lundi 8 juillet 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Poitiers |
| Section | Tribunal Administratif de Poitiers |
| N° Dossier | TA86-2201026 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Formation | 3ème chambre |
| Avocat requérant | DROUINEAU 1927 |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 19 avril 2022 et un mémoire non communiqué enregistré le 9 avril 2024, M. B A, représenté par la SCP Drouineau 1927, demande au tribunal :
1°) d'annuler le titre exécutoire émis le 23 février 2022 par le centre national de gestion des praticiens hospitaliers et des personnels de direction de la fonction publique hospitalière pour un montant de 60 080,47 euros et de le décharger de l'obligation de payer cette somme ;
2°) de mettre à la charge du centre national de gestion des praticiens hospitaliers et des personnels de direction de la fonction publique hospitalière la somme de 1 500 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que la créance est prescrite, en application de l'article 2224 du code civil.
Par un mémoire en défense enregistré le 2 avril 2024, le centre national de gestion des praticiens hospitaliers et des personnels de direction de la fonction publique hospitalière conclut au rejet de la requête.
Il soutient que le moyen n'est pas fondé.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code civil ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Thévenet-Bréchot,
- les conclusions de Mme Bréjeon, rapporteure publique,
- et les observations de Me Finkelstein, représentant M. A.
Considérant ce qui suit :
1. M. A a souscrit, en mars 2011, un contrat d'engagement de servir en tant qu'étudiant en médecine auprès du centre national de gestion des praticiens hospitaliers et des personnels de direction de la fonction publique hospitalière pour une durée de quarante-neuf mois à compter du 1er octobre 2010. Par un courrier du 15 octobre 2014, reçu le 20 octobre 2014, M. A a informé le centre national de gestion des praticiens hospitaliers et des personnels de direction de la fonction publique hospitalière de la résiliation de son contrat d'engagement. Le 1er mars 2020, le centre national de gestion a émis à l'encontre de M. A un avis de sommes à payer d'un montant de 60 080,47 euros au titre de l'indemnité de rupture de son contrat d'engagement de service public. Par un jugement du 1er février 2022, le tribunal administratif de Poitiers a annulé l'avis de sommes à payer. Le 23 février 2022, le centre de gestion a émis à l'encontre de M. A un nouveau titre exécutoire d'un montant identique. Par la présente requête, M. A demande au tribunal d'annuler le titre exécutoire précité et de le décharger de l'obligation de payer la somme qu'il met à sa charge.
2. D'une part, l'article L. 632-6 du code de l'éducation, dans sa rédaction applicable au litige, dispose que : " Chaque année, un arrêté du ministre chargé de la santé et du ministre chargé de la sécurité sociale détermine le nombre d'étudiants qui, admis à poursuivre des études médicales à l'issue de la première année du premier cycle ou ultérieurement au cours de ces études, peuvent signer avec le Centre national de gestion mentionné à l'article 116 de la loi n° 86-33 du 9 janvier 1986 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique hospitalière un contrat d'engagement de service public. () Les médecins ou les étudiants ayant signé un contrat d'engagement de service public avec le centre national de gestion peuvent se dégager de leur obligation d'exercice prévue au deuxième alinéa du présent article, moyennant le paiement d'une indemnité dont le montant dégressif égale au plus les sommes perçues au titre de ce contrat ainsi qu'une pénalité. Les modalités de remboursement et de calcul de cette somme sont fixées par un arrêté conjoint des ministres chargés de la santé et de la sécurité sociale. Le recouvrement de cette somme est assuré, pour les médecins, par la caisse primaire d'assurance maladie dans le ressort de laquelle le médecin exerce à titre principal et, pour les étudiants, par le centre national de gestion. Un décret en Conseil d'Etat détermine les conditions d'application du présent article. "
3. D'autre part, aux termes de l'article 2224 du code civil, dans sa rédaction issue de la loi du 17 juin 2008 portant réforme de la prescription en matière civile : " Les actions personnelles ou mobilières se prescrivent par cinq ans à compter du jour où le titulaire d'un droit a connu ou aurait dû connaître les faits lui permettant de l'exercer. ". Aux termes de l'article 2241 du même code : " La demande en justice, même en référé, interrompt le délai de prescription ainsi que le délai de forclusion. Il en est de même lorsqu'elle est portée devant une juridiction incompétente ou lorsque l'acte de saisine de la juridiction est annulé par l'effet d'un vice de procédure. ". Aux termes de l'article 2242 de ce code : " L'interruption résultant de la demande en justice produit ses effets jusqu'à l'extinction de l'instance. ". Il résulte des principes dont s'inspirent les articles 2241 et 2242 du code civil, tels qu'applicables aux rapports entre une personne publique et un de ses agents, qu'un recours juridictionnel, quel que soit l'auteur du recours, interrompt le délai de prescription et que l'interruption du délai de prescription par cette demande en justice produit ses effets jusqu'à l'extinction de l'instance.
4. Il résulte de l'instruction que le délai quinquennal de prescription de la créance a été interrompu une première fois par un courrier du 7 octobre 2015, reçu par M. A le 15 octobre 2015, par lequel le centre de gestion a informé l'intéressé du montant et des modalités de calcul de l'indemnité de rupture de son contrat d'engagement de service public. En outre, et contrairement à ce que soutient le requérant, il résulte des principes énoncés au point précédent, que le délai de prescription de la créance a été interrompu une seconde fois par le recours juridictionnel introduit par M. A le 29 avril 2020. Le délai d'action a recommencé à courir à compter du 1er février 2022, date de notification du jugement et par suite d'extinction de l'instance. Ainsi, à la date d'émission par le centre de gestion des praticiens hospitaliers et des personnels de direction de la fonction publique hospitalière du nouveau titre exécutoire, le 23 février 2022, la créance n'était pas prescrite.
5. Il résulte de ce qui précède que la requête de M. A doit être rejetée, y compris ses conclusions présentées au titre de l'article L.761-1 du code de justice administrative.
DECIDE :
Article 1er : La requête de M. A est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au centre national de gestion des praticiens hospitaliers et des personnels de direction de la fonction publique hospitalière.
Délibéré après l'audience du 20 juin 2024, à laquelle siégeaient :
M. Cristille, président,
Mme Thèvenet-Bréchot, première conseillère,
Mme Duval-Tadeusz, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe, le 8 juillet 2024.
La rapporteure,
Signé
A. THEVENET-BRECHOTLe président,
Signé
P. CRISTILLE
La greffière,
Signé
N. COLLET
La République mande et ordonne à la ministre du travail, de la santé et des solidarités en ce qui la concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Pour le greffier en chef,
La greffière,
N. COLLET
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