jeudi 6 février 2025
| Juridiction | Tribunal Administratif de Poitiers |
| Section | Tribunal Administratif de Poitiers |
| N° Dossier | TA86-2200972 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Formation | 2ème chambre |
| Avocat requérant | CHEVALIER |
Vu la procédure suivante :
I. Par une requête enregistrée sous le n° 2200972 le 15 avril 2022 et un mémoire, enregistrés 10 mai 2022, l'EARL des Sept-fonts, représentée par Me Chevalier, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :
1°) d'annuler les lettres de fin d'instruction des 7, 9 et 13 décembre 2021 du directeur départemental des territoires de la Charente en tant qu'elles réduisent le montant de ses aides à l'agriculture biologique et lui infligent des pénalités financières au titre des campagnes 2015 à 2019 ;
2°) d'annuler la décision implicite de rejet de son recours gracieux formé le 16 décembre 2021 et la décision explicite de rejet prise le 15 avril 2022 par le directeur départemental des territoires de la Charente ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat et de la région Nouvelle-Aquitaine une somme de 3 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
A titre principal sur la légalité interne ;
- les anomalies constatées correspondent à une simple erreur d'encodage en jachère de certaines parcelles purement formelle, alors qu'elle a droit sur le fond aux aides en litige compte tenu notamment de la certification en agriculture biologique de ces parcelles ;
- les sanctions ne sont pas fondées dès lors que cette erreur d'encodage relève soit d'un " non-respect résultant d'erreurs manifestes au sens du b) de l'article 64 du règlement UE n° 1306/2013 du 17 décembre 2013, soit d'un non-respect d'ordre mineur au sens du e) de ce même article 64 ;
- les anomalies détectées ne peuvent donner lieu à sanction dès lors qu'elles relèvent d'une erreur de l'autorité compétente et alors que les gérants de l'EARL n'ont pas commis de faute au sens des c) et d) de l'article 64 du règlement UE n° 1306/2013 du 17 décembre 2013 et de l'article D. 341-13 du code rural et de la pèche maritime ;
- l'imposition de cette sanction est inappropriée au sens du f) de l'article 64 du règlement UE n° 1306/2013 du 17 décembre 2013 ;
- les sanctions appliquées sont en tout état de cause disproportionnées.
A titre subsidiaire, sur la légalité externe :
- les lettres de fin d'instruction sont insuffisamment motivées ;
- le principe du contradictoire n'a pas été respecté.
Par un mémoire en défense, enregistré le 10 février 2023, la région Nouvelle-Aquitaine conclut au rejet de la requête.
Elle fait valoir qu'aucun des moyens n'est fondé.
La requête a été communiqué à la préfète de la Charente qui n'a pas produit de mémoire.
II. Par une requête enregistrée sous le n° 2300797 le 20 mars 2023 et un mémoire enregistré le 28 novembre 2024, l'EARL des Sept-fonts, M. A B et M. C B, représentés par Me Chevalier, demandent au tribunal :
1°) de condamner l'État, et le cas échéant, l'agence de services et de paiement et la région Nouvelle-Aquitaine à lui verser au titre des préjudices qu'elle a subis la somme de 35 272,63 euros assortie des intérêts moratoires :
2°) de condamner l'État, et le cas échéant, l'agence de services et de paiement et la région Nouvelle-Aquitaine à verser à M. A B une somme de 16 776 euros et à M. C B une somme de 5 000 euros au titre des préjudices qu'ils ont subis, assorties des intérêts moratoires ;
3) de mettre à la charge de l'Etat, de l'agence de services et de paiement et de la région Nouvelle-Aquitaine une somme de 3 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Ils soutiennent que :
- d'une part, l'autorité gestionnaire a commis une faute de nature à engager sa responsabilité liée au paiement tardif de ses aides au maintien de l'agriculture biologique au titre des années 2015, 2016 et 2017 ;
- d'autre part, elle a commis une faute de nature à engager sa responsabilité liée à l'information tardive de l'erreur d'encodage en jachère de certaines parcelles alors que l'EARL a été aidée par les services de l'Etat pour compléter ses déclarations PAC et qu'elle n'a pu avoir connaissance que tardivement des notices explicatives ;
- l'EARL Sept-Fonts a subi des préjudices financiers à hauteur de 30 272,63 euros correspondant au montant des réductions d'aides et pénalités qui lui ont été appliquées, auxquels s'ajoute 5 000 euros correspondant aux charges sociales dont elle a dû s'acquitter au titre des aides retirées ;
- M. A B, alors gérant de l'EARL, a subi un préjudice financier d'un montant de 1 776 euros correspondant aux impôts dont il a dû s'acquitter au titre des aides retirées ainsi qu'un préjudice moral et des troubles dans les conditions d'existence d'un montant de 10 000 euros ;
- M. C B, gérant, a subi un préjudice moral et des troubles dans les conditions d'existence d'un montant de 5 000 euros.
Par un mémoire enregistré le 8 juillet 2024, la préfète de la Charente conclut au rejet de la requête.
Elle soutient que :
- aucune faute des services de l'Etat, de la région Nouvelle-Aquitaine ou de l'agence de services et de paiement n'est établie tant en ce qui concerne le paiement tardif des aides qu'en ce qui concerne l'information tardive des agriculteurs ;
- si une faute devait être regardée comme commise, celle-ci incombe uniquement à l'Etat alors qu'en application du décret n° du 16 avril 2015 relatif à la mise en œuvre des programmes de développement rural pour la période 2014-220, l'autorité fonctionnelle de gestion des aides en litige a été confié à la région Nouvelle-Aquitaine, quand bien même elle a délégué certaines missions à la direction départementale des territoires ;
- les préjudices invoqués ne sont en tout état de cause pas établis.
Par un mémoire enregistré le 23 juillet 2024, la région Nouvelle-Aquitaine conclut au rejet de la requête.
Elle fait valoir que :
- la requête est irrecevable en tant qu'elle désigne la région Nouvelle-Aquitaine comme débiteur alors qu'en application de l'article 78 de la loi du 27 janvier 2014 de modernisation de l'action publique territoriale et d'affirmation des métropoles prévoit que l'instruction des dossiers d'aides pour l'agriculture biologique a été confiée aux services déconcentrés de l'Etat ;
- le caractère fautif des retards de paiement et d'information allégués n'est pas établi ; les préjudices invoqués ne sont pas établis.
Par un mémoire enregistré le 23 juillet 2024, l'agence de services et de paiement conclut au rejet de la requête et demande au tribunal de mettre à la charge de la société requérante la somme de 6 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle fait valoir qu'aucun des moyens n'est fondé.
Vu :
- les autres pièces du dossier ;
Vu :
- le règlement UE n° 1306/2013 du 17 décembre 2013 relatif au financement, à la gestion et au suivi de la politique agricole commune ;
- le code rural et de la pêche maritime ;
- la loi n° 2014-58 du 27 janvier 2014 de modernisation de l'action publique territoriale et d'affirmation des métropoles ;
- le décret n° 2015-445 du 16 avril 2015 relatif à la mise en œuvre des programmes de développement rural ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Boutet,
- les conclusions de Mme Guilbaud, rapporteure publique.
Considérant ce qui suit :
1. L'EARL des Sept-fonts, qui exerce une activité de polyculture céréalière, a sollicité le 15 juin 2015, auprès de la Direction départementale des territoires (DDT) de Charente, une aide au maintien de l'agriculture biologique (MAB) dans le cadre de la programmation 2015-2019. Les aides en question lui ont été attribuées par décision d'engagement du 10 octobre 2018, pour un montant annuel de 24 331,50 euros correspondant à une surface engagée de 150,33 hectares. Les 7, 9 et 13 décembre 2021, le directeur départemental des territoires de la Charente a transmis à l'EARL des Sept-fonts cinq lettres de fin d'instruction au titre des années 2015 à 2019 procédant à des corrections du montant des aides initialement attribuées sur la base de ses déclarations et invitant la société à présenter ses observations. L'EARL des Sept-fonts a formé un recours gracieux contre ces lettres de fin d'instruction le 16 décembre 2021, qui a fait l'objet d'une décision implicite de rejet, puis d'une décision explicite de rejet en date du 15 avril 2022. Par la requête n° 2200972, l'EARL Sept-fond demande l'annulation de ces deux dernières décisions ainsi que des lettres de fin d'instruction en tant qu'elles réduisent le montant de ses aides au maintien de l'agriculture biologique.
2. Par ailleurs, l'EARL des Sept-fonts et ses deux gérants, M. A B et M. C B, ont formé 17 novembre 2022 une réclamation préalable auprès de la région Nouvelle-Aquitaine, de l'agence de services et de paiement et de la préfecture de la Charente tendant à l'indemnisation des préjudices qu'ils estiment avoir subis, d'une part, du fait du retard de paiement fautif des aides à l'agriculture biologique au titre des campagnes de 2015, 2016 et 2017 et, d'autre part, en raison de l'information tardive du service gestionnaire en ce qui concerne des erreurs d'encodages portant sur les campagnes de 2015 à 2019 qui ont été à l'origine des corrections du montant des aides, notifiées par les lettres de fin d'instruction des 7, 9 et 13 décembre 2021 précitées. Cette demande préalable a fait l'objet de décisions implicites de rejet. Par la requête n° 2300797, l'EARL des Sept-fonts et ses deux gérants M. A B et M. C B, demandent, sur ce double fondement l'indemnisation de leurs préjudices.
3. Les requêtes n° 2200972 et 2300797 présentées par l'EARL des Sept-Fonts et leurs gérants présentent à juger des questions semblables et ont fait l'objet d'une instruction commune. Il y a lieu de les joindre pour y statuer par un même jugement.
Sur les conclusions à fin d'annulation des décisions de retrait d'aides à l'agriculture biologique :
4. En premier lieu, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : / () 6° Refusent un avantage dont l'attribution constitue un droit pour les personnes qui remplissent les conditions légales pour l'obtenir () ". L'article L. 211-5 du même code précise par ailleurs que : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision ". La décision par laquelle l'autorité administrative compétente refuse d'accorder une aide agricole régie par un texte de l'Union européenne et décide d'infliger une pénalité a le caractère d'une décision défavorable au sens de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration.
5. Les lettres de fin d'instruction des 7, 9 et 13 décembre 2021 visent les dispositions des règlements européens et du code rural et de la pèche maritime applicables. Elles comprennent également une annexe qui détaille, pour chaque campagne, la valorisation de la quantité engagée avant instruction, les anomalies constatées liées notamment à un retour de jachère au cours des cinq années d'engagement, la valorisation de la quantité retenue comme engagée après instruction mais avant réduction et sanction, le montant des réductions, la détermination des quantités et des pourcentages d'écart et, le cas échéant, le montant des sanctions. Les décisions en litige sont ainsi suffisamment motivées en droit et en fait.
6. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 121-1 du code des relations entre le public et l'administration : " Exception faite des cas où il est statué sur une demande, les décisions individuelles qui doivent être motivées en application de l'article L. 211-2, ainsi que les décisions qui, bien que non mentionnées à cet article, sont prises en considération de la personne, sont soumises au respect d'une procédure contradictoire préalable ".
7. Les lettres de fin d'instruction des 7, 9 et 13 décembre 2021 permettaient à l'EARL Sept-Fonts de présenter des observations dans un délai de dix jours, ce que celle-ci a fait par courrier du 16 décembre 2021 auquel le directeur départemental des territoires de la Charente a répondu par une décision du 15 avril 2022 qui confirme les lettres de fin d'instruction. Le moyen tiré du défaut de contradictoire doit par suite être écarté.
8. En troisième lieu, aux termes de l'article 63 du règlement UE n° 1306/2013 du 17 décembre 2013 relatif au financement, à la gestion et au suivi de la politique agricole commune : " 1. Lorsqu'il est constaté qu'un bénéficiaire ne respecte pas les critères d'admissibilité, les engagements ou les autres obligations relatifs aux conditions d'octroi de l'aide ou du soutien prévus par la législation agricole sectorielle, l'aide n'est pas payée ou est retirée en totalité ou en partie et, le cas échéant, les droits au paiement correspondants visés à l'article 21 du règlement (UE) n° 1307/2013 ne sont pas alloués ou sont retirés. 2. De surcroît, lorsque la législation agricole sectorielle le prévoit, les États membres imposent également des sanctions administratives ". Aux termes de l'article 64 du même règlement : " 1. En ce qui concerne les sanctions administratives visées à l'article 63, paragraphe 2, le présent article s'applique en cas de non-respect des critères d'admissibilité, des engagements ou des autres obligations découlant de l'application de la législation agricole sectorielle (). 2. Il n'est imposé aucune sanction administrative : () ; c) lorsque le non-respect résulte d'une erreur de l'autorité compétente ou d'une autre autorité, que la personne concernée par la sanction administrative n'aurait pas pu raisonnablement détecter ; d) lorsque la personne concernée peut démontrer, d'une manière jugée convaincante par l'autorité compétente, qu'elle n'a pas commis de faute en ne respectant pas les obligations visées au paragraphe 1 ou que l'autorité compétente a acquis d'une autre manière la conviction que la personne concernée n'a pas commis de faute; e) lorsque le non-respect est d'ordre mineur, y compris lorsqu'il est exprimé sous la forme d'un seuil que la Commission fixe conformément au paragraphe 7, point b) ; f) dans les autres cas où l'imposition d'une sanction est inappropriée, qui seront définis par la Commission conformément au paragraphe 6, point b) 3. Des sanctions administratives peuvent être imposées aux bénéficiaires de l'aide ou du soutien et à d'autres personnes physiques ou morales, (). 4. Les sanctions administratives peuvent revêtir l'une des formes suivantes:/ a) une réduction du montant de l'aide ou du soutien à verser au titre de la demande d'aide ou de paiement concernée par le non-respect, ou de demandes ultérieures ; () ; b) le paiement d'un montant calculé sur la base de la quantité et/ou de la période concernées par le non-respect ; (). 5. Les sanctions administratives, qui sont proportionnées et progressives en fonction de la gravité, de l'étendue, de la durée et de la répétition du non-respect constaté () ".
9. Par ailleurs, aux termes de l'article D. 341-12 du code rural et de la pêche maritime : " En cas de non-respect des obligations qui conditionnent le versement des aides prévues à la présente section, l'autorité de gestion mentionnée à l'article 78 de la loi n° 2014-58 du 27 janvier 2014 applique une réduction financière. La réduction financière comprend le refus ou le remboursement de tout ou partie des paiements indûment sollicités ou perçus, dans des proportions déterminées en fonction de l'importance, de l'étendue et du caractère répétitif ou non des non conformités constatées, telles que définies au titre III du règlement délégué (UE) n° 640/2014 de la Commission du 11 mars 2014 et, le cas échéant, une ou plusieurs pénalités. Les modalités de calcul de la réduction financière sont déterminées dans les conditions prévues à l'article D. 341-13 ". Aux termes de l'article D. 341-13 du même code : " VI bis. - Conformément au c du 2 de l'article 64 du règlement (UE) n° 1306/2013 du Parlement européen et du Conseil du 17 décembre 2013 relatif au financement, à la gestion et au suivi de la politique agricole commune, il n'est pas imposé de sanction administrative lorsque l'anomalie résulte d'une erreur de l'autorité compétente ou d'une autre autorité que l'exploitant concerné par la sanction administrative ne pouvait raisonnablement déceler ".
10. Pour prendre les décisions en litige pour les années 2015 à 2019, le directeur départemental des territoires de la Charente s'est notamment fondé sur des anomalies constatées sur les déclarations PAC de l'EARL des Sept-fonts, qui a déclaré certaines parcelles en jachère sous le code "JM5 ", correspondant aux " jachères de moins de cinq ans ", au titre des cinq années consécutives de la campagne 2015 à 2019 alors que la jachère n'est autorisée sur chaque parcelle qu'une seule fois au cours des cinq années de l'engagement.
S'agissant de l'assiette de l'aide :
11. La société n'apporte aucun élément pour démontrer que les parcelles détectées en anomalie lors de l'instruction au motif qu'elles avaient été renseignées en jachère plusieurs années consécutives correspondraient à de simples erreurs d'encodage. Elle n'établit pas, notamment, que ces parcelles pouvaient être qualifiées de " prairies temporaires entrant dans le cadre d'une rotation ", qui remplissaient les conditions d'éligibilité à l'aide. Par suite, la préfète de région était fondée à procéder au retrait de ces parcelles de l'assiette de l'aide, en application des dispositions de l'article 63 du règlement UE n° 1306/2013 du 17 décembre 2013.
S'agissant des pénalités, et en tout état de cause :
12. En premier lieu, pour les motifs exposés au point précédent, et alors que la société n'établit pas que les superficies retirées de l'assiette en raison de leur non éligibilité à l'aide seraient marginales, il ne ressort pas des pièces du dossier que les erreurs relevées par l'administration puissent être regardées comme un non-respect d'ordre mineur au sens du e) du règlement UE n° 1306/2013 du 17 décembre 2013.
13. En deuxième lieu, la société requérante ne justifie pas que les anomalies correspondant à un encodage plusieurs années consécutives en jachère devraient être regardées comme des erreurs manifestes au sens du 2. b) de l'article 64 du règlement UE n° 1306/2013 du 17 décembre 2013, à savoir des erreurs, définies par acte d'exécution de la Commission, qui peuvent être identifiées et corrigées par l'autorité compétente.
14. En troisième lieu, les circonstances que la société requérante aurait complété ses télédéclarations dans les locaux de la direction départementale des territoire de la Charente et avec l'aide de ses agents, ou encore que l'administration a instruit tardivement ses demandes d'aides, de sorte qu'elle n'a pas été empêchée de persévérer dans son erreur entre 2015 et 2019, ne permet pas d'établir que l'erreur serait imputable à l'autorité compétence au sens du c) de l'article 64 et du VI bis de l'article D. 341-13 du code rural et de la pèche maritime.
15. En quatrième lieu, il ressort des pièces du dossier que la notice pour les aides à la conversion et au maintien de l'agriculture biologique indiquait, s'agissant des cultures annuelles, que " le gel n'est autorisé sur chaque parcelle concernée qu'une fois au cours des 5 années de l'engagement ". En se bornant à produire une version de cette notice qui mentionne une mise à jour au 1er septembre 2017, la société n'établit pas qu'elle ne disposait pas dès 2015, sur le téléservice TELEPAC, des informations nécessaires pour compléter correctement le code culture en question, ainsi que l'administration le soutient. La société ne justifie pas, dès lors, qu'elle n'aurait pas commis de faute au sens du d) de l'article 64 du règlement UE n° 1306/2013 du 17 décembre 2013 et du VI bis de l'article D. 341-13 du code rural et de la pèche maritime.
16. En cinquième lieu, pour les motifs exposés aux points précédents, la société n'établit pas non plus que les pénalités seraient, le cas échéant, inappropriées au sens du f) de l'article du règlement UE n° 1306/2013 du 17 décembre 2013.
17. En sixième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que les réductions d'aide en litige, qui s'élèvent à 30 272,63 euros sur un montant total de 121 657,50 euros présenteraient un caractère disproportionné, compte tenu du caractère répété des erreurs de déclaration imputables à la société requérante et de leur gravité.
18. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions présentées par l'EARL des Sept-Fonts à fin d'annulation des lettres de fin d'instruction des 7, 9 et 13 décembre 2021 en tant qu'elles réduisent le montant de ses aides au maintien de l'agriculture biologique doivent être rejetées.
Sur les conclusions indemnitaires :
En ce qui concerne la personne publique responsable :
19. L'article 78 de la loi du 27 janvier 2014 dispose que : " I.- Dans les conditions fixées par décret en Conseil d'État, pour la période 2014-2020 : 1° L'État confie aux régions () tout ou partie de la gestion des programmes européens soit en qualité d'autorité de gestion, soit par délégation de gestion () / III. -Pour le Fonds européen agricole pour le développement rural, un décret en Conseil d'État précise () les cas dans lesquels l'instruction des dossiers pourrait être assurée par les services déconcentrés de l'État () ". L'article 2 du décret du 16 avril 2015 susvisé précise que : " Pour l'application du premier alinéa du III de l'article 78 de la loi du 27 janvier 2014 susvisée, l'instruction des dossiers de demandes d'aides ou de paiements du Fonds européen agricole pour le développement rural peut être assurée par les services déconcentrés de l'État :1° Sous l'autorité fonctionnelle de l'organisme payeur, lorsque le système intégré de gestion et de contrôle s'applique à l'aide demandée, conformément au paragraphe 2 de l'article 67 du règlement (UE) n° 1306/2013 du 17 décembre 2013 susvisé () ".
20. Il résulte des dispositions précitées, et notamment celles de la loi du 27 janvier 2014, que si le législateur a entendu donner aux régions, en leur qualité d'autorité de gestion, la charge de fixer les orientations qu'elles adoptent au niveau local et de décider de l'octroi des aides dans le cadre de la gestion des programmes européens, il appartient à l'agence de service et de paiement, en sa qualité d'organisme payeur, de procéder au règlement des aides, ainsi qu'à l'instruction et au contrôle des demandes d'aides avec, le cas échéant, le concours des services déconcentrés de l'Etat. Dans ces conditions, et dès lors que les conclusions présentées pour les requérants concernent l'indemnisation des seules conséquences dommageables de retards dans l'instruction et le paiement des aides litigieuses, lesquelles n'entrent pas dans le champ des compétences attribuées à l'autorité de gestion, il convient de mettre hors de cause la région Nouvelle-Aquitaine, comme elle le demande.
21. Par ailleurs, la responsabilité de l'Agence de services et de paiement (ASP) n'est recherchée par les requérants qu'à titre subsidiaire. En outre, il ne résulte pas de l'instruction que les retards de paiement allégués trouveraient leur cause dans ses missions. Ainsi, il convient de mettre hors de cause l'ASP.
En ce qui concerne l'existence d'une faute liée au paiement tardif des aides :
22. Aux termes de l'article 29 " agriculture biologique " du règlement UE n° 1305/2013 du Parlement européen et du Conseil du 17 décembre 2013 relatif au soutien au développement rural par le Fonds européen agricole pour le développement rural (FEADER) et abrogeant le règlement (CE) no 1698/2005 du Conseil : " 1. L'aide au titre de cette mesure est accordée, par hectare de surface agricole, aux agriculteurs ou groupements d'agriculteurs qui s'engagent, sur la base du volontariat, à maintenir des pratiques et méthodes de l'agriculture biologique telles qu'elles sont définies dans le règlement (CE) n° 834/2007 ou à adopter de telles pratiques et méthodes et qui sont des agriculteurs actifs au sens de l'article 9 du règlement (UE) n° 1307/2013. / () 4. Les paiements sont accordés annuellement et indemnisent les bénéficiaires pour une partie ou la totalité des coûts supplémentaires et des pertes de revenus résultant des engagements pris () ". Aux termes de l'article 75 du règlement UE n° 1306/2013 du Parlement européen et du Conseil du 17 décembre 2013 relatif au financement, à la gestion et au suivi de la politique agricole commune : " 1. Les paiements au titre des régimes et mesures d'aide visés à l'article 67, paragraphe 2, sont effectués au cours de la période comprise entre le 1er décembre et le 30 juin de l'année civile suivante. / () En ce qui concerne l'aide accordée au titre du développement rural, visée à l'article 67, paragraphe 2, le présent paragraphe s'applique aux demandes d'aide ou de paiement introduites à compter de l'année de demande 2018 () / 2. Les paiements visés au paragraphe 1 ne sont pas effectués avant l'achèvement de la vérification des conditions d'admissibilité, à réaliser par les États membres conformément à l'article 74. / Par dérogation au premier alinéa, les avances pour l'aide accordée au titre du développement rural visée à l'article 67, paragraphe 2, peuvent être versées une fois terminé le contrôle administratif visé à l'article 59, paragraphe 1 ". L'article 59 du même texte précise que : " 1. Le système mis en place par les États membres conformément à l'article 58, paragraphe 2, comprend, sauf disposition contraire, le contrôle administratif systématique de toutes les demandes d'aide et de toutes les demandes de paiement () ". L'article 121 du même texte précise que : " 1. Le présent règlement entre en vigueur le jour de sa publication au Journal officiel de l'Union européenne. / Il est applicable à partir du 1er janvier 2014 () ". Cependant, en vertu de l'article 2 du règlement UE n° 2017/2393 du Parlement européen et du Conseil du 13 décembre 2017, la fixation de la période de mise en paiement définie à l'article 75 du règlement UE n° 1306/2013 précité a été reportée à compter de la campagne 2019. Par ailleurs, aux termes de l'article 341-8 du code rural et de la pêche maritime : " II.- Peuvent bénéficier des aides en faveur de l'agriculture biologique mises en œuvre dans le cadre de la programmation 2015-2020 dans les conditions prévues par le cadre national ou les programmes de développement rural régionaux de la France prévus aux 2 et 3 de l'article 6 du règlement (UE) n° 1305/2013 du Parlement européen et du Conseil du 17 décembre 2013 et approuvés par la Commission européenne, les agriculteurs actifs au sens de l'article 9 du règlement (UE) n° 1307/2013 du Parlement européen et du Conseil du 17 décembre 2013 et de l'article D. 615-18 ".
23. Il résulte de ces dispositions qu'aucun délai limite de paiement n'est prévu par les dispositions de l'article 75 du règlement UE n° 1306/2013 du Parlement européen et du Conseil du 17 décembre 2013 pour les aides au maintien de l'agriculture biologique des campagnes 2015 à 2017 en litige de sorte que les requérants ne peuvent pas utilement se prévaloir de ces dispositions. Les requérants ne peuvent pas non plus utilement se prévaloir des dispositions de l'article 341-8 du code rural et de la pêche maritime qui ne fixe en lui-même aucun délai pour le versement de ces aides.
24. Toutefois, il est constant que l'EARL requérante a présenté des demandes d'aides au maintien de l'agriculture biologique pour les campagnes 2015, 2016 et 2017 dont les dates limites de dépôt étaient fixées respectivement aux 15 juin 2015, 15 juin 2016 et 31 mai 2017. Il n'est pas contesté que l'EARL a perçu pour chacune de ces campagnes des avances de trésorerie remboursable (ATR) d'un montant de 10 000 euros le 3 mai 2015 au titre de la campagne 2015, 9 000 euros le 30 mars 2017 au titre de la campagne 2016 et 9 000 euros le 16 octobre 2017 au titre de la campagne 2017. Il résulte toutefois de l'instruction que le solde de ces aides à l'agriculture biologique n'a été versée pour la campagne 2015 que le 1er décembre 2017 soit après un délai d'instruction de deux ans et six mois. Pour la campagne 2016, le versement a eu lieu le 20 décembre 2018 soit après deux ans et six mois d'instruction. Enfin, pour la campagne 2017, le dernier versement a été effectué le 21 mai 2021 soit après un délai d'instruction d'un an et dix mois. Dans ces conditions, eu égard aux exigences liées à l'accomplissement des formalités d'instruction des demandes d'aides agricoles et aux difficultés résultant de la réorganisation tardive du système national d'instruction et de contrôle des aides agricoles, l'État a commis une faute de nature à engager sa responsabilité, dès lors que l'instruction des demandes d'aides présentées au titre des campagnes 2015, 2016 et 2017 a excédé un délai raisonnable.
En ce qui concerne l'existence d'une faute liée à une information tardive :
25. Les requérants font valoir que l'administration a instruit trop tardivement ses demandes d'aide au maintien de l'agriculture biologique de sorte qu'elle ne l'a informée qu'en 2021 des anomalies d'encodage de parcelles en jachères plusieurs années consécutives depuis la campagne 2015 qu'elle a en conséquence répétée les années suivantes jusqu'en 2019, ce qui a conduit l'administration à lui infliger des réductions d'aides avec pénalités.
26. Toutefois, comme cela a été exposé au points 14 et 15, les requérants n'établissent pas que les erreurs relatives à l'encodage de parcelles en jachère plusieurs années consécutives serait imputables à l'administration. Par ailleurs, la circonstance que l'administration aurait tardé à se rendre compte de l'illégalité du versement de l'aide ne saurait révéler une faute de nature à engager sa responsabilité. Il en résulte que les requérants ne sont pas fondés à soutenir que l'Etat a commis une faute en tardant à leur signaler l'erreur d'encodage.
En ce qui concerne les préjudices indemnisables :
S'agissant des préjudices invoqués par l'EARL des Sept-Fonts :
27. L'EARL Sept-Fonts demande l'indemnisation d'un préjudice financier lié au montant des réductions d'aides qui lui ont été notifiées par les lettres de fin d'instruction des 7, 9 et 13 décembre 2021 pour un montant de 30 272,63 euros au titre des campagnes 2015 à 2019. Subsidiairement, elle demande l'indemnisation d'un préjudice financier lié aux charges sociales qu'elle a dû payer, au titre des aides 2015 à 2019 qui lui ont in fine été en partie retirée, et qu'elle évalue à 5 000 euros, à parfaire. Ces préjudices sont toutefois sans lien avec le retard de paiement qui est, comme cela a été exposé ci-dessus, seul de nature à engager la responsabilité de l'Etat.
28. Les conclusions indemnitaires présentées par l'EARL des Sept-fonts doivent, par suite, être rejetées.
S'agissant des préjudices invoqués par M. A B et M. C B :
29. D'une part, M. A B demande l'indemnisation d'un préjudice financier lié aux impôts dont il a dû s'acquitter au titre des années 2016, 2017 et 2018 sur les aides au maintien de l'agriculture biologique qui lui ont in fine en partie été retirées. Toutefois, ce préjudice est sans lien avec le retard de paiement qui est, comme cela a été exposé ci-dessus, seul de nature à engager la responsabilité de l'Etat. Les conclusions indemnitaires présentées par M. A B à ce titre doivent, par suite, être rejetées.
30. D'autre part, M. A B et M. C B demandent l'indemnisation d'un préjudice moral et de troubles dans leurs conditions d'existence en lien avec l'inquiétude générée par le retard de paiement des aides au maintien de l'agriculture biologique. Ils n'apportent toutefois aucun commencement de preuve d'avoir rencontré des difficultés de trésorerie sur cette période, alors qu'ils ne contestent pas qu'une somme totale de 112 534, 28 euros leur a été versée dans le cadre des avances de trésorerie remboursable au titre des années 2015, 2016 et 2017 pour l'ensemble de leurs aides agricoles, dont 28 000 euros au titre des aides au maintien de l'agriculture biologique en litige. Par ailleurs, ils n'établissent pas l'existence d'un lien direct et certain entre les problèmes de santé rencontrés en octobre 2021 par M. A B, qui n'était plus gérant de l'EARL depuis le mois de mai 2018, et les retards de paiement fautifs.
31. Les conclusions indemnitaires présentés par M. A B et M. C B doivent par suite être rejetées.
Sur les frais liés aux instances :
32. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative s'opposent à ce que soit mis à la charge d'une part de l'Etat, qui n'est pas la partie perdante dans les présentes instances et, d'autre part, de la région Nouvelle-Aquitaine et de l'agence de services et de paiement, qui sont mises hors de cause, les sommes que l'EARL des Sept-fonts demande au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative dans ses deux requêtes.
33. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge des requérants la somme que l'agence de service et de paiement demande au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative dans le cadre de l'instance n° 2300797.
D E C I D E :
Article 1er : Les requêtes n° 2200972 et 2300797 de EARL des Sept-fonts, de M. A B et de M. C B sont rejetées.
Article 2 : Les conclusions présentées par l'agence de services et de paiement au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à la Earl des Sept-Fonts première dénommée, à la région Nouvelle-Aquitaine et à la préfète de la Charente.
Délibéré après l'audience du 23 janvier 2025, à laquelle siégeaient :
Mme Le Bris, présidente,
Mme Boutet, première conseillère,
Mme Dumont, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 6 février 2025.
La rapporteure
Signé
M. BOUTET
La présidente,
Signé
I. LE BRIS
Le greffier,
Signé
S. GAGNAIRE
La République mande et ordonne à la ministre de l'agriculture, de la souveraineté alimentaire et de la forêt en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme
Pour le greffier en chef
La greffière
Signé
D. MADRANGE
2, 2300797
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026