinte de discrimination, doit attendre du requérant qui s'estime lésé par une telle mesure qu'il soumette au juge des éléments de fait susceptibles de faire présumer une atteinte au principe de l'égalité de traitement des personnes. Il incombe alors au défendeur de produire tous ceux permettant d'établir que la décision attaquée repose sur des éléments objectifs étrangers à toute discrimination. La conviction du juge, à qui il revient d'apprécier si la décision contestée devant lui a été ou non prise pour des motifs entachés de discrimination, se détermine au vu de ces échanges contradictoires.

24. Si la requérante allègue avoir fait l'objet d'une discrimination dans la détermination de son emploi repère de chef de secteur B et de la date à laquelle elle a commencé à percevoir l'IFSE correspondant à cet emploi-repère, ainsi que de son indemnité compensatrice, en raison des recours contentieux qu'elle a engagés, de son genre et des fonctions syndicales qu'elle a exercées, elle ne produit aucun élément permettant de faire présumer une discrimination liée à l'exercice des recours contentieux qu'elle a formés, alors qu'elle a été positionnée sur un emploi-repère plus élevé entre deux instances contentieuses, ou encore une discrimination ayant pour origine ses fonctions syndicales.

25. S'agissant de la discrimination invoquée quant à son sexe , Mme B, qui a été rattachée après négociations au niveau fonctionnel 3.3 " Management de proximité " sur l'emploi repère de chef de secteur groupe B, défini à l'annexe 4 de la délibération précitée du 20 décembre 2019, correspondant à des fonctions de cadre assurant une mission de management, pilotant un dispositif et encadrant à cette fin au moins autre agents, soutient qu'elle aurait dû être positionnée, comme ses deux collègues masculins chefs de secteur au sein du service moyens généraux et garage, sur l'emploi-repère chef de secteur A au niveau fonctionnel 3.2. A cet égard, il résulte de l'instruction que Mme B comme ses deux collègues " chefs de secteur A " encadrent un nombre équivalent d'agents. En outre, le procès-verbal de la commission administrative paritaire du 9 juin 2021 relève le sérieux et l'investissement de Mme B dans l'accomplissement de ses missions, sa gestion de vingt-six agents répartis sur le territoire départemental, et l'appréciation très positive de sa cheffe de service au titre de l'évaluation 2019, selon laquelle " elle peut légitimement prétendre à une promotion au grade d'attaché avec mobilité ". Enfin, il résulte des trois fiches de poste de ces agents que leur métier de référence est celui " d'acheteur-manager ". Toutefois, le département produit en défense les fiches de poste des deux collègues chefs de secteur A de Mme B, d'après lesquelles le chef de secteur " achat, logistique et accueil " occupe un poste soumis à une " forte exposition politique ", exigeant notamment une forte pluridisciplinarité et une gestion transversale de projets, et le poste de chef de secteur " garage " suppose un niveau de responsabilité et d'expertise élevé, reposant sur une approche pluridisciplinaire compte tenu des missions diverses exercées par les agents placés sous sa responsabilité ainsi qu'une coordination des équipes. Parallèlement, le poste de chef de secteur " entretien et nettoyage des locaux ", occupé par Mme B, ne nécessite pas de pluridisciplinarité dès lors qu'il est restreint à un seul domaine d'activité, ce que corroborent les objectifs qui lui ont été assignés, et n'exige qu'un niveau de responsabilité et d'expertise limité au suivi du marché de nettoyage de locaux et de vitrerie, sans responsabilité en matière de commandes, en l'absence de délégation de signature et de gestion de crédits budgétaires, ni exposition politique. Par ailleurs, si la requérante soutient qu'elle endosse un rôle de gestionnaire que n'ont pas à prendre en charge les deux autres chefs de secteur de son service, qui ont dans leur équipe des gestionnaires à encadrer, cette circonstance est de nature à démontrer qu'ils occupent un poste comprenant davantage de responsabilités managériales. En outre, bien que sa cheffe de service ait estimé, au titre de son évaluation 2019, qu'elle pouvait prétendre à une promotion interne sur le grade d'attaché territorial, il était précisé, contrairement à ce que soutient Mme B, qu'une telle promotion supposait une mobilité " vers un poste en adéquation avec le grade ", et n'était donc pas envisageable sur son poste de chef de secteur " entretien et nettoyage des locaux ". Dans ces conditions, la dimension stratégique ressortant des fiches de poste des deux collègues masculins de Mme B, dont les secteurs d'activité sont par nature plus transversaux que celui de l'entretien des locaux, est absente de sa propre fiche de poste. Par suite, le département n'a pas commis de discrimination en raison du genre de Mme B en lui versant une IFSE correspondant à l'emploi-repère de chef de secteur B à compter du 1er juin 2021 et en lui attribuant une indemnité compensatrice de 65 euros mensuels à compter du 1er juillet 2018.

En ce qui concerne les appréciations portées dans le cadre de l'entretien annuel au titre de l'année 2020 :

26. D'une part, le juge de l'excès de pouvoir exerce un contrôle restreint sur l'évaluation annuelle du fonctionnaire composée notamment d'une appréciation générale exprimant sa valeur professionnelle. D'autre part, les appréciations et propositions faites par l'évaluateur constituent un avis émis par le supérieur hiérarchique et non une décision faisant grief.

27. Malgré ses évaluations positives antérieures, en particulier celle de l'année 2019, Mme B a fait l'objet d'une évaluation moins positive pour l'année 2020, ce que le département justifie par son attitude et les propos peu respectueux qu'elle aurait tenus à l'égard du service, traduisant des réactions verbales excessives sur des points de vue divergents concernant l'organisation de la collectivité et les décisions prises en matière de confinement et d'isolement, et par plusieurs points à améliorer dans sa manière de servir, en raison d'un manque de réactivité, d'adaptabilité, et d'initiatives dans le cadre de la pandémie, d'un manque de transparence sur la programmation des contrôles de prestations par le prestataire, alors que ce planning était demandé par la hiérarchie pour vérifier la cohérence du plan de charge du service, et d'une difficulté pour rendre compte de manière régulière. En outre, comme le fait valoir le département en défense, les bonnes appréciations précédentes concernant Mme B ne sont pas susceptibles d'avoir une influence sur les évaluations annuelles ultérieures, eu égard à leur caractère annuel. Dans ces conditions, et alors que l'avis de la supérieure hiérarchique de Mme B concernant sa promotion interne au grade d'attaché territorial, d'après lequel le poste occupé par la requérante ne relève pas de ce niveau hiérarchique, n'est pas une décision faisant grief, le département de la Charente n'a ni commis d'erreur manifeste dans l'appréciation de la valeur professionnelle de Mme B au titre de l'année 2020, ni pris une sanction déguisée à son égard.

28. Il résulte de ce qui précède que les faits dont se prévaut Mme B ne sont pas de nature à constituer des discriminations ni une sanction déguisée constitutives de fautes susceptibles d'engager la responsabilité du département de la Charente.

Sur les frais liés au litige :

29. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge du département de la Charente, qui n'est pas la partie perdante dans les présentes instances, les sommes que Mme B demande au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de Mme B la somme demandée par le département de la Charente au même titre.

D E C I D E :

Article 1 : Les requêtes n° 2200313 et 2200899 de Mme B sont rejetées.

Article 2 : Les conclusions du département de la Charente présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme C B et au département de la Charente.

Délibéré après l'audience du 20 juin 2024, à laquelle siégeaient :

M. Cristille, président,

Mme Duval-Tadeusz, première conseillère,

Mme Gibson-Théry, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 12 juillet 2024.

La rapporteure,

Signé

S. GIBSON-THERY

Le président,

Signé

P. CRISTILLELa greffière,

Signé

N. COLLET

La République mande et ordonne à la préfète de la Charente en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour le greffier en chef,

La greffière,

D. GERVIER

N°s 2200313, 2200899

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