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AccueilJurisprudence administrativeN° TA86-2200330

Tribunal Administratif de Poitiers — Décision N° TA86-2200330

mardi 5 décembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Poitiers
SectionTribunal Administratif de Poitiers
N° DossierTA86-2200330
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation1ère chambre
Avocat requérantVACHER

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et deux mémoires, enregistrés les 4 février 2022, 2 février 2023 et 6 mars 2023, M. B et Mme A C, représentés par Me Vacher, demandent au tribunal :

1°) la décharge de la cotisation supplémentaire d'impôt sur le revenu à laquelle ils ont été assujettis au titre de l'année 2017, ainsi que des pénalités correspondantes ;

2°) de mettre à la charge de l'État une somme de 2 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Ils soutiennent que :

- la proposition de rectification n'était pas suffisamment motivée ;

- le droit de reprise de l'administration était prescrit le 14 juin 2021 et cette prescription n'a pas été interrompue par la proposition de rectification, qui mentionnait seulement des rehaussements de 3 840 euros, pénalités incluses ;

- le remplacement d'une véranda existante à surface identique constitue une rénovation ouvrant droit au crédit d'impôt pour la transition écologique, que ce soit sur le terrain de la loi fiscale ou sur celui de la doctrine administrative ;

- Mme C ayant opté pour le régime de l'autoentrepreneur pour son activité de traducteur-interprète, elle s'est acquittée de l'impôt sur le revenu par prélèvement libératoire.

Par trois mémoires en défense enregistrés les 19 juillet 2022, 23 février 2023 et 17 mars 2023, la directrice départementale des finances publiques conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que les moyens soulevés par M. et Mme C ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- l'ordonnance n° 2020-306 du 25 mars 2020 ;

- le décret n° 2014-812 du 16 juillet 2014 ;

- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Henry,

- les conclusions de M. Revel, rapporteur public,

- et les observations de Me Vacher, représentant M. et Mme C.

Considérant ce qui suit :

1. À la suite d'un contrôle sur pièces, M. B et Mme A C ont été assujettis, au titre de l'année 2017, à une cotisation supplémentaire d'impôt sur le revenu d'un montant total, en droits, de 5 278 euros. Cette imposition a été assortie de la majoration de 10 % prévue à l'article 1758 A du code général des impôts, pour un montant de 528 euros, et des intérêts de retard pour un montant de 306 euros. M. et Mme C demandent la décharge de l'ensemble de ces sommes.

Sur les impositions en tant qu'elles excèdent 3 316 euros en droits :

2. D'une part, aux termes de l'article L. 169-1 du livre des procédures fiscales : " Pour l'impôt sur le revenu et l'impôt sur les sociétés, le droit de reprise de l'administration des impôts s'exerce jusqu'à la fin de la troisième année qui suit celle au titre de laquelle l'imposition est due. () ". Selon l'article 10 de l'ordonnance du 25 mars 2020 : " I. - Sont suspendus à compter du 12 mars 2020 et jusqu'au 23 août 2020 inclus et ne courent qu'à compter de cette dernière date, s'agissant de ceux qui auraient commencé à courir pendant la période précitée, les délais : 1° Accordés à l'administration pour réparer les omissions totales ou partielles constatées dans l'assiette de l'impôt, les insuffisances, les inexactitudes ou les erreurs d'imposition et appliquer les intérêts de retard et les sanctions en application des articles L. 168 à L. 189 du livre des procédures fiscales ou de l'article 354 du code des douanes lorsque la prescription est acquise au 31 décembre 2020 () ".

3. D'autre part, aux termes de l'article L. 189 du livre des procédures fiscales : " La prescription est interrompue par la notification d'une proposition de rectification () ".

4. Les impositions supplémentaires en litige portent sur l'impôt sur le revenu de l'année 2017. Le droit de reprise de l'administration fiscale courrait donc en principe, en application de l'article L. 169-1 du livre des procédures fiscales, jusqu'au 31 décembre 2020. Ce droit de reprise a toutefois été prorogé jusqu'au 14 juin 2021 en vertu des dispositions citées ci-dessus de l'article 10 de l'ordonnance du 25 mars 2020. Si la proposition de rectification du 7 avril 2021 a eu pour effet d'interrompre la prescription du droit de reprise, elle n'a pu le faire que dans la limite du rehaussement de 3 316 euros en droits qu'elle mentionnait. La circonstance que le montant du rehaussement était, au regard des rectifications en bases mentionnées dans la proposition de rectification, erroné et que cette erreur a été réparée dans la réponse aux observations du contribuable du 23 juin 2021, qui est postérieure à l'expiration du délai de reprise, n'a aucun effet sur la prescription qui était acquise au 14 juin 2021 pour tout rehaussement supérieur à 3 316 euros en droits, 332 euros s'agissant des majorations et 192 euros en ce qui concerne les intérêts.

Sur le surplus des impositions :

En ce qui concerne la procédure d'imposition :

5. Aux termes de l'article L. 57 du livre des procédures fiscales : " L'administration adresse au contribuable une proposition de rectification qui doit être motivée de manière à lui permettre de formuler ses observations ou de faire connaître son acceptation. () ". Selon l'article R. 57-1 du même livre : " La proposition de rectification prévue par l'article L. 57 fait connaître au contribuable la nature et les motifs de la rectification envisagée. () ".

6. La circonstance que la proposition de rectification adressée à M. et Mme C le 7 avril 2021 mentionnait par erreur un rehaussement de 3 316 euros, qui a ensuite été porté à 5 278 euros dans la réponse aux observations du contribuable, si elle pouvait avoir un effet sur la prescription du délai de reprise comme cela a été dit ci-dessus, n'a pas entaché la proposition de rectification d'un défaut de motivation de nature à vicier dans son ensemble la procédure d'imposition.

En ce qui concerne le bien-fondé des impositions :

S'agissant de la loi fiscale :

7. En premier lieu, aux termes de l'article 200 quater du code général des impôts : " 1. Les contribuables domiciliés en France au sens de l'article 4 B peuvent bénéficier d'un crédit d'impôt sur le revenu au titre des dépenses effectivement supportées pour la contribution à la transition énergétique du logement dont ils sont propriétaires, locataires ou occupants à titre gratuit et qu'ils affectent à leur habitation principale. A la condition que le logement soit achevé depuis plus de deux ans à la date de début d'exécution des travaux, ce crédit d'impôt s'applique : () b) Aux dépenses, payées entre le 1er janvier 2005 et le 31 décembre 2017, au titre de : () 2° L'acquisition de matériaux d'isolation thermique des parois vitrées, de volets isolants ou de portes d'entrée donnant sur l'extérieur ; 3° L'acquisition et la pose de matériaux d'isolation thermique des parois opaques, dans la limite d'un plafond de dépenses par mètre carré, fixé par arrêté conjoint des ministres chargés de l'énergie, du logement et du budget () ". Selon le 2 de cet article et le décret du 16 juillet 2014, le crédit d'impôt est subordonné, pour certains travaux dont font partie ceux visés aux 2° et 3° du 1 de l'article 200 quater, au respect, par l'entreprise qui procède à la fourniture et à l'installation des équipements et matériaux, de critères de qualification définis à l'article 2 du décret et donnant lieu à la délivrance de la mention " RGE ".

8. M. et Mme C ont déclaré au titre de ce crédit d'impôt les dépenses exposées en vue du remplacement intégral d'une véranda adossée à leur résidence principale, qui a nécessité de commander une nouvelle véranda auprès d'un vendeur spécialisé et de la faire poser par cette entreprise, ainsi que de faire réaliser des travaux de réfection de la dalle supportant cette véranda. De tels travaux, qui ont abouti à la construction d'une nouvelle véranda, ne sauraient, compte tenu de leur objet et de leur ampleur, être regardés comme des travaux d'acquisition et de pose de matériaux d'isolation thermique entrant dans le champ du crédit d'impôt pour la transition énergétique. Au surplus, les requérants ne contestent pas que l'entreprise auprès de laquelle ils ont acquis la véranda et qui l'a posée n'était pas titulaire de la mention " RGE " prévue au 2 de l'article 200 quater du code général des impôts.

9. En second lieu, il résulte des dispositions du 1° du I de l'article 151-0 du code général des impôts que les contribuables exerçant une activité sous le régime de l'auto-entrepreneur peuvent, sous certaines conditions, opter pour un versement forfaitaire libératoire de l'impôt sur le revenu. Il résulte toutefois des dispositions combinées du V de cet article et de celles des articles 50-0 et 170 du même code que le contribuable qui a opté pour le versement libératoire doit reporter sur sa déclaration d'impôt sur le revenu le montant du chiffre d'affaires de l'activité exercée sous le régime de l'auto-entreprise, qui, s'il ne sera alors pas imposé au barème progressif de l'impôt sur le revenu, sera pris en compte, notamment, pour le calcul du taux effectif d'imposition appliqué aux autres revenus du foyer, après déduction de l'abattement forfaitaire de 34 % applicable au régime micro-BNC.

10. Mme C exerçait en 2017 une activité de traducteur-interprète sous le statut d'auto-entreprise, qui a généré un chiffre d'affaires de 9 584 euros pour lequel elle s'était acquittée d'un versement forfaitaire libératoire de l'impôt sur le revenu de 211 euros. M. et Mme C n'ont toutefois pas reporté ce chiffre d'affaires sur leur déclaration d'impôt sur le revenu de l'année 2017. C'est donc à bon droit qu'en application des règles rappelées au point précédent, l'administration fiscale a rectifié cette omission et en a tiré les conséquences sur le taux d'imposition des autres revenus du foyer.

S'agissant de l'interprétation administrative de la loi fiscale :

11. Selon le paragraphe n° 260 des commentaires administratifs publiés au bulletin officiel des finances publiques - Impôts sous la référence BOI-IR-RICI-280-10-30 : " Cas particulier des loggias et vérandas : les dépenses d'acquisition de matériaux d'isolation des parois vitrées destinés à fermer une loggia ou à construire une véranda sont exclues du crédit d'impôt. En revanche, les dépenses d'acquisition de matériaux liés au remplacement de vitrages existants dans une loggia ou dans une véranda par des matériaux éligibles ouvrent droit, toutes conditions étant par ailleurs remplies, au crédit d'impôt. ". M. et Mme C ne peuvent se prévaloir, sur le fondement de l'article L. 80 A du livre des procédures fiscales, de ces énonciations, qui ne comportent pas une interprétation de la loi fiscale différente de celle qui en a été faite au point 8 ci-dessus.

12. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède que M. et Mme C sont seulement fondés à demander la réduction des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu en tant qu'elles excèdent 3 316 euros, des majorations en tant qu'elles excèdent 332 euros et des intérêts de retard en tant qu'ils excèdent 192 euros.

Sur les frais liés au litige :

13. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de faire droit aux conclusions présentées par M. et Mme C sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D É C I D E :

Article 1er : M. et Mme C sont déchargés des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu auxquelles ils ont été assujettis au titre de l'année 2017 en tant qu'elles excèdent 3 316 euros, des majorations en tant qu'elles excèdent 332 euros et des intérêts de retard en tant qu'ils excèdent 192 euros.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B et Mme A C et à la directrice départementale des finances publiques de la Vienne.

Délibéré après l'audience du 21 novembre 2023, à laquelle siégeaient :

M. Campoy, président,

M. Henry, premier conseiller,

M. Pipart, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 5 décembre 2023.

Le rapporteur,

Signé

B. HENRY

Le président,

Signé

L. CAMPOYLa greffière,

Signé

D. GERVIER

La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour le greffier en chef,

La greffière,

Signé

D. GERVIER

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