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AccueilJurisprudence administrativeN° TA86-2200455

Tribunal Administratif de Poitiers — Décision N° TA86-2200455

lundi 6 mai 2024

JuridictionTribunal Administratif de Poitiers
SectionTribunal Administratif de Poitiers
N° DossierTA86-2200455
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
Formation3ème chambre
Avocat requérantSELARL D'AVOCATS TEN FRANCE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires enregistrés les 17 février 2022, 9 février 2023 et 9 janvier 2024, Mme A B, représentée par Me Noël, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 16 septembre 2021 par laquelle le maire de la commune de La Forêt sur Sèvre a a refusé de lui accorder le bénéfice de l'allocation d'aide au retour à l'emploi qu'elle sollicitait à compter du 24 août 2021 ;

2°) d'enjoindre à la commune de calculer et de lui verser l'allocation d'aide au retour à l'emploi à compter du 10 octobre 2020, sous astreinte de 1 000 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de la commune de La Forêt sur Sèvre la somme de 2 000 euros à verser à son conseil en application des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique et L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la décision attaquée est insuffisamment motivée ;

- elle a été prise au terme d'une procédure irrégulière en l'absence de saisine du préfet en application de l'article R. 5426-1 du code du travail ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 5424-1 du code du travail et révèle une erreur d'appréciation, dès lors qu'elle remplissait les conditions pour percevoir l'allocation d'aide au retour à l'emploi.

Par des mémoires en défense enregistrés les 25 novembre 2022, 10 juillet 2023 et 1er mars 2024, la commune de La Forêt sur Sèvre, représentée par la SCP d'avocats Ten France, conclut au rejet de la requête, et à ce que la somme de 2 000 euros soit mise à la charge de Mme B en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que les moyens soulevés par Mme B ne sont pas fondés.

Mme B a été admise à l'aide juridictionnelle totale par une décision du 14 janvier 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code du travail ;

- la loi n° 84-53 du 26 janvier 1984 ;

- la loi n° 2019-828 du 6 août 2019 ;

- le décret n° 2019-797 du 26 juillet 2019 ;

- le décret n° 2020-741 du 16 juin 2020 ;

- le code de justice administrative.

Cette affaire, qui relève du 1° de l'article R. 222-13 du code de justice administrative, a été renvoyée en formation collégiale en application de l'article R. 222-19 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Gibson-Théry,

- les conclusions de Mme Bréjeon, rapporteure publique,

- les observations de Me Noël, représentant Mme B, et de Me Levrey, représentant la commune de La Forêt sur Sèvre.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B est agent titulaire de la commune de La Forêt sur Sèvre, exerçant les fonctions d'agent polyvalent en école et en restauration sur le grade d'adjoint technique territorial, depuis l'année 2010. Elle a été placée en congé de maladie du 1er octobre 2019 au 30 septembre 2020, puis en disponibilité d'office pour raison de santé à compter du 1er octobre 2020, et, enfin, en disponibilité pour convenances personnelles à compter du 10 mai 2023. Par un courrier du 24 août 2021, elle a demandé à percevoir l'allocation d'aide au retour à l'emploi. Par sa requête, Mme B demande l'annulation de la décision du 16 septembre 2021 par laquelle le maire de la commune a refusé de lui accorder le bénéfice de l'allocation demandée.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, lorsqu'il statue sur un recours dirigé contre une décision par laquelle l'administration, sans remettre en cause des versements déjà effectués, détermine les droits d'une personne en matière d'aide ou d'action sociale, de logement ou au titre des dispositions en faveur des travailleurs privés d'emploi, et sous réserve du contentieux du droit au logement opposable, il appartient au juge administratif, eu égard tant à la finalité de son intervention qu'à sa qualité de juge de plein contentieux, non de se prononcer sur les éventuels vices propres de la décision attaquée, mais d'examiner les droits de l'intéressé, en tenant compte de l'ensemble des circonstances de fait qui résultent de l'instruction et, notamment, du dossier qui lui est communiqué en application de l'article R. 772-8 du code de justice administrative. Au vu de ces éléments, il lui appartient d'annuler ou de réformer, s'il y a lieu, cette décision, en fixant alors lui-même tout ou partie des droits de l'intéressé et en le renvoyant, au besoin, devant l'administration afin qu'elle procède à cette fixation pour le surplus, sur la base des motifs de son jugement. Dans le cas d'un contentieux portant sur les droits au revenu de remplacement des travailleurs privés d'emploi, c'est au regard des dispositions applicables et de la situation de fait existant au cours de la période en litige que le juge doit statuer.

3. Il résulte de ces dispositions que la requérante ne peut utilement soutenir que la décision contestée serait entachée d'une insuffisance de motivation. Le moyen tiré du défaut de motivation du refus opposé à sa demande d'allocation de retour à l'emploi ne peut ainsi qu'être écarté.

4. En deuxième lieu, d'une part, aux termes du IV de l'article 72 de la loi du 6 août 2019 de transformation de la fonction publique : " L'article L. 5424-1 du code du travail s'applique aux personnels mentionnés aux 1°, 2°, 5° et 7° du même article L. 5424-1, à l'exception de ceux relevant de l'article L. 4123-7 du code de la défense, lorsque ces personnels sont privés de leur emploi : / 1° Soit que la privation d'emploi soit involontaire ou assimilée à une privation involontaire ; () ". Aux termes de l'article L. 5424-1 du code du travail : " Ont droit à une allocation d'assurance, lorsque leur privation d'emploi est involontaire ou assimilée à une privation involontaire () et lorsqu'ils satisfont à des conditions d'âge et d'activité antérieure, dans les conditions prévues aux articles L. 5422-2 et L. 5422-3 : / 1° Les agents fonctionnaires et non fonctionnaires de l'Etat et de ses établissements publics administratifs, les agents titulaires des collectivités territoriales ainsi que les agents statutaires des autres établissements publics administratifs ainsi que les militaires ; () ". L'article L. 5421-3 du même code dispose que : " La condition de recherche d'emploi requise pour bénéficier d'un revenu de remplacement est satisfaite dès lors que les intéressés sont inscrits comme demandeurs d'emploi et accomplissent, à leur initiative ou sur proposition de l'un des organismes mentionnés à l'article L. 5311-2, des actes positifs et répétés en vue de retrouver un emploi, de créer, reprendre ou développer une entreprise ". Aux termes de l'article 2 du décret du 16 juin 2020 relatif au régime particulier d'assurance chômage applicable à certains agents publics et salariés du secteur public : " Sont considérés comme ayant été involontairement privés d'emploi : / () 4° Les agents publics placés d'office, pour raison de santé, en disponibilité non indemnisée ou en congé non rémunéré à l'expiration des droits à congés maladie ; () ". Enfin, aux termes de l'article 23 du décret du 26 juillet 2019 relatif au régime d'assurance chômage : " () § 3-Le point de départ du versement des allocations peut intervenir au plus tôt : / - à la date d'inscription comme demandeur d'emploi ; () ". Il résulte de ces dispositions qu'un agent public satisfait à la condition d'aptitude à l'emploi, à laquelle l'ouverture du droit à l'allocation d'aide au retour à l'emploi est subordonnée en vertu de l'article L. 5421-1 du code du travail, aussi longtemps qu'il demeure inscrit sur la liste des demandeurs d'emploi mentionnée à l'article L. 5421-3 du même code.

5. D'autre part, sur le fondement des articles L. 5426-1 et L. 5426-2 du code du travail, dans leur rédaction applicable au litige, le contrôle de la recherche d'emploi est exercé par les agents de Pôle emploi et le revenu de remplacement est supprimé ou réduit par l'autorité administrative pour les personnes qui ne peuvent justifier de l'accomplissement d'actes positifs et répétés en vue de retrouver un emploi, de créer ou de reprendre une entreprise, dans les conditions prévues à ses articles R. 5426-3 à R. 5426-14. Il en résulte que si l'existence d'actes positifs et répétés accomplis en vue de retrouver un emploi est une condition mise au maintien de l'allocation d'aide au retour à l'emploi, elle ne saurait conditionner l'ouverture du droit à cette allocation.

6. Il résulte de l'instruction que Mme B a demandé à percevoir l'allocation de retour à l'emploi par son courrier du 24 août 2021, alors qu'elle était placée en disponibilité d'office pour raison de santé depuis le 1er octobre 2020, et qu'elle avait été inscrite sur la liste des demandeurs d'emploi du 9 au 31 juillet 2021, tel qu'en atteste l'organisme Pôle emploi par un courrier du 25 septembre 2023. Si Mme B doit donc être regardée comme ayant été involontairement privée d'emploi du 1er octobre 2020 au 9 mai 2023, date au lendemain de laquelle elle a été placée en disponibilité pour convenances personnelles, il est constant qu'elle n'a été inscrite comme étant à la recherche d'un emploi auprès de Pôle emploi qu'au cours de la courte période allant du 9 au 31 juillet 2021. La requérante satisfaisait alors à la condition d'aptitude à l'emploi aussi longtemps qu'elle demeurait inscrite sur cette liste. Il revenait, le cas échéant, à la commune, qui ne pouvait utilement opposer à l'intéressée l'avis concluant à son inaptitude totale et temporaire à ses fonctions émis le 2 septembre 2021 par le comité médical dans le cadre de la procédure de renouvellement de la mise en disponibilité d'office de Mme B pour raison de santé, cette procédure étant indépendante de celle selon laquelle s'apprécie l'aptitude au travail des personnes involontairement privées d'emploi, de saisir le préfet en vue que soit contrôlée l'aptitude physique au travail de l'intéressée. Par suite, Mme B avait droit à l'allocation de retour à l'emploi pour la période du 9 au 31 juillet 2021, sans avoir à justifier d'actes positifs et répétés accomplis en vue de retrouver un emploi. Il y a lieu, en conséquence, de la renvoyer devant la commune de La Forêt sur Sèvre pour le calcul et le versement de l'allocation d'aide au retour à l'emploi au cours de cette période.

7. En troisième lieu, il résulte de l'instruction que s'agissant des périodes allant du 1er octobre 2020 au 8 juillet 2021 et du 1er août 2021 au 9 mai 2023, Mme B, qui se borne à produire l'attestation de Pôle emploi précitée, ne peut être regardée comme étant éligible au bénéfice de l'allocation de retour à l'emploi, quand bien même elle remplirait les conditions tenant à la privation involontaire d'emploi et d'aptitude médicale, dès lors qu'elle ne justifie pas avoir été inscrite sur la liste des demandeurs d'emploi à ces périodes. A cet égard, les circonstances qu'il ne lui incombe pas de démontrer l'existence d'actes positifs et répétés de recherche d'emploi et que le préfet n'a pas été saisi pour contrôler son aptitude sont sans influence sur la légalité de la décision attaquée en tant qu'elle concerne les périodes du 1er octobre 2020 au 8 juillet 2021 et du 1er août 2021 au 9 mai 2023. Les moyens tirés du vice de procédure, ainsi que des erreurs de droit et d'appréciation invoquées, ne peuvent, dès lors, qu'être rejetés.

8. Il résulte de tout ce qui précède que la décision du 16 septembre 2021 doit être annulée en tant seulement qu'elle refuse à la requérante l'octroi de l'allocation de retour à l'emploi pour la seule période du 9 au 31 juillet 2021, et que le surplus des conclusions à fin d'annulation de cette décision doit être rejeté.

Sur les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte :

9. En raison du motif qui la fonde, l'annulation de la décision attaquée en tant qu'elle concerne la période du 9 au 31 juillet 2021 implique nécessairement, sous réserve de l'absence de changements de circonstances de droit ou de fait y faisant obstacle, que l'allocation de retour à l'emploi soit octroyée à la requérante au titre de cette période, sur le fondement de l'article L. 911-1 du code de justice administrative, après calcul de cette allocation par la commune. Il y a lieu d'enjoindre à la commune de La Forêt sur Sèvre de verser à Mme B l'allocation de retour à l'emploi qui lui est due dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction de l'astreinte demandée par Mme B.

Sur les frais liés au litige :

10. D'une part, les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de Mme B, qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante, la somme que la commune de La Forêt sur Sèvre demande au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

11. D'autre part, Mme B a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle. Par suite, son avocat peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, et sous réserve que Me Noël, avocate de Mme B, renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État, de mettre à la charge de la commune de La Forêt sur Sèvre le versement à Me Noël de la somme de 1 300 euros.

D E C I D E :

Article 1er : La décision du 16 septembre 2021 est annulée en tant qu'elle refuse à Mme B le bénéfice de l'allocation de retour à l'emploi par la période du 9 juillet 2021 au 31 juillet 2021.

Article 2 : Il est enjoint à la commune de La Forêt sur Sèvre de verser à Mme B l'allocation de retour à l'emploi qui lui est due dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : La commune de La Forêt sur Sèvre versera à Me Noël une somme de 1 300 euros en application des dispositions du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve que Me Noël renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat.

Article 4 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B et à la commune de La Forêt sur Sèvre.

Délibéré après l'audience du 11 avril 2024, à laquelle siégeaient :

M. Cristille, président,

Mme Thèvenet-Bréchot, première conseillère,

Mme Gibson-Théry, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe, le 6 mai 2024.

La rapporteure,

Signé

S. GIBSON-THERYLe président,

Signé

P. CRISTILLE

La greffière,

Signé

N. COLLET

La République mande et ordonne au préfet des Deux-Sèvres en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour le greffier en chef,

La greffière,

D. GERVIER

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