lundi 6 mai 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Poitiers |
| Section | Tribunal Administratif de Poitiers |
| N° Dossier | TA86-2200539 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Formation | 3ème chambre |
| Avocat requérant | REMOND AVOCAT |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 25 février 2022, Mme C D demande au tribunal :
1°) de condamner le centre hospitalier de La Rochelle-Ré-Aunis à lui verser une somme totale de 100 000 euros en réparation des préjudices subis en son nom personnel ainsi qu'une somme de 10 000 euros au titre des préjudices subis par sa fille mineure ;
2°) de mettre à la charge du centre hospitalier de La Rochelle-Ré-Aunis une somme de 5 000 euros au titre de l'article L. 761 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
-la responsabilité du centre hospitalier est engagée en raison de la faute commise par le médecin régulateur du SAMU ;
-la faute est à l'origine d'une perte de chances que son enfant naisse en vie ;
-elle a subi un préjudice personnel qui peut être évalué à 100 000 euros ;
-sa fille mineure a subi un préjudice personnel qui peut être évalué à 10 000 euros.
Par un mémoire en défense enregistré le 26 mai 2023, le centre hospitalier de La Rochelle-Ré-Aunis, représenté par la SCP Dicé Avocats, conclut au rejet de la requête et à ce qu'une somme de 1 600 euros soit mise à la charge de Mme D au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
-aucune faute ne peut être imputée au centre hospitalier de La Rochelle-Ré-Aunis ;
-sa responsabilité n'est pas engagée.
Par un courrier enregistré le 3 mai 2022, la CPAM de la Charente-Maritime a informé le tribunal qu'elle n'avait aucune créance à faire valoir.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de la santé publique ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Thévenet-Bréchot,
- les conclusions de Mme Bréjeon, rapporteure publique,
- et les observations de Mme D et de Me Tinel, représentant le centre hospitalier de La Rochelle-Ré-Aunis.
Considérant ce qui suit :
1. Le 2 mars 2016 à 15h07, Mme D, alors enceinte, a appelé les pompiers en raison de douleurs et de pertes de sang. Elle a été mise en relation avec le médecin régulateur du SAMU du centre hospitalier de La Rochelle Ré-Aunis. Ce dernier a décidé de l'envoi d'une ambulance afin de l'emmener à la maternité de Saintes. A l'arrivée des ambulanciers, Mme D avait presque perdu connaissance. Ceux-ci ont alors appelé le SAMU. Le SMUR a transporté Mme D à la maternité de Saintes. A 17h43, elle donnait naissance à un enfant en état de mort apparente. Par la présente requête, Mme D demande au tribunal de condamner le centre hospitalier de La Rochelle-Ré-Aunis à lui verser une somme totale de 100 000 euros en réparation des préjudices subis en son nom personnel, ainsi qu'une somme de 10 000 euros en réparation des préjudices subis par sa fille mineure.
Sur la responsabilité :
2. Aux termes de l'article L. 1142-1 du code de la santé publique : " I. - Hors le cas où leur responsabilité est encourue en raison d'un défaut d'un produit de santé, les professionnels de santé mentionnés à la quatrième partie du présent code, ainsi que tout établissement, service ou organisme dans lesquels sont réalisés des actes individuels de prévention, de diagnostic ou de soins ne sont responsables des conséquences dommageables d'actes de prévention, de diagnostic ou de soins qu'en cas de faute. () ". L'article R. 6311-1 du même code dispose que : " Les SAMU ont pour mission de répondre par des moyens exclusivement médicaux aux situations d'urgence. () ". Et aux termes de l'article R. 6311-2 de ce même code : " Pour l'application de l'article R. 6311-1, les services d'aide médicale urgente : / 1° Assurent une écoute médicale permanente ; / 2° Déterminent et déclenchent, dans le délai le plus rapide, la réponse la mieux adaptée à la nature des appels () ".
3. Le 6 mars 2016, Mme D a déposé plainte à la gendarmerie de Jonzac à la suite du décès de son enfant mort-né, estimant qu'il était dû à des défaillances dans la prise en charge médicale. Une information judiciaire pour homicide involontaire a été ouverte et une expertise a été confiée aux Dr A et Lortie qui ont rendu leur rapport le 8 juin 2017. Une contre-expertise judiciaire a été confiée aux Dr B et Salomon qui ont rendu leur rapport le 21 décembre 2018. Par une ordonnance du 17 janvier 2020, la juge d'instruction a prononcé un non-lieu, dès lors que le délit d'homicide involontaire ne peut être retenu que sur un enfant né vivant.
4. Dans la présente instance, Mme D soutient que le médecin régulateur du SAMU a commis une erreur de diagnostic qui a entrainé une modalité d'intervention inadaptée et un retard de prise en charge, et que ce manquement fautif est à l'origine directe du décès de son enfant.
5. Dans leur rapport du 2 juin 2017, les Dr A et Lortie ont estimé qu'à la suite du premier appel de Mme D à 15h07, le médecin régulateur du SAMU avait à juste titre privilégié l'envoi d'une ambulance " afin d'évacuer [la patiente] le plus rapidement possible dans des conditions de confort normales ". Ils indiquent que " ce qui est venu perturber la prise en charge c'est le malaise qu'a présenté Mme D après l'appel au SAMU ". Ils en concluent que " lors du premier appel de 15h07 l'intervention du SMUR n'était pas justifiée " et qu'il n'y a eu " aucune négligence, manquement de prudence ou de sécurité ". Toutefois, dans leur rapport de contre-expertise établi le 21 décembre 2018, les Dr B et Salomon restituent le contenu des bandes passantes de l'appel de Mme D au SAMU à 15h07, qui révèle que le médecin régulateur ne s'est pas renseigné sur l'importance des saignements ni sur leur couleur. Ainsi que l'indiquent ces seconds experts, l'interrogatoire du médecin régulateur n'a pas été conduit conformément aux recommandations de 2010 sur les urgences obstétricales, qui indiquent que " l'interrogatoire doit faire préciser le terme, la notion de placenta praevia connu, d'hypertension artérielle connue, la couleur du saignement, la présence de caillots, l'importance et le retentissement de l'hémorragie, la présence de douleurs abdominales permanentes ou de contractions et la perception de mouvements fœtaux, et qu'en l'absence de contexte de placenta praevia connu, il faut rechercher et évoquer l'hypothèse d'un hématome rétro-placentaire jusqu'à la preuve du contraire ". Les Dr B et Salomon en concluent qu'alors que " l'envoi d'une équipe du SMUR est la règle devant la moindre suspicion d'hématome rétro-placentaire ou de placenta praevia hémorragique, la décision des moyens à engager n'a pas été conforme aux règles de l'art et que cette décision du médecin régulateur [d'envoyer une ambulance] a entrainé un retard de prise en charge de 26 mn ". Par suite, l'erreur de diagnostic du médecin régulateur du SAMU, ayant eu pour conséquence un retard de prise en charge de Mme D, est constitutif d'une faute de nature à engager la responsabilité du centre hospitalier de la Rochelle-Ré-Aunis.
6. Dans le cas où une prise en charge fautive a compromis les chances d'un patient d'obtenir une amélioration de son état de santé ou d'échapper à son aggravation, le préjudice résultant directement de cette faute et qui doit être intégralement réparé n'est pas le dommage corporel constaté mais la perte de chance d'éviter la survenue de ce dommage. La réparation doit alors être évaluée à une fraction du dommage corporel déterminée en fonction de l'ampleur de la chance perdue.
7. Il résulte de l'instruction qu'à l'arrivée de Mme D à la maternité à 17h05, le rythme cardiaque fœtal se situait entre 90 et 115 battements par minute, puis a diminué à 80 battements par minute à 17h15. A 17h30 le code rouge a été déclenché par le gynécologue obstétricien et une césarienne a été réalisée en urgence. A 17h43, Mme D a accouché d'un enfant en état de mort apparente qui n'a pas pu être réanimé. Les experts B et Salomon avaient estimé que le retard de prise en charge était de 26 mn. Ainsi, ce retard fautif a nécessairement compromis les chances de Mme D d'accoucher d'un enfant viable. Toutefois, l'état du dossier ne permet pas au tribunal administratif d'apprécier le pourcentage de perte de chances ayant résulté de ce retard fautif. Dès lors, il y a lieu, avant de statuer sur la requête de Mme D d'ordonner un complément d'expertise sur ce point.
DECIDE :
Article 1er : La responsabilité pour faute du centre hospitalier de La Rochelle-Ré-Aunis est engagée.
Article 2 : Il sera, avant de statuer sur les préjudices supportés par Mme D, procédé par un expert, désigné par le président du tribunal administratif, à un complément d'expertise avec mission de :
1°) se faire communiquer tous documents relatifs à la prise en charge de Mme D par le groupe hospitalier de La Rochelle-Ré-Aunis ; procéder à l'examen sur pièces du dossier médical de Mme D ; convoquer et entendre les parties et tous sachants ;
2°) donner son avis sur l'ampleur (pourcentage) de la chance perdue par Mme D d'éviter le décès de son enfant.
Article 3 : L'expert accomplira sa mission dans les conditions prévues par les articles R. 621-2 à R. 621-14 du code de justice administrative. Il prêtera serment par écrit devant le greffier en chef du tribunal. L'expert déposera son rapport au greffe du tribunal en deux exemplaires.
Article 4 : L'expertise aura lieu au contradictoire de Mme D, du centre hospitalier La Rochelle-Ré-Aunis et de la CPAM de la Charente-Maritime.
Article 5 : Les frais d'expertise sont réservés pour y être statué en fin d'instance.
Article 6 : Tous droits et moyens des parties, sur lesquels il n'est pas expressément statué par le présent jugement, sont réservés jusqu'en fin d'instance.
Article 7 : Le présent jugement sera notifié à Mme C D, au centre hospitalier de La Rochelle-Ré-Aunis et à la CPAM de la Charente-Maritime.
Délibéré après l'audience du 11 avril 2024, à laquelle siégeaient :
M. Cristille, président,
Mme Thèvenet-Bréchot, première conseillère,
Mme Gibson-Théry, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe, le 6 mai 2024.
La rapporteure,
Signé
A. THEVENET-BRECHOT
Le président,
Signé
P. CRISTILLE
La greffière,
Signé
N. COLLET
La République mande et ordonne à la ministre du travail, de la santé et des solidarités en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Pour le greffier en chef,
La greffière,
D. GERVIER
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026