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AccueilJurisprudence administrativeN° TA86-2200654

Tribunal Administratif de Poitiers — Décision N° TA86-2200654

lundi 24 juin 2024

JuridictionTribunal Administratif de Poitiers
SectionTribunal Administratif de Poitiers
N° DossierTA86-2200654
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
Formation3ème chambre
Avocat requérantSELARL BRG BOISSONNET - RUBI - RAFFIN - GIFFO - VENDE

Texte intégral

Vu les procédures suivantes :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 10 mars 2022 et le 31 mai 2023, le service départemental d'incendie et de secours (SDIS) des Deux-Sèvres, représenté par la SELARL d'Avocats Inter-barreaux BRG, demande au tribunal :

1°) à titre principal, de condamner la société Performances Constructions Métalliques, représentée par la SELAS Saulnier Ponroy, mandataire judiciaire, à lui verser, d'une part, la somme de 51 616,84 euros au titre des travaux de réparation du centre de secours de L'Absie, et, d'autre part, la somme de 40 000 euros en réparation de son préjudice de jouissance, ces sommes devant être assorties des intérêts au taux légal et de la capitalisation de ces intérêts ;

2°) à titre subsidiaire, d'ordonner une expertise avant dire droit ;

3°) de mettre à la charge de la société Performances Constructions Métalliques la somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- le tribunal administratif de Poitiers est compétent pour statuer sur la requête ;

- les désordres du centre de secours de L'Absie, non apparents lors de la réception de l'ouvrage et rendant indéniablement l'ouvrage impropre à sa destination, engagent la responsabilité décennale de la société Performances Constructions Métalliques ;

- ces désordres lui ont occasionné un préjudice matériel impliquant la réalisation de travaux de reprise pour la somme de 51 616,84 euros, ainsi qu'un préjudice de jouissance évalué à 40 000 euros, que la société Performances Constructions Métalliques doit être condamnée à réparer.

La requête a été communiquée à la SELAS Saulnier Ponroy en sa qualité de liquidateur judiciaire de la société Performances Constructions Métalliques, qui n'a pas produit de mémoire.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Gibson-Théry ;

- les conclusions de Mme Bréjeon, rapporteure publique ;

- et les observations de Me Chaigneau, représentant le SDIS des Deux-Sèvres.

Considérant ce qui suit :

1. Par un acte d'engagement signé le 21 octobre 2010, le SDIS des Deux-Sèvres a désigné la société Performances Constructions Métalliques pour réaliser le lot n°4 relatif aux " travaux de couverture, bardage et de zinguerie " du marché de travaux de construction du centre de secours de L'Absie. Par un procès-verbal établi le 25 juin 2014, la réception des travaux a été prononcée avec réserves sans application de pénalités, puis le décompte général et définitif du marché a été établi à l'été 2014. En 2020, le SDIS des Deux-Sèvres a constaté des fuites et des infiltrations d'eau sur l'ensemble de la toiture et des lanterneaux et a mis en demeure la société Performances Constructions Métalliques, par un courrier du 24 avril 2020, de reprendre les malfaçons constatées dans le délai d'un mois à compter de la réception du courrier. La société Performances Constructions Métalliques, qui n'a pas effectué de reprise des travaux, a été placée en liquidation judiciaire par un jugement du 24 novembre 2021. Par sa requête, le SDIS des Deux-Sèvres demande la condamnation de la société Performances Constructions Métalliques à l'indemniser de ses préjudices subis sur le fondement de sa responsabilité décennale, pour un montant total de 91 616,84 euros.

Sur la responsabilité :

2. Aux termes de l'article 1792 du code civil : " Tout constructeur d'un ouvrage est responsable de plein droit, envers le maître ou l'acquéreur de l'ouvrage, des dommages, même résultant d'un vice du sol, qui compromettent la solidité de l'ouvrage ou qui, l'affectant dans l'un de ses éléments constitutifs ou l'un de ses éléments d'équipement, le rendent impropre à sa destination. Une telle responsabilité n'a point lieu si le constructeur prouve que les dommages proviennent d'une cause étrangère. ". L'article 1792-4-1 dispose : " Toute personne physique ou morale dont la responsabilité peut être engagée en vertu des articles 1792 à 1792-4 du présent code est déchargée des responsabilités et garanties pesant sur elle, en application des articles 1792 à 1792-2, après dix ans à compter de la réception des travaux ou, en application de l'article 1792-3, à l'expiration du délai visé à cet article. ".

3. Il résulte des principes qui régissent la garantie décennale des constructeurs que des désordres apparus dans le délai d'épreuve de dix ans, de nature à compromettre la solidité de l'ouvrage ou à le rendre impropre à sa destination dans un délai prévisible, engagent leur responsabilité, même s'ils ne se sont pas révélés dans toute leur étendue avant l'expiration du délai de dix ans. La garantie décennale ne s'applique pas à des désordres qui étaient apparents lors de la réception de l'ouvrage. Toutefois, il n'appartient pas au juge administratif de rechercher d'office, sans y être invité par les parties, si les désordres invoqués entrent dans le champ d'application de la garantie décennale.

4. Il résulte de l'instruction que les désordres en raison desquels le SDIS des Deux-Sèvres recherche la responsabilité décennale de la société Performances Constructions Métalliques consistent en des défauts d'étanchéité et des infiltrations au niveau de la toiture, qui, selon lui, rendent l'ouvrage impropre à sa destination. Par un procès-verbal du 25 juin 2014, les travaux effectués par la société Performances Constructions Métalliques ont été réceptionnés avec trois réserves portant sur la conception des casquettes sur les portes extérieures et les fenêtres, une fuite récurrente au niveau du lanterneau du couloir et une autre fuite récurrente en point bas de la cellule ambulance côté administratif. Toutefois, il résulte du rapport photographique réalisé par la société SOPREMA le 2 avril 2020 et du rapport photographique réalisé par le SDIS des Deux-Sèvres le 30 avril 2024 que le centre de secours de L'Absie est également affecté par des défauts d'étanchéité constatés à la jonction des recouvrements de la toiture, à la jonction des bacs de couverture et au niveau de la platine d'ancrage, au droit des fixations apparentes dans les travées du bac, que des infiltrations se produisent au droit des lanterneaux, et, enfin, que toutes les sorties de toiture sont affectée par un défaut d'étanchéité. Dans ces conditions, et alors que la société Performances Constructions Métalliques ne conteste pas le caractère décennal de ces désordres, qui lui sont imputables et dont la réalité est établie, sa responsabilité décennale est engagée à l'égard du SDIS des Deux-Sèvres.

Sur les préjudices :

5. En premier lieu, le SDIS des Deux-Sèvres se prévaut d'un préjudice matériel lié aux travaux de réparation du centre de secours. Il résulte de l'instruction que le SDIS des Deux-Sèvres a sollicité la société SOPREMA afin qu'elle évalue les travaux de réfection. Par un devis du 14 avril 2021, non contesté, celle-ci a évalué le montant des travaux de réfection à 43 014,03 euros hors taxes, soit 51 616,84 euros toutes taxes comprises. Par suite, il sera fait une exacte appréciation des travaux de reprise rendus nécessaires par les désordres litigieux en allouant au SDIS des Deux-Sèvres une somme de 51 616,84 euros.

6. En second lieu, le SDIS des Deux-Sèvres soutient subir un préjudice de jouissance des locaux du centre de secours, qu'il évalue au montant de 40 000 euros, en raison de la durée des infiltrations constatées depuis environ huit ans perturbant fréquemment les conditions d'exercice des sapeurs-pompiers affectés au centre de secours et devant y effectuer, de jour comme de nuit, des gardes de plusieurs heures, le SDIS ayant été contraint de faire intervenir, à plusieurs reprises, soit ses services techniques, soit une entreprise tierce. En outre, il résulte de l'attestation du 30 avril 2024 du directeur départemental du SDIS, que les infiltrations d'eau générant la présence d'eau au sol provoquent des risques de chutes, ont nécessité le remplacement de certains appareils d'éclairage et rendu impossible l'affichage de documents sur les murs en raison d'écoulements d'eau, ont engendré des tâches de rouille sur les véhicules stationnés dans les remises et une dégradation des peintures. Il s'ensuit que les désordres ont causé au SDIS un préjudice de jouissance, qui sera justement réparé en lui accordant une somme de 3 000 euros.

Sur les intérêts et leur capitalisation :

7. D'une part, le SDIS des Deux-Sèvres a droit aux intérêts au taux légal sur l'indemnité totale de 54 616,84 euros que la société Performances Constructions Métalliques représentée par la SELAS Saulnier Ponroy, mandataire judiciaire, est condamnée à lui verser, à compter du 10 mars 2022, date d'enregistrement de sa requête.

8. D'autre part, la capitalisation des intérêts peut être demandée à tout moment devant le juge du fond, même si, à cette date, les intérêts sont dus depuis moins d'une année. En ce cas, cette demande ne prend toutefois effet qu'à la date à laquelle, pour la première fois, les intérêts sont dus pour une année entière. La capitalisation des intérêts a été demandée pour la première fois lors de l'enregistrement de la requête du SDIS, le 10 mars 2022. A cette date, il n'était pas dû une année d'intérêts. Il y a donc lieu de faire droit à la demande de capitalisation au 10 mars 2023, date à laquelle était due, pour la première fois, une année d'intérêts, ainsi qu'à chaque échéance annuelle à compter de cette date.

Sur les frais du litige :

9. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de la société Performances Constructions Métalliques représentée par la SELAS Saulnier Ponroy, mandataire judiciaire, une somme de 1 300 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La société Performances Constructions Métalliques représentée par la SELAS Saulnier Ponroy, mandataire judiciaire, est condamnée à verser au SDIS des Deux-Sèvres une somme de 54 616,84 euros en réparation des préjudices subis. Cette somme portera intérêts à compter du 10 mars 2022. Les intérêts échus seront capitalisés pour porter eux-mêmes intérêt à compter du 10 mars 2023 ainsi qu'à chaque échéance annuelle successive.

Article 2 : La société Performances Constructions Métalliques représentée par la SELAS Saulnier Ponroy, mandataire judiciaire, versera au SDIS des Deux-Sèvres une somme de 1 300 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié au service départemental d'incendie et de secours des Deux-Sèvres et à la société Performances Constructions Métalliques, représentée par la SELAS Saulnier Ponroy, mandataire judiciaire.

Délibéré après l'audience du 6 juin 2024, à laquelle siégeaient :

M. Cristille, président,

Mme Thèvenet-Bréchot, première conseillère,

Mme Gibson-Théry, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 24 juin 2024.

La rapporteure,

Signé

S. GIBSON-THERY

Le président,

Signé

P. CRISTILLELa greffière,

Signé

N. COLLET

La République mande et ordonne à préfète des Deux-Sèvres, en ce qui la concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour le greffier en chef,

La greffière,

N. COLLET

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