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AccueilJurisprudence administrativeN° TA86-2200963

Tribunal Administratif de Poitiers — Décision N° TA86-2200963

mardi 23 janvier 2024

JuridictionTribunal Administratif de Poitiers
SectionTribunal Administratif de Poitiers
N° DossierTA86-2200963
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation1ère chambre - JU
Avocat requérantBERNIGARD

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 13 avril 2022 et le 5 janvier 2024, Mme B C demande au tribunal :

1°) de prononcer la décharge de la cotisation de taxe d'habitation à laquelle elle a été assujettie au titre de l'année 2021 à raison de la maison située 2 B, route de Joachim, à La-Couarde-sur-mer (Charente-Maritime), qu'elle donne en location meublée ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 500 euros en application des dispositions de l'article L.761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- elle a sollicité et obtenu le dégrèvement de la taxe d'habitation à compter de l'année 2016, suite à la production des contrats de location meublée conclus au cours de l'année, et ce pour les années 2016 à 2020 ;

- elle a fourni son avis de cotisation foncière des entreprises au titre de l'année 2021 pour le bien loué, ainsi que les factures de publication en ligne et les annonces immobilières associées, qui démontrent que le bien est proposé à la location tout au long de l'année, par période minimale d'une semaine, et qu'elle ne s'en réserve pas la jouissance ; les factures d'eau et d'électricité du logement en question, qui établissent une faible consommation liée aux périodes de location, ainsi que les factures d'eau et d'électricité de sa résidence secondaire qui est située très près du logement en question, dont elle et son époux se réservent l'usage toute l'année, constituent des justifications supplémentaires ;

- elle est fondée à se prévaloir des énonciations du paragraphe 50 de la doctrine administrative portant la référence BOI-IF-TH-10-20-20 du 12 septembre 2012 ;

- il ressort des dispositions des articles 1407 et 1459 du code général des impôts, tels qu'interprétées par le Conseil d'Etat, qu'un bien loué en location saisonnière ne peut en principe être soumis à la fois à la cotisation foncière des entreprises et à la taxe d'habitation, dès lors que son propriétaire ne s'en réserve pas la jouissance ou la disposition ; les jurisprudences citées par le service confirment en ce sens son analyse ; le bien en question ne constitue en conséquence ni sa résidence principale, ni sa résidence secondaire ;

- la conciergerie et le ménage de ce logement sont pris en charge par un prestataire extérieur ; le logement est proposé à la location toute l'année ; les revenus tirés de ce logement sont nécessaires pour le foyer de la requérante ; les factures de consommation d'eau et d'électricité attestent que ce bien ne constitue pas une résidence secondaire ;

- le critère qui aurait dû être retenu par le service est l'intention du propriétaire au 1er janvier de l'année ; en l'espèce, elle n'a pas entendu se réserver la disposition ou la jouissance du bien en question à cette même date ;

- la preuve de la non occupation du logement peut être apportée par tous moyens ; l'administration fiscale, qui cherche à imposer un moyen de preuve, qui imposerait inéluctablement une dégradation significative du revenu locatif du fait du recours à un professionnel de l'immobilier, méconnaît les stipulations de l'article 1er du protocole additionnel de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ; l'administration prétend qu'un contribuable doive apporter la preuve d'un fait négatif de manière ininterrompue sur une année calendaire, ce qui est impossible et revient à instituer une présomption irréfragable d'intention et de matérialité et ce, sans qu'une telle présomption irréfragable ne soit prévue par la loi, ce qui constitue une violation manifeste du caractère équitable de tout procès.

Par un mémoire en défense, enregistré le 6 octobre 2022, la directrice départementale des finances publiques de la Vienne conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que les moyens soulevés par Mme C ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. A en application de l'article R. 222-13 du code de justice administrative.

Le magistrat désigné a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. A a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B C est propriétaire d'une maison située 2 B, route de Joachim, à La-Couarde-sur-mer (Charente-Maritime), qu'elle donne en location meublée sous le statut de loueur en meublé non professionnel. Elle a été assujettie à la taxe d'habitation au titre de l'année 2021 à raison de cet immeuble. Le 4 février 2022, elle a formé réclamation contre cette imposition, qui a été rejetée le 10 février 2022. Elle demande la décharge de l'imposition litigieuse.

Sur les conclusions à fin de décharge :

En ce qui concerne l'application de la loi fiscale :

2. En premier lieu, aux termes de l'article 1415 du code général des impôts : " () la taxe d'habitation [est] établie () pour l'année entière d'après les faits existants au 1er janvier de l'année de l'imposition. " Selon l'article 1407 de ce code : " I. - La taxe d'habitation est due : / 1° Pour tous les locaux meublés affectés à l'habitation () / II. - Ne sont pas imposables à la taxe : / 1° Les locaux passibles de la cotisation foncière des entreprises lors qu'ils ne font pas partie de l'habitation personnelle du contribuable () ". Selon l'article 1408 du même code : " I. - La taxe est établie au nom des personnes qui ont, à quelque titre que ce soit, la disposition ou la jouissance des locaux imposables () ".

3. Il résulte de ces dispositions que le propriétaire d'un local meublé est redevable de la taxe d'habitation dès lors qu'il peut être regardé, au 1er janvier de l'année d'imposition, comme entendant s'en réserver la disposition ou la jouissance une partie de l'année. Tel est le cas s'il l'occupe ou le fait occuper gracieusement une partie de l'année, sans qu'y fassent obstacle les circonstances que ce local meublé serait mis en location pendant l'autre partie de l'année et serait ainsi passible de la cotisation foncière des entreprises, que ce propriétaire disposerait d'une autre habitation ou qu'il donnerait directement le bien en location sans passer par un intermédiaire.

4. Sous réserve des cas où la loi attribue la charge de la preuve au contribuable, il appartient au juge de l'impôt, au vu de l'instruction et compte tenu, le cas échéant, de l'abstention d'une des parties à produire les éléments qu'elle est seule en mesure d'apporter et qui ne sauraient être réclamés qu'à elle-même, d'apprécier si la situation du contribuable entre dans le champ de l'assujettissement de la taxe d'habitation.

5. En l'espèce, Mme C soutient que le logement en question est exclusivement dédié à la location saisonnière, dont elle assure librement la gestion des réservations via une plateforme de mise en location, et qu'il n'est pas utilisé en dehors des périodes de location. Si elle verse aux débats des factures de consommation d'électricité, d'eau et de conciergerie, ces documents ne sauraient à eux seuls établir qu'elle met son bien à disposition ce bien tout au long de l'année. Par ailleurs, si elle indique qu'elle est également propriétaire d'une résidence secondaire située à proximité du bien qu'elle donne en location meublée, cette circonstance n'est pas davantage de nature à établir qu'elle ne peut s'en réserver l'usage une partie de l'année. Dans ces conditions, Mme C doit être regardée comme ayant conservé, au 1er janvier 2021, la possibilité de disposer ou de jouir une partie de l'année 2021. Par suite, sans qu'y fasse à cet égard obstacle son assujettissement à la cotisation foncière des entreprises en lien avec l'activité de location meublée exercée, c'est à bon droit que l'administration l'a imposée à la taxe d'habitation à raison de ce bien.

6. En deuxième lieu, la requérante soutient que les moyens de preuve qui lui sont imposés par l'administration fiscale méconnaissent le droit à un procès équitable garanti par l'article 6 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, dès lors qu'elle serait contrainte d'établir un fait négatif de manière ininterrompue sur une année calendaire, ce qui revient à instituer une présomption irréfragable d'intention et de matérialité et ce, sans qu'une telle présomption ne soit prévue par la loi. Toutefois, les stipulations du paragraphe 1er de l'article 6 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ne sont pas invocables devant le juge de l'impôt, qui ne statue pas en matière pénale et ne tranche pas des contestations sur des droits et des obligations à caractère civil.

7. En dernier lieu, si Mme C soutient que l'imposition litigieuse méconnaît les stipulations de l'article 1er du protocole additionnel de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, dès lors que l'administration imposerait un mode de mise en location particulier qui, par nature, dégraderait les revenus de son activité de loueur en meublé, elle n'assortit pas ce moyen des précisions suffisantes permettant d'en apprécier le bien-fondé. Par suite, ce moyen doit être écarté.

En ce qui concerne l'interprétation administrative de la loi fiscale :

8. Mme C ne peut utilement se prévaloir, sur le fondement de l'article L. 80 A du livre des procédures fiscales, de la doctrine administrative exprimée au paragraphe 50 du BOI-IF-TH-10-20-20 du 12 septembre 2012, dès lors qu'elle ne comporte aucune interprétation de la loi fiscale différente de celle dont il est fait application dans le présent jugement et qui, au demeurant, concerne la location de locaux meublés qui constituent l'habitation personnelle du loueur.

9. Il résulte de tout ce qui précède que Mme C n'est pas fondée à demander la décharge de la taxe d'habitation à laquelle elle a été assujettie au titre de l'année 2021.

Sur les frais liés au litige :

10. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme de 500 euros réclamée par la requérante au titre des frais de l'instance.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme B C et à la directrice départementale des finances publiques de la Vienne.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 23 janvier 2024.

Le magistrat désigné,

Signé

R. ALa greffière,

Signé

D. GERVIER

La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour le greffier en chef,

La greffière,

Signé

D.GERVIER

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