lundi 10 juin 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Poitiers |
| Section | Tribunal Administratif de Poitiers |
| N° Dossier | TA86-2200383 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Formation | 3ème chambre |
| Avocat requérant | SCP KPL AVOCATS |
Vu la procédure suivante :
I/ Par une requête n°2200383 enregistrée le 11 février 2022, M. A B, représenté par Me Souet, doit être regardé comme demandant au tribunal :
1°) d'annuler l'avis de sommes à payer émis le 23 décembre 2021 par le CHU de Poitiers d'un montant de 6 122,23 euros et de le décharger de l'obligation de payer la somme due pour la période antérieure au 1er novembre 2019 ;
2°) de mettre à la charge du CHU de Poitiers une somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
-l'avis de sommes à payer est entaché d'un vice de forme ;
-il est entaché d'un défaut de motivation ;
-les créances antérieures au 21 novembre 2019 étaient prescrites à la date d'émission du titre de recettes.
Par un mémoire en défense enregistré le 30 janvier 2024, le CHU de Poitiers, représenté par la SCP KPL Avocats, conclut au rejet de la requête et à ce qu'une somme de 2 000 euros soit mise à la charge de M. B au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
II/ Par une requête n°2201205 enregistrée le 17 mai 2022, M. A B, représenté par Me Souet, demande au tribunal :
1°) de condamner le CHU de Poitiers à lui verser une somme de 8 122, 23 euros à titre de dommages et intérêts, assortie des intérêts au taux légal à compter de la date de la demande préalable et capitalisés à chaque échéance annuelle ultérieure ;
2°) de mettre à la charge du CHU de Poitiers une somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
-la responsabilité pour faute du CHU de Poitiers est engagée en raison de l'erreur fautive de codification ainsi que de l'application fautive de la prescription quadriennale ;
-il a subi un préjudice financier de 6 122,23 euros ainsi qu'un préjudice moral qui peut être évalué à la somme de 2000 euros.
La procédure a été communiquée au CHU de Poitiers qui n'a pas produit de mémoire en défense.
Par une ordonnance du 10 janvier 2024, la clôture de l'instruction a été fixée au 12 février 2024 à 12 heures.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la loi n° 86-33 du 9 janvier 1986 ;
- la loi n°2000-321 du 12 avril 2000 ;
- le décret n°2012-1246 du 7 novembre 2012 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Thévenet-Bréchot,
- les conclusions de Mme Bréjeon, rapporteure publique,
- et les observations de Me Kolenc-Lebloch, représentant le CHU de Poitiers.
Considérant ce qui suit :
1. M. B a été recruté le 6 novembre 2017 par le CHU de Poitiers en qualité de médecin du travail contractuel et affilié au régime complémentaire de retraite de l'IRCANTEC. Pendant toute la durée de son contrat de travail, un code inexact a été saisi concernant le calcul de ses bases de cotisations et il en a résulté un trop perçu de rémunération de 6 122,23 euros. Le 23 décembre 2021, le CHU de Poitiers a émis un titre de recettes d'un montant correspondant. Par les présentes requêtes, M. B doit être regardé comme demandant au tribunal, d'une part d'annuler ce titre de recettes et de le décharger de l'obligation de payer la somme due pour la période antérieure au 1er novembre 2019, et d'autre part de condamner le CHU de Poitiers à lui verser une somme totale de 8 122,23 euros en réparation des préjudices subis.
Sur les conclusions à fin d'annulation du titre et de décharge :
2. En premier lieu, aux termes de l'article 24 du décret du 7 novembre 2012 relatif à la gestion budgétaire et comptable publique : " Toute créance liquidée faisant l'objet d'une déclaration ou d'un ordre de recouvrer indique les bases de la liquidation. ". Il résulte de ces dispositions qu'une créance ne peut être mise en recouvrement sans indiquer, soit dans le titre lui-même, soit par une référence précise à un document joint à ce titre ou précédemment adressé au débiteur, les bases et les éléments de calcul sur lesquels l'administration se fonde pour mettre les sommes en cause à la charge de ce débiteur.
3. Le titre exécutoire en litige comporte les mentions " au 6/11/2017 régularisation Ircantec suite changement statut / courrier DRH du 17/12/2021 / paie négative décembre 2021 / trop perçu rémunération ". Le courrier du 17 décembre 2021 auquel il est fait référence, qui a été précédemment adressé au requérant, indique que la créance résulte d'une erreur de codification dans le calcul des bases de cotisation à l'IRCANTEC, sans toutefois préciser les bases et éléments de calcul sur lesquels le CHU s'est fondé pour mettre la somme de 6 122,23 euros à la charge de M. B. Par suite, le titre en litige est insuffisamment motivé et doit être annulé.
4. En second lieu et toutefois, l'annulation d'un titre exécutoire pour un motif de régularité en la forme n'implique pas nécessairement, compte tenu de la possibilité d'une régularisation par l'administration, l'extinction de la créance litigieuse, à la différence d'une annulation prononcée pour un motif mettant en cause le bien-fondé du titre.
5. Aux termes de l'article 37-1 de la loi n°2000-321 du 12 avril 2000 relative aux droits des citoyens dans leurs relations avec l'administration, dans sa version applicable au litige : " Les créances résultant de paiements indus effectués par les personnes publiques en matière de rémunération de leurs agents peuvent être répétées dans un délai de deux années à compter du premier jour du mois suivant celui de la date de mise en paiement du versement erroné, y compris lorsque ces créances ont pour origine une décision créatrice de droits irrégulière devenue définitive. () ". Il résulte de ces dispositions qu'une somme indûment versée par une personne publique à l'un de ses agents au titre de sa rémunération peut, en principe, être répétée dans un délai de deux ans à compter du premier jour du mois suivant celui de sa date de mise en paiement sans que puisse y faire obstacle la circonstance que la décision créatrice de droits qui en constitue le fondement ne peut plus être retirée. Sauf dispositions spéciales, les règles fixées par ces dispositions sont applicables à l'ensemble des sommes indûment versées par des personnes publiques à leurs agents à titre de rémunération, y compris les avances et, faute d'avoir été précomptées sur la rémunération, les contributions ou cotisations sociales.
6. Le titre de recettes contesté, d'un montant de 6 122,23 euros, a été émis par le CHU de Poitiers le 23 décembre 2021. En application des dispositions précitées, à cette date, les créances résultant des paiements indus effectués entre le 6 novembre 2017, début du contrat de travail de M. B au CHU de Poitiers, et le 30 novembre 2019 étaient prescrites. Toutefois, l'intéressé ne demande que la décharge des créances antérieures au 1er novembre 2019. Par suite, M. B doit être déchargé de l'obligation de la somme mise à sa charge pour la période antérieure au 1er novembre 2019.
Sur les conclusions indemnitaires :
7. La responsabilité pour faute de l'administration est engagée en cas de versements indus à l'un de ses agents, résultant d'une erreur de calcul et donnant par la suite lieu à l'émission d'un ordre de reversement du trop-perçu.
8. Toutefois, si le requérant fait valoir qu'il a subi un préjudice financier lié au remboursement des indus, il n'apporte aucun élément précis à l'appui de ses affirmations. S'il soutient également avoir subi un préjudice moral et fait valoir qu'il a été placé en arrêt de travail après avoir pris connaissance de l'avis de sommes à payer, il n'en n'apporte pas non plus la preuve. Par suite, en l'absence de tout élément précis permettant d'établir l'existence d'un quelconque préjudice financier ou moral, M. B n'est pas fondé à rechercher la responsabilité pour faute du CHU de Poitiers.
Sur les frais liés au litige :
9. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge du CHU de Poitiers une somme de 1 300 euros à verser à M. B au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative. En revanche, il n'y a pas lieu de faire droit aux conclusions présentées par le CHU de Poitiers sur ce même fondement.
DECIDE :
Article 1er : Le titre de recettes émis le 23 décembre 2021 par le CHU de Poitiers est annulé.
Article 2 : M. B est déchargé de l'obligation de payer la somme correspondant aux créances comprises entre le 6 novembre 2017 et le 31 octobre 2019.
Article 3 : Le CHU de Poitiers versera à M. B une somme de 1 300 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 4 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au CHU de Poitiers.
Délibéré après l'audience du 23 mai 2024, à laquelle siégeaient :
M. Cristille, président,
Mme Thèvenet-Bréchot, première conseillère,
Mme Duval-Tadeusz, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe, le 10 juin 2024.
La rapporteure,
Signé
A. THEVENET-BRECHOTLe président,
Signé
P. CRISTILLE
La greffière,
Signé
N. COLLET
La République mande et ordonne à la ministre du travail, de la santé et des solidarités en ce qui la concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Pour le greffier en chef,
La greffière,
N. COLLET
2 et 2201205
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