jeudi 18 juillet 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Poitiers |
| Section | Tribunal Administratif de Poitiers |
| N° Dossier | TA86-2200382 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Formation | 3ème chambre - JU |
| Avocat requérant | SELARL FRANCK COHEN AVOCAT |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés le 10 février 2022 et le 19 avril 2022, M. B A, représenté par Me Cohen, demande au tribunal :
1°) d'annuler, d'une part, les décisions par lesquelles le ministre de l'intérieur a procédé à des retraits de points à la suite des infractions commises les 23 août 2013, 23 juin 2014, 12 septembre 2014, 12 mai 2015, 3 novembre 2017, 11 décembre 2017, 22 septembre 2018, 17 novembre 2018, 5 janvier 2019 et 2 octobre 2020, d'autre part, la décision référencée 48 SI du 12 août 2021 par laquelle le ministre de l'intérieur a constaté l'invalidité de son permis de conduire en raison d'un solde de points nul, et, enfin, la décision par laquelle cette même autorité a implicitement rejeté le recours gracieux qu'il a exercé par un courrier du 26 octobre 2021 à l'encontre de ces décisions ;
2°) d'enjoindre au ministre de l'intérieur de lui restituer son permis de conduire affecté d'un capital de points ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- la décision 48 SI du 12 août 2021 et les retraits de points en litige sont intervenus à l'issue d'une procédure irrégulière dès lors qu'il n'a pas bénéficié d'une information préalable dans le cadre des infractions relevées les 23 août 2013, 23 juin 2014, 12 septembre 2014, 12 mai 2015, 3 novembre 2017, 11 décembre 2017, 22 septembre 2018, 17 novembre 2018, 5 janvier 2019 et 2 octobre 2020, qu'il n'a, notamment, pas signé le procès-verbal relatif à l'infraction relevée le 2 octobre 2020, et que l'attestation de paiement concernant l'infraction du 17 novembre 2018 n'est pas suffisante pour établir la preuve de l'obligation d'information par le ministre de l'intérieur ;
- la réalité des infractions constatées les 23 août 2013, 23 juin 2014, 12 septembre 2014, 12 mai 2015, 3 novembre 2017, 11 décembre 2017, 22 septembre 2018, 17 novembre 2018, 5 janvier 2019 et 2 octobre 2020 n'est pas établie en l'absence de paiement des amendes relatives à chacune de ces infractions, et dès lors qu'une réclamation contentieuse a été portée devant le ministère public concernant les infractions des 22 septembre 2018 et 2 octobre 2020.
Par un mémoire en défense, enregistré le 30 mars 2022, le ministre de l'intérieur et des outre-mer conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de procédure pénale ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de la route ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le président du tribunal a désigné Mme C pour statuer en application de l'article R. 222-13 du code de justice administrative.
En application de l'article R. 732-1-1 du code de justice administrative, la magistrate statuant seule a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Le rapport de Mme C a été entendu au cours de l'audience publique, les parties n'étant ni présentes ni représentées.
Considérant ce qui suit :
1. M. A demande au tribunal d'annuler, d'une part, les décisions par lesquelles le ministre de l'intérieur a procédé à des retraits de points sur le capital de points affecté à son permis de conduire à la suite des infractions commises les 23 août 2013, 23 juin 2014, 12 septembre 2014, 12 mai 2015, 3 novembre 2017, 11 décembre 2017, 22 septembre 2018, 17 novembre 2018, 5 janvier 2019 et 2 octobre 2020, d'autre part, la décision du 12 août 2021 référencée 48 SI par laquelle cette même autorité a constaté l'invalidité de son permis de conduire en raison d'un solde de points nul et lui a enjoint de le restituer aux services préfectoraux de son lieu de résidence dans un délai de dix jours francs à compter de sa notification, et, enfin, la décision par laquelle le ministre de l'intérieur a implicitement rejeté le recours gracieux qu'il a exercé par un courrier du 26 octobre 2021 à l'encontre de l'ensemble des décisions précitées.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
En ce qui concerne le moyen tiré du défaut d'information préalable aux retraits de points :
2. Aux termes de l'article L. 223-3 du code de la route : " Lorsque l'intéressé est avisé qu'une des infractions entraînant retrait de points a été relevée à son encontre, il est informé des dispositions de l'article L. 223-2, de l'existence d'un traitement automatisé de ces points et de la possibilité pour lui d'exercer le droit d'accès conformément aux articles L. 225-1 à L. 225-9. / Lorsqu'il est fait application de la procédure de l'amende forfaitaire ou de la procédure de composition pénale, l'auteur de l'infraction est informé que le paiement de l'amende ou l'exécution de la composition pénale entraîne le retrait du nombre de points correspondant à l'infraction reprochée, dont la qualification est dûment portée à sa connaissance ; il est également informé de l'existence d'un traitement automatisé de ces points et de la possibilité pour lui d'exercer le droit d'accès () ". Aux termes de l'article R. 223-3 du même code : " I. - Lors de la constatation d'une infraction entraînant retrait de points, l'auteur de celle-ci est informé qu'il encourt un retrait de points si la réalité de l'infraction est établie dans les conditions définies à l'article L. 223-1. / II. - Il est informé également de l'existence d'un traitement automatisé des retraits et reconstitutions de points et de la possibilité pour lui d'accéder aux informations le concernant. Ces mentions figurent sur le document qui lui est remis ou adressé par le service verbalisateur. Le droit d'accès aux informations ci-dessus mentionnées s'exerce dans les conditions fixées par les articles L. 225-1 à L. 225-9. / III. - Lorsque le ministre de l'intérieur constate que la réalité d'une infraction entraînant retrait de points est établie dans les conditions prévues par le quatrième alinéa de l'article L. 223-1, il réduit en conséquence le nombre de points affecté au permis de conduire de l'auteur de cette infraction. () ".
3. L'information prévue par ces dispositions constitue une formalité substantielle dont l'accomplissement, qui est une garantie essentielle donnée à l'auteur de l'infraction pour lui permettre d'en contester la réalité et d'en mesurer les conséquences sur la validité de son permis, est une condition de la régularité de la procédure suivie et, partant, de la légalité du retrait de points. Il appartient à l'administration d'apporter la preuve, par tous moyens, qu'elle a satisfait à cette obligation.
4. Lorsqu'une contravention a été soumise à la procédure de l'amende forfaitaire majorée, il incombe à l'administration d'apporter la preuve de la délivrance, préalable au paiement par le contrevenant, de l'information prévue par les articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route, soit par la production, en cas d'interception du véhicule sans paiement de l'amende, du procès-verbal conservé par le service verbalisateur mentionnant la remise du formulaire comportant l'information requise signé par l'intéressé ou de tout autre élément de preuve, soit par la production, en l'absence d'interception du véhicule, de tout document établissant l'accomplissement de la formalité d'information préalable ayant permis à l'auteur de l'infraction d'en contester la réalité et d'en mesurer les conséquences sur la validité de son permis de conduire.
S'agissant de l'infraction commise le 17 novembre 2018 :
5. En application du second alinéa de l'article 529-2 du code de procédure pénale, en l'absence de paiement ou de requête en exonération, l'amende forfaitaire est majorée de plein droit et recouvrée en vertu d'un titre rendu exécutoire par le ministère public. Le paiement de l'amende forfaitaire majorée suffit à établir que l'administration s'est acquittée envers le titulaire du permis de son obligation d'information prévue par les articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route, à moins que l'intéressé, à qui il appartient à cette fin de produire l'avis qu'il a nécessairement reçu, démontre que cet avis était inexact ou incomplet. Lorsque le contrevenant soutient que le paiement est intervenu par la voie du recouvrement forcé et n'est, par suite, pas de nature à apporter la preuve de la réception des avis, il lui appartient d'apporter la preuve, devant le juge du fond, de ce que l'amende a effectivement fait l'objet d'un recouvrement forcé.
6. Il résulte de l'instruction, et notamment du relevé d'information intégral et de l'attestation établie le 18 mars 2022 par le comptable public de la trésorerie du contrôle automatisé, que M. A a acquitté l'amende forfaitaire majorée correspondant à l'infraction relevée le 17 novembre 2018 à Quéven pour excès de vitesse, pour un montant de 375 euros. A cet égard, contrairement à ce que soutient le requérant, la circonstance que le paiement soit intervenu le 9 mai 2019, soit plus de deux mois après la date du 5 mars 2019 à laquelle le titre correspondant à l'amende forfaitaire majorée a été émis et rendu exécutoire, ne démontre nullement qu'il aurait payé cette amende " au stade d'une exécution forcée ", dont il ne justifie d'ailleurs pas, stade auquel l'information préalable ne serait plus délivrée. Il découle donc de la seule constatation du paiement de l'amende forfaitaire majorée qu'il doit être regardé comme établi que l'administration s'est acquittée envers le requérant de son obligation de lui délivrer, préalablement au paiement de cette amende, les informations requises. Il suit de là que le requérant n'est pas fondé à soutenir que le retrait de point intervenu à la suite de cette infraction serait intervenu au terme d'une procédure irrégulière.
S'agissant des infractions commises les 12 mai 2015 et 5 janvier 2019 :
7. Il incombe à l'administration d'établir la date à laquelle la décision attaquée a été régulièrement notifiée à l'intéressé. En cas de retour à l'administration, au terme du délai de mise en instance, du pli recommandé contenant la décision, la notification est réputée avoir été régulièrement accomplie à la date à laquelle ce pli a été présenté à l'adresse de l'intéressé, dès lors du moins qu'il résulte soit de mentions précises, claires et concordantes portées sur l'enveloppe ou les documents électroniques, soit, à défaut, d'une attestation du service postal ou d'autres éléments de preuve, que le préposé a, conformément à la réglementation en vigueur, déposé un avis de passage informant le destinataire que le pli était à sa disposition au bureau de poste. Compte tenu des modalités de présentation des plis recommandés prévues par la réglementation postale, doit être regardé comme portant des mentions précises, claires et concordantes suffisant à constituer la preuve d'une notification régulière le pli recommandé retourné à l'administration auquel est rattaché un volet "avis de réception" sur lequel a été apposée la date de vaine présentation du courrier et qui porte, sur l'enveloppe ou l'avis de réception, l'indication du motif pour lequel il n'a pu être remis.
8. Si M. A conteste avoir été destinataire des avis de contravention correspondant aux infractions relevées les 12 mai 2015 et 5 janvier 2019 respectivement à Echillais et Rochefort, il ressort toutefois des pièces du dossier que les avis d'amende forfaitaire majorée correspondants, datés du 7 août 2015 et du 19 avril 2019, lui ont été envoyés en recommandé avec avis de réception postal, telles qu'en attestent les mentions concordantes portées respectivement sur la première page de chaque avis, en haut à droite, " 000554 " et " 000ZA4 ", et sur chaque enveloppe, dans l'encadré en bas à droite, mentionnant " 554N5 " et " ZA4CN ". En outre, les services postaux ont indiqué sur chaque enveloppe, comme motif d'absence de retrait, " pli avisé et non réclamé ", et non " destinataire inconnu à l'adresse ", attestant ainsi que M. A était connu par les services postaux comme résidant à l'adresse à laquelle ces deux amendes forfaitaires majorées lui ont été envoyées. Dans ces conditions, M. A, qui doit être regardé comme s'étant vu notifier les deux avis précités le jour de leur première présentation à cette adresse, est réputé avoir reçu l'ensemble des informations requises quant au nombre de points retirés, à l'existence d'un traitement automatisé, à son droit d'accès et de rectification et aux modalités de contestation et de reconstitution de points proposées par la réglementation, conformément aux dispositions précitées au point 2 du présent jugement, s'agissant des infractions relevées les 12 mai 2015 et 5 janvier 2019.
S'agissant de l'infraction commise le 3 novembre 2017 :
9. S'agissant de l'infraction commise le 3 novembre 2017, le ministre produit un modèle de titre exécutoire d'amende forfaitaire majorée comportant l'ensemble des informations requises par le code de la route. S'il se prévaut des mentions du relevé d'information intégral de l'intéressé pour attester qu'a été émis un titre exécutoire d'amende forfaitaire majorée afférent à cette infraction relevée par radar automatique, il n'établit pas, à défaut de le produire à l'instance, que le formulaire d'amende forfaitaire majorée dont M. A a été destinataire était conforme à ce modèle. Toutefois, la seule circonstance que l'intéressé n'a pas été informé, lors de la constatation d'une infraction, de l'existence d'un traitement automatisé des points et de la possibilité d'y accéder n'entache pas d'illégalité la décision de retrait de points correspondante s'il ressort des pièces du dossier que ces éléments ont été portés à sa connaissance à l'occasion d'infractions antérieures suffisamment récentes. A cet égard, M. A a été destinataire de l'information préalable prévue par les dispositions des articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route à l'occasion d'une infraction de même nature - un excès de vitesse inférieur à 20 km/h - commise le 21 septembre 2015, soit moins de deux ans avant celle qui a été relevée le 3 novembre 2017. Dans ces conditions, l'omission de l'information, s'agissant du retrait du point contesté, n'a pas eu pour effet de priver le requérant de la garantie instituée par la loi pour lui permettre d'en mesurer les conséquences sur la validité de son permis et éventuellement d'en contester la réalité devant le juge pénal. Par suite, le moyen tiré du défaut d'information préalable s'agissant de l'infraction du 3 novembre 2017 doit être écarté.
S'agissant des infractions commises les 11 décembre 2017, 22 septembre 2018 et 2 octobre 2020 :
10. Depuis une mise à jour logicielle effectuée le 15 avril 2015, tous les appareils électroniques utilisés par les agents verbalisateurs font apparaître sur la page présentée au contrevenant, en cas d'infraction entraînant un retrait de points, l'ensemble des informations exigées par la loi. Dès lors, pour les infractions constatées à compter de cette date par procès-verbal électronique, la signature apposée par l'intéressé et conservée par voie électronique établit que ces informations lui ont été délivrées. Il en est de même de la mention certifiée par l'agent selon laquelle le contrevenant a refusé d'apposer sa signature sur la page qui lui était présentée, qui possède la même valeur probante. Toutefois, la seule circonstance que l'intéressé n'a pas été informé, lors de la constatation d'une infraction, de l'existence d'un traitement automatisé des points et de la possibilité d'y accéder n'entache pas d'illégalité la décision de retrait de points correspondante s'il ressort des pièces du dossier que ces éléments ont été portés à sa connaissance à l'occasion d'infractions antérieures suffisamment récentes. Par ailleurs, quelle que soit la date de l'infraction, la preuve de la délivrance des informations exigées par la loi peut également résulter de la circonstance que le contrevenant a acquitté l'amende forfaitaire ou l'amende forfaitaire majorée et qu'il n'a pu procéder à ce paiement qu'au moyen des documents nécessaires à cet effet, dont le modèle comporte l'ensemble des informations requises.
11. D'une part, il résulte des procès-verbaux dressés à l'occasion des infractions commises par le requérant les 11 décembre 2017, pour usage d'un téléphone tenu en main par le conducteur d'un véhicule en circulation, et 22 septembre 2018 pour excès de vitesse entre 20 et 30 km/heure que M. A a signé ces procès-verbaux électroniques, établissant que les informations requises par les dispositions des articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route lui ont été délivrées. Par suite, le moyen tiré de ce qu'il n'a pas reçu l'ensemble de l'information prescrite par les articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route doit être écarté pour ces infractions.
12. D'autre part, le procès-verbal de l'infraction commise le 2 octobre 2020 en raison de la conduite d'un véhicule avec port d'un dispositif à l'oreille pouvant émettre du son, dressé le lendemain et ayant donné lieu au retrait de trois points, n'a pas été signé par M. A et n'est pas non plus revêtu de la mention " refus de signer ". Toutefois, il ressort du relevé d'information intégrale produit par le ministre que M. A a commis une infraction similaire le 15 avril 2019, pour usage d'un téléphone par conducteur de véhicule en circulation, ayant conduit à lui retirer le même nombre de points et réprimée par la même peine prévue à l'article R. 412-6-1 du code de la route. M. A ne contestant pas cette dernière infraction, dont il résulte du relevé d'information intégral qu'elle est mentionnée comme " définitive " au 8 mai 2019, il doit être regardé comme avoir eu connaissance, à l'occasion de cette infraction antérieure suffisamment récente, de l'existence d'un traitement automatisé des points et de la possibilité d'y accéder. Dans ces conditions, le moyen tiré de ce qu'il n'a pas reçu l'ensemble de l'information prescrite par les articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route doit être écarté pour l'infraction du 2 octobre 2020.
S'agissant des infractions commises les 23 août 2013, 23 juin 2014 et 12 septembre 2014 :
13. Si, ainsi qu'il a été dit au point 10 du présent jugement, pour les infractions constatées à compter du 15 avril 2015 par procès-verbal électronique, la signature apposée par l'intéressé et conservée par voie électronique établit que ces informations exigées par la loi lui ont été délivrées, en revanche, pour la période antérieure à cette date, la page écran présentée à l'intéressé comportait l'indication du nombre de points dont l'infraction entraînait le retrait mais non celle de l'existence d'un traitement automatisé des points et de la possibilité d'y accéder. Dans ces conditions, pour les infractions antérieures à cette date, la signature du contrevenant ou la mention d'un refus de signer ne suffisent pas à établir la délivrance de l'ensemble des informations exigées par les articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route.
14. Il résulte de l'instruction qu'en ce qui concerne les infractions des 23 août 2013, 23 juin 2014 et 12 septembre 2014, respectivement relevées à Angoulins, Valeuil et Tonnay-Charente, l'administration, à qui incombe la charge de la preuve, se borne à produire les procès-verbaux de constatation de ces infractions, dont les deux derniers sont signés par le requérant, dépourvus des mentions résultant des articles cités au point 2 du présent jugement. Dès lors, et alors que les infractions précédentes, au titre desquelles le ministre soutient que le requérant aurait eu connaissance des informations légalement exigées, ont été constatées entre 2004 et 2007, soit plusieurs années auparavant, l'administration ne produit pas de document établissant l'accomplissement de la formalité d'information préalable ayant permis à l'auteur de ces infractions d'en contester la réalité et d'en mesurer les conséquences sur la validité de son permis de conduire, de sorte qu'elle n'établit pas que l'information préalable a été délivrée, sans réserve, au contrevenant. Dans ces conditions, l'administration ne peut être regardée comme apportant la preuve qui lui incombe de la remise à l'intéressé de l'information exigée par les articles L. 223-1, L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route. Par suite, les retraits de trois points opérés à la suite de chacune des infractions précitées, soit neuf points au total, doivent être regardés comme intervenus au terme d'une procédure irrégulière, et doivent être annulés.
En ce qui concerne la réalité des infractions en litige :
S'agissant des infractions commises les 12 mai 2015, 3 novembre 2017, 11 décembre 2017, 17 novembre 2018 et 5 janvier 2019 :
15. Aux termes de l'article L. 223-1 du code de la route : " Le permis de conduire est affecté d'un nombre de points. Celui-ci est réduit de plein droit si le titulaire du permis a commis une infraction pour laquelle cette réduction est prévue. / () / La réalité d'une infraction entraînant retrait de points est établie par le paiement d'une amende forfaitaire ou l'émission du titre exécutoire de l'amende forfaitaire majorée, l'exécution d'une composition pénale ou par une condamnation définitive () ".
16. Il résulte de la combinaison des articles L. 223-1 et L. 225-1 du code la route et des articles 529, 529-1, 529-2 et 530 du code de procédure pénale que le mode d'enregistrement et de contrôle des informations relatives aux infractions au code de la route conduit à considérer que la réalité de l'infraction est établie dans les conditions prévues à l'article L. 223-1 du code de la route dès lors qu'est inscrite, dans le système national des permis de conduire, la mention du paiement de l'amende forfaitaire ou de l'émission du titre exécutoire de l'amende forfaitaire majorée, sauf si l'intéressé justifie avoir présenté une requête en exonération dans les quarante-cinq jours de la constatation de l'infraction ou de l'envoi de l'avis de contravention, ou formé, dans le délai prévu à l'article 530 du code de procédure pénale, une réclamation ayant entraîné l'annulation du titre exécutoire de l'amende forfaitaire majorée. Ainsi, l'émission d'un titre exécutoire établit la réalité d'une infraction, sans que le juge ne doive rechercher si l'intéressé a reçu notification d'un avis d'amende forfaitaire majorée.
17. Il résulte de l'instruction, et notamment du relevé d'information intégral produit par le ministre, que les infractions en litige ont donné lieu à l'émission de titres exécutoires d'amende forfaitaire et d'amende forfaitaire majorée à l'encontre de M. A. Le requérant ne fait valoir aucun élément de nature à mettre en doute l'exactitude de ces mentions ou à établir la présentation de requêtes en exonération ou de réclamations qui auraient été regardées comme recevables par l'officier du ministère public. Par suite, la réalité de ces infractions doit être tenue pour établie au sens de l'article L. 223-1 du code de la route.
S'agissant des infractions commises les 22 septembre 2018 et 2 octobre 2020 :
18. Aux termes du premier alinéa de l'article 529-2 du code de procédure pénale : " Dans le délai prévu par l'article précédent, le contrevenant doit s'acquitter du montant de l'amende forfaitaire, à moins qu'il ne formule dans le même délai une requête tendant à son exonération auprès du service indiqué dans l'avis de contravention. Dans les cas prévus par l'article 529-10, cette requête doit être accompagnée de l'un des documents exigés par cet article. Cette requête est transmise au ministère public ".
19. En vertu de l'article 530 du code de procédure pénale, une réclamation régulière contre le titre exécutoire d'une amende forfaitaire majorée entraîne l'annulation du titre exécutoire. En vertu de l'article R. 49-8 du même code, l'officier du ministère public saisi d'une réclamation recevable porte sans délai cette annulation à la connaissance du comptable de la direction générale des finances publiques. Il appartient ensuite à l'officier du ministère public soit de diligenter des poursuites devant la juridiction pénale au titre de l'infraction contestée, soit de classer l'affaire sans suite. Eu égard aux dispositions de l'article L. 223-1 du code de la route, l'annulation du titre exécutoire a pour conséquence que la réalité de l'infraction ne peut plus être regardée comme établie. L'autorité administrative doit, par suite, rétablir sur le permis de conduire les points qui avaient pu être retirés, sans préjudice d'un nouveau retrait si le juge pénal est saisi et prononce une condamnation.
20. Il n'appartient pas au juge administratif de se prononcer sur la recevabilité d'une réclamation contre le titre exécutoire d'une amende forfaitaire majorée, laquelle est appréciée par l'officier du ministère public sous le contrôle de la juridiction pénale devant laquelle l'auteur de la réclamation dispose d'un recours. Si le titulaire du permis de conduire peut utilement faire valoir devant le tribunal administratif, à l'appui d'une contestation relative au retrait de points, que la réalité de l'infraction n'est pas établie compte tenu de l'annulation du titre exécutoire du fait d'une réclamation, il ne saurait se borner à justifier de la présentation de cette réclamation mais doit établir qu'elle a été regardée comme recevable et a par suite entraîné l'annulation du titre. Cette preuve peut être apportée soit par un document émanant de l'autorité judiciaire, soit, au besoin, par le document couramment intitulé " bordereau de situation des amendes et des condamnations pécuniaires ", tenu par le comptable public pour chaque contrevenant et dont la personne concernée peut obtenir communication en application de l'article L. 311-1 du code des relations entre le public et l'administration.
21. Au soutien de ses allégations selon lesquelles il aurait présenté une réclamation recevable contre les deux titres exécutoires d'amende forfaitaire majorée émis au titre des infractions commises les 22 septembre 2018 et 2 octobre 2020 ayant donné lieu au retrait respectif de deux et trois points, M. A produit, d'une part, un courrier du 12 janvier 2022 de l'officier du ministère public l'informant qu'il ferait prochainement l'objet d'une citation à comparaître concernant l'infraction relevée le 22 septembre 2018 entraînant l'annulation de l'amende forfaitaire majorée correspondante auprès de la trésorerie principale, assortie d'une demande de restitution de points, et, d'autre part, un courrier du 7 mars 2022 de l'officier du ministère public l'informant d'une audience du 3 mai 2022 concernant notamment l'infraction du 2 octobre 2020. Dans ces conditions, et alors que des poursuites sont engagées à son encontre, M. A doit être regardé comme établissant la recevabilité des requêtes qu'il a formulées à l'encontre des titres exécutoires des amendes forfaitaires majorées réprimant les infractions commises les 22 septembre 2018 et 2 octobre 2020, la réalité de ces infractions ne pouvant plus être regardée comme établie. Par suite, le ministre de l'intérieur était tenu de rétablir les cinq points retirés, sans préjudice des jugements ultérieurs du juge pénal.
22. Il résulte de tout ce qui précède que doivent être annulées, d'une part, les décisions retirant au total quatorze points au permis de conduire de M. A, consécutivement aux infractions relevées les 23 août 2013, 23 juin 2014, 12 septembre 2014, 22 septembre 2018 et 2 octobre 2020, et, d'autre part, la décision 48 SI du 12 août 2021 en raison du solde de points positif du permis de conduire de M. A.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
23. En raison du motif qui la fonde, l'annulation des décisions de retrait de quatorze points au total implique nécessairement que le permis de conduire du requérant soit recrédité de ces quatorze points, portant son solde à 2 points, sous réserve de retraits de points ultérieurement prononcés. Par suite, il y a lieu d'enjoindre au ministre de l'intérieur et des outre-mer de procéder à la restitution de quatorze points sur le permis de conduire de M. A, dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement.
Sur les frais liés au litige :
24. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge de l'Etat la somme de 900 euros, à verser à M. A, sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
DECIDE :
Article 1 : Les décisions portant retrait au total de quatorze points à la suite des infractions relevées les 23 août 2013, 23 juin 2014, 12 septembre 2014, 22 septembre 2018 et 2 octobre 2020, ainsi que la décision 48 SI du 12 août 2021, sont annulées.
Article 2 : Il est enjoint au ministre de l'intérieur et des outre-mer de restituer à M. A quatorze point sur son permis de conduire dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement.
Article 3 : L'Etat versera à M. A une somme de 900 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête de M. A est rejeté.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.
Rendu public par mise à disposition au greffe, le 18 juillet 2024.
La magistrate désignée,
Signé
S. GIBSON-THERYLa greffière,
Signé
N. COLLET
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Pour le greffier en chef,
La greffière,
N. COLLET
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026