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AccueilJurisprudence administrativeN° TA86-2200901

Tribunal Administratif de Poitiers — Décision N° TA86-2200901

mardi 20 février 2024

JuridictionTribunal Administratif de Poitiers
SectionTribunal Administratif de Poitiers
N° DossierTA86-2200901
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
Formation1ère chambre
Avocat requérantCABINET DOMINIQUE RICHARD

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 6 avril 2022 et 4 janvier 2024, M. D A et M. B C, représentés par Me Richard, demandent au tribunal :

1°) de prononcer la décharge de l'obligation de payer la somme de 1 302 733 euros procédant de huit saisies administratives à tiers détenteur (SATD) émises le 21 octobre 2021 par le comptable chargé du pôle de recouvrement spécialisé de Charente-Maritime en vue du recouvrement des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu et de prélèvements sociaux auxquelles ils ont été assujettis au titre des années 2016, 2017 et 2018 ainsi que des pénalités correspondantes ;

2°) d'ordonner le remboursement des sommes saisies ;

3°) de mettre à la charge de l'État une somme de 2 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Ils soutiennent, dans le dernier état de leurs écritures, que :

- les impositions supplémentaires dont le recouvrement est poursuivi n'étaient pas exigibles à la date des SATD contestées, le 21 octobre 2021, dès lors, d'une part, que ce n'est que le 25 octobre 2021 que les avis d'imposition y afférent ont été reçus par voie postale par le mandataire de M. A, que si l'administration soutient leur avoir adressé ces avis par courrier simple à leur domicile, elle n'établit pas qu'ils les ont reçus, ni la date à laquelle le pli leur est parvenu et, d'autre part, que la date limite de paiement mentionnée sur les avis d'imposition était fixée au 15 novembre 2021 ;

- en procédant dès le 21 octobre 2021 aux saisies et en adressant le même jour les avis d'imposition au mandataire de M. A, le comptable public a mis le contribuable dans l'impossibilité matérielle de déposer une réclamation d'assiette assortie d'une demande de sursis de paiement, en méconnaissance de l'article L. 277 du livre des procédures fiscales.

Par un mémoire en défense enregistré le 7 juin 2022, le directeur départemental des finances publiques de Charente-Maritime conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens de la requête ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Henry,

- et les conclusions de M. Revel, rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

1. M. D A et M. B C, son époux, demandent au tribunal de prononcer la décharge de l'obligation de payer la somme de 1 302 733 euros procédant de huit saisies administratives à tiers détenteur (SATD) émises le 21 octobre 2021 par le comptable chargé du pôle de recouvrement spécialisé de Charente-Maritime en vue du recouvrement des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu et de prélèvements sociaux auxquelles ils ont été assujettis au titre des années 2016, 2017 et 2018, ainsi que des pénalités correspondantes, et d'ordonner le remboursement des sommes ainsi appréhendées par l'administration.

2. En premier lieu, aux termes de l'article 1663 du code général des impôts : " 1. Les impôts directs, produits et taxes assimilés, visés par le présent code, sont exigibles trente jours après la date de la mise en recouvrement du rôle. 2. () Entraîne () l'exigibilité immédiate et totale l'application d'une majoration pour non-déclaration ou déclaration tardive ou insuffisante des revenus et bénéfices imposables. () ". Selon l'article 1730 de ce code : " 1. Donne lieu à l'application d'une majoration de 10 % tout retard dans le paiement des sommes dues au titre de l'impôt sur le revenu, des contributions sociales recouvrées comme en matière d'impôt sur le revenu (). 2. La majoration prévue au 1 s'applique : a. Aux sommes comprises dans un rôle () qui n'ont pas été acquittées dans les quarante-cinq jours suivant la date de mise en recouvrement du rôle () ". Aux termes de l'article L. 253 du livre des procédures fiscales : " Un avis d'imposition est adressé sous pli fermé à tout contribuable inscrit au rôle des impôts directs (). L'avis d'imposition mentionne le total par nature d'impôt des sommes à acquitter, les conditions d'exigibilité, la date de mise en recouvrement et la date limite de paiement. () ".

3. D'une part, les dispositions de l'article 1663 du code général des impôts relatives à la date d'exigibilité des impôts directs ne sont applicables que pour autant que le contribuable a été avisé, avant la date d'exigibilité qui lui est applicable, de la mise en recouvrement du rôle contenant l'imposition à laquelle il est assujetti. Dans le cas où il est établi que l'administration a omis d'adresser l'avertissement prévu par les dispositions de l'article L. 253 du livre des procédures fiscales, ou l'a notifié avec retard, l'impôt n'est exigible qu'à compter de la date où le contribuable a été informé de la mise en recouvrement du rôle. Aucune disposition n'imposant à l'administration de notifier les avis d'imposition par lettre recommandée avec accusé de réception, un avis d'imposition libellé au nom et à l'adresse du contribuable est présumé avoir été reçu par celui-ci s'il ne fait état d'aucune circonstance particulière qui se serait opposée à l'acheminement normal du pli contenant l'avis. Par ailleurs, sauf stipulation contraire, le mandat donné à un conseil ou à tout autre mandataire par un contribuable pour recevoir l'ensemble des actes de la procédure d'imposition et y répondre emporte élection de domicile auprès de ce mandataire. Par suite, lorsqu'un tel mandat a été porté à la connaissance de l'administration fiscale, celle-ci est en principe tenue d'adresser au mandataire l'ensemble des actes de la procédure d'imposition. Lorsque le mandataire du contribuable a la qualité d'avocat et que celui-ci déclare que son client a élu domicile à son cabinet, l'administration fiscale est tenue de lui adresser les actes de la procédure d'imposition sans qu'il soit besoin d'exiger la production d'un mandat exprès.

4. D'autre part, la date limite de paiement mentionnée sur l'avis d'imposition, au-delà de laquelle s'applique la majoration prévue à l'article 1761 du code général des impôts, est sans incidence sur la date d'exigibilité de l'imposition. Le comptable peut donc procéder à une SATD avant la date limite de paiement au motif, à lui seul déterminant, qu'à la date de cette saisie, les impositions visées par celle-ci étaient devenues exigibles.

5. Il résulte de l'instruction que les avis d'imposition portant sur les cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu et de prélèvements sociaux pour les années 2016, 2017 et 2018 dont le recouvrement est poursuivi par les huit SATD litigieuses mentionnaient, en application des dispositions citées ci-dessus du 2 de l'article 1663 du code général des impôts, le caractère immédiatement exigible de ces impositions, celles-ci ayant été assorties de la majoration prévue par les dispositions du c du 1 de l'article 1728 du même code. Ces avis ont été adressés par courrier simple à MM. A et C, qui sont présumés les avoir reçus dès lors qu'ils ne font état d'aucune circonstance particulière qui se serait opposée à l'acheminement normal du pli contenant ces avis. Ils ont également été adressés, par un courriel du 21 octobre 2021, à Me Richard, qui avait reçu mandat de M. A pour le représenter dans le cadre de la procédure d'imposition. Contrairement à ce que soutiennent les requérants, aucun texte ni aucun principe n'interdisait à l'administration d'adresser les avis à Me Richard par courriel, même si celui-ci n'avait pas mentionné ce moyen de communication dans les courriers qu'il avait adressés à l'administration fiscale pour se constituer mandataire de M. A. Par ailleurs, si les requérants soutiennent que les avis d'imposition supplémentaire des années 2016, 2017 et 2018 annoncés dans le corps du courriel n'y étaient en réalité pas joints, ils ne soutiennent pas que Me Richard se serait rapproché de l'administration pour signaler cette prétendue omission et il résulte en tout état de cause des éléments produits en défense que lesdits avis étaient bien joints au courriel. Dans ces conditions, les requérants ne sont pas fondés à soutenir que le comptable ne pouvait procéder aux SATD contestées à la date du 21 octobre 2021.

6. En second lieu, il résulte de l'article L. 277 du livre des procédures fiscales que le contribuable qui en fait expressément la demande dans sa réclamation a droit au sursis de paiement sur la totalité des impôts qu'il conteste, à la seule condition qu'il réunisse les garanties appropriées. Ce droit ne peut être restreint par les mesures de recouvrement prises par le comptable avant la demande de sursis. À cet égard, l'article R. 277-3-1 du même livre dispose : " Lorsque le redevable fournit des garanties suffisantes () à l'appui d'une réclamation assortie d'une demande de sursis de paiement, celles-ci se substituent aux sommes ou biens appréhendés avant la réclamation pour le recouvrement des créances qui font l'objet de la contestation. Dans ce cas, le comptable restitue les biens ou sommes appréhendés, avant la réclamation mentionnée à l'article L. 277, pour le montant des créances effectivement garanties ".

7. Il résulte des règles rappelées au point précédent que, contrairement à ce que soutiennent les requérants, la circonstance qu'en l'espèce, le comptable public a procédé à une SATD le jour même de la notification de l'avis d'imposition à leur avocat n'a pas eu pour effet de les priver de la possibilité de présenter une demande de sursis de paiement portant sur l'ensemble des impositions contestée à l'appui de leur réclamation d'assiette.

8. Il résulte de ce qui précède que la requête de M. A et M. C doit être rejetée, y compris les conclusions présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de M. A et de M. C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. D A et M. B C et à au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique.

Copie en sera adressée au directeur départemental des finances publiques de Charente-Maritime.

Délibéré après l'audience du 6 février 2024, à laquelle siégeaient :

M. Campoy, président,

M. Henry, premier conseiller,

M. Pipart, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 20 février 2024.

Le rapporteur,

Signé

B. HENRY

Le président,

Signé

L. CAMPOYLa greffière,

Signé

D. GERVIER

La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour le greffier en chef,

La greffière,

Signé

D. GERVIER

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