mercredi 5 juin 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Poitiers |
| Section | Tribunal Administratif de Poitiers |
| N° Dossier | TA86-2200492 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 1ère chambre |
| Avocat requérant | SOCIETE D'AVOCATS SJFO |
Vu la procédure suivante :
Par une ordonnance du 23 février 2022, enregistrée le même jour au greffe du tribunal, le président de la 4ème chambre du tribunal administratif d'Orléans a transmis au tribunal, en application de l'article R. 351-3 du code de justice administrative, la requête présentée par la société par actions simplifiée (SAS) Or et Argent.
Par cette requête, enregistrée au greffe du tribunal administratif d'Orléans le 16 février 2022, la SAS Or et Argent, représentée par Me Antoine, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 16 décembre 2021 par laquelle la directrice départementale de la protection des populations de Charente-Maritime lui a infligé, en application de l'article L. 522-1 du code de la consommation, trois amendes administratives, pour un montant total de 5 000 euros ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la décision du 16 décembre 2021 est insuffisamment motivée ;
- la décision est illégale dès lors que la directrice départementale de la protection des populations n'a pas vérifié que la société s'était conformée à ses obligations postérieurement au courrier du 15 octobre 2021 et n'a pas appliqué les préconisations de la direction générale de la concurrence, de la consommation et de la répression des fraudes en matière de progressivité des mesures consécutives aux contrôles ;
- l'amende administrative n'aurait pas dû lui être infligée compte tenu du droit à l'erreur prévu à l'article L. 123-1 du code des relations entre le public et l'administration ;
- la sanction est disproportionnée compte tenu tant de la nature que de la gravité des manquements retenus.
Par un mémoire en défense enregistré au greffe du tribunal administratif de Poitiers le 30 novembre 2022, le préfet de la Charente-Maritime conclut au non-lieu partiel à statuer et au rejet du surplus des conclusions de la requête.
Il fait valoir que :
- par une décision du 3 mai 2022, la directrice départementale de la protection des populations a retiré les deux amendes administratives de 2 000 euros qu'elle avait prononcées pour les deux premiers manquements ; il n'y a, par suite, plus lieu de statuer sur les conclusions de la requête en tant qu'elles portent sur ces amendes ;
- les moyens soulevés par la SAS Or et Argent ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la directive 2013/11/UE du 21 mai 2013 ;
- le code de la consommation ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Henry,
- et les conclusions de M. Revel, rapporteur public.
Considérant ce qui suit :
1. La société par actions simplifiée (SAS) Or et Argent exerce une activité d'achat d'articles en or et de vente de bijoux d'occasion. Les 24 et 25 août 2021, elle a fait l'objet d'un contrôle de la direction départementale de la protection des populations de la Charente-Maritime, à l'issue duquel l'administration a constaté trois manquements aux règles de protection des consommateurs, à savoir un défaut d'affichage du prix d'achat des métaux précieux, un défaut d'affichage du prix de certains bijoux d'occasion et un défaut de communication au consommateur des coordonnées du médiateur de la consommation auquel il peut être recouru en cas de litige. Par une décision du 16 décembre 2021, la directrice départementale de la protection des populations de la Charente-Maritime a prononcé une amende de 2 000 euros pour chacun des deux premiers manquements et une amende de 1 000 euros pour le troisième. La société Or et Argent demande au tribunal d'annuler cette décision de sanction.
Sur les deux amendes prononcées au titre des deux premiers manquements :
2. Par une décision du 3 mai 2022, postérieure à l'introduction de la requête, la directrice départementale de la protection des populations a retiré les deux amendes administratives de 2 000 euros qu'elle avait prononcées pour les deux premiers manquements, portant sur un défaut d'affichage du prix d'achat des métaux précieux et un défaut d'affichage du prix de certains bijoux d'occasion. Les conclusions de la requête tendant à l'annulation de la décision de sanction du 16 décembre 2021 sont donc devenues sans objet en tant qu'elles portent sur ces deux amendes. Il s'ensuit qu'il n'y a pas lieu d'y statuer.
Sur l'amende prononcée au titre du troisième manquement :
3. Aux termes de l'article L. 616-1 du code de la consommation : " Tout professionnel communique au consommateur, selon des modalités fixées par décret en Conseil d'Etat, les coordonnées du ou des médiateurs compétents dont il relève. / Le professionnel est également tenu de fournir cette même information au consommateur, dès lors qu'un litige n'a pas pu être réglé dans le cadre d'une réclamation préalable directement introduite auprès de ses services ". Selon l'article R. 616-1 de ce code : " En application de l'article L. 616-1, le professionnel communique au consommateur les coordonnées du ou des médiateurs de la consommation dont il relève, en inscrivant ces informations de manière visible et lisible sur son site internet, sur ses conditions générales de vente ou de service, sur ses bons de commande ou, en l'absence de tels supports, par tout autre moyen approprié. Il y mentionne également l'adresse du site internet du ou de ces médiateurs ". L'article L. 641-1 du même code dispose : " Tout manquement aux obligations d'information mentionnées aux articles L. 616-1 et L. 616-2 est passible d'une amende administrative dont le montant ne peut excéder 3 000 euros pour une personne physique et 15 000 euros pour une personne morale dans les conditions prévues au chapitre II du titre II du livre V ". Il résulte des dispositions combinées des articles L. 522-1, L. 511-6 et R. 522-1 du code de la consommation que le directeur de la direction départementale chargée de la protection des populations est, en sa qualité d'autorité administrative chargée de la concurrence et de la consommation, compétent pour prononcer l'amende administrative prévue par l'article L. 641-1 de ce code. En vertu de l'article L. 522-5 du même code : " Avant toute décision, l'autorité administrative chargée de la concurrence et de la consommation informe par écrit la personne mise en cause de la sanction envisagée à son encontre, en lui indiquant qu'elle peut se faire assister par le conseil de son choix et en l'invitant à présenter, dans un délai précisé par le décret mentionné à l'article L. 522-10, ses observations écrites et, le cas échéant, ses observations orales. / Passé ce délai, elle peut, par décision motivée, prononcer l'amende ".
4. En premier lieu, pour satisfaire à l'exigence de motivation rappelée au second alinéa de l'article L. 522-5 du code de la consommation, l'autorité administrative chargée de la concurrence et de la consommation doit indiquer, soit dans sa décision elle-même, soit par référence à un document joint ou précédemment adressé à la personne sanctionnée, outre les dispositions en application desquelles la sanction est prise, les considérations de fait sur lesquelles elle se fonde pour décider de son principe et en fixer le montant.
5. En l'espèce, la décision attaquée du 16 décembre 2021 mentionne l'article L. 616-1 du code de la consommation, qui fonde l'obligation dont le manquement est sanctionné, et rappelle la procédure suivie depuis le contrôle réalisé les 24 et 25 août 2021. À ce titre, la décision fait expressément référence au courrier adressé à la société le 15 octobre 2021 pour recueillir ses observations quant au prononcé d'une amende administrative, auquel était joint le procès-verbal dressé à l'issue du contrôle. Ces deux documents exposaient de manière détaillée le cadre juridique applicable ainsi que les considérations de fait permettant à la société requérante de connaître la nature exacte des manquements qui lui étaient imputés. Enfin, la décision attaquée indique que la détermination du montant de l'amende tient compte de l'existence d'une plainte d'un consommateur et que l'administration n'a pas pu prendre en compte la situation financière de la société, celle-ci n'ayant pas transmis son compte de résultat malgré la demande que l'administration lui avait adressée. Ainsi, la SAS Or et Argent a été mise à même de connaître avec une précision suffisante les considérations de droit et de fait sur lesquelles la directrice départementale de la protection des populations de Charente-Maritime s'est fondée pour prononcer l'amende contestée et déterminer son montant. Par suite, le moyen tiré de ce que cette décision est insuffisamment motivée doit être écarté.
6. En deuxième lieu, s'il est loisible à l'administration, alternativement ou concurremment au prononcé d'une amende pour un manquement aux obligations prévues à l'article L. 616-1 du code de la consommation, de faire application des pouvoirs de police qu'elle tient de l'article L. 521-1 du même code, qui lui permettent, dans le but de faire cesser le manquement, d'enjoindre au professionnel de se conformer à ses obligations, aucune disposition ni aucun principe ne subordonne le prononcé de l'amende prévue à l'article L. 641-1 au constat de la persistance du manquement malgré une première demande adressée au professionnel de se conformer à son obligation de communiquer au consommateur les coordonnées du médiateur dont il relève, à plus forte raison lorsque, comme en l'espèce, une éventuelle régularisation pour l'avenir ne permet pas de prémunir les tiers d'éventuelles atteintes déjà portées à leurs droits. Si la société requérante invoque le document intitulé " Les contrôles de la DGCCRF / Pouvoirs d'enquête et de sanction ", ce document, qui se borne à décrire en termes très généraux les différents pouvoirs d'enquête des agents chargés de la concurrence, de la consommation et de la répression des fraudes ainsi que les différentes suites pouvant être données aux constatations et, notamment, les suites correctives prévues par les articles L. 521-1 du code de la consommation ainsi que les sanctions administratives prévues aux articles L. 522-1 et suivants du même code, sans préciser dans quelles conditions ces différentes procédures doivent être mises en œuvre, ne constitue pas une circulaire administrative dont la requérante serait fondée à se prévaloir, mais un support présentant des informations générales à destination du public. Dans ces conditions, la SAS Or et Argent ne peut utilement soutenir que la directrice départementale de la protection des populations aurait dû vérifier qu'elle s'était conformée à ses obligations avant de lui infliger la sanction en litige.
7. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 123-1 du code des relations entre le public et l'administration : " Une personne ayant méconnu pour la première fois une règle applicable à sa situation ou ayant commis une erreur matérielle lors du renseignement de sa situation ne peut faire l'objet, de la part de l'administration, d'une sanction, pécuniaire ou consistant en la privation de tout ou partie d'une prestation due, si elle a régularisé sa situation de sa propre initiative ou après avoir été invitée à le faire par l'administration dans le délai que celle-ci lui a indiqué / La sanction peut toutefois être prononcée, sans que la personne en cause ne soit invitée à régulariser sa situation, en cas de mauvaise foi ou de fraude. / Les premier et deuxième alinéas ne sont pas applicables : / 1° Aux sanctions requises pour la mise en œuvre du droit de l'Union européenne ; () ". Il résulte de ces dispositions que la tolérance qu'elles prévoient ne s'applique pas aux sanctions requises pour la mise en œuvre du droit de l'Union.
8. La sanction prise à l'encontre de la requérante, sur le fondement de l'article L. 616-1 du code de la consommation, en raison de manquements aux obligations d'information du consommateur en matière de médiation pour la résolution des litiges commerciaux, entre dans le champ d'application de la directive du Parlement européen et du Conseil du 21 mai 2013 relative au règlement extrajudiciaire des litiges de consommation. Cet article doit ainsi être regardé comme requis pour la mise en œuvre du droit de l'Union européenne au sens des dispositions du 1° de l'article L. 123-1 du code des relations entre le public et l'administration. En tout état de cause, les manquements aux obligations d'information du consommateur en matière de médiation pour la résolution des litiges commerciaux, auxquels il peut seulement être mis fin pour l'avenir, ne sont pas, par leur nature, au nombre des manquements régularisables envisagés par l'article L. 123-1 du code des relations entre le public et l'administration. Dans ces conditions, la société SAS Or et Argent ne peut utilement se prévaloir du " droit à l'erreur " prévu par les dispositions de cet article. Par suite, c'est sans commettre d'erreur de droit que l'administration lui a infligé la sanction contestée.
9. En dernier lieu, la société requérante ne conteste pas qu'au jour du contrôle réalisé par les agents de la direction départementale de la protection des populations de la Charente-Maritime, elle ne communiquait pas aux consommateurs, sur les supports mentionnés à l'article R. 616-1 du code de la consommation, les coordonnées d'un médiateur à la consommation pouvant être saisi en cas de litige. En outre, le contrôle réalisé par l'administration fait suite à la plainte qui lui a été adressée par une consommatrice en raison d'un litige commercial qui s'est élevé entre celle-ci et la société requérante et, ainsi que l'a relevé l'administration, la saisine d'un médiateur aurait pu contribuer à la résolution de ce litige. Ainsi, les faits reprochés à la SAS Or et Argent sont de nature à justifier une sanction et, dans les circonstances de l'espèce et au regard du montant maximal de l'amende fixé à 15 000 euros par les dispositions citées au point 3, l'amende de 1 000 euros infligée à la société n'est pas disproportionnée.
Sur les frais liés au litige :
10. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de faire droit aux conclusions présentées par la SAS Or et Argent sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur les conclusions de la requête tendant à l'annulation des deux amendes de 2 000 euros qui ont été infligées à la SAS Or et Argent en raison d'un défaut d'affichage du prix d'achat des métaux précieux et d'un défaut d'affichage du prix de certains bijoux d'occasion.
Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à la société par actions simplifiée Or et Argent et au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique.
Copie en sera adressée au préfet de la Charente-Maritime.
Délibéré après l'audience du 21 mai 2024, à laquelle siégeaient :
M. Campoy, président,
M. Henry, premier conseiller,
M. Pipart, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 5 juin 2024.
Le rapporteur,
Signé
B. HENRY
Le président,
Signé
L. CAMPOYLa greffière,
Signé
D. GERVIER
La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Pour le greffier en chef,
La greffière,
Signé
D. GERVIER
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