mardi 23 janvier 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Poitiers |
| Section | Tribunal Administratif de Poitiers |
| N° Dossier | TA86-2200611 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 1ère chambre - JU |
| Avocat requérant | SELARL D'AVOCATS THIERRY ZORO |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés le 7 mars 2022, le 24 mai 2022, la société civile immobilière (SCI) Chebbabi, représentée par Me Zoro, doit être regardée comme demandant au tribunal :
1°) la réduction de la cotisation de taxe foncière sur les propriétés bâties à laquelle elle a été assujettie au titre de l'année 2021 à raison de la station essence située 6 route de Paris à Chasseneuil-du-Poitou (Vienne) ;
2°) de mettre une somme de 3 000 euros à la charge de l'Etat, en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- elle a reçu un avis d'impôt de taxes foncières au titre de l'année 2021 d'un montant de 14 141 euros, alors que le précédent avis s'élevait à 1 489 euros environ ;
- la décision de rejet de sa réclamation a été prise par une autorité incompétente ; elle est insuffisamment motivée ;
- les surfaces retenues par l'administration fiscale pour établir l'imposition litigieuse ne sont pas conformes à la réalité dès lors qu'elles sont contredites par les images satellites (" P1 " : 96 m2 ; " P2 " : 40 m2 ; " PK2 " : 95 m2) ; la taxe a été établie au titre d'une propriété bâtie alors qu'il apparait que la surface de la parcelle ne sert pas uniquement à l'activité de la station de lavage mais aussi principalement, à la servitude de passage du voisinage et à l'accès au logement d'autres voisins qui sont situés dans le même bâtiment ; la décision de rejet de sa réclamation méconnaît les dispositions des articles 1380 et 1381 du code général des impôts ; l'administration fiscale n'applique pas la méthode et ne tient pas compte des critères de calcul de la valeur locative révisée brute tels qu'ils sont fixés par la loi, tant en ce qui concerne la pondération des surfaces retenues que les coefficients de localisation, de neutralisation et le mécanisme de planchonnement, ce qui constitue une erreur de droit ;
- l'imposition litigieuse méconnaît les dispositions des articles 6 et 13 de la déclaration des droits de l'homme et du citoyen et constitue une rupture d'égalité devant la loi fiscale et les charges publiques ;
Par des mémoires en défense, enregistrés le 9 août 2022 et le 25 août 2023, la directrice départementale des finances publiques de la Vienne conclut au rejet de la requête.
Elle soutient que les moyens soulevés par la SCI Chebbabi ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier ;
Vu :
- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné M. A en application de l'article R. 222-13 du code de justice administrative.
Le magistrat désigné a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de M. A a été entendu au cours de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. La société civile immobilière (SCI) Chebbabi, propriétaire d'une station de lavage située 6 route de Paris à Chasseneuil-du-Poitou (Vienne), a été assujettie à raison de ce bien à la taxe foncière sur les propriétés bâties au titre de l'année 2021 pour un montant de 14 141 euros. Le 17 novembre 2020, le service a sollicité la mise à jour des surfaces liées à son activité en fonction de leur utilisation et, le 14 décembre 2020, après avoir été destinataire de la déclaration 6660 REV, a procédé à une modification du montant de l'imposition litigieuse. La SCI Chebbabi demande la réduction de la cotisation de taxe foncière sur les propriétés bâties au titre de l'année 2021.
Sur l'étendue du litige :
2. Par une décision du 8 août 2022, postérieure à l'introduction de la requête, la directrice départementales des finances publiques de la Vienne a prononcé le dégrèvement de l'imposition en litige pour un montant total, en droits, de 9 343 euros. Les conclusions de la requête sont, dans cette mesure, devenues sans objet.
Sur les surplus des impositions :
En ce qui concerne la régularité de la procédure :
3. Les vices propres dont peut être entachée la décision par laquelle l'administration fiscale rejette la réclamation dont elle est saisie par un contribuable sont sans influence sur la régularité et le bien-fondé des impositions contestées. Par suite, les moyens tirés du défaut de motivation et de l'incompétence de l'auteur de l'acte de la décision du 6 janvier 2022 rejetant la réclamation préalable formulée par la SCI Chebbabi doivent être écartés.
En ce qui concerne le bien-fondé de l'imposition :
4. En premier lieu, et d'une part, d'une part, aux termes de l'article 1380 du code général des impôts : " La taxe foncière est établie annuellement sur les propriétés bâties sises en France à l'exception de celles qui en sont expressément exonérées par les dispositions du présent code ". Aux termes de l'article 1381 du même code : " Sont également soumis à la taxe foncière sur les propriétés bâties : 1° Les installations destinées à abriter des personnes ou des biens ou à stocker des produits ainsi que les ouvrages en maçonnerie présentant le caractère de véritables constructions tels que, notamment, les cheminées d'usine, les réfrigérants atmosphériques, les formes de radoub, les ouvrages servant de support aux moyens matériels d'exploitation ; 2° Les ouvrages d'art et les voies de communication ; () 4° Les sols des bâtiments de toute nature et les terrains formant une dépendance indispensable et immédiate de ces constructions à l'exception des terrains occupés par les serres affectées à une exploitation agricole ; 5° A l'exception de ceux mentionnés au dernier alinéa de l'article 1393, les terrains non cultivés employés à un usage commercial ou industriel, tels que chantiers, lieux de dépôt de marchandises et autres emplacements de même nature, soit que le propriétaire les occupe, soit qu'il les fasse occuper par d'autres à titre gratuit ou onéreux () ".
5. D'autre part, aux termes de l'article 1498 du code général des impôts : " I. - La valeur locative de chaque propriété bâtie ou fraction de propriété bâtie, autres que les locaux mentionnés au I de l'article 1496, que les établissements industriels mentionnés à l'article 1499 et que les locaux dont la valeur locative est déterminée dans les conditions particulières prévues à l'article 1501, est déterminée selon les modalités prévues aux II ou III du présent article. / Les propriétés mentionnées au premier alinéa sont classées dans des sous-groupes, définis en fonction de leur nature et de leur destination. A l'intérieur d'un sous-groupe, elles sont classées par catégories, en fonction de leur utilisation, de leurs caractéristiques physiques, de leur situation et de leur consistance. Les sous-groupes et catégories de locaux sont déterminés par décret en Conseil d'Etat. / II. - A. - La valeur locative de chaque propriété bâtie ou fraction de propriété bâtie mentionnée au I est déterminée en fonction de l'état du marché locatif à la date de référence du 1er janvier 2013, sous réserve de la mise à jour prévue au III de l'article 1518 ter. / Elle est obtenue par application d'un tarif par mètre carré déterminé conformément au 2 du B du présent II à la surface pondérée du local définie au C du présent II. / B. - 1. Il est constitué, dans chaque département, un ou plusieurs secteurs d'évaluation qui regroupent les communes ou sections cadastrales de communes qui, dans le département, présentent un marché locatif homogène () / 2. Les tarifs par mètre carré sont déterminés sur la base des loyers moyens constatés dans chaque secteur d'évaluation par catégorie de propriétés. () Les tarifs par mètre carré peuvent être majorés de 1,1, 1,15, 1,2 ou 1,3 ou minorés de 0,7, 0,8, 0,85 ou 0,9, par application d'un coefficient de localisation destiné à tenir compte de la situation particulière de la parcelle d'assise de la propriété au sein du secteur d'évaluation. / C. - La surface pondérée d'un local est obtenue à partir de la superficie de ses différentes parties, réduite, le cas échéant, au moyen de coefficients fixés par décret, pour tenir compte de leur utilisation et de leurs caractéristiques physiques respectives () ". Aux termes de l'article 310 Q de l'annexe II au code général des impôts : " Pour l'application du second alinéa du I de l'article 1498 du code général des impôts, les propriétés bâties mentionnées au premier alinéa de ce même I sont classées selon les sous-groupes et catégories suivants : / Sous-groupe I : magasins et lieux de vente : () / Catégorie 6 : stations-service, stations de lavage et assimilables () ". Aux termes de l'article 324 Z de l'annexe III au même code : " Pour l'application du C du II de l'article 1498 du code général des impôts, la surface pondérée d'un local est la somme, le cas échéant arrondie au mètre carré inférieur, des superficies de ses différentes parties, affectées, le cas échéant, du coefficient mentionné au troisième alinéa. / La superficie des différentes parties d'un local, y compris celle des dégagements et sanitaires, est la superficie réelle, mesurée au sol, entre murs ou séparations et arrondie au mètre carré inférieur. / Lorsque l'une de ces parties a une valeur d'utilisation réduite par rapport à l'affectation principale du local, la superficie de cette partie est réduite par application d'un coefficient fixé à 0,5 lorsque cette partie est couverte et à 0,2 dans le cas contraire ".
6. En l'espèce, la SCI Chebbabi, qui a déposé une déclaration 6660-REV le 14 décembre 2020, y a indiqué une surface de 96 mètres carrés en catégorie " P1 " et une surface de 40 mètres carrés en catégorie " P 2 ", ainsi qu'une surface de 95 mètres carrés en catégorie " PK 2 ". Le service, se fondant sur les données issues de Géoportail pour la parcelle cadastrée BC 0056, a pour sa part, estimé que la surface réelle de la parcelle était de 2 249 mètres carrés, et a ainsi considéré que 2 248 mètres carrés relevaient de la catégorie " P1 ", et que 40 mètres carrés, correspondant au local technique " relevaient de la catégorie " P 2 " et, enfin, que 125 mètres carrés relevaient de la catégorie " PK 2 ". Si la société requérante conteste le calcul opéré par le service au motif qu'une partie de la surface constitue une servitude de passage au profit de tiers, elle ne verse aucun élément aux débats permettant d'établir l'existence de cette servitude, ni même sa superficie. En tout état de cause, les surfaces précitées sont nécessaires à l'exercice de l'activité de station de lavage. Ainsi, la SCI Chebbabi ne conteste pas utilement la répartition des surfaces par catégorie déterminées par l'administration fiscale sur le fondement d'images issues de Géoportail.
6. En deuxième lieu, la SCI Chebbabi soutient que le service n'a pas appliqué les coefficients de pondération ni les coefficients de localisation, de neutralisation ainsi que le mécanisme de planchonnement. Il résulte toutefois de l'instruction que les surfaces inscrites en catégorie " P 1 " ont bien fait l'objet d'un coefficient de 1, et que les zones affectées en catégories " P 2 " et " PK 2 " ont respectivement fait l'objet de coefficients de pondération de 0,5 et de 0,2, aboutissant à une surface pondérée de 2 293 mètres carrés. Ce bien, relevant de la catégorie MAG 6, se voit appliquer un tarif catégoriel de 101,20 euros par mètre carré, qui permet d'établir une valeur locative brute de 232 051 euros. Le coefficient de localisation étant en l'espèce égal à 1, et compte tenu d'un coefficient de neutralisation de 0,272538 applicable pour la commune de Chasseneuil-du-Poitou, c'est à bon droit que l'administration fiscale a déterminé une valeur locative neutralisée de 63 242 euros. Si la décision de rejet du 6 janvier 2022 indique à tort que la valeur " planchonnée " est de 63 342 euros, il résulte de l'instruction que le mécanisme de planchonnement a bien été appliqué lors du calcul définitif de l'imposition, après que le dégrèvement cité au point 2 du présent jugement soit intervenu, puisque que l'assiette de calcul de l'imposition a été fixée à 31 621 euros. Ainsi, contrairement à ce que soutient la société requérante, le service n'a pas commis d'erreur de droit en appliquant les règles de calcul précitées et était fondé à retenir une assiette de 31 621 euros pour établir l'imposition litigieuse.
7. En dernier lieu, si la SCI Chebbabi soutient que l'imposition litigieuse méconnaît les dispositions des articles 6 et 13 de la déclaration des droits de l'homme et du citoyen et constitue ainsi une rupture d'égalité devant la loi fiscale et les charges publiques, elle n'apporte aucun élément de nature à établir que les règles régissant l'imposition litigieuse entraîneraient une répartition inégale de la taxe entre les redevables ou une quelconque forme de rupture d'égalité. Par ailleurs, si la SCI Chebbabi critique la hausse très importante de son imposition en 2021, cet écart s'explique notamment par le fait que les surfaces antérieurement déclarées par la société requérante étaient manifestement sous-évaluées.
8. Il résulte de ce qui précède que la SCI Chebbabi n'est pas fondée à solliciter la réduction de la cotisation de taxe foncière à laquelle elle a été assujettie au titre de l'année 2021.
Sur les frais liés au litige :
9. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de faire droit à la demande de la SCI Chebbabi tendant au paiement de frais de procès sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : Il n'y a plus lieu de statuer sur les conclusions de la requête de la SCI Chebbabi à hauteur de 9 343 euros, au titre de l'année 2021.
Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de la SCI Chebbabi est rejeté.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à la société civile immobilière Chebbabi et à la directrice départementale des finances publiques de la Vienne.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 23 janvier 2024.
Le magistrat désigné,
Signé
R. ALa greffière,
Signé
D. GERVIER
La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique, en ce qui le concerne et à tous huissiers à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Pour le greffier en chef,
La greffière,
Signé
D.GERVIER
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026