lundi 24 juin 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Poitiers |
| Section | Tribunal Administratif de Poitiers |
| N° Dossier | TA86-2200894 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Formation | 3ème chambre |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 5 avril 2022, la direction des services informatiques (DISI) du sud-ouest demande au tribunal :
1°) d'ordonner une expertise avant-dire droit afin de déterminer l'origine et les conséquences des désordres constatés sur et sous l'escalier du bâtiment de son établissement de Poitiers ;
2°) de condamner la société SMAC à réparer les préjudices actuels et futurs causés par les désordres consécutifs à la mauvaise exécution des travaux qu'elle a effectués ainsi que les préjudices annexes de privation de jouissance de l'escalier sud ;
3°) de mettre à la charge de la société SMAC le montant des frais de procès qu'elle a supportés, en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- les désordres constatés par huissier le 11 octobre 2018 ont été causés par la mauvaise exécution des prestations confiées à la société SMAC le 21 octobre 2011 ;
- ils consistent, sur l'escalier sud côté restaurant, en de nombreuses traces de calcification sur les contremarches de l'escalier et en l'oxydation des nez de marches réalisés en quart de rond en aluminium, et, à l'intérieur du local de stockage " 008 ", en d'importantes traces jaunes et de calcifications blanches sur la partie gauche du plafond au niveau du chaineau situé entre la circulation et l'escalier ;
- ces désordres sont de nature décennale dès lors qu'ils compromettent la solidité de l'ouvrage et le rendent impropre à sa destination ;
- ils justifient l'organisation d'une expertise judiciaire et l'indemnisation des préjudices qu'ils lui ont causés.
Par des mémoires en défense enregistrés les 13 avril 2022 et 5 mai 2022, la société SMAC conclut au rejet de la requête.
Elle soutient que :
- à titre principal, le délai d'action en responsabilité décennale est expiré ;
- à titre subsidiaire, la mesure d'expertise sollicitée est inutile.
Vu les autres pièces des dossiers.
Vu :
- le code de la commande publique ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Gibson-Théry,
- et les conclusions de Mme Bréjeon, rapporteure publique.
Considérant ce qui suit :
1. L'Etablissement des Services Informatiques de Poitiers (ESI), est un établissement secondaire de la direction des services informatiques du sud-ouest (DISI). Celle-ci a agi en qualité de maître d'ouvrage dans le cadre d'un marché de reprise de travaux en vue de la réfection du revêtement d'étanchéité d'un escalier extérieur d'accès au bâtiment de l'établissement de Poitiers, dont l'exécution a été confiée à la société SMAC le 21 octobre 2011. Les travaux ont été réceptionnés sans réserve le 4 avril 2012. A la suite de l'apparition d'auréoles humides sur les marches de l'escalier et d'un suintement au niveau des joints, un courrier en recommandé avec avis de réception postal du 5 juin 2012 émanant de la DISI a été envoyé à la société SMAC afin qu'elle réalise des travaux de reprise. En l'absence de réponse, par un courrier du 4 avril 2014, la DISI a, indiqué à la société SMAC qu'elle l'assignait devant le tribunal de grande instance de Poitiers pour faire valoir ses droits. Par un courrier du 15 juillet 2014, la société SMAC a exposé à la DISI les travaux de reprise qu'elle proposait d'effectuer. Cette proposition n'a pas été acceptée par la DISI, qui a demandé une expertise interne le 5 mai 2017, à l'antenne immobilière de Nantes, concernant les travaux réalisés par la société SMAC. A la demande de l'établissement de Poitiers, un huissier est venu constater les dégradations affectant l'escalier et le plafond du local de stockage situé sous cet escalier le 11 octobre 2018. Par sa requête, la DISI demande au tribunal d'ordonner une expertise avant-dire droit afin de déterminer l'origine et les conséquences des désordres constatés sur et sous l'escalier du bâtiment de son établissement de Poitiers.
2. Il résulte des principes qui régissent la garantie décennale des constructeurs que des désordres apparus dans le délai d'épreuve de dix ans, de nature à compromettre la solidité de l'ouvrage ou à le rendre impropre à sa destination dans un délai prévisible, engagent leur responsabilité, même s'ils ne se sont pas révélés dans toute leur étendue avant l'expiration du délai de dix ans.
3. Il résulte de l'instruction que les travaux au titre desquels la DISI demande l'engagement de la responsabilité de la société SMAC ont été réceptionnés sans réserve le 4 avril 2012, et qu'elle a introduit sa requête le 5 avril 2022, soit au-delà du délai de garantie décennale. A cet égard, si, par un courrier du 4 avril 2014, la DISI déclare avoir informé la société SMAC qu'elle l'assignait devant le tribunal de grande instance de Poitiers, la requérante n'a pas produit ce courrier malgré la mesure d'instruction qui lui a été communiquée en ce sens. Dès lors, en l'absence de toute cause interruptive du délai décennal, celui-ci ayant expiré le 4 avril 2022, les conclusions de la DISI tendant à ce que le tribunal ordonne avant-dire droit une expertise judiciaire et condamne la société SMAC à l'indemniser des désordres affectant l'escalier extérieur d'accès au bâtiment de l'établissement de Poitiers sur le fondement de la responsabilité décennale de cette société ne peuvent qu'être rejetées.
D E C I D E :
Article 1 : La requête de la DISI est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à la direction des services informatiques du sud-ouest et à la société SMAC.
Délibéré après l'audience du 6 juin 2024, à laquelle siégeaient :
M. Cristille, président,
Mme Thèvenet-Bréchot, première conseillère,
Mme Gibson-Théry, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe, le 24 juin 2024.
La rapporteure,
Signé
S. GIBSON-THERY
Le président,
Signé
P. CRISTILLE
La greffière,
Signé
N. COLLET
La République mande et ordonne au préfet de la Vienne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Pour le greffier en chef,
La greffière,
N. COLLET
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