jeudi 18 avril 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Poitiers |
| Section | Tribunal Administratif de Poitiers |
| N° Dossier | TA86-2200819 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Formation | 3ème chambre |
| Avocat requérant | AVOCATS GRIMALDI MOLINA ASSOCIES |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 29 mars 2022, Mme A B, représentée par la SELARL Grimaldi et Associés, demande au tribunal :
1°) de condamner le centre hospitalier universitaire de Poitiers à lui verser la somme de 8 500 euros en réparation de ses préjudices financier et moral consécutifs à l'illégalité qu'il a commise en lui demandant le remboursement d'un trop-perçu de salaire de 3 500 euros, assortie des intérêts au taux légal ;
2°) d'enjoindre au centre hospitalier universitaire de Poitiers de procéder à la liquidation de l'indemnité qu'elle demande dans le délai de dix jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 200 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge du centre hospitalier universitaire de Poitiers la somme de 2 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- le centre hospitalier universitaire de Poitiers a commis une faute en lui réclamant le remboursement d'un trop-perçu de salaire pour la période du 1er mai au 18 septembre 2017, alors que le versement de son demi-traitement au cours de cette période avait créé des droits à son profit ;
- elle est fondée à demander au centre hospitalier universitaire de Poitiers la réparation de son préjudice financier pour un montant de 3 500 euros et de son préjudice moral pour un montant de 5 000 euros.
Par un mémoire en défense enregistré le 9 août 2022 le centre hospitalier universitaire de Poitiers, représenté par la SCP KPL Avocats, conclut au rejet de la requête, et à ce que la somme de 2 000 euros soit mise à la charge de Mme B en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- à titre principal, la requête est irrecevable, faute d'avoir été présentée dans le délai raisonnable d'un an à compter de la date d'émission du titre de recettes du 27 octobre 2017, alors que les conclusions indemnitaires présentées revêtent une portée identique à celle d'un recours pour excès de pouvoir exercé contre une décision à objet purement pécuniaire ;
- à titre subsidiaire, le préjudice moral dont se plaint la requérante résulte de sa seule négligence à avoir contesté dans le délai requis le titre de recettes émis à son encontre.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code général des collectivités territoriales ;
- la loi n° 86-33 du 9 janvier 1986 ;
- le décret n° 87-602 du 30 juillet 1987 ;
- le code de justice administrative.
Cette affaire, qui relève du 10° de l'article R. 222-13 du code de justice administrative, a été renvoyée en formation collégiale en application de l'article R. 222-19 du code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Gibson-Théry,
- les conclusions de Mme Bréjeon, rapporteure publique,
- et les observations de Me Kolenc-Lebloch, représentant le centre hospitalier universitaire de Poitiers.
Considérant ce qui suit :
1. Mme B occupait les fonctions d'agent de service hospitalier qualifié au sein du centre hospitalier universitaire (CHU) de Poitiers jusqu'à sa mise à la retraite pour invalidité et sa radiation des cadres à effet du 1er mai 2017, par une décision du 18 septembre 2017. Elle a perçu un demi-traitement mensuel entre le 1er mai 2017 et le 18 septembre 2017, dont le centre hospitalier lui a demandé le remboursement par un titre de recettes émis et rendu exécutoire le 27 octobre 2017, pour un montant de 3 535,68 euros, ramené par la suite au montant de 3 500 euros. Après avoir procédé au paiement de la somme demandée, Mme B a demandé au CHU de Poitiers, par un courrier du 10 décembre 2021, la réparation des préjudices qu'elle estimait avoir subis du fait de l'illégalité entachant la demande de remboursement qu'elle avait reçue, à raison de 3 500 euros au titre de son préjudice financier et 5 000 euros au titre de son préjudice moral. Par sa requête, Mme B doit être regardée comme demandant au tribunal de condamner le CHU de Poitiers à l'indemniser de ces mêmes préjudices.
Sur la fin de non-recevoir opposée en défense :
2. D'une part, dès lors qu'une décision ayant un objet exclusivement pécuniaire est devenue définitive avec toutes les conséquences pécuniaires qui en sont inséparables, toute demande ultérieure présentée devant le tribunal administratif qui, fondée sur la seule illégalité de cette décision, tend à l'octroi d'une indemnité correspondant aux montants non versés ou illégalement réclamés est irrecevable.
3. D'autre part, aux termes de l'article 17 du décret du 30 juillet 1987, dans sa rédaction résultant du décret du 5 octobre 2011 relatif à l'extension du bénéfice du maintien du demi-traitement à l'expiration des droits statutaires à congé de maladie, de longue maladie ou de longue durée des agents de la fonction publique de l'Etat, de la fonction publique territoriale et de la fonction publique hospitalière : " Lorsque, à l'expiration de la première période de six mois consécutifs de congé de maladie, le fonctionnaire est inapte à reprendre son service, le comité médical est saisi pour avis de toute demande de prolongation de ce congé dans la limite des six mois restant à courir. / Lorsque le fonctionnaire a obtenu pendant une période de douze mois consécutifs des congés de maladie d'une durée totale de douze mois, il ne peut, à l'expiration de sa dernière période de congé, reprendre son service sans l'avis favorable du comité médical. En cas d'avis défavorable, il est soit mis en disponibilité, soit reclassé dans un autre emploi, soit, s'il est reconnu définitivement inapte à l'exercice de tout emploi, admis à la retraite après avis de la commission de réforme. Le paiement du demi-traitement est maintenu, le cas échéant, jusqu'à la date de la décision de reprise de service, de reclassement, de mise en disponibilité ou d'admission à la retraite. () ".
4. Il résulte de ces dispositions que lorsque l'agent a épuisé ses droits à un congé de maladie ordinaire, il appartient à la collectivité qui l'emploie, d'une part, de saisir le comité médical, qui doit se prononcer sur son éventuelle reprise de fonctions ou sur sa mise en disponibilité, son reclassement dans un autre emploi ou son admission à la retraite, et, d'autre part, de verser à l'agent un demi-traitement dans l'attente de la décision du comité médical. La circonstance que la décision prononçant la reprise d'activité, le reclassement, la mise en disponibilité ou l'admission à la retraite rétroagisse à la date de fin des congés de maladie n'a pas pour effet de retirer le caractère créateur de droits du maintien du demi-traitement prévu par cet article. Par suite, le demi-traitement versé au titre de cet article ne présente pas un caractère provisoire et reste acquis à l'agent alors même que celui-ci a, par la suite, été placé rétroactivement dans une position statutaire n'ouvrant pas par elle-même droit au versement d'un demi-traitement.
5. Il résulte de l'instruction que Mme B a été destinataire d'un avis des sommes à payer pour un montant de 3 535,68 euros émis et rendu exécutoire le 27 octobre 2017, réduit ensuite au montant de 3 500 euros, tel que l'arrête la mise en demeure de payer du 24 avril 2018, tenant lieu de commandement de payer. Elle ne conteste pas avoir procédé au paiement de cette somme au cours des années 2018 et 2019, révélant, ainsi que le soutient le centre hospitalier, qu'elle avait eu connaissance de la décision à objet exclusivement pécuniaire prise à son encontre, au plus tard à la réception de la mise en demeure de payer, au cours de l'année 2018. Cependant, estimant que le centre hospitalier avait commis une illégalité fautive de nature à engager sa responsabilité en lui réclamant le remboursement du demi-traitement qu'elle avait perçu au cours de la période allant du 1er mai 2017 au 18 septembre 2017, Mme B a sollicité, par une demande préalable du 10 décembre 2021, soit au moins deux ans après avoir eu connaissance de la créance dont elle conteste le bien-fondé, l'indemnisation d'un préjudice financier correspondant au montant exact de la somme qu'elle a dû rembourser, et d'un préjudice moral de 5 000 euros équivalant à la somme des prêts familiaux dont elle soutient avoir bénéficié en raison des difficultés financières qu'elle a rencontrées entre 2016 et 2018 pour pouvoir rembourser le montant réclamé par l'établissement hospitalier. Si le CHU de Poitiers a fait une inexacte application de l'article 17 du décret du 30 juillet 1987 en demandant à la requérante de rembourser les demi-traitements qui lui ont été versés au cours de la période du 1er mai 2017 au 18 septembre 2017, il résulte de l'instruction que la demande indemnitaire qu'elle a formulée dans le cadre de la présente instance, qu'il s'agisse tant du préjudice financier que du préjudice moral allégués, est exclusivement fondée sur l'illégalité fautive commise par le centre hospitalier. Dans ces conditions, et alors que Mme B disposait d'une voie de recours visant à demander l'annulation du titre de recettes du 27 octobre 2017, soumise au respect du délai de recours contentieux de deux mois à compter de sa notification, ou d'un an à compter de la connaissance qu'elle en a eue, elle n'est pas recevable, dès lors que ces délais de recours sont expirés, à engager une action indemnitaire ayant la même portée. Par suite, la fin de non-recevoir opposée par le CHU de Poitiers doit être accueillie.
6. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d'indemnisation présentées par Mme B ne peuvent qu'être rejetées, y compris ses conclusions à fin d'injonction et d'astreinte.
Sur les frais liés au litige :
7. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge du CHU de Poitiers, qui n'est pas dans la présente instance la partie perdante, la somme demandée par Mme B au titre des frais qu'elle a exposés et non compris dans les dépens. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de Mme B la somme demandée par le CHU de Poitiers au même titre.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de Mme B est rejetée.
Article 2 : Les conclusions du centre hospitalier universitaire de Poitiers présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B et au centre hospitalier universitaire de Poitiers.
Délibéré après l'audience du 28 mars 2024, à laquelle siégeaient :
M. Cristille, président,
Mme Duval-Tadeusz, première conseillère,
Mme Gibson-Théry, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe, le 18 avril 2024.
La rapporteure,
Signé
S. GIBSON-THERYLe président,
Signé
P. CRISTILLE
La greffière,
Signé
N. COLLET
La République mande et ordonne à la ministre du travail, de la santé et des solidarités en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Pour le greffier en chef,
La greffière,
N. COLLET
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026