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AccueilJurisprudence administrativeN° TA86-2200684

Tribunal Administratif de Poitiers — Décision N° TA86-2200684

jeudi 12 décembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Poitiers
SectionTribunal Administratif de Poitiers
N° DossierTA86-2200684
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
Formation2ème chambre - JU
Avocat requérantDOSSOU-GBETE-KINDE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 15 mars 2022, Mme E B, représentée par Me Dossou-Gbete, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 1er octobre 2021 par laquelle la ministre des armées a rejeté sa demande de pension de réversion du chef de M. F ;

2°) de condamner l'administration à lui verser une pension militaire de réversion à compter du décès de son mari avec intérêts au taux légal ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 200 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- sa requête est recevable ;

- l'acte n° 25/2013 est l'unique acte conforme faisant foi, l'acte de décès n° 75/2001 est un faux organisé par les frères de son défunt mari pour entrer en possession de ses droits ;

- elle produit une copie de la carte nationale d'identité n° 100-A0183575-22 du 14 février 2013 qui lui a été délivrée à N'Djamena.

Par un mémoire en défense enregistré le 5 juillet 2023, le ministre des armées conclut au rejet de la requête.

Il soutient que :

- au regard des incohérences sur la date de décès de M. F, l'administration ne peut octroyer de pension de réversion à la requérante sur la base des pièces produites ;

- si la demande était accueillie, il y aurait lieu de faire application des dispositions de l'article L. 53 du code des pensions civiles et militaires de retraite.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code civil ;

- le code des pensions civiles et militaires de retraite ;

- la loi n° 2010-1657 du 29 décembre 2010, notamment son article 211 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme C pour statuer sur les litiges relevant de l'article R. 222-13 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme C ;

- et les conclusions de M. Pipart, rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

1. Le sergent A F, ressortissant tchadien, a été rayé des contrôles de l'armée active le 1er avril 1953 et il a obtenu le bénéfice d'une pension militaire de retraite proportionnelle par une décision du 1er décembre 1953. M. F est décédé en 1998 ou en 2001 et Mme E B a demandé le bénéfice d'une pension de réversion en tant que son épouse. Elle sollicite l'annulation de la décision du 1er octobre 2021 par laquelle le ministre des armées a rejeté sa demande.

2. Aux termes de l'article L. 39 du code des pensions civiles et militaires de retraite, rendu applicable à Mme D, ayant cause d'un militaire, par l'article L. 47 du même code : " Le droit à pension de veuve est subordonné à la condition : / a) () / Nonobstant les conditions d'antériorité prévues ci-dessus, le droit à pension de veuve est reconnu : / 1° Si un ou plusieurs enfants sont issus du mariage ; / 2° Ou si le mariage, antérieur ou postérieur à la cessation de l'activité, a duré au moins quatre années ".

3. Aux termes de l'article 47 du code civil français : " Tout acte de l'état civil des français et des étrangers fait en pays étranger et rédigé dans les formes usitées dans ce pays fait foi, sauf si d'autres actes ou pièces détenus, des données extérieures ou des éléments tirés de l'acte lui-même établissent, le cas échéant après toutes vérifications utiles, que cet acte est irrégulier, falsifié ou que les faits qui y sont déclarés ne correspondent pas à la réalité. ". Cet article pose une présomption de validité des actes d'état civil établis par une autorité étrangère. Il incombe à l'administration de renverser cette présomption en apportant la preuve du caractère irrégulier, falsifié ou non conforme à la réalité des actes en question.

4. Aux termes de l'article 211 de la loi du 29 décembre 2010 de finances pour 2011, applicable aux demandes de pension de réversion : " I. - () les pensions civiles et militaires de retraite et les retraites du combattant servies aux ressortissants des pays ou territoires ayant appartenu à l'Union française ou à la Communauté ou ayant été placés sous le protectorat ou sous la tutelle de la France sont calculées dans les conditions prévues aux paragraphes suivants. () / V. - Les demandes de pensions présentées en application du présent article sont instruites dans les conditions prévues par le code des pensions militaires d'invalidité et des victimes de la guerre et par le code des pensions civiles et militaires de retraite. () / VIII. - Un décret fixe les modalités d'application du présent article, notamment les mesures d'information des bénéficiaires ainsi que les modalités de présentation et d'instruction des demandes mentionnées aux III, IV et V./ () ". Aux termes de l'article 3 du décret du 30 décembre 2010, pris pour l'application des dispositions de cet article 211 : " Un arrêté conjoint des ministres chargés de la défense, des affaires étrangères, des anciens combattants et du budget énumère les pièces justificatives à produire à l'appui de toute demande visée à l'article 1er ". L'annexe 3 de l'arrêté du 30 décembre 2010 pris pour l'application de ce décret cite, parmi les pièces exigées pour une demande de pension d'un ayant cause, " - l'acte de décès du militaire ou du fonctionnaire dont le demandeur est l'ayant cause ; / () - une copie d'une pièce d'identité en cours de validité ; ".

5. Il ressort des termes de la décision attaquée que le ministre des armées a fondé son refus d'accorder la pension de réversion demandée sur deux motifs tirés, d'une part, de la production de deux actes de décès du militaire différents et, d'autre part, de l'absence de production par Mme B d'une carte d'identité en cours de validité.

6. En premier lieu, Mme B a produit, dans le cadre de la présente instance, une copie de la carte nationale d'identité n°100-A0183575-22 en date du 14 février 2013 qui lui a été délivrée par les autorités tchadiennes à N'Djamena. Dans son mémoire en défense, le ministre des armées ne conteste pas la validité de cette pièce.

7. En second lieu, il résulte de l'instruction que deux actes de décès de M. F ont été présentés à l'administration par la requérante pour l'instruction de sa demande, à savoir l'acte n° 75/2001 du 9 novembre 2001 du bureau d'état civil de Sarh, qui mentionne que le décès est survenu le 30 mai 2001, et l'acte n°25/2013 du 9 avril 2013 du bureau d'état civil de Sarh, selon lequel M. F serait décédé le 18 février 1998. Mme B soutient que le second est l'unique acte faisant foi, en produisant un " certificat médical de genre de mort " signé par le médecin qui a constaté le décès à l'hôpital provincial de Sarh le 18 février 1998. Elle explique que l'acte de décès n° 75/2001 est un faux obtenu par les frères de son défunt mari dans le but d'entrer en possession de ses droits. Si l'administration soutient qu'un doute persiste, compte tenu de la production de ces deux actes, sur la valeur probante de l'acte n° 25/2013, revendiqué par la requérante comme faisant foi, elle ne conteste pas que M. F est décédé, qu'elle a mis fin au versement de la pension dont il était titulaire, et que cet événement ouvre la possibilité de liquider une pension de réversion au profit de sa veuve. Dans ces conditions, l'incertitude résultant de la production d'un second acte de décès n'était pas de nature à justifier, à elle-seule, le rejet de la demande présentée par la requérante.

8. Il résulte de ce qui précède que Mme B est fondée à demander l'annulation de la décision du 1er octobre 2021 par laquelle la ministre des armées a refusé de faire droit à sa demande de réversion de la pension militaire de A F.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

9. Dans la mesure où la décision contestée mentionne qu'elle a été prise " sans qu'il y ait lieu de vérifier si les conditions exigées par le code des pensions sont satisfaites " et où l'acte de mariage de la requérante avec le titulaire de la pension n'a pas été produit au dossier, il y a seulement lieu d'enjoindre au ministre des armées de statuer à nouveau sur la demande présentée par Mme B, dans un délai de quatre mois à compter de la notification du présent jugement.

Sur les frais de l'instance :

10. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros à verser à Mme B au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La décision du 1er octobre 2021 par laquelle la ministre des armées a rejeté la demande de pension de Mme B est annulée.

Article 2 : Il est enjoint au ministre des armées de procéder au réexamen de cette demande dans un délai de quatre mois.

Article 3 : L'État versera la somme de 1 200 euros à Mme B en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à Mme E B et au ministre des armées et des anciens combattants.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 12 décembre 2024.

La magistrate désignée,

Signé

I. C La greffière,

Signé

D. GERVIER

La République mande et ordonne au ministre des armées et des anciens combattants en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme

Le greffier en chef

Signé

S. GAGNAIRE

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