mardi 20 février 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Poitiers |
| Section | Tribunal Administratif de Poitiers |
| N° Dossier | TA86-2200703 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 1ère chambre |
| Avocat requérant | BOUCHET |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire enregistrés les 18 mars 2022 et 25 janvier 2023, Mme F D et M. B A, représentés par Me Bouchet, demandent au tribunal :
1°) la décharge des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu auxquelles ils ont été assujettis au titre des années 2017, 2018 et 2019 et des cotisations supplémentaires de prélèvements sociaux mises à leur charge au titre des années 2017 et 2019, ainsi que des pénalités correspondantes ;
2°) de mettre à la charge de l'État une somme de 2 160 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Ils soutiennent que :
- la décision rejetant leur réclamation préalable n'est pas suffisamment motivée en ce qui concerne l'imposition de leurs revenus fonciers ;
- l'administration a méconnu l'article L. 57 du livre des procédures fiscales en ce qu'elle a attendu la décision de rejet de leur réclamation pour rejeter, par de nouveaux motifs, leur demande tendant à bénéficier du dispositif " C " au lieu et place du dispositif " Pinel " ; la proposition de rectification du 7 juin 2021 n'est pas suffisamment motivée en ce que l'administration se borne à énumérer la seule condition relative à la date d'obtention du permis de construire afin de leur refuser le bénéfice de l'article 199 novovicies du code général des impôts sans jamais préciser les autres conditions d'octroi du régime prévu par ce texte ;
- la " prime exceptionnelle ventes " de 3 500 euros perçue en novembre 2018 par Mme D n'a pas un caractère surérogatoire et n'est donc pas un revenu exceptionnel au sens des dispositions relatives au crédit d'impôt modernisation du recouvrement, dans la mesure où celle-ci a reçu une prime similaire en janvier 2019 ;
- s'agissant du déficit foncier constitué en 2014, l'administration a refusé d'admettre une facture " M. E ", d'un montant de 113,90 euros TTC, en déduction de leurs revenus fonciers, au motif qu'il n'est pas établi que cette dépense a été exposée pour les besoins d'un immeuble productif de tels revenus, alors qu'elle a admis la déductibilité d'une précédente facture similaire ;
- s'agissant de leurs dépenses foncières de 2019, l'administration a refusé d'admettre des dépenses de travaux en déduction de leurs revenus fonciers au motif qu'elles portaient sur des travaux de destruction-reconstruction d'une terrasse, qui n'ont pas le caractère de travaux d'entretien, alors qu'il résulte de la doctrine administrative (BOI-RFPI-BASE-20-30-10 n° 50) qu'ont le caractère de dépenses de réparation les travaux de remise en état d'un immeuble à la suite de détériorations dues à des malfaçons constatées dans la construction ; si la terrasse reconstruite est plus grande que la terrasse initiale, la facture doit être admise à hauteur de la surface de l'ancienne terrasse, qui était affectée de malfaçons, ce qui doit conduire à admettre 39 % du montant des travaux concernés ;
- le service a indiqué dans la réponse aux observations du contribuable qu'il " retiendra à titre gracieux les factures ne précisant pas l'adresse exacte des biens concernés par la dépense engagée " alors que, dans son mémoire en défense, il refuse de prendre les factures susvisées au motif qu'il n'y a pas d'élément permettant de s'assurer que les dépenses ont été engagées au bénéfice d'un bien loué ;
- s'ils ne pouvaient bénéficier du dispositif " Pinel " compte tenu de la date du permis de construire de l'immeuble mis en location, ils pouvaient bénéficier du dispositif " C " ; s'agissant de deux dispositifs régis par les mêmes dispositions et s'étant succédés dans le temps, l'administration ne pouvait refuser de leur faire application du dispositif " C " au motif que le contribuable ne peut pas changer de dispositif en cours de période ; par ailleurs, si l'administration invoque dans la décision de rejet de leur réclamation préalable l'absence de transmission de certains éléments, elle n'indique pas quels éléments sont manquants.
Par deux mémoires en défense enregistrés les 8 août 2022 et 23 février 2023, la directrice départementale des finances publiques de la Vienne conclut au rejet de la requête.
Elle fait valoir que :
- le moyen tiré du défaut de motivation de la décision rejetant la réclamation préalable des requérants est inopérant ;
- les autres moyens de la requête ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;
- la loi n° 2016-1917 du 29 décembre 2016 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Henry,
- et les conclusions de M. Revel, rapporteur public.
Considérant ce qui suit :
1. Mme F D et M. B A ont fait l'objet d'un contrôle sur pièces de leurs revenus au titre des années 2017, 2018 et 2019, au terme duquel l'administration fiscale leur a notifié, selon la procédure de rectification contradictoire, des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu au titre de ces trois années et des cotisations supplémentaires de prélèvements sociaux pour les années 2017 et 2019. Mme D et M. A demandent au tribunal la décharge de ces impositions ainsi que des pénalités correspondantes.
Sur la motivation de la décision rejetant la réclamation préalable des requérants :
2. Les vices propres dont peut être entachée la décision par laquelle l'administration fiscale rejette la réclamation dont elle est saisie par un contribuable sont sans influence sur la régularité et le bien-fondé de l'imposition contestée. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisante motivation de la décision rejetant la réclamation préalable des requérants est inopérant et doit être écarté.
Sur la procédure d'imposition :
3. Aux termes de l'article L. 57 du livre des procédures fiscales : " L'administration adresse au contribuable une proposition de rectification qui doit être motivée de manière à lui permettre de formuler ses observations ou de faire connaître son acceptation. () ". Aux termes de l'article R. 57-1 du même livre : " La proposition de rectification prévue par l'article L. 57 fait connaître au contribuable la nature et les motifs de la rectification envisagée. L'administration invite, en même temps, le contribuable à faire parvenir son acceptation ou ses observations dans un délai de trente jours à compter de la réception de la proposition, prorogé, le cas échéant, dans les conditions prévues au deuxième alinéa de cet article. ". Il résulte de ces dispositions que, pour être régulière, une proposition de rectification doit comporter la désignation de l'impôt concerné, de l'année d'imposition et de la base d'imposition, et énoncer les motifs sur lesquels l'administration entend se fonder pour justifier les rehaussements envisagés, de façon à permettre au contribuable de formuler ses observations de façon entièrement utile. En revanche, sa régularité ne dépend pas du bien-fondé de ces motifs.
4. La proposition de rectification adressée aux requérants le 7 juin 2021, qui énonce les motifs de fait et de droit sur lesquels s'est fondée l'administration pour justifier les rectifications envisagées, est suffisamment motivée, sans que les requérants puissent utilement se prévaloir, sur ce point, de ce que, dans sa décision rejetant leur réclamation préalable, l'administration a écarté, pour des motifs nécessairement différents de ceux énoncés dans la proposition de rectification, le moyen, invoqué ultérieurement par les intéressés eux-mêmes, tiré de ce qu'ils pouvaient bénéficier du dispositif " C " à défaut du dispositif " Pinel ".
Sur le bien-fondé des impositions :
En ce qui concerne les traitements et salaires :
5. L'article 60 de la loi du 29 décembre 2016, qui a créé le prélèvement à la source à partir du 1er janvier 2019, a mis en place, à son II, un crédit d'impôt modernisation du recouvrement pour les revenus non exceptionnels perçus ou réalisés en 2018, afin d'éviter que les contribuables aient à payer au cours de la même année, pour leurs revenus courants (salaires, pensions de retraite, etc.), à la fois l'impôt sur les revenus perçus en 2018, qui devaient être déclarés en 2019, et celui sur les revenus perçus en 2019, désormais directement prélevé à la source. Selon les dispositions du 13° du C du II de cet article, les " gratifications surérogatoires, qui s'entendent des gratifications accordées sans lien avec le contrat de travail ou le mandat social ou allant au-delà de ce qu'ils prévoient, quelle que soit la dénomination retenue ", ont le caractère de revenus exceptionnels pour l'application de ce crédit d'impôt.
6. Il résulte de l'instruction et il n'est d'ailleurs pas contesté par les requérants que la prime de 3 500 euros, intitulée " prime exceptionnelle ventes ", perçue par Mme D en novembre 2018 n'était pas prévue par son contrat de travail. La circonstance que l'intéressée a reçu en janvier suivant une prime similaire de 4 000 euros n'est pas de nature à ôter à cette prime son caractère surérogatoire et, donc, en application des dispositions citées au point précédent, son caractère exceptionnel au sens et pour l'application du crédit d'impôt modernisation du recouvrement. Il suit de là que les requérants ne sont pas fondés à soutenir que cette prime aurait dû donner lieu à l'application de ce crédit d'impôt.
En ce qui concerne les revenus fonciers :
S'agissant de la loi fiscale :
7. Aux termes de l'article 13 du code général des impôts : " Le bénéfice ou revenu imposable est constitué par l'excédent du produit brut, y compris la valeur des profits et avantages en nature, sur les dépenses effectuées en vue de l'acquisition et de la conservation du revenu. () ". L'article 28 du même code dispose : " Le revenu net foncier est égal à la différence entre le montant du revenu brut et le total des charges de la propriété ". Aux termes de l'article 31 du même code " I. Les charges de la propriété déductibles pour la détermination du revenu net comprennent : 1° Pour les propriétés urbaines : a) Les dépenses de réparation et d'entretien effectivement supportées par le propriétaire ; () b) Les dépenses d'amélioration afférentes aux locaux d'habitation, à l'exclusion des frais correspondant à des travaux de construction, de reconstruction ou d'agrandissement () ". Les travaux nécessités par des malfaçons constatées dans la construction constituent des dépenses de réparation et d'amélioration au sens de ces dispositions.
8. En premier lieu, l'administration fiscale a remis en cause le caractère déductible des revenus fonciers des requérants de dépenses de fourniture de matériaux d'un montant de 113,90 euros justifiées par la production d'une facture d'un magasin à l'enseigne " M. E ", au motif que les contribuables n'établissaient pas que ces dépenses avaient été exposées pour les besoins de l'un de leurs immeubles productifs de revenus fonciers. En se bornant à soutenir que l'administration a admis la déductibilité d'autres dépenses similaires et qu'elle a indiqué dans sa réponse aux observations du contribuable admettre à titre gracieux les factures ne précisant pas l'adresse exacte des biens concernés par la dépense engagée, les requérants, sur lesquels pèse la charge de justifier que les dépenses qu'il entendent déduire de leurs revenus fonciers ont été exposées pour les besoins d'un bien productif de tels revenus, ne contestent pas utilement la rectification opérée par le service.
9. En second lieu, l'administration fiscale a remis en cause le caractère déductible des revenus fonciers des requérants de dépenses exposées pour des travaux de démolition et de reconstruction d'une terrasse, dont la surface a été, à cette occasion, plus que doublée. Si les requérants soutiennent, dans le dernier état de leurs écritures, que cette dépense doit être admise en déduction de leurs revenus à hauteur de 39 %, correspondant à la surface initiale de la terrasse dont la réfection était nécessitée par des malfaçons, ils n'apportent, en tout état de cause, aucun élément de nature à justifier l'existence de ces dernières. Dans ces conditions, ils ne sont pas fondés à contester la rectification opérée par le service.
S'agissant de l'interprétation administrative de la loi fiscale :
10. Les requérants ne peuvent se prévaloir, sur le fondement de l'article L. 80 A du livre des procédures fiscales, des énonciations du paragraphe n° 50 des commentaires administratifs publiés au bulletin officiel des finances publiques - Impôts le 3 février 2014 sous la référence BOI-RFPI-BASE-20-30-10 selon lesquelles les dépenses de " remise en état d'une partie de la construction à la suite de détériorations dues à des malfaçons constatées dans la construction " constituent des dépenses de réparation au sens de l'article 31 du code général des impôts, lesquelles ne font pas une interprétation de la loi fiscale différente de celle qui en a été faite ci-dessus.
En ce qui concerne le bénéfice du dispositif " C " :
11. Il résulte de l'article 199 novovicies du code général des impôts que le bénéfice de la réduction d'impôt prévue dans le cadre du dispositif dit " C " est notamment conditionné à l'engagement du contribuable de donner son bien en location à des locataires dont les ressources n'excèdent pas un plafond fixé par décret. Selon les dispositions du A du XI de cet article, la réduction d'impôt obtenue fait l'objet d'une reprise en cas de rupture de cet engagement. L'intégralité de la déduction dont le contribuable a pu bénéficier dès l'origine fait alors l'objet d'une reprise au titre de l'année au cours de laquelle intervient cette rupture.
12. Les requérants ne contestent pas qu'à compter du 27 avril 2017, ils ont donné le bien pour lequel ils bénéficiaient d'une réduction d'impôt au titre de l'article 199 novovicies du code général des impôts à des locataires dont les ressources excédaient le plafond de 36 368 euros fixé par l'article 2 terdecies D à l'annexe III de ce code pour un couple prenant un logement en location en zone B2 en 2017. Par suite, l'administration était fondée à reprendre, au titre de l'année 2017, l'intégralité de la réduction d'impôt dont les requérants avaient bénéficié pour ce bien en 2015, 2016 et 2017.
13. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède que la requête de Mme D et M. A doit être rejetée, y compris les conclusions présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D É C I D E :
Article 1er : La requête de Mme D et M. A est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme F D et M. B A et à la directrice départementale des finances publiques de la Vienne.
Délibéré après l'audience du 6 février 2024, à laquelle siégeaient :
M. Campoy, président,
M. Henry, premier conseiller,
M. Pipart, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 20 février 2024.
Le rapporteur,
Signé
B. HENRY
Le président,
Signé
L. CAMPOYLa greffière,
Signé
D. GERVIER
La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Pour le greffier en chef,
La greffière,
Signé
D. GERVIER
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026