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AccueilJurisprudence administrativeN° TA86-2200967

Tribunal Administratif de Poitiers — Décision N° TA86-2200967

jeudi 12 décembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Poitiers
SectionTribunal Administratif de Poitiers
N° DossierTA86-2200967
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
Formation2ème chambre - JU
Avocat requérantGOMEZ

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires enregistrés les 14 avril et 17 novembre 2022 et le 26 novembre 2024, Mme F B D, représentée par Me Gomez, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 17 janvier 2022 par laquelle la ministre des armées a rejeté sa demande de révision de sa pension de réversion du chef du soldat Alsale Ahmed Houmed ;

2°) d'enjoindre au ministre des armées de lui verser les arrérages de la pension complète du chef de son mari à compter du 31 décembre 2003 ou, à défaut, au jour du 21ème anniversaire de leurs enfants, assortis des intérêts et de leur capitalisation à compter du 3 novembre 2021, sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros sur le fondement des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 ;

Elle soutient que :

- sa requête est recevable ;

- elle est en droit de bénéficier d'une revalorisation de sa pension dès lors que Mme A, la première épouse de son mari, était divorcée de ce dernier depuis 1966, puis s'était remariée et enfin est décédée en 2017 ;

- Mme A, qui n'était pas veuve en 1993, avait droit à la pension de son premier mari mais ne l'a jamais réclamée durant ces années ;

- le second mari de Mme A est décédé en 2009 et non en 1993 comme l'affirme le ministre des armées ;

- la décision contestée est entachée d'une erreur de droit en ce qu'elle persiste à appliquer les dispositions abrogées de l'article 45 du code des pensions civiles et militaires de retraite qui prévoyaient que la part de la pension dévolue à un conjoint décédé du fonctionnaire devait être transmise aux enfants issus de ce lit.

Par trois mémoires en défense enregistrés le 3 novembre 2022, le 1er février 2023 et le 13 mars 2023, et un mémoire enregistré le 29 novembre 2024, qui n'a pas été communiqué, le ministre des armées conclut au rejet de la requête.

Il soutient que :

- à titre principal, la requête de Mme B D est irrecevable en raison de son défaut d'élection de domicile dans l'un des pays mentionnés à l'article R. 431-8 du code de justice administrative ;

- à titre subsidiaire, la décision contestée est conforme à la réglementation applicable.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code civil ;

- le code des pensions civiles et militaires de retraite ;

- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme C pour statuer sur les litiges relevant de l'article R. 222-13 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme C ;

- les conclusions de M. Pipart, rapporteur public ;

- et les observations de Me Gomez, représentant Mme B D.

Considérant ce qui suit :

1. Le soldat Alsale Ahmed Houmed, ressortissant djiboutien, a été rayé des contrôles de l'armée active le 22 août 1974. Il a obtenu le bénéfice d'une pension militaire de retraite proportionnelle par arrêté du 5 septembre 1982. Il est décédé le 8 avril 1996. Mme F B D, qui était mariée avec celui-ci, a obtenu un titre de pension de réversion par arrêté du 27 octobre 2014. Le 3 novembre 2021, elle a demandé la révision de son titre de pension de réversion en faisant valoir que la première épouse de son mari, Mme A E, pour laquelle une part de la pension de réversion avait été réservée, est décédée en 2017. Mme B D demande au tribunal d'annuler la décision du 17 janvier 2022 par laquelle la ministre des armées a refusé de revaloriser sa pension de réversion.

Sur le droit à pension :

2. Aux termes de l'article L. 44 du code des pensions civiles et militaires de retraite : " Le conjoint séparé de corps et le conjoint divorcé ont droit à la pension prévue soit au premier alinéa de l'article L. 38, soit à l'article L. 50. Le conjoint divorcé qui s'est remarié avant le décès du fonctionnaire et qui, à la cessation de cette union, ne bénéficie d'aucun droit à pension de réversion peut faire valoir ce droit s'il n'est pas ouvert au profit d'un autre ayant cause. ".

3. Il ressort des pièces du dossier que, lorsque Mme B D a demandé à bénéficier d'une pension de réversion du chef de son mari, le ministre des armées a estimé que la première épouse de celui-ci, divorcée en 1966 puis remariée et devenue veuve le 1er janvier 1993, soit avant le décès de Alsale Ahmed Houmed, avait également un droit à pension de réversion en application des dispositions citées au point précédent de l'article 44 du code des pensions civiles et militaires de retraite. C'est la raison pour laquelle, par un arrêté du 27 octobre 2014, il a seulement accordé à Mme B D une pension équivalent à 25/100 de la pension du militaire, en indiquant " Une part de pension est réservée au profit d'un autre ayant cause. ". Si, à l'appui de sa requête, Mme B D affirme que Mme A E n'était pas veuve le 8 avril 1996, en produisant un document indiquant que le second mari de celle-ci est décédé en 2009, il est constant que l'arrêté du 27 octobre 2014 est devenu définitif. La circonstance que Mme A E n'ait jamais demandé la part de la pension de réversion qui avait été réservée pour elle est sans incidence à cet égard.

4. Par ailleurs, ainsi que le fait valoir le ministre, aucune disposition législative ou réglementaire en vigueur au 2 mars 2017, date du décès de Mme A E, ne prévoit un droit au profit d'un conjoint titulaire d'une fraction d'une pension de réversion d'en demander l'attribution exclusive au décès d'un autre conjoint, qui bénéficiait également d'une fraction de cette pension. Dans ces conditions, la ministre des armées a pu légalement refuser de revaloriser la pension de réversion Mme B D à la suite du décès de Mme A E.

5. Il résulte de ce qui précède que Mme B D n'est pas fondée à demander l'annulation de la décision du 17 janvier 2022 par laquelle la ministre des armées a rejeté sa demande tendant à la révision de sa pension militaire de réversion. Ses conclusions présentées aux fins d'injonction sous astreinte et sur le fondement des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991doivent, par voie de conséquence, être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme B D est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme F B D et au ministre des armées et des anciens combattants.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 12 décembre 2024.

La magistrate désignée,

Signé

I. C La greffière,

Signé

D. GERVIER

La République mande et ordonne au ministre des armées et des anciens combattants en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme

Le greffier en chef

Signé

S. GAGNAIRE

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